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Interview   

Dee Snider et l’élixir de jouvence


Dee Snider a indéniablement un côté hyperactif, s’illustrant dans des domaines très divers de l’art et de l’entertainment, depuis l’écriture de films jusqu’à celle d’un roman, en passant par des émissions de radio et une série pour enfants. Dee Snider est un rockeur pas comme les autres, au mode de vie loin de l’image qu’on se fait habituellement (à tort ?) d’une rockstar, à la personnalité à la fois bien trempée et attachante, au bagout éclairé, et aussi toujours prompt à rebondir dans sa carrière. Exemple flagrant : son dernier album solo, For The Love Of Metal, qui lui a offert à soixante-cinq ans une toute nouvelle jeunesse et une place dans la scène contemporaine.

Joint par téléphone, Dee Snider nous parle de ce cycle immortalisé dans un album live sobrement intitulé For The Love Of Metal Live. On parle également de classiques – à l’image du « Highway To Hell » d’AC/DC avec lequel il clôt le set –, de sa nature entêtée, des fausses idées que les gens se font sur lui et de la part enfantine qu’il a toujours su garder en lui.

« AC/DC m’a beaucoup influencé et m’a aidé à comprendre qu’il n’y a pas besoin d’en faire des tonnes pour créer de la bonne musique. Il suffit de quatre accords pour faire une bonne chanson. Sans AC/DC, il n’y aurait pas eu ‘We’re Not Gonna Take It’. »

Radio Metal : For The Love Of Metal est un vrai succès et je sais à quel point tu es fier de cet album. Il n’est pas surprenant que tu aies décidé de documenter ce cycle avec un album et un DVD live. Avec le recul, quel est ton ressenti sur l’ensemble de ce cycle ?

Dee Snider (chant) : Je suis le genre de personne qui reste sur sa première réaction, même s’il arrive que ce ne soit pas la bonne [rires]. Et la première réaction qui m’est venue, c’est que c’est une preuve – la preuve que j’ai encore de la valeur et une place sur la scène metal contemporaine, pas seulement en tant qu’artiste rétro ou classique, mais en tant qu’artiste qui peut proposer de la nouveauté.

Cet album live arrive à point nommé, à un moment où les gens regrettent les concerts de rock…

Je vais te dire quelque chose qui va te faire croire que je suis Nostradamus, bien que ce ne soit pas le cas. Je n’ai pas eu de vision, je n’ai rien prophétisé, je n’ai pas vu l’avenir, mais au printemps 2019, j’ai dit à mes managers que je ne comptais pas me produire sur scène en 2020. Je voulais prendre une année sabbatique. Ils m’ont dit : « Tu prends une année sabbatique en 2020 ? » J’ai répondu : « Oui. Je veux me concentrer sur l’écriture de films, un livre, ce genre de choses. » Je ne me doutais pas qu’il y aurait une pandémie et que tout le monde finirait par prendre une année sabbatique en 2020 [rires]. Je suis coincé chez moi, comme tout le monde, et je n’ai rien d’autre à faire qu’écrire ! Du coup, j’ai écrit un roman et je travaille sur deux scénarios. J’ai eu ce que je voulais, mais je n’ai pas prédit l’avenir. [Mes managers] m’avaient dit : « On passe à côté d’une opportunité, tu es sur une bonne dynamique avec For The Love Of Metal. » Et j’ai répondu : « Nous n’avons qu’à filmer les concerts de cet été et sortir un album live. » Le timing est super, mais je n’avais pas prévu ça. Préparer un album et un DVD live prend du temps, ce n’est pas quelque chose… Si nous avions décidé, quand la pandémie s’est déclarée en février ou mars, de faire un album live, nous n’aurions pas pu le sortir avant l’automne. [L’album] sort cet été parce que nous travaillions déjà dessus à la fin de l’année dernière.

Les chansons présentes sur l’album live comptent parmi les plus heavy de ton répertoire, et ton groupe live est beaucoup plus heavy que ne l’était Twisted Sister. Même les vieilles chansons ont eu droit à un coup de boost. Quel effet cela te fait-il de chanter et de te produire avec ce genre de groupe derrière toi ?

