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Interview   

Dee Snider : défi relevé


Dee Snider est insatiable. A peine Twisted Sister jetait définitivement l’éponge, qu’on l’a vu embrayer sans temps mort sur sa carrière solo, la comédie musicale Rocktopia et une multitude d’autres projets dans des domaines créatifs divers (radio, cinéma…). Dee Snider est un homme du présent qui agit et ne se repose pas sur ses lauriers. Et quand Jamey Jasta (Hatebreed) lui lance un défi, celui de créer un album de metal contemporain, il n’a pas fallu s’y reprendre à deux fois avant qu’il n’accepte et honore sa parole. For The Love Of Metal est le résultat, un album à la conception collaborative et orchestré par Jasta et son équipe (les frères Bellmore à la basse, batterie et coproduction), démontrant à quel point celui qui fut une des grandes figures des années 80 est loin d’être un des has-been de 2018, et sa voix puissante et mélodique fait toujours office de référence.

Nous avons joint Dee Snider par téléphone pour nous en parler : de l’importance de Jamey Jasta dans le projet jusqu’au décès de sa mère en pleine conception de l’album, en passant par son amour inconditionnel du metal. Snider parle avec humilité, étant bien conscient que tout peut s’écrouler du jour au lendemain, à l’instar de la traumatisante descente aux enfers qu’il a vécu au début des années 90. Car le chanteur n’hésite pas à se confier et se dévoiler, que ce soit en évoquant l’une de ces « stars laides et horribles » qu’il aurait pu devenir si justement il n’avait pas connu l’échec, son rapport à ses parents quand il était enfant, ou encore sa condition physique qui l’empêche désormais de se donner comme il voudrait sur scène. Un homme passionnant, intelligent et extrêmement amical, comme le démontre sa vision des Français qu’il partage avec nous dans un dernier échange impromptu…

« Je me fais beaucoup moins d’argent, beaucoup moins ! [Rires] Mais au moins, j’avais le sentiment qu’avec Twisted Sister, les gens ne voulaient pas entendre de nouvelles choses, tout comme ils ne voulaient pas que nous changions, ils voulaient que nous restions pareils, et il n’y avait aucune marge pour évoluer. »

Radio Metal : Comment vas-tu ?

Dee Snider (chant) : Je vais super bien, mec ! Les retours pour For The Love Of Metal me filent la banane. Les chroniques, les fans qu’on entend, les gens sont juste… J’espère que tu l’aimes bien parce qu’autrement, je suis un peu en train de te provoquer [rires]. C’était un album inattendu pour moi, et je suis tellement content que les gens l’adorent, parce que j’ai adoré le faire.

For The Love Of Metal prend son origine lorsque Jamey Jasta t’a mis au défi de faire un album de metal contemporain. Tu viens de dire que c’était un album inattendu pour toi, mais qu’est-ce qui était si inattendu dans le fait que tu fasses ce genre d’album à ce stade de ta vie ?

J’ai arrêté de créer de la nouvelle musique metal en 1995. J’ai littéralement arrêté, avec le second album de Widowmaker. Je lis les chroniques et je m’en fiche, si quelqu’un dit « Dee Snider craint ! », ça ne me dérange pas. C’est lorsque les gens disent quelque chose qui, dans mon esprit, me parait vrai que… J’ai lu une chronique qui disait : « Ça sonne comme Dee Snider essayant de composer de la musique contemporaine, » et c’était la vérité. Dans les années 80, je me contentais de composer, et ma musique est devenue le son d’une époque. Je ne réfléchissais pas, je ne faisais que composer. Là, c’était dans les années 90, et j’écoutais d’autres albums, j’écoutais du grunge, j’écoutais du néo metal, et j’essayais d’imiter ça. Et j’ai dit « ce n’est pas bon. » Donc j’ai dit : « Tu sais quoi ? Peut-être que j’ai fait mon temps, » et j’ai arrêté. Donc lorsque plus de vingt-cinq ans plus tard Jamey Jasta m’a défié de faire un album de metal contemporain, et que nous le faisons, et le résultat est super, c’est un choc [petits rires], c’est une surprise pour moi, et une dont je suis très content. J’adore faire de la nouvelle musique qui ne sonne pas comme si elle venait des années 80, mais ça reste surprenant.

Dans la chanson « Tomorrow’s No Concern », tu chantes : « Je t’ai donné hier, tu peux le prendre, je n’en ai plus besoin. » Est-ce que ça résume ton état d’esprit aujourd’hui ?

Absolument. Jamey et moi avons beaucoup parlé et échangé. Jamey voulait savoir où j’en étais aujourd’hui, ce qui était important pour moi aujourd’hui, et ce que je voulais dire aujourd’hui, car il faut être convaincu. Lorsque tu chantes, les gens veulent croire que les mots que tu prononces ont un sens pour toi. Et en parlant, je lui ai raconté ma philosophie dans la vie, qui est que, même si je suis fier du passé, je suis bien plus intéressé par te montrer ce sur quoi je travaille en ce moment. Je travaille toujours sur quelque chose de nouveau, que ce soit un scénario, une émission de radio, la comédie, j’ai toujours un nouveau projet sur lequel je travaille. Toujours. C’est comme ça qu’est venu « Tomorow’s No Concern » : « Je t’ai donné hier, demain n’est pas un souci, je ne suis pas quelqu’un qui regarde vers l’avenir. C’est aujourd’hui ! » Tu sais, le bon vieux carpe diem, profite du moment présent. Donc oui, c’était ma philosophie, et c’est comme ça que cette chanson s’est faite.

Qu’est-ce que ça requiert à un vétéran du hard rock et du heavy metal comme toi, qui a probablement eu sa plus grande heure de gloire dans les années 80, pour être encore pertinent aujourd’hui ?

