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Ce qu'ils en pensent    Interview   

Dédo cherche à détendre l’atmosphère


dedo1Ce n’est pas tous les jours que des personnalités affichent leur passion du metal et c’est encore moins courant quand une personnalité a une image de marque qui est directement associée à ce style musical. Pourtant c’est le cas de Dédo, humoriste révélé par le Jamel Comedy Club, qui n’hésite pas à faire référence au metal dans ses sketchs – le nom de son dernier spectacle s’intitule par exemple ‘Killing Joke’ en référence au célèbre groupe anglais – en revendiquant son appartenance à la communauté metal.

A l’occasion de son passage au Transbordeur de Villeurbanne ce vendredi 30 septembre, nous avons discuté avec lui pour comprendre la manière dont il perçoit le metal et sa communauté. L’occasion de parler de son parcours personnel vis-à-vis du style et en quoi ce dernier est important pour lui. Et puis, c’est important de le signaler si vous avez besoin d’être encouragé pour lire cette interview de Dédo qui intervient dans le cadre de la rubrique ‘Ce qu’ils en pensent’ où nous donnons à des personnalités la possibilité de partager leur opinion sur le metal, grâce à cet entretien vous saurez également quelle a été la réaction de Jamel lorsque Dédo lui a fait écouter du Sepultura !

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« (Quand tu es fan de metal) faire de la musique est presque un passage obligé. En tout cas au lycée, à un moment, t’as envie de monter un groupe avec des potes et jouer dans des garages. »

Radio Metal : Ta passion pour le rock et le metal est assez évidente mais quel est ton rapport global à la musique ? Quelles sont tes influences ?

Dédo : La musique a toujours fait partie intégrante de ma vie. J’ai toujours écouté de la musique, depuis tout petit. J’ai été élevé par mes grands-parents qui avaient des vinyles qui traînaient, qui étaient à ma mère j’imagine. Il y avait un peu de tout, c’est-à-dire qu’il y avait beaucoup, je me souviens, de B.O. de Rocky 4, du jazz bari, des trucs comme ça et un peu d’autres choses. Donc ça m’a tout de suite mis le pied à l’étrier pour écouter différentes choses. Je suis venu vers le metal un peu plus tard, un peu comme tout le monde, à l’adolescence, parce que j’avais des cousins qui avaient des posters de Maiden dans leur chambre. Du coup, ça m’a un peu attiré… j’ai toujours été passionné, de base, par cette imagerie un peu, on va dire, ésotérique. La passerelle s’est faite assez naturellement. Mais avant de démarrer là-dedans, plus vers dix/douze ans, j’ai été baigné par d’autres influences. Des trucs qu’on voyait à la télé comme Madonna, A-Ha. Des artistes qui t’ouvrent un petit peu à la musique. Beaucoup de classique aussi et puis ensuite le metal qui est tombé assez naturellement derrière.

Le metal est un style qui, plus que d’autres, donne envie à ses fans de commencer à jouer d’un instrument et de monter un groupe. Est-ce que tu es aussi passé par là ? Tu as chanté par exemple sur une reprise de « Ace Of Spades » en hommage à Motörhead (au Hellfest 2016), donc es-tu aussi passé par l’étape « je monte mon groupe, je joue d’un instrument » ?

Oui. Effectivement, comme tu le disais, c’est presque un passage obligé. En tout cas au lycée, à un moment, t’as envie de monter un groupe avec des potes et jouer dans des garages. Donc oui, ça s’est fait. On avait un groupe où on faisait pas mal de cover et où on essayait de faire justement des compos. Mais après c’était un peu compliqué parce qu’on n’arrivait pas à trouver l’élément pour que ça se fasse, et derrière, bon, il n’y a pas eu vraiment de persévérance là-dedans. Moi, j’ai toujours un peu gratté, j’ai fait du chant aussi dans le groupe. Je sais que là, on essaye de faire quelque chose d’un peu plus sérieux, avec d’autres potes, donc Julien Cassarino, qui est le chanteur de Psykup. On essaye de préparer quelque chose. En tout cas un truc un peu dans l’esprit cover-band. Donc en effet ça m’intéresse toujours, oui.

La musique représente une part très importante dans ta vie. Du coup, pourquoi as-tu plutôt choisi la voie de l’humour et du stand-up ?