Tu poses de très bonnes questions et je t’en remercie. C’est du sang neuf. Un vampire a besoin de sang neuf, et je tire beaucoup d’énergie et d’inspiration de musiciens plus jeunes. Ils ont commencé en tant qu’instrumentistes, mais en deux ans, ils sont devenus un groupe. Ils insufflent une nouvelle jeunesse aux vieilles chansons, comme tu l’as remarqué. Ça vient en partie du sous-accordage, de leur enthousiasme, des petits changements subtils avec juste ce qu’il faut de [il chante un riff en palm mute] aux bons endroits. Ça vient aussi du fait que j’ai délibérément choisi des chansons qui comptaient parmi les titres véritablement metal du catalogue de Twisted Sister – « Burn In Hell », « The Fire Still Burns », « You Can’t Stop Rock ‘n’ Roll », « Under The Blade ». Nous avions un côté très metal, et en me concentrant sur ces chansons avec ce groupe, je peux relier la nouvelle musique à l’ancienne.

À quel point le fait de jouer avec de jeunes musiciens t’aide-t-il à te sentir plus jeune toi-même ?

Je suis un fan de metal contemporain, et au fil des années, depuis Twisted Sister, je suis resté en lien avec la communauté grâce à mes enfants – qui, je suis ravi de pouvoir le dire, sont tous metalleux. J’ai assisté à des concerts, j’ai vu les groupes, j’ai écouté ce que le metal proposait de nouveau. J’ai toujours pris beaucoup plus de plaisir à écouter… Ce n’est pas que je n’aime pas le passé. Le passé est génial, mais j’adore l’énergie et la passion des groupes récents. Je vais voir des concerts, et quand je vois ces artistes, ça me donne envie de créer de la nouvelle musique, de la musique contemporaine. J’ai l’impression – je sais – que j’ai l’énergie de quelqu’un de plus jeune. Je lis tous les reports, toutes ces chroniques de concert qui disent : « Dee court partout comme s’il avait la vingtaine. La santé physique de Dee fait honte aux groupes plus jeunes » [petits rires]. J’ai travaillé dur sur certaines choses et je vois les résultats. Je n’essaie pas de dire que je suis un jeune homme, ce n’est pas le cas, mais j’en ai toujours l’âme. Et ces gamins, comme les frères Bellmore, apportent tellement d’enthousiasme au projet que je suis gonflé à bloc. C’est génial. J’ai envie de ressentir de la nouveauté. Je ne veux pas avoir l’impression de faire tout le temps la même chose.

« [Les gens] étaient choqués de découvrir que je suis intelligent, choqués de me voir à Broadway, choqués de m’entendre parler de diverses choses en interview, choqués de lire quelque chose que j’ai écrit. C’est frustrant qu’ils se disent simplement : ‘C’est ce cinglé qui hurle We’re Not Gonna Take It’. »

La set-list de For The Love Of Metal Live se termine sur « Highway To Hell » d’AC/DC, qui est sans doute la chanson de rock la plus iconique de tous les temps. Mais tu es toi-même responsable d’une autre chanson de rock iconique, « We’re Not Gonna Take It », que tu as probablement jouée à chaque concert ces trente-cinq dernières années. Selon toi, qu’est-ce qui fait que ces chansons sortent du lot dans l’inconscient collectif et l’histoire du rock, et ont un côté si rassembleur ?