Ca requiert Jamey Jasta [rires]. Je dis « tous derrière Jamey ! » Il était convaincu que ma voix avait sa place aujourd’hui, qu’elle était importante, et qu’on en avait besoin, parce qu’elle est unique et emblématique – ce sont ses mots, pas les miens. Il y croyait sincèrement, et il m’a montré comment faire. Et il s’en souciait vraiment. Je vais te dire, il était sur le point de partir en vacances, il disait qu’il en avait besoin, et il a dit : « Dee, j’ai mis au défi d’autres gens, et tu es le premier à accepter ! » [Rires] Et ensuite, j’ai senti une responsabilité de m’assurer que je faisais ça bien, que c’était fidèle à Dee Snider, fidèle à ses vieux fans, et à la fois fidèle à la scène musicale contemporaine, de créer un album qui puisse répondre à ce critère, tout en attirant certains des anciens fans, et dire : « Voici cette voix qui a sa place parmi vous aujourd’hui. » Ce n’est pas une chose facile. Lui et son équipe, je trouve qu’ils ont fait un boulot incroyable, et ils me fournissaient ces chansons. J’adore le metal contemporain. Mes enfants sont des metalleux – surtout ma fille, elle est tellement à fond ! Elle me trainait à des concerts – enfin, elle ne me trainait pas, j’aimais y aller. Ca fait donc depuis qu’elle a treize ans – elle en a vingt-et-un aujourd’hui – et qu’elle a commencé à s’intéresser au heavy metal que j’y vais et je vois comment c’est. Ca fait depuis les dix dernières années que je vais à des concerts avec elle, et puis mes enfants avant elle m’emmenaient aussi à des concerts. Donc j’adore toujours la passion, j’adore le nouveau metal, mais je ne savais pas comment le créer. Jamey Jasta et tous ces gens, de Lamb Of God, Killswitch Engage, Toxic Holocaust, Disturbed, tous ces groupes : ces gars sont montés à bord et ont écrit pour l’album, trouvant et apportant la bonne musique pour Dee Snider, pour qu’il chante et soit crédible, et qui collait à qui j’étais. Ce n’est pas facile à faire. Donc Jamey mérite un tonnerre d’applaudissement et beaucoup de respect pour ça.

« J’ai souffert d’une descente aux enfers dévastatrice au début des années 90, financièrement et au niveau carrière, tout s’est effondré […], et tout d’un coup je me suis retrouvé fauché à devoir tout recommencer. […] Pour être totalement honnête, ça me motive toujours ; j’ai peur que ça se reproduise. »

En faisant un tel album, avec de tels musiciens et collaborateurs venant du metal moderne, le risque n’était-il pas d’aller un peu trop loin et de perdre un peu ton identité, ce qui faisait de toi qui tu étais ?

Tu sais quoi ? Si j’essaye de mettre autant en lumière Jamey Jasta, c’est parce qu’il le mérite. C’est un trésor du metal, vraiment. Ce n’est pas que par rapport à son travail avec Hatebreed et Jasta, ou avec Headbangers Ball. Dans la communauté metal, c’est un champion pour la musique, il croit en la musique, et il a tant fait pour la musique. Il ne me laissait pas… Je vais te dire, c’est un moment qui s’est vraiment passé : nous étions en studio, je ne me souviens plus de quelle chanson il s’agissait, mais à un moment donné, je suis parti à fond à la Max Cavalera [petits rires]. J’ai juste balancé la mélodie par la fenêtre et j’ai commencé à hurler et hurler. Et Jamey m’a arrêté et a dit : « Qu’est-ce que tu fais ? » J’ai dit : « Mec, je suis juste en train d’y aller à fond ! » Il dit : « C’était bien Dee, tu l’as très bien fait, mais ce n’est pas Dee Snider ! Ouais, tu cries mais avec de la mélodie ; tu as toujours crié avec de la mélodie. Là, ce n’est pas toi, c’est Jamey Jasta, c’est Max Calavera. Soit Dee Snider. » Il s’est donc assuré que pendant que nous faisions de la nouvelle musique, je restais fidèle à qui j’étais.

Tout un tas de gens se sont retrouvés impliqué dans cet album, comme tu as l’a précisé. As-tu le sentiment que cet album prouve que la communauté metal est une fraternité ?

Je ne sais pas, mais c’est certainement l’idée avec cet album, car on ne voyait pas beaucoup ça dans les années 80, un album sur lequel tant de gens s’unissaient. Jamey l’encourage beaucoup. Je pense qu’il fait ressortir ça chez les gens, ces liens, mais à la fois, lorsque je lui ai demandé qui allait écrire sur cet album, il a dit « tout le monde ». Et il avait raison. A la minute où nous avons commencé à faire l’album, son téléphone a explosé, et il a dû passer en revue tellement de matière, il y avait tellement de gens qui envoyaient, soumettaient des chansons, donc énormément de gens voulaient faire partie de cet album parce qu’ils m’adoraient et voulaient s’impliquer. Jamey a dit que c’était dur de tout écouter, car par respect envers ses amis et les gens qui envoyaient de la musique, il devait tout écouter et trouver les bonnes choses. Mais il a dit : « Il faut que ça te convienne parfaitement, Dee. » Jamey était vraiment un curateur, c’est le mot, pour le musée de Dee Snider [petits rires]. Il trouvait toutes les bonnes pièces, et parfois c’était juste un riff de tel gars, et une mélodie de tel autre gars, assemblant tous ces morceaux pour faire un bon album.

For The Love Of Metal est un titre fort qui se passe de commentaire. Mais qu’est-ce que le metal pour toi ?