Eh bien, parce qu’elle a été plus présente que tout le reste. C’est-à-dire que j’ai voulu faire de la scène quasiment dès le collège, j’ai toujours été attiré par ça. Moi, petit, j’écoutais des cassettes de Coluche, de Desproges, des Inconnus, des choses comme ça. Quand j’étais en cinquième on pouvait encore écouter des cassettes, c’était encore possible ! Et puis après, je me suis ouvert à d’autres choses. Je me suis ouvert au stand-up, un peu plus tard au lycée, en début de lycée puisque j’avais un pote dont le père était américain qui faisait régulièrement des allers-retours aux Etats-Unis et qui a ramené un jour une VHS de Richard Pryor. Il s’agit d’un très grand humoriste outre-Atlantique et grâce à lui j’ai vu autre chose, j’ai découvert une expression scénique. Ne pas être dans le sketch, ne pas être dans les noirs/lumières toutes les six minutes. Une fois que la situation est éteinte, c’est juste un mec qui parle à des gens, qui sont au quatrième mur, et qui s’adressait vraiment à un public. Cela m’a un peu déstabilisé et m’a aussi donné envie d’en faire, surtout. A l’époque c’était un peu compliqué d’amener le stand-up. Mes premières émissions, je les ai faites à 21 ans, on était en 2001 ou quelque chose comme ça et le stand-up n’était pas encore très démocratisé. C’est venu un peu plus tard. Donc à partir de là, j’ai toujours eu une passion pour ça et puis je me suis dit que c’était vraiment vers là où je voulais aller. En conséquence j’ai pris des cours de théâtre, j’ai une formation théâtrale classique, puis après j’ai joué dans des petites créations. Et puis voilà, le stand-up est venu un peu plus tard. J’avais un premier spectacle qui n’est pas connu du tout et après la mise en avant a été faite par le Jamel Comedy Club qui m’a permis d’un peu plus pouvoir percer.

Tu t’es fait connaître comme « le metalleux du Jamel Comedy Club », est-ce que c’est un personnage que tu as construit volontairement quand tu es arrivé là-bas ?

Non, je n’ai rien construit en fait, je n’ai rien pré-calculé. Tout s’est fait de manière plus ou moins naturelle car tu te doutes bien que quand tu t’habilles en noir et que tu as les cheveux longs, d’entrée de jeu ça envoie quelque chose de précis au spectateur lambda. Donc ça s’est fait assez naturellement, et puis surtout, dans la troupe, c’était vraiment un univers assez hip-hop de base. On était vraiment très nombreux à venir de banlieue, du 93 et tout ça, et c’est vrai que le hip-hop/rap est quand même une culture musicale qui est plus présente, on va dire. Que ce soit d’ailleurs un peu n’importe où, ça s’apprend, le R’n’B, le hip-hop et le rap. C’est vraiment ce qui marche le plus maintenant, donc du coup je me retrouvais un petit peu d’entrée de jeu marqué d’une certaine différence. Et ça ne m’a pas spécialement déplu ; je me suis dit que sur le groupe ça pouvait être en tout cas un aspect intéressant dans le sens où on cherchait tous à exprimer des choses en stand-up. La base du stand-up, c’est quand même de se raconter. Et c’est vrai que moi j’habite toujours dans le 93 et je trouvais ça intéressant de parler de ce qu’on craint, ce qu’on peut avoir quand on est assez différent de la norme. Et donc je me suis « servi de ça » comme axe de départ pour parler aux gens mais c’est vrai que tout de suite, j’ai été mis dans cette case « metalleux » mais c’est… les gens te mettent dans une case, c’est plus pratique pour eux de définir l’animal d’entrée de jeu. Et justement, dans tous mes spectacles, le but pour moi était aussi de casser les clichés autour du metalleux, et de pas servir la soupe à tout ce que fait Zone Interdite, M6 et compagnie en passant des reportages un peu bidons, qui jouent sur des caricatures. Parce qu’en fait ces caricatures-là on peut les appliquer à n’importe quelle communauté. Me sentant partie intégrante de cette communauté-là en tous cas, je trouvais ça intéressant de justement casser tous les clichés véhiculés par les médias. Mais après, voilà, je ne me bloque pas une image, et justement je n’ai pas envie de faire ce jeu-là de « t’es metalleux donc t’écoutes que du metal » ou « t’es forcément dépressif » ou « t’es fataliste ». Le but du jeu, c’était justement de montrer aux gens que c’est juste une facette de ma personnalité et que derrière tu peux être beaucoup plus pluriel. Et ne jamais me cantonner, en tout cas, à l’image.

J’ai vraiment l’impression, à t’entendre parler, que la culture hip-hop, qui était plutôt dominante dans ton milieu, et la culture metal se rapprochent beaucoup dans le sens où il y a un côté un peu marginal et d’essayer de se faire intégrer dans la société malgré nos différences.