Encore une bonne question. Tu devrais en faire ton métier. Ça devrait être ton boulot, mec ! [Rires] Qu’est-ce qui les fait sortir du lot ? Sans doute la mélodie et leur capacité à être chantées. J’ai beau adorer Sepultura et Pantera – je cite des vieux groupes, mais ça vaut aussi pour les groupes récents dont le chant n’est pas mélodique –, leurs chansons ne pourront jamais parler aux gens comme « We’re Not Gonna Take It » ou « Highway To Hell », parce qu’il y a quelque chose dans leur simplicité et le fait de pouvoir les chanter. Elles sont faciles à suivre. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai ajouté cette chanson à la setlist. AC/DC m’a beaucoup influencé et m’a aidé à comprendre qu’il n’y a pas besoin d’en faire des tonnes pour créer de la bonne musique. Il suffit de quatre accords pour faire une bonne chanson. Sans AC/DC, il n’y aurait pas eu « We’re Not Gonna Take It », parce que ce sont eux qui m’ont appris cette leçon. Ce sont les rois des chansons simples avec une mélodie accrocheuse et un message ou un thème qui parle au public. Je considère que « Highway To Hell » est l’hymne international du heavy metal, parce que ça parle pour chacun d’entre nous, partout dans le monde. Ça parle de vivre simplement, vivre libre [« living easy, living free »]. C’est ça, le rock ‘n’ roll ; c’est ce que nous sommes. Le message doit être présent.

For The Love Of Metal Live inclut une nouvelle chanson studio intitulée « Prove Me Wrong ». Tu as déclaré : « ‘Prove Me Wrong’ [‘Donnez-moi tort’] sont des mots que [tu] entends dans [ta] tête depuis le jour où [tu as] commencé à faire du rock. » Quelqu’un a-t-il déjà réussi à te donner tort ?

[Rires] À part ma femme, tu veux dire ? Ma femme m’a donné tort très souvent ! Il faut que je réfléchisse – les gens ont-ils déjà réussi à me montrer que j’avais tort ? Ça ne m’empêche pas d’essayer. Pour moi, la résonance de ces mots… J’ai aujourd’hui soixante-cinq ans, j’ai écrit des scénarios, des chansons, etc., et à présent, j’ai réussi à écrire mon premier roman. J’ai écrit quelques chapitres, que j’ai envoyés à un agent. Je les avais d’abord envoyés à des gens dont je respecte l’opinion et qui ont été très impressionnés par l’écriture. J’étais ravi et j’ai dit : « C’est très bien, ça. Je veux avoir l’opinion d’un agent littéraire. » Il m’a répondu en disant : « Dee, laisse l’écriture aux écrivains. » Ce à quoi j’ai rétorqué : « Je t’emmerde ! Je vais écrire ce putain de bouquin, je vais le faire publier et je t’enverrai un exemplaire dédicacé qui dira ‘je t’emmerde’! » Encore aujourd’hui, quand je dis que je veux tenter ou faire quelque chose de nouveau – mais ce n’est pas que moi, c’est aussi toi, c’est tout le monde –, le monde entier se tient prêt à dire « non ». Les gens sont beaucoup plus prompts à dire « on ne peut pas » qu’à dire « tu peux le faire ». C’est le monde dans lequel on vit. Je ne sais pas pourquoi c’est comme ça. Je pense que c’est de la jalousie, ou un manque d’assurance. Je pense que les gens ne veulent pas que les autres soient meilleurs qu’eux. Quoi qu’il en soit, on vit dans un monde où les gens sont toujours très prompts à dire : « Non, tu ne peux pas. » Et je réponds toujours: « Si, je peux. Donne-moi tort. » Je ne sais pas si qui que ce soit m’a déjà donné tort, mais je tente toujours le coup.

Les personnes négatives n’ont-elles pas eu sur toi l’effet inverse de ce qu’elles espéraient, à savoir qu’elles t’ont indirectement donné une motivation supplémentaire ?