Je suis un gangster original, un headbanger depuis le premier jour. J’étais là à l’affreuse naissance du metal ; je sais ce qu’est le metal, j’ai contribué à le créer et j’en suis fan, donc personne ne peut me dire quoi que ce soit au sujet du metal, d’accord ? J’en suis toujours fan. Rob Halford a dit : « Metalleux un jour, metalleux toujours. » C’est tellement vrai, il n’y a rien de mieux, ça ne s’estompe pas, et je suis resté connecté et au courant de ce qui se passe dans la communauté. Donc je renvoie au premier album, Led Zeppelin, premier album, Black Sabbath, premier album, Grand Funk Railroad, Blue Cheer, Mountain. Ça ne s’appelait pas metal, ça s’appelait hard rock. Je suis donc un fan de hard rock à l’origine et c’est devenu du metal. Des groupes comme Black Sabbath, ils ne savaient pas qu’ils étaient en train d’inventer une nouvelle forme de musique, ils essayaient de faire autre chose et ils étaient épouvantables – ils essayaient d’être un groupe de jazz / blues fusion, et ils étaient mauvais là-dedans, et ils ont créé quelque chose de nouveau et excitant. J’ai été un fan qui a fait savoir à Black Sabbath : « On adore ces trucs heavy que vous faites, et les trucs entre, on n’aime pas ça ! » Sur Masters Of Reality, qui est l’un des meilleurs albums de tous les temps, si tu connais cet album, toutes les deux chansons il y a un genre de petit morceau madrigal de jazz classique, avec une guitare acoustique. On zappait ces chansons – c’était un LP. Je n’écoutais jamais ces chansons. C’était genre : « Donnez-moi les trucs heavy ! » Et au bout du compte, parce que nous, les fans, avons envoyé ce message… J’allais voir Black Sabbath en concert, et Iommi se mettait littéralement à faire un solo de jazz. De jazz ! Le groupe s’arrêtait et il jouait du jazz. Et le public partait, ils allaient aux toilettes et revenaient quand ils se remettaient sur les trucs heavy, et le groupe a fini par comprendre. Donc, je suis un de ces gars. Mais ça remonte à bien avant que ce soit du metal ; il fallait ces trucs plus nerveux. J’étais un fan des Beatles, mais c’était « Revolution » et « Helter Skelter », ça me parlait, les chansons dans la veine de « Come Together », qui avaient un côté obscur et étaient heavy.

« Je roulais à vélo, parce que je n’avais pas de voiture, pour me rendre à un boulot de bureau, à répondre à des appels téléphoniques, pour quelques centaines de dollars la semaine ! Et des gens rentraient dans le bureau en disant : ‘Tu ne serais pas Dee Snider ?’ Et je mentais en disant que non. Et les gens me croyaient quand je disais ça, parce que qu’est-ce que Dee Snider pourrait bien faire assis derrière un bureau à répondre au téléphone ? Voilà à quel point j’ai touché le fond. »

Il y a un groupe qui s’appelait Paul Revere And The Raiders, il y avait une sorte de compétition avec The Monkeys, et j’étais un fan de Paul Revere And The Raiders, et il y a de très nombreuses personnes, des musiciens de hard rock et metal des débuts, qui te diront qu’ils étaient fans de Paul Revere And The Raiders, parce que leurs riffs sonnaient un peu garage, et ils étaient plus heavy, et leurs paroles étaient plus dangereuses. Ils chantaient des chansons comme « Hungry », qui parlait de sexe, et « Kicks », qui parlait de drogues, et The Monkeys ne chantait pas à propos de ces sujets. Pourtant, ils passaient quand même à la télé, ce groupe, Paul Revere And The Raiders. Ensuite Grand Funk Railroad a débarqué, Blue Cheer, et j’avais leurs albums dès le premier jour, disant : « Qui sont ces groupes ? Ils jouent forts et durs, et ça s’appelle du hard rock. » J’ai donc toujours trouvé ces trucs, je me suis toujours tourné vers ça, je zappais toujours les chansons qui n’étaient pas hard, je n’aimais pas la nation Woodstock, même si j’y étais – pas à Woodstock, mais je n’aimais pas Crosby, Stills And Nash, je n’aimais pas Richie Havens, or tout le monde à Woodstock les réclamaient à cor et cri. Moi j’aimais juste Mountain, The Who, Ten Years After, les groupes de hard rock, c’est ce que je voulais entendre. J’emmerde Country Joe And The Fish ! J’ai donc toujours trouvé le côté heavy dans la musique existante. Ca a fini par devenir le heavy metal, mais pour moi, ça a toujours été là. Le metal, pour moi, est défini par une batterie tonitruante, une basse retentissante, des guitares distordues, et un chant qui repousse toujours les limites. Les chanteurs doivent toujours repousser les limites de leurs capacités vocales. On ne peut pas être metal et le chanter décontracté. On ne peut pas être metal et chanter [fait le crooner] « quand la musique est finie… » Non ! On ne peut pas faire ça ! Putain, tu dois y aller à fond. Pour moi, c’est ça qui définit le metal.

Un tragique événement s’est produit pendant la réalisation de cet album : ta mère s’est fait percuter par une voiture et est décédée quelques mois plus tard. Comment ceci a affecté cet album, en terme pratique d’organisation mais aussi émotionnellement ?

Lorsque ça s’est produit, nous avions déjà commencé à enregistrer, et Jamey à dit : « Si tu veux arrêter, tu sais… », car elle était à l’hopital, j’allais souvent la voir, il se passait beaucoup de choses, et j’ai dit : « Je ne peux pas arrêter. » Il a demandé : « Pourquoi ? Parce que c’est une grande fan ? » J’ai répondu : « Non, elle n’aime pas mon heavy metal ! [Rires] Je ne peux pas arrêter parce que j’ai besoin d’une échappatoire, j’ai besoin de me lâcher. » C’est ce qui fait que le metal est génial : ça nous permet d’exprimer les sombres émotions qu’on a dans notre âme – la haine, la colère, le chagrin, la peine de cœur, la peur, l’anxiété, la dépression -, et ensuite on se sent mieux. J’ai dit : « J’ai besoin que ça sorte. » Pareil : j’avais des concerts de programmés, ils ont demandé : « Tu veux annuler ? » J’ai répondu : « Non. » Je l’ai dit sur scène et tout le monde dans le public le comprend, parce que les fans de metal comprennent. Je ne sais pas si tu as déjà entendu parler de cette étude qui est sortie et qui disait que les fans de metal deviennent des adultes plus équilibrés que ceux qui ne sont pas fans de metal. Tu l’as vue ? J’ai donné une interview à Psychology Today, qui faisait un article conséquent sur le heavy metal [petits rires]. Ils m’ont appelé pour en parler, parce qu’ils pensent que j’ai un cerveau et que je comprends. Donc, les gens dans le metal savent que ça nous permet d’exprimer ces émotions, puissantes et sombres, que nous avons tous. Et parce que nous avons un exutoire, nous nous sentons mieux après, nous nous sentons mieux après nous être défoulés, nous nous sentons mieux après avoir crié, nous sentons mieux après avoir été chauds et tout en sueurs, et épuisé d’avoir bougé sur de la musique puissante et furieuse. On rit après. Je veux dire, si tu écoutes la chanson « Roll Over You » sur l’album, qui est l’une des chansons les plus énervées sur l’album, le refrain où le pont fait : « Putain, on vous méprise, vous n’avez pas de cœur et ça se voit. » C’est vraiment un truc furieux. Lorsque je me suis mis à cette chanson, j’ai spontanément crié : « Fuck you ! » Et alors j’ai commencé à rire, parce que je me suis senti mieux après l’avoir dit. Je me sens mieux à la fin de cette furieuse chanson ; après l’avoir chanté, je riais. « Pourquoi est-ce que tu chantes si énervé et que tu ries ? » Parce que j’ai évacué et je me sens mieux.