Bien sûr, c’est le même esprit à partir du moment où, justement, tu n’es pas dans cette norme-là, que tu « n’as pas une image neutre ». Dès que tu es marqué par un look ou par des goûts spécifiques, on te stigmatise, car ce n’est pas rassurant pour les gens. On essaye de faire que tu ressembles à tout le monde, sinon tout le monde est un peu perdu. Mais le but du jeu, ça a toujours été pour moi, et je pense pour n’importe quel artiste scénique en général, d’affirmer sa personnalité et de vouloir justement… d’avoir un discours en rapport avec ça. Donc tout ce que j’ai fait dans le spectacle et en général est de parler de tout et de pouvoir montrer à un spectateur lambda qui ne s’intéresse à aucune culture spécifique que justement on peut l’intéresser à des thématiques qui peuvent être totalement diverses et variées. Et que ce n’est pas parce qu’on vient voir mon spectacle que le spectacle ne parlera que de metal. Et ce n’est pas parce que tu vas voir un gars qui écoute du hip-hop que le spectacle sera forcément emprunté de hip-hop.

J’imagine qu’à terme ce côté metalleux que tu as va peut-être te desservir. Est-ce que c’est une question que tu te poses ?

Oui et non. Dans le sens où je ne sais pas si ça peut me desservir ou me servir dans l’avenir. C’est sûr que d’entrée de jeu, déjà, quand tu as les cheveux longs ça renvoie une image particulière à des gens qui ne te connaissent pas forcément. Maintenant, le but du jeu est aussi de faire en sorte que les gens puissent aller au-delà des apparences, et s’il y en a vraiment qui bloquent à cause de ça, écoute, ce n’est peut-être pas plus mal qu’ils ne soient pas dans la salle parce que du coup ils ne seraient certainement pas en accord avec certaines idées que je peux balancer. Je ne pense pas faire un spectacle « mainstream » même s’il y a des thématiques très larges. Dans le nouveau, par exemple, je parle d’animaux, de cinéma, de sociologie, de sémantique, de musique, de sport, de beaucoup beaucoup beaucoup de choses. Mais c’est vrai qu’après mon traitement est quand même un peu particulier dans ma façon de voir les choses. Ce n’est pas hardcore mais c’est vrai que mes deux influences principales dans l’humour en tous cas, c’est l’absurde et l’humour noir. Et le spectacle, en termes de couleur on va dire, est vraiment à l’unisson de ces deux courants. Donc c’est sûr que ce n’est pas juste neutre, ce n’est pas juste « on va parler de choses qu’on a pu remarquer au boulot ». Il y a des trucs un peu plus profonds, et j’essaie en général, quelle que soit ma thématique, qu’elle soit absurde ou non, de trouver du fond dans ce que je dis. Ce n’est peut-être pas forcément un spectacle qui serait estampillé TF1. Pas d’une manière négative mais dans le sens où ce n’est pas forcément hyper grand-public. Mais je ne cherche pas à me différencier.

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« D’entrée de jeu, déjà, quand tu as les cheveux longs ça renvoie une image particulière à des gens qui ne te connaissent pas forcément. »

Comment est-ce que ce style, le metal, et son imagerie, t’inspirent dans ta manière d’écrire tes sketchs et tes spectacles ?

Ça ne joue pas du tout. C’est-à-dire que, justement, à partir du moment où… ce n’est pas comme si, justement, tu fais du metal en termes de musique et du coup tu vas être forcément emprunté d’un certain courant. Tu as le thrash, le death, le grind, c’est pas à toi que je vais apprendre ça, mais ça reste justement ancré dans le metal car c’est en rapport avec de la musique metal. Moi je ne fais pas de l’humour metal. C’est-à-dire que le prisme, c’est moi, mais « moi » ce n’est pas uniquement concentré sur de la musique en rapport avec le metal. J’ai juste ce look-là, effectivement avec les cheveux longs, et quand je monte sur scène je suis en noir mais je ne suis pas que ça. Le but du jeu n’a jamais été de faire un spectacle là-dessus en particulier. J’en parlais dans le premier spectacle, et là dans le deuxième, en fait, il n’y a d’ailleurs pas de rapprochement avec le metal en termes de thématique, parce que justement je pars du principe que les gens viennent voir quelqu’un qui te parle et ils ne viennent pas voir un metalleux. Si les gens viennent voir un metalleux, ils se retrouveront aussi dans le ton, dans les idées que j’exprime parce que c’est parfois bizarre, parce que c’est parfois absurde, parce que c’est parfois rentre-dedans. Mais à aucun moment je ne me suis dit que le metal devait faire partie intégrante de mes influences scéniques, en tout cas en termes de stand-up.

Comment as-tu été perçu et accueilli par Jamel et les autres humoristes du Jamel Comedy Club, étant donné ton look et tes influences ? De manière générale, as-tu senti un regard différent de la part du public ?