Toujours ! Ça remonte à mes parents. On m’a dit non trop souvent : « Reste à ta place, ce n’est pas pour toi, c’est pour les autres, les gens mieux que toi, les gens différents. » J’en ai toujours tiré de l’inspiration. Malheureusement, la majeure partie des gens sur cette planète jettent l’éponge lorsqu’ils entendent ce genre de réaction négative. J’essaie toujours d’encourager les gens à ne pas baisser les bras, à croire en eux, à se battre et à rester droits dans leurs bottes. Ça a toujours été mon message. Je voulais aussi ajouter à propos de « Prove Me Wrong » que ce n’est pas un rebut de For The Love Of Metal. La chanson a été pensée en tant que bonus. Napalm Records m’a demandé : « Peux-tu ajouter une chanson bonus à l’album ? As-tu des restes de For The Love Of Metal ? » J’ai dit : « Non, nous avons tout utilisé, mais nous pouvons écrire et enregistrer une nouvelle chanson. » Charlie Bellmore et moi avons donc écrit et enregistré « Prove Me Wrong » pour cet album. Plus qu’une simple nouvelle chanson, c’est un message de ma part au public, pour dire que je suis là, que je vais continuer mon chemin, et voilà ce que vous pouvez espérer de Dee Snider. C’est une nouvelle chanson pour dire : « Voici le chemin sur lequel je me trouve. »

« Je ne savais pas qu’être une rockstar impliquait d’être dans un état lamentable et d’agir comme un connard tout le temps. Je ne savais pas qu’il fallait draguer tout ce qui bougeait et coucher avec toutes les groupies. Je n’ai jamais pensé qu’il y avait des règles. »

D’un autre côté, au cours de ta carrière, as-tu prêté attention à l’avis de ceux qui osaient te le donner ?

Pas suffisamment ! Maintenant, oui. J’ai appris des leçons précieuses pendant la période Twisted Sister. Quand mon groupe s’est cassé la figure et est parti en fumée, que j’ai dépensé tout mon argent et que j’étais complètement fauché… C’est une bonne chose d’être obstiné, d’avoir des opinions arrêtées et de dire : « Je me fous de ce que tu me dis, je vais de l’avant », mais il y a une différence entre se foutre des gens qui te disent que tu ne peux pas faire quelque chose et se foutre de ceux qui te donnent un avis sensé ou apportent une contribution intéressante. Aujourd’hui, j’écris des scénarios pour la radio et la TV, je développe des séries, ce genre de choses, et j’ai appris à travailler avec les autres. C’est comme coécrire des chansons pour Twisted Sister : j’écrivais toutes les chansons moi-même, je refusais de travailler avec qui que ce soit. J’ai découvert que j’étais capable de collaborer. Ça m’a conduit où j’en suis aujourd’hui ; j’ai commencé à travailler avec d’autres personnes, à accepter leurs contributions et à admettre que l’opinion des autres avait de la valeur. C’est une leçon que j’ai apprise, mais assez tard dans ma vie.

Tu as récemment déclaré que, avec l’âge, tu t’étais davantage tourné vers l’écriture et l’art de raconter des histoires, parce que tu te sens libre quand tu écris et qu’il y a certaines choses que tu ne peux pas faire avec cette dégaine. Cela signifie-t-il que tu te sens parfois piégé par la façon dont les gens te perçoivent et ce qu’ils attendent de toi en tant que chanteur et compositeur ? Ou simplement par la personne qu’ils pensent qu’est Dee Snider ?

À cent pour cent ! C’est frustrant quand les gens… Quand tu finis par être accepté pour quelque chose, les gens ont envie de dire : « OK, c’est ça que tu fais », et tu es limité à ça. Je vais te donner un exemple. J’ai participé à une série de concerts à Broadway appelée Rocktopia – un mélange de classic rock et de musique classique. Il y avait des chanteurs d’opéra, des chanteurs de Broadway et un chanteur de rock invité. Pendant un moment, j’ai été ce chanteur de rock. Ils avaient mélangé des chansons en associant musique classique et musique rock. Pendant le concert, je chantais « Stairway To Heaven », « Dream On » et « Kashmir ». Ma première chanson était « Stairway To Heaven », et au tout début, je la chantais comme Robert Plant la chante [il chante doucement « there’s a lady who’s sure… »], tout doucement, et on pouvait entendre le public réagir ! Parce que les gens s’attendaient à ce que je fasse [il chante la même phrase de façon agressive]. Et systématiquement, après le concert, je rencontrais des gens au meet and greet qui me disaient : « Je ne savais pas que tu savais chanter ! » Et moi : « Et je faisais quoi, alors ?! » Et ils disaient : « Oh, tu vois ce que je veux dire – genre, vraiment chanter. » Pendant le concert, il y avait aussi un moment où je chantais de l’opéra avec les chanteurs d’opéra. Quand je me mettais à chanter « Con Te Partirò » en totale voix opératique, les gens étaient debout, parce qu’ils étaient sidérés. Mais c’est un signe de… Ils étaient choqués ! [Rires] Ils se disaient : « Voilà qui est Dee Snider, il ne sait pas faire autre chose », et ils étaient choqués de découvrir que je suis intelligent, choqués de me voir à Broadway, choqués de m’entendre parler de diverses choses en interview, choqués de lire quelque chose que j’ai écrit. C’est frustrant qu’ils se disent simplement : « C’est ce cinglé qui hurle ‘We’re Not Gonna Take It’. »