Donc, je suis sûr que ce qui s’est passé avec ma mère a nourri la puissance qui sortait de moi, parce que je suis assez féroce sur cet album. Je veux dire que Jasta savait que je l’étais, quoi qu’il arrive, parce qu’il m’a vu en live, et il a dit : « Mec, tu ne rates pas la moindre putain de chose, tu es un putain d’animal, quand tu es sur scène tout est là. » Donc je suis sûr que tout est là, mais au final, ça a résulté dans le dernier morceau enregistré pour l’album, « I’m Ready », qui a été enregistré la semaine après avoir enterré ma mère. J’étais en studio en train de chanter et je me suis arrêté… Jamey n’était pas là, mais Nicky Bellmore, qui a coproduit l’album, l’a orchestré, mixé, a joué la batterie, était là et je chantais cette phrase : « La mort laisse un chagrin que personne ne peut soigner, l’amour laisse un souvenir que personne ne peut voler. » Je me suis arrêté et j’ai demandé : « Est-ce que Jamey a écrit ceci à propos de ma mère ? » Car Jamey avait écrit la chanson, et il a répondu : « Ouais, effectivement. » C’était tellement beau, parce qu’il avait exprimé les choses auxquelles je faisais face, mais pas avec une ballade, ce qui est la solution de facilité, la méthode triste, mais avec puissance et colère, en criant « je suis prêt » – la chanson parle d’affronter la mortalité et la perte de quelqu’un, et c’était la dernière chanson pour l’album, et elle encapsule véritablement à quel point Jamey ressentait Dee Snider, canalisait Dee Snider et comprenait Dee Snider pendant la conception de cet album.

« J’avais besoin qu’on me remette à ma place, qu’on me remette les pieds sur terre pour les bonnes raisons, pour être la personne que je suis vraiment, et pas un trou du cul imbu de lui-même qui pense que personne ne sait mieux que lui, à qui personne ne peut parler ou dire quoi que ce soit. C’est la direction que je prenais, et je suis content que ça ne se soit pas produit. »

Quelle importance est-ce que ta mère a eu dans ta vie, et le rôle qu’elle a joué pour toi entant qu’artiste ?

Ma mère était une artiste et une enseignante d’art, et une chanteuse. Elle a chanté à l’église, dans un chœur, et j’ai aussi chanté dans le chœur pendant des années, à l’église. Elle a donc toujours eu une appréciation pour les arts, et même si elle ne comprenait pas toujours les choses que j’aimais, elle les a toujours défendues pour moi. Mon père était flic, un militaire, et ce n’était pas un artiste, il ne comprenait pas. Il voulait que je sois flic, il voulait que je sois comme lui, alors que j’étais ce gamin sensible. Il ne me comprenait pas, mais ma mère m’a payé des leçons de guitare – bon, j’ai abandonné la guitare parce que j’étais nul ! [Petits rires] Mais à la fois, elle m’encourageait à être artiste. Quand elle est morte, c’était très intéressant parce qu’à ses éloges funèbres, les gens disaient quelque chose à son sujet, et j’ai réalisé que c’était exactement la chose dont j’ai parlé au début. Ils disaient que Marguerite – c’est son nom – était toujours plus intéressée par le fait de montrer son dernier tableau que de parler de choses qu’elle a faite dans le passé. Ça m’a vraiment frappé : je le tiens de m’a mère ! Ce truc de « qu’en est-il de maintenant ? Ouais, c’est super, mais sur quoi tu travailles maintenant ? » Elle voulait voir sur quoi tu travaillais maintenant, et c’est ce que ça a engendré en moi : toujours travailler sur quelque chose de nouveau, toujours être excité par une nouvelle idée, un nouveau projet qu’on a. Et mec, tu n’as pas idée de combien de nouveaux projets j’ai. J’ai une société de production qui a un dessin animé pour enfants que nous venons de vendre, nous avons trois films d’horreur en développement, des émissions de télé en développement, je travaille sur un nouveau podcast, j’ai tellement de projets. J’ai participé à un show à Broadway qui s’appelait Rocktopia ; ils m’ont demandé de les rejoindre sur la route pour leurs concerts qu’ils font partout dans le pays. Je fais donc tellement de choses, tellement de nouveaux projets excitants, je n’ai pas le temps de parler de la vieille époque.

On va quand même rester dans le passé [petits rires] : on se souvient tous comment Twisted Sister a plus ou moins encouragé les adolescents à se rebeller contre l’autorité et leurs parents avec les clips de « We’re Not Gonna Take It » et « I Wanna Rock ». T’es-tu toi-même rebellé contre tes parents ?

Oh, ouais ! En réalité, c’était plus mon père. Le père et l’enseignant dans les clips, c’était un acteur qui jouait mon père. Cette fameuse réplique, « qu’est-ce que tu veux faire de ta vie ? », c’est ce qu’il me criait, il hurlait : « Qu’est-ce que tu veux faire de ta vie ? » Il trouvait que je gâchais ma vie et perdait mon temps avec la musique. Il voulait que je grandisse et devienne sérieux, et que j’arrête de rêver. C’était lui le moteur à cet égard, pas ma mère. Mais ouais, je me rebellais contre mon père, mes professeurs, mes patrons, mes pairs, tout le monde, parce que toute ma vie les gens me disaient « non, tu ne peux pas faire ça ! », et je voulais leur prouver à tous qu’ils avaient tort. Et je l’ai fait !