Un regard différent, non, mais c’est sûr que du coup, on est quand même… Dans la troupe originale, on était une douzaine, avec des personnalités assez marquées, et c’est vrai que dès que tu es en groupe, en général, ça se charrie, ça se vanne, tu vois, on se teste aussi un peu là-dessus. On voit un petit peu ce qui se passe mais l’accueil a été vraiment très cool. On ne s’est jamais pris la tête parce que, justement, je pense qu’à partir du moment où tu es dans l’expression artistique, les différences, tu as l’habitude de voir ça et au contraire tu trouves ça intéressant plus que segmentant. Donc l’accueil a été bon, avec Jamel, avec les autres de la troupe. Le but du jeu, c’était surtout d’essayer, à l’époque, de faire la meilleure émission de télé possible, et le meilleur spectacle possible, en se servant justement de cette pluralité, de ce melting-pot qu’on pouvait tous avoir. Parce qu’on était tous assez différents, tout en étant homogènes, dans la troupe. Donc tout ceci était intéressant en termes de résultat artistique. Et pour en revenir à ta question, voilà, l’accueil a été très très cool, on continue de se revoir régulièrement avec plusieurs membres de la troupe. Moi je continue de bosser avec Yacine Belhousse depuis dix ans maintenant, parce que c’était il y a dix ans le Jamel Comedy Club, et tout se passe bien. On est tous contents parce qu’on a tous, justement, réussi à avancer et on travaille tous bien. Donc c’est une bonne nouvelle générale.

Dirais-tu que l’humour a permis d’ouvrir un dialogue entre des cultures, musicales ou autres, différentes ?

Je pense, oui. Et puis, ce n’est pas forcément nouveau dans l’absolu. Aux Etats-Unis, tu as un mec qui s’appelle Sam Kinison, qui était un très très bon humoriste de stand-up et qui était vraiment très rock. Pas metal mais vraiment très très rock dans l’esprit, dans ce qu’il balançait, et qui en fait, était adulé, par des mecs comme Ice-T, etc. Donc je pense que cette passerelle-là, cette transversalité-là, a toujours été assez présente. Et si ça a pu aider, le fait qu’on ait pu « s’entendre » malgré les différences de communauté, c’est positif, on voit déjà à quel point les « problèmes » religieux peuvent avoir des répercussions et des retentissements assez sanglants dans l’actualité. Le but du jeu c’est donc justement d’essayer de réunir tout le monde. Donc voilà, si jamais à un moment des gens qui m’ont vu dans Jamel Comedy Club, ou dans les spectacles, se sont dit « tiens, bah en fait, voilà, ce n’est pas forcément l’image qu’on en avait, et les mecs peuvent être marrants, et les mecs peuvent être cools » eh bien tant mieux. Le but du jeu, pour moi, ça n’a jamais été non plus un but ultime, mais si l’image du metalleux peut être un petit peu détendue auprès des gens, auprès du public et auprès des médias, c’est positif pour tout le monde.

T’as fait écouter du Maiden à Jamel ou pas ? (Petit rires)

(Petits rires) J’ai fait écouter du Sepultura à Jamel, pour te dire !

Et quelle a été sa réaction ? (Petits rires)

Il a dodeliné de la tête. Il a dit « c’est intéressant, c’est un peu fort mais c’est intéressant ».

C’est déjà ça ! (Petits rires)

Bah ouais, tu vois, déjà on arrive à faire écouter des choses que peut-être il n’aurait jamais eu l’occasion de faire, donc c’est positif.

Niveau musique, les difficultés que rencontrent les artistes de metal pour vivre, ou ne serait-ce que pour jouer ou avoir une tribune médiatique, ne sont un secret pour personne. Même le Hellfest qui est un gros festival a eu pas mal de difficultés à ce niveau-là. Est-ce que tu dirais que tu as rencontré des difficultés comparables dans le monde du stand-up étant donné que tu partages cette imagerie-là ?