Ce serait donc l’idée la plus fausse que les gens se font de Dee Snider ?

Il y en a sans doute un paquet. Il m’arrive d’aller à l’étranger et de me demander ce que racontent les magazines [rires], parce que… Je ne sais pas. Ils me posent des questions, et je me dis : « Mais où êtes-vous allés chercher ça ? » On croirait que je mange des enfants au petit-déjeuner ! Je veux dire, il y a beaucoup d’idées fausses, c’est certain. Mais j’ai plus ou moins construit ma carrière dessus, et j’avais commencé à penser que les gens avaient compris : « OK, Dee Snider n’est pas une rockstar comme les autres, il fait autre chose. » Même s’ils n’ont pas entendu mon émission de radio et ne m’ont pas vu à Broadway ou dans un film, ils ont tout de même entendu dire que je faisais tout ça. Donc ils commencent à l’accepter : « Ouais, Dee est juste bizarre, il faut plein de trucs. »

Récemment, tu as également déclaré que tu étais « une anti-rockstar en termes de style de vie, mais cela [t]’a été bénéfique sur le long terme ». Dirais-tu que cela vaut pour l’ensemble de ta carrière ? Tu sembles notamment avoir toujours été assez proche des gens…

Oui ! J’y pensais justement, c’était un bon exemple. Toute ma vie, j’ai été très honnête à propos de mon style de vie : pas de drogue, pas d’alcool, concerné par ma forme physique, mangeant sain, marié, des enfants, etc. J’ai dit ça au cours d’une interview, et d’un coup, c’était en ligne et dans les magazines rock. Les gens en parlaient : « Dee Snider, l’anti-rockstar ! » Je me suis dit : « Et ça vous surprend ? Après toutes ces années, c’est encore une surprise ? » J’en parle depuis une éternité ! Peut-être que les gens n’y croyaient pas, je n’en sais rien. J’ai déclaré que quand j’ai eu de l’argent, la première chose que j’ai achetée, c’était un club de sport ! Après une maison et une voiture, bien sûr, j’ai acheté un club de gym. C’était ma priorité. Sammy Hagar et Van Halen ont acheté une boîte de nuit, et moi, un club de remise en forme. Je ne sais pas pourquoi les gens continuent d’être surpris. Je viens de dire que j’avais l’impression qu’ils commençaient à comprendre, mais non. Je viens de réaliser qu’il y avait tous ces articles à base de : « L’anti-rockstar ! » Mais j’ai toujours été comme ça.

« Je suis plus intelligent que la plupart des autres [rockeurs]. Ça ne veut pas dire que je suis très intelligent, seulement que les autres ne sont pas des flèches [rires]. »

D’un autre côté, tu as déclaré que, à tes débuts, ton ambition était vraiment de devenir une rockstar. À quel moment cela a-t-il changé ?

Je ne savais pas qu’être une rockstar impliquait d’être dans un état lamentable et d’agir comme un connard tout le temps. Je ne savais pas qu’il fallait draguer tout ce qui bougeait