Au sujet de la reformation de Twisted Sister, tu as déclaré que « c’était marrant de jouer les vieux trucs mais [tu n’avais] rien écrit de neuf depuis le dernier album de Widowmaker. » Maintenant, tu es très actif en tant qu’artiste solo et a déjà sorti deux albums depuis que Twisted Sister s’est arrêté. Est-ce que ça signifie que tu ressens moins de pression à faire de la musique en solo par rapport à Twisted Sister où il aurait fallu être à la hauteur d’un héritage vénéré ? Est-ce que cet héritage était trop lourd à porter ?

Absolument, tu as raison, tu as tapé dans le mille, comme on dit. Les gars dans Twisted Sister voulaient faire de nouveaux albums, et j’étais celui qui n’arrêtait pas de dire non. Je veux dire que j’ai écrit toutes les chansons pour Twisted, et j’ai dit non. Le titre Twisted Sister nous a donné une scène sur laquelle jouer et un public, mais c’était aussi très restrictif. On a eu la preuve avec chaque artiste ayant un héritage et sortant de la nouvelle musique, je me fiche de ce qu’ils pourront te dire, ils ne vendent rien par rapport à ce qu’ils faisaient avant. Ça vend que dalle ! La nouvelle musique de ces artistes – je parle de Kiss, Iron Maiden, Mötley Crüe, Slayer, Judas Priest, qui que ce soit -, ce sont des chansons pour aller aux toilettes, et tout le monde le sait. A la minute où l’artiste dit « ceci est tiré du nouvel album, » tu peux voir les gens dans l’assistance partir aux toilettes. Je me souviens encore quand j’allais voir Led Zeppelin sur la tournée Physical Graffiti, mais ils ont commencé à tourner avant que l’album ne sorte, lorsqu’ils sont venus à Madison Square Garden – à guichet fermé – ils se sont mis à jouer « Kashmir », que personne n’avait encore entendu, la moitié du stade est parti aux toilettes et se chercher des bières, à boire et à manger. La moitié ! Donc, les gens ne veulent pas de… Et j’ai vu Elton John, j’ai vu Paul McCartney, j’ai vu les plus grandes stars au monde parler de la frustration de jouer de la nouvelle musique que les gens ne veulent pas entendre. Donc, au moins, en tant que Dee Snider, ils doivent en quelque sorte accepter que je ne suis plus sous une bannière. Je joue encore de la musique de Twisted Sister, en partie, parce que c’est mon héritage, mais au moins ils doivent dire « ah ouais, je suppose… », parce que je ne suis pas Twisted Sister. Lorsque je programme un concert, ils se disent que Dee va jouer quelques chansons de Twisted Sister mais qu’il ne vient pas en tant que Twisted Sister. Les tourneurs le savent et le public le sait, et je me fais beaucoup moins d’argent, soit dit en passant, beaucoup moins ! [Rires] Mais au moins, j’avais le sentiment qu’avec Twisted Sister, les gens ne voulaient pas entendre de nouvelles choses, tout comme ils ne voulaient pas que nous changions, ils voulaient que nous restions pareils, et il n’y avait aucune marge pour évoluer.

« [Le rock n’ roll] est un concours. Vous pouvez être amis en dehors du terrain, mais lorsque vous êtes dans le ring, ton boulot c’est de défoncer la gueule de l’autre gars. »

Une fois que c’était fini avec Twisted Sister, à la différence de tes collègues, tu as tout de suite repris ta carrière solo et a fait un album, une tournée, et maintenant un second album. Quel a été ton moteur et ton inspiration pour continuer à rester actif après tant d’années, pas seulement avec ton groupe solo mais aussi avec tant de projets divers et variés, alors que tu pourrais très bien te la couler douce ?

A : mon cerveau refuse d’arrêter de sortir des idées, mais B : j’ai souffert d’une descente aux enfers dévastatrice au début des années 90, financièrement et au niveau carrière, tout s’est effondré. Ce n’est pas que j’avais perdu mon argent, c’est que j’ai tout dépensé [petits rires], et tout d’un coup je me suis retrouvé fauché à devoir tout recommencer. La scène musicale avait changée et il n’y avait plus de place pour moi. C’était une époque vraiment effrayante – j’étais marié, j’avais trois enfants – et c’est là que j’ai commencé à faire toute sorte de choses. J’étais donc mû par un vrai désespoir. Et pour être totalement honnête, ça me motive toujours ; j’ai peur que ça se reproduise. Et même s’il n’y a vraiment aucune chance que ça se reproduise, c’était une expérience tellement horrible, tellement dévastatrice émotionnellement, de se réveiller un jour et n’avoir aucun argent, et n’avoir aucune carrière, et avoir trois jeunes enfants et une épouse qui te regardent, disant : « Qu’est-ce que tu vas faire ? » Et j’ai littéralement commencé à prendre des gagne-pains. Des gagne-pains ! Afin de subvenir aux besoins de ma famille pendant que j’essayais de voir ce que j’allais faire au niveau créatif, parce qu’il fallait que je sois créatif. Et les humiliations dont j’ai soufferts, parce qu’on pouvait encore me reconnaître – les gens reconnaissaient encore mon visage… Il y avait un moment donné, je roulais à vélo, parce que je n’avais pas de voiture, pour me rendre à un boulot de bureau, à répondre à des appels téléphoniques, pour quelques centaines de dollars la semaine ! Et des gens rentraient dans le bureau en disant : « Tu ne serais pas Dee Snider ? » Et je mentais en disant que non. Et les gens me croyaient quand je disais ça, parce que qu’est-ce que Dee Snider pourrait bien faire assis derrière un bureau à répondre au téléphone ? Voilà à quel point c’était moche. Voilà à quel point j’ai touché le fond. Donc le fait de pouvoir y aller, remonter la pente, s’en sortir et revenir de ça était difficile, et je l’ai fait, j’ai réussi beaucoup de choses, en faisant de la radio, de la télévision, de la comédie, et toute sorte de choses désormais, mais c’était très, très dur. Et j’ai toujours les cicatrices de cette expérience qui m’a faite souffrir, elles sont encore là. Donc cette expérience a continué de me motiver, et je ne peux tout simplement pas fermer les vannes !