(Réfléchit) Oui et non. Ca c’est un peu inhérent à n’importe quel milieu artistique en général, et c’est ce que je disais au début, quand tu es « différent de ce qui marche » tout de suite, tu te retrouves déjà un petit peu mis de côté parce que ce n’est pas le plus simple à aborder pour le grand public. Maintenant, c’est un mal pour un bien par moments parce qu’effectivement, du coup, tu es très vite identifié, tu es très vite différencié, et les gens qui t’apprécient, eux, vont se déplacer. Et eux, comme justement pour le metal ou pour le côté un peu « niche », les gens qui t’aiment et qui te suivent, ils vont être fans, ils vont te suivre tout le temps. Ce ne sera pas le cas des gens qui passent, qui regardent par la fenêtre vite fait, qui jettent un œil, et qui après ne reviendront plus. Et ça, c’est un truc qui m’a toujours plu et auquel j’aspirais, c’était de vraiment pouvoir avoir des gens qui sont « réceptifs » à ce que je fais et qui seraient OK du coup pour me suivre dans différents projets artistiques parce que j’essaie d’être très transversal dans ce que je fais. Et même niveau média, dans le sens où je fais aussi des vidéos sur YouTube. Là je sors le nouveau spectacle qui s’appelle « Killing Joke Part 1 » et le « Part 2 » en fait c’est une sorte de jeu de société qui va sortir, qui est basé sur un système de questions-réponses un peu stupide. Donc voilà, j’essaie d’être le plus présent dans énormément de plateformes.

Et c’est ça qui est intéressant aussi, c’est que tu peux t’exprimer sur plein plein de choses différentes et sur plein de médias différents et je pense que quand tu as réussi à conquérir ces gens-là, eux te suivront quel que soit le projet. Et moi, c’est ça qui m’intéresse, c’est d’essayer de « fidéliser » des gens à mon univers, à ce que j’ai envie d’exprimer. Je ne cherche pas à fédérer la planète, je cherche à fédérer des gens qui seront complètement en accord avec ce que je dis. Et au final, je me dis que ça peut faire quand même pas mal de monde. Donc ça reste intéressant. Maintenant, on se rend compte aussi que, tu vois, le Hellfest commence un petit peu justement à… A pas émerger pour le coup parce que je crois que c’était cette année le festival en France qui a quasiment le plus vendu donc c’est quand même une très bonne nouvelle. Tout avance bien, dans les médias on commence à voir des reportages qui sont de moins en moins des caricatures, voire objectifs et intéressants, donc au final, tu vois, on arrive énormément à avancer. Et je pense qu’il faut continuer d’essayer de faire en sorte que les gens perdent ce côté caricatural que le metal ou le metalleux peuvent avoir. Maintenant le problème c’est que souvent, en tout cas pour la musique en France où le metal reste une niche musicale, il y a une difficulté supplémentaire car, la plupart du temps, tu es adoubé parce que tu as été adoubé à l’étranger, quand tu vois Gojira… Tu vois, au départ ce n’était pas plus que beaucoup de groupes. Et puis finalement, aux Etats-Unis ça s’est très bien passé et ils ont une réputation qui est totalement avérée de tueurs sur scène, et derrière ils ont commencé à vraiment se faire un gros nom. Et maintenant, en France, voilà, ça se passe très bien. Mais c’est un peu un problème, quoi. C’est rarement dans ta paroisse que t’es tout de suite mis en avant, et ça c’est dommage. Les gens ne se rendent pas compte tout de suite, tu as toujours l’impression que parce que c’est français c’est moins bien. Mais bon, ça prend du temps et c’est pareil, ça avance.

Pour aller plus loin, par rapport à ce que tu disais, il se dit beaucoup de la France que ce n’est pas un pays de rock. De ce fait les artistes doivent d’abord faire leurs preuves à l’étranger pour réussir en France. Ferais-tu un parallèle entre le rock et l’humour noir, qui n’est pas forcément toujours bien reçu en France et qui peut-être fonctionne mieux ailleurs ?

Oui le parallèle est intéressant, dans l’absolu. Après, il reste quand même des gens qui font ça et pour qui ça marche bien, qui sont vraiment à fond dans l’humour noir. Tu prends un mec comme Pierre-Emmanuel Barré, ça se passe bien, il remplit bien (les salles) et il est sur France Inter. Donc il y a quand même des gens qui sont réceptifs à cet humour-là, et du coup, même des mecs comme Gaspard Proust, etc. ce sont des gens qui marchent bien. Après, effectivement ce n’est pas ça qui va faire Bercy, ça ne deviendra peut-être pas, en termes de remplissages de salle, des mastodontes comme Foresti, Gad Elmaleh, ou Dubosc. Mais est-ce que c’est vraiment grave dans l’absolu ? Est-ce que quand tu fais de l‘humour noir, tu as vraiment envie de pouvoir toucher tout le monde ? Je ne pense pas. Quand tu es dans une branche d’humour aussi « spécifique », tu as envie d’avoir des gens qui comprennent cet humour-là. Et malheureusement, sur tous les habitants de la France, tout le monde ne comprend pas forcément cet humour-là, tout le monde n’a pas forcément le second degré pour ça, et c’est la même chose pour l’absurde. Je fais aussi pas mal d’absurde dans le spectacle, et dis-toi bien que l’absurde c’est encore plus compliqué à amener auprès des gens parce que, culturellement, ce n’est pas du tout quelque chose de présent chez nous. On est plus sur les personnages, on est plus sur la culture du déguisement, du sketch. Donc, dès que tu arrives sur des trucs un peu anglo-saxons, tu vois, les Monty Python, Eddie Izzard et un milliard d’autres références, c’est d’autant plus compliqué. Donc moi je suis entre les deux (petits rires) donc ce n’est pas forcément le plus simple. Mais je trouve mon public, et tout se passe bien, et je remplis de belles salles en tournées et ça se passe bien à Paris. Comme quoi il faut juste continuer de se bagarrer et de trouver une bonne façon pour que les gens puissent « devenir réceptifs » à cet humour-là, et parfois, ça ne tient pas à grand-chose.