Tu as récemment dit qu’il « n’y a pas un jour qui passe sans [te] pincer. » Est-ce le secret de ta longévité et ton succès : tu ne t’es jamais lassé de cette vie de musique, comparé à peut-être certains de tes pairs ?

Je ne sais pas si c’est vrai, mais si c’est le cas, alors peut-être est-ce parce que j’apprécie à quel point je suis béni et chanceux, car le talent en fait partie, la motivation en fait partie, la persévérance, tout ça sont des parts importantes de l’équation, mais il y a plein de gens qui ont du talent qui essayent, persévèrent, n’abandonnent jamais et n’ont jamais l’opportunité. Il y a cette question d’être là au bon endroit au bon moment, et c’est quelque chose de difficile à provoquer. Effectivement je me pince, parce que je me sens béni, et j’apprécie tout ce que j’ai. Ecoute, je suis plutôt du genre à voir le verre à moitié plein, or je pourrais aussi voir le verre à moitié vide : je pourrais dire que je suis frustré que Twisted Sister n’a pas eu de longévité dans sa carrière… Nous avons eu une longévité pour ce qui est de la capacité à faire des concerts et jouer des vieux succès, mais durant nos débuts, nous avons travaillé pendant dix ans pour percer, et une fois que nous avons percé, nous n’étions là que pour quatre ou cinq ans avant d’être finis, alors que Mötley Crüe, Metallica ou Iron Maiden ont continué bien plus longtemps. Et est-ce que je pense que nous méritions une carrière bien plus longue ? Oui, je le pense. Mais je ne me focalise pas là-dessus. Et je crois aussi que je devenais trop mégalomane, je devenais une mauvaise personne… Si j’avais continué sur cette voie, j’aurais perdu des choses qui me sont très importantes. Ça fait quarante-deux que je suis avec ma femme, et nous avons failli divorcer durant l’âge d’or de Twisted Sister, parce que j’étais devenu un gros connard. J’aurais tellement perdu, et si j’avais continué, je serais aujourd’hui l’une de ces stars laides et horribles, comme Madonna ! [Rires] J’aurais été une de ces personnes, et je suis content que ce ne soit pas le cas. J’avais besoin qu’on me remette à ma place, qu’on me remette les pieds sur terre pour les bonnes raisons, pour être la personne que je suis vraiment, et pas un trou du cul imbu de lui-même qui pense que personne ne sait mieux que lui, à qui personne ne peut parler ou dire quoi que ce soit. C’est la direction que je prenais, et je suis content que ça ne se soit pas produit.

Qu’est-ce qui a empêché que ça se produise ?

L’échec ! [Rires] Ce qui l’a empêché était exactement la même chose qui a fait que je suis devenu… Tu sais, j’ai écrit toutes les chansons de Twisted, j’ai créé les clips, et avec ma femme, les costumes, le maquillage et tout. Mais je suis devenu tellement imbu de moi-même que je ne voulais écouter plus personne, personne ne pouvait me parler : ni mes collègues dans le groupe, ni le management, ni les membres de ma famille, et ma femme était la seule personne qui voulait bien encore me dire non. Et j’ai dit : « Je ne veux pas entendre non, de ta part ou de la part de qui que ce soit, » et c’est là que les choses ont failli s’effondrer avec elle. Mais heureusement, j’ai vu un psychiatre, et aussi le groupe s’est désagrégé [rires], et j’ai commencé à merder, parce que… Personne ne connait toute l’histoire ! Donc j’ai foiré, mais c’était pour le mieux, pour que je m’améliore.

« A l’intérieur, je suis toujours ce jeune gamin énervé et agressif. C’est en moi, mais je sais que je n’ai pas envie de me pousser au point où je ne peux plus marcher et faire des choses. Je sais que j’ai atteint mes limites. »

J’ai vu plusieurs interviews de toi et tu sembles avoir du mal à te qualifier d’ « artiste ». Pourquoi ?

C’est juste qu’ « artiste » est un mot tellement grandiose. Quelqu’un m’a dit : « Qu’est-ce que tu aimerais avoir sur ta stèle, sur ta pierre tombale ? » Et j’ai dit : « Il nous a diverti. » Je fais toute sortes de choses, je chante, je joue la comédie, je fais du rock, je fais de la radio, j’ai parlé en public, et j’espère que je divertis les gens. Je suis plus à l’aise avec ce mot, « divertissement ». « Artiste » paraît trop sophistiqué.

Tu as souvent provoqué ou même combattu d’autres groupes sur leur capacité à mettre en place un meilleur spectacle live que Twisted Sister, que ce fusse Manowar ou Kiss à qui tu as suggéré de faire une sorte de combat de rock. As-tu toujours perçu le rock n’ roll comme une grande compétition ?

Une compétition ? Absolument ! C’est comme être un athlète, un boxeur, ou jouer dans une équipe de foot, ou de football américain, de baseball, peu importe. C’est toi contre eux. C’est un concours. Vous pouvez être amis en dehors du terrain, mais lorsque vous êtes dans le ring, ton boulot c’est de défoncer la gueule de l’autre gars. Je ne sais pas s’il y a des règles [rires], mais à la fois, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de règles sur la façon de faire ça. Fait le boulot : c’était la devise de Twisted Sister depuis le premier jour où nous nous sommes formés. Gagner à tout prix ! Même si tu dois tricher ! Quelqu’un de Nascar – qui est une course automobile – a dit : « Si tu ne triches pas, tu ne gagnes pas. » [Rires] Donc, en gros, peu importe ce qu’il en coûte, vas-y pour gagner ! Oui, la réponse est que c’est une compétition.

A propos de l’arrêt de Twisted Sister, tu as déclaré qu’il « faut littéralement que [tu] arrête[s] de tomber au sol et t’écraser le corps par terre et ramper à quatre pattes. [Tu as] fait ça jusqu’au dernier jour de Twisted Sister. » Est-ce que tu as toujours ce souci ou défi de proposer un grand show avec ton groupe solo ou bien es-tu plus détendu à ce niveau, surtout d’un point de vue physique ?

Non ! Ça craint, parce que je joue désormais ce metal incroyablement agressif, et je dois m’arrêter de… Les gens me disent : « Dee, tu assures sur scène ! » Mais je sais ce que je fais et ce que je ne fais pas. Je sais que je ne headbang pas. Je ne peux pas. Mon cou refuse de tourner jusqu’au bout maintenant. Je sais que mon cerveau… J’ai envie de me laisser tomber, de me rouler par terre, j’ai envie de le faire parce que c’est théâtral, c’est puissant, je le ressens ! J’ai envie parfois de tomber à genoux et chanter. Sur la mainstage du Rockfest, à Barcelone, je me disais : « Si je tombe à genoux… J’ai déjà eu une opération du genou [petits rires], je n’en veux pas une autre. » Donc je m’empêche littéralement de faire ces choses que je sais que je veux faire, parce que dans ma tête, je suis toujours… J’ai lu un article qui disait que pour être un véritable headbanger, il faut être un gamin de quinze ans. A l’intérieur, je suis toujours ce jeune gamin énervé et agressif. C’est en moi, mais je sais que je n’ai pas envie de me pousser au point où je ne peux plus marcher et faire des choses. Je sais que j’ai atteint mes limites, c’est pour ça que j’ai quitté Twisted, c’est une autre raison, parce que dans Twisted Sister, je ne pouvais pas m’arrêter.

Tu as soutenu les professeurs sous-payés et leur a dédié « We’re Not Gonna Take It » durant une prestation de Rocktopia. N’est-ce pas ironique pour quelqu’un qui a fait un clip martyrisant un professeur sur la chanson « I Wanna Rock » ?

Oui, c’est ironique, c’est la définition même de l’ironie ! C’était tellement marrant, parce que les professeurs, ils me détestaient. De nombreux enseignants, dans les années 80, venaient me voir en disant « merci beaucoup ! » « C’est quoi le problème ? » Ils disaient : « Parce que je suis prof. Chaque fois que je me retourne, un stupide gosse cri ‘I Wanna Rock’ dans la salle de classe. » [Rires] Mais ensuite, voilà, trente ou quarante ans plus tard, ils protestent contre leurs bas salaires, et ils chantent « We’re Not Gonna Take It ». Mais je n’ai jamais été contre les enseignants, j’ai toujours respecté leur boulot. C’était un clip amusant à propos d’un trou du cul de professeur – parce qu’il y a des trous du cul parmi les professeurs, ils ne le sont pas tous, mais il y en a -, et le but était juste d’exprimer une frustration envers ces professeurs qui sont des enfoirés. Ouais, mais c’est la définition même de l’ironie.

A propos de cette expérience avec Rocktopia, à chanter ces grands classiques en compagnie d’un orchestre de soixante musiciens : as-tu le sentiment qu’il y a davantage de liens entre le rock et la musique classique qu’on pourrait le croire ?

J’ai toujours pensé que les grands compositeurs, surtout ceux comme Bach et Beethoven, étaient les metalleux de leur époque. Ils travaillaient avec ces énormes orchestres pour créer des sons puissants. Ce qui les définissait n’étaient pas les passages calmes, c’étaient les « da da da da » [chante les premières notes de la cinquième symphonie de Beethoven]. Ça c’est metal, mec ! C’est putain de metal ! Et s’ils avaient eu des guitares électriques et des amplificateurs Marshall pour travailler avec, je peux te garantir qu’ils l’auraient fait. C’est ce qui est amusant avec Rocktopia : ils ne font pas qu’orchestrer le classic rock, ils combinent littéralement la musique classique et le rock. Donc tu as des chanteurs d’opéra, des chanteurs de Broadway et un chanteur de rock jouant au même endroit, faisant de l’opéra, des morceaux classiques et des chansons de classic rock.

« Il y a encore du chemin à parcourir avant d’obtenir un respect total et qu’on n’ait pas des gens qui ne sont pas de vrais fans se défouler et rire à des concerts d’AC/DC parce qu’ils trouvent ça amusant. Le metal est amusant, bien sûr, mais c’est un style de vie, c’est l’expression de qui nous sommes en tant que personne, en nous. Ce n’est pas une blague. »

Ce n’était pas intimidant même pour un showman accompli comme toi ?

Incroyablement ! Je n’ai jamais chanté une ballade de ma vie ! J’y ai été et la première chanson que j’ai dû chanter était « Stairway To Heaven ». Je suis quelqu’un qui bouge sur scène, et pendant la seconde moitié de la chanson, ouais, tu peux envoyer la sauce, mais sur la première moitié, je devais monter sur scène, face à une salle de spectacle de Broadway bondée et chanter. Tu ne peux pas y aller et chanter « There’s a lady who’s sure… » en grognant. Il faut respecter la musique. J’ai ouvert la bouche et le public avait littéralement le souffle coupé quand j’ai commencé à chanter avec une voix criée. Ces notes sont intouchables, et le fait de chanter, et être jugé uniquement sur sa prestation vocale, je n’avais jamais fait ça de ma vie. C’était terrifiant ! Mais c’était un défi, et j’adore les défis. Ils avaient un chanteur de rock différent chaque semaine, mais ils sont revenus vers moi et m’ont demandé de rejoindre Rocktopia et être le chanteur de rock attitré du spectacle. Je suis donc honoré, et ça prouve que j’ai réussi le défi.

Penses-tu que le heavy metal finira par être considéré comme une forme supérieure d’art, dans quelques années, comme la musique classique aujourd’hui ?

Je pense que le style a encore du mal. Ca a été un peu rejeté et ignoré, puis dans les années 80 le grand public l’a découvert et il a été commercialisé, et ensuite c’est revenu dans l’ombre. Car ça ne peut vraiment pas être commercial – la commercialisation détruit la musique. Mais de mauvaise grâce, les gens ont fini par l’accepter. Donc c’est connu. Ils sont là : « Ouais, c’est du heavy metal. » C’est quelque chose qui existe ; ça ne va s’en aller. Mais ensuite, une part de cette acceptation est ironique : on voit des gens qui ne sont pas des fans de metal faire le signe des cornes et porter des t-shirts de Slayer. Ils nous ont pris nos symboles et les trucs cools, et ils essayent d’être genre « on peut aussi porter ça. » Donc c’est frustrant. Un groupe comme Metallica est accepté, tout comme AC/DC, à grande échelle. Donc oui, mais il y a encore du chemin à parcourir avant d’obtenir un respect total et qu’on n’ait pas des gens qui ne sont pas de vrais fans se défouler et rire à des concerts d’AC/DC parce qu’ils trouvent ça amusant. Le metal est amusant, bien sûr, mais c’est un style de vie, c’est l’expression de qui nous sommes en tant que personne, en nous. Ce n’est pas une blague. Il y a encore des gens qui pensent que le metal est une punchline.