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« Il faut vraiment essayer d’aller voir ailleurs et de faire en sorte de créer du métissage artistique. »

Quand on voit aux Etats-Unis quelqu’un comme Louis C.K. qui fait un humour très thrash et qui pour autant rencontre beaucoup de succès, n’as-tu pas envie de t’exporter en tournée à l’étranger pour chercher un public qui serait peut-être plus réceptif à ce genre d’humour ?

Je ne sais pas si le public est plus réceptif à ce genre d’humour aux Etats-Unis mais les Etats-Unis sont déjà dix fois plus grands que la France. Donc, déjà, en termes de population, tu as beaucoup plus de chances de trouver un public qui va aimer ça, juste par un principe démographique tout bête. Mais, c’est vrai que c’est tentant dans l’absolu parce que, justement, tu te dis que tu peux te confronter à des gens qui pourront être plus nombreux à éventuellement aimer ton travail. Maintenant, c’est vrai que j’ai quand même envie, je pense aussi, d’amener ça et d’imposer ça quelque part en France. Parce que c’est une sorte de challenge aussi et c’est une vraie envie de pouvoir m’imposer par rapport à ça et de me dire qu’on peut amener les gens à aimer quelque chose de différent. Pour moi, c’est quelque chose, qui vraiment m’intéresse. Parce qu’on peut aborder n’importe quelle thématique, qui peuvent être mainstream, mais avec des axes qui peuvent être justement différents et inhabituels. Et j’ai envie d’habituer les gens à l’inhabituel. C’est vraiment quelque chose qui m’intéresse.

Dans les pays anglo-saxons, que ce soit le Royaume-Uni ou les Etats-Unis, c’est très ancré dans leur culture d’associer l’humour et la musique. Penses-tu que ce soit quelque chose qui manque à la France. Et pour aller plus loin par rapport à ce que tu disais, est-ce quelque chose que tu as envie d’imposer en France ?

De l’imposer, je ne sais pas, en tous cas j’ai envie d’imposer mon univers et ma patte, ça c’est sûr. Maintenant, c’est vrai que la France, on va dire, a des racines un peu anciennes et qu’on est assez conservateurs dans le traitement en général. Maintenant, le problème, c’est la qualité, on va dire que la France est un pays qui est énormément attaché au langage et à l’oralité. Les mots, c’est le plus important, l’écriture, la transmission écrite et orale. Mais on a moins ce côté, justement, musical et plus « spectacle », on l’a vachement moins parce que culturellement on a eu… Parce que, voilà, c’est propre à la culture française. Mais, justement, le but du jeu, c’est de jouer à ça. Maintenant, d’autant plus quand tu vois que tout le monde a accès à Internet, et qu’on peut justement avoir accès à n’importe quelle production artistique mondiale, c’est important, je trouve, de se nourrir de ça et d’essayer de voir ce qui se passe ailleurs. Et d’essayer, pourquoi pas, d’imposer ça aussi ici. Parce que l’artistique en général est vraiment le seul endroit où le côté consanguin est intéressant, tu vois. Si on reste vraiment uniquement entre nous, tout le temps dans la même culture, on n’avancera pas c’est comme ça. Donc il faut vraiment essayer d’aller voir ailleurs et de faire en sorte de créer du métissage artistique. C’est très très important et je pense que ça va se faire, au fur et à mesure, de plus en plus. Ça prend un peu plus de temps parce que le pays est, bien entendu, un peu conservateur. Mais il ne faut pas lâcher.

Tes spectacles contiennent beaucoup de références, notamment à la culture hard rock et metal. Ton premier spectacle s’appelait « Prince des Ténébres » (« Prince of Darkness » étant le surnom d’Ozzy Osbourne), ton nouveau spectacle s’appelle « Killing Joke » (en référence au groupe du même nom que tu aimes beaucoup mais aussi à Batman). Est-ce important pour toi de conserver ce lien avec la musique dans ton identité ?

Je ne sais pas si c’est important mais comme ça fait en tout cas partie de moi je trouve ça bien de le mettre en avant à travers un titre de spectacle, ou une affiche, ou quelque chose comme ça. Parce que ça fait aussi partie de moi. Le problème étant que les gens en fait, quand tu envoies un signal, ils ne voient que ça, c’est-à-dire que ça sera ou un truc de metalleux ou un truc « ouh là là c’est anglais, je ne sais pas trop ce que c’est. « Killing Joke » ça va être violent » etc. Il n’y a jamais cette envie d’aller creuser juste un peu plus, et de se dire… on se cantonne souvent juste à la boîte, au couvercle, on ne cherche jamais à savoir ce qu’il y a à l’intérieur, en tout cas le spectateur à peu près lambda. Maintenant, je ne veux pas, non plus, du coup, faire en sorte que l’affiche soit la plus nette possible ou que mon spectacle soit le plus net possible, ou que le titre soit le plus net possible, parce que j’ai envie, justement, de garder mon identité par rapport à ça. Mais les gens se rendent compte, la plupart du temps, quand ils viennent, et qu’en tous cas ils ne savent pas forcément, scéniquement parlant, que le spectacle est, en vrai, très très pluriel, il parle de tout. Et ce sont les retours les plus intéressants que je peux avoir, ce sont des gens qui me disent « on ne savait pas trop à quoi s’attendre, on avait un peu peur avec l’affiche ou avec le côté image un peu dure et en fait on a adoré le spectacle, et c’est beaucoup plus que ça ». Et oui, le spectacle, c’est forcément beaucoup plus que ça.

Du coup, est-ce que ce titre que tu choisis c’est seulement un clin d’œil, une référence, ou est-ce que tu dirais quand même, qu’en tant que titre, ça représente bien le spectacle ?

Bien sûr, le premier spectacle s’appelait « Prince des Ténèbres », par rapport à cette référence que tu as citée plus le fait que c’est le titre français d’un de mes films préférés de John Carpenter. Et en plus ça définissait bien le reste, avec l’affiche et le côté, justement, où on m’avait connu sous cette image-là. Donc je trouvais ça « rigolo » d’en jouer. Le deuxième spectacle s’appelle « Killing Joke » pour plusieurs raisons que tu as citées. Et qui plus est, je trouvais que c’était d’autant plus intéressant de donner ce titre à ce spectacle-là, parce qu’après les attentats de Charlie, la blague qui tue, quelque part, c’était tellement dans l’actu… Ma première sur Paris, je l’ai faite le lendemain des attentats (du 7 janvier 2015). Donc déjà, il y avait une sorte de mise en abyme qui était assez folle et je me suis dit « le titre est parfait, au final, parce qu’il est tellement représentatif de l’époque » et puis voilà, la blague qui tue, je trouvais que ça sonnait en plus comme un de mes spectacles. Donc, ça, toujours, je n’oublie jamais les choses, et je vois loin. Que ce soit les titres, les affiches, les thématiques ou la façon d’en parler dans les médias. J’essaye de… Il y a du sens, toujours, dans ce que je fais, et j’espère que les gens trouvent le sens aussi à tout ça, que ce soit de l’extérieur ou de l’intérieur de la salle.

As-tu une affection particulière pour des groupes de metal un peu humoristiques (Steel Panther, Ultra Vomit etc.) ou de manière générale des artistes qui mélangent musique et humour, comme Oldelaf, Didier Super, etc. ?

Oui, complètement ! Steel Panther, c’est un groupe que j’avais découvert il y a trois/quatre ans, qui est très bon, qui est très marrant, qui était au départ un cover-band et qui sont partis sur des compos un peu marrantes, un peu branchées cul et tout ça. Mais, ça reste un putain de groupe, je les ai vus deux fois en live, les mecs jouent, c’est carré, ça envoie, c’est impressionnant. Donc ce n’est pas que de la blague, et du coup l’un dans l’autre, ça fonctionne très bien et tu peux vraiment marier les deux et te rendre compte que les gens aiment aller voir des groupes qui sont marrants en plus de pouvoir chanter des chansons par cœur. J’ai rencontré il y a quelques temps Andreas & Nicolas, voilà, c’est pareil, ça marche très bien, ça reste un peu moins metal mais ça reste quand même un peu rock dans l’esprit, il y a aussi des anciens d’Ultra Vomit là-dedans. Oldelaf c’est la même chose, je le connais, je suis allé voir ses deux spectacles, il est très marrant. Didier Super, évidemment ! Donc oui, c’est forcément… en fait quand tu pars sur deux pôles qui m’intéressent autant, que ce soit l’humour ou la musique, forcément je vais avoir envie d’aller voir des groupes qui sont là-dedans. Et forcément si c’est bien fait ça va me plaire, donc oui, c’est quelque chose qui m’attire et qui me branche.