C’est tout pour moi. Merci pour le temps passé à discuter !

C’était super de parler avec toi, et ton anglais est top, merci à toi. Je respecte tous ceux qui maîtrisent une autre langue, ou même essayent une autre langue, parce que c’est très difficile, donc je le respecte et je l’apprécie, donc merci.

T’es-tu déjà essayé au français ?

Tu sais quoi ? Lorsque je suis en France… Ma femme et moi, et notre fille, nous adorons la France. Vous avez un super pays avec un super peuple. Tu le sais peut-être ou pas mais les Français ont leur réputation, en dehors de vos frontières, comme étant vulgaires et peu serviables, froids et ainsi de suite. Lorsque je suis en tournée, je ne profite jamais du pays, donc ce n’était pas avant de venir avec mon épouse en France, simplement en vacances, pour la première fois, que j’ai pu vraiment vivre ce qu’était la France. Je lisais des livres et ils disaient que les Français avaient la réputation d’être froids mais ils ne le sont pas, et on découvrira que la plupart des Français parlent un peu anglais, mais c’est embarrassant de bredouiller dans une autre langue. C’est vrai ! Donc ça disait que si tu essayes juste de parler un peu de français, les mots les plus simples, « Bonsoir, parlez-vous anglais ? » (en français dans le texte, NdT) et qu’ils voient que tu fais l’effort d’essayer, ils s’ouvriront et viendront vers toi. Et c’est tellement vrai, rien qu’en prononçant ces simples mots, en ayant l’humilité d’essayer et bafouiller dans une autre langue, j’ai trouvé que les Français étaient plus qu’heureux d’essayer de t’aider. Ca a super bien marché, et nous n’avons rien vu de ce que les Américains ou même les Anglais voient. Les Américains ont la réputation d’être de sales Américains, s’attendant à ce que tout soit en anglais et américain. Ils veulent que ce soit à leur manière, comme ils font en Amérique. C’est vraiment ça ! Les Américains sont comme ça. Ils se rendent dans d’autres pays et s’attendent à manger un putain de hamburger comme aux States et que tout soit comme aux States. Et c’est n’importe quoi ! Lorsque tu es à Rome, fait comme les Romains. J’ai vu comment se comportaient ce qu’on appelle les sales Américains en tant que touristes. Ils ne sont pas très bien traités en France [rires]. On va au restaurant et on dit « Bonsoir, bonjour, parlez-vous anglais ? » (en Français dans le texte, NdT), on s’y essaye un peu, et tout le monde est merveilleux, et puis il y a d’autres Américains qui débarquent et qui disent [en anglais] : « On peut avoir une table ? Hey, où est notre serveur ? Hey, serveuse ! Serveuse ! » Ils ne font que hurler, et ils se font ignorer. Nous on nous servira, et eux seront ignorés. Vous les Français savez comment redresser les connards. Je vous l’accorde : vous savoir comment traiter un trou du cul ! [Rires] Ce n’est pas vrai ce que je dis ? C’est juste, ce que j’ai vécu ? Je n’ai croisé que des gens supers quand j’ai été en France. J’adore la France. Le secret était juste d’essayer de s’intégrer, d’essayer d’être poli. De simples mots comme « merci » et « s’il vous plaît » permettent d’aller loin dans n’importe quelle langue, n’importe quel pays. Nous avons hâte d’y retourner. Nous y avons été à de nombreuses reprises et c’est juste fantastique.

Interview réalisée par téléphone le 24 juillet 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription : Julien Morel.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Stephanie Cabral (1, 2, 5, 7, 8) & Nicolas Gricourt (3, 6).

Site officiel de Dee Snider : deesnider.com

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  • WhoDoYouThinkIAm dit :

     » Gagner à tout prix ! Même si tu dois tricher ! Quelqu’un de Nascar – qui est une course automobile – a dit : « Si tu ne triches pas, tu ne gagnes pas. »  »

    Il y a que moi à qui cela pose un problème ?

    [Reply]

  • WhoDoYouThinkIAm dit :

    « La nouvelle musique de ces artistes – je parle de Kiss, Iron Maiden, Mötley Crüe, Slayer, Judas Priest, qui que ce soit -, ce sont des chansons pour aller aux toilettes, et tout le monde le sait. »

    Ah bon, première nouvelle ! Les deux derniers KISS sont tops, les avant-derniers Judas aussi. Très définitif le Dee Snider là dessus.

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  • total respect pour Mr Snider . Dee est et restera une bête de scène à la voix unique si reconnaissable.
    Il a la classe des grands en terme de showman et d’entertainer. La prestation de Twisted Sister en 1982 au festival de reading avait fait l’ effet d’une bombe. Une énergie incroyable. Lemmy était tombé sous le charme , c’est un signe.Tout reposait sur leurs prestations scéniques et sur les épaules de Dee , peut être un peu trop.
    Entièrement d’accord avec lui sur le principe de jouer en live un nouveau morceau avant la sortie d’un album. C’est hors contexte. Perso, un album se découvre dans son ensemble en l’écoutant sur un support officiel produit et fini. Faire du picking live sur un titre inconnu noyé dans une set-list connue est risqué.
    Ensuite , on s’approprie le matériel qu’on appréciera en live dans un second temps et pourra en résulter une interaction avec le public. Sans ça , tout tombe à plat.
    Dommage que Desperado , le projet associant Dee avec Bernie Tormé et Clive Burr, n’ai pas eu plus de chance de succès en son temps (1988-1990)

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  • Excellente interview.
    Il m’a deeverti!

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