Et est-ce que tu aurais envie un jour de créer un spectacle qui marierait les deux disciplines ? Que ce soit en incluant des chansons dans un spectacle ou, pour pousser le concept jusqu’au bout, en réalisant un genre de comédie musicale cent pour cent humour noir et metal ?

(Rires) Ca pourrait, franchement ! Je sais que dans le premier spectacle, je terminais sur des morceaux musicaux que je jouais, je commence le nouveau sur de la musique, aussi, que je joue, où je chante des trucs, et c’est quelque chose qui m’intéresse un peu. On a un projet mais pour l’instant c’est vraiment très embryonnaire, un projet qui pourrait s’articuler autour de la musique et… Je ne peux pas en dire beaucoup mais c’est un projet avec Antoine Schoumsky et Yacine Belhousse, où ça pourrait partir, effectivement, dans la direction que tu as décrite. Le côté « comédie musicale metal » est hyper, hyper tentant, mais c’est énormément de boulot, donc je pense que si je m’y penche à un moment, ce sera un peu moins dans le rush actuel, entre le spectacle et tous les projets que j’ai. Mais c’est quelque chose qui est hyper attirant, quand tu vois « Book of Mormon », de Trey Parker et Matt Stone, les créateurs de South Park, qui arrivent à faire un truc qui n’est pas du tout branché metal pour le coup mais qui est une comédie musicale ultra marrante, hyper hardcore, qui parle de la religion et qui a gagné des tas et des tas de prix en Angleterre, c’est tentant. C’est vraiment hyper tentant, ça a pas encore été fait… Enfin, ça a été fait, mais ils ont repris en France « Holy Grail » de Monty Python en comédie musicale par rapport au film mais du coup ce n’est pas une vraie création, donc ça n’a pas encore été fait en termes de création pure en France. Donc c’est tentant, c’est clairement tentant. On en parle, écoute, on en parle avec des gens, je ne sais pas si ça aboutira un jour mais en tout cas c’est une vraie envie.

Dans ton sketch « Le metalleux » le fameux sketch que tu faisais dans le Jamel Comedy Club, à un moment, tu parles des journalistes, en disant qu’ils posent tout le temps les mêmes questions, du style « alors, c’est vrai que vous écoutez du hard rock ? » Est-ce que c’était pour le sketch ou est-ce que ça t’est vraiment arrivé ?

Bah bien sûr ! Il y en a vraiment qui sont un peu… Qui sont déjà dans la découverte pure, et même toi tu te demandais si c’était un personnage que j’avais créé, donc tu vois, il y a des gens qui peuvent se dire « peut-être que c’est juste un look pour pouvoir créer un personnage autour de ça ». Donc ouais, c’est arrivé, et puis même des questions encore plus basiques parce que parfois même des journalistes qui sont censés être, justement, le plus neutre possible et le plus en demande de découverte possible au sujet des artistes qu’ils peuvent découvrir ou non… bah les mecs tu te rends compte qu’ils sont bloqués eux-mêmes dans des clichés. Et du coup, là, c’est compliqué d’avancer parce que quand tu te rends compte que les mecs ont des idées préconçues alors qu’ils sont journalistes et qu’ils sont là pour faire découvrir aux gens des artistes, tu te dis « ah, bah ça va être compliqué parce que déjà vous-mêmes vous avez un problème à régler par rapport à ça ! » Donc ça arrive, oui, ça arrive, et qu’on le veuille ou non l’imagerie, le simple fait d’avoir les cheveux longs, ça peut être ramené à un côté drogue, sacrifices d’animaux et tout ça. On ne peut rien n’y faire, c’est vraiment tout le temps, tout le temps présent. La caricature, elle est tout le temps présente, c’est comme ça. Alors on arrive, petit à petit, à détendre les gens et leur faire comprendre que ce n’est pas ça mais les gens aiment bien se rattacher à des images. Et puis ils sont bien aidés par les médias la plupart du temps. Donc ça avance mais ce n’est pas toujours évident et de toutes façons on sera toujours confrontés… à partir du moment où tu appartiens à une communauté, tu seras toujours confronté à des clichés, à des stéréotypes. Il faut s’en affranchir, il faut avancer et faire en sorte que, justement, les gens puissent les dépasser.

Interview réalisée par téléphone le 22 septembre 2016 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Aline Meyer.
Introduction : Amaury Blanc.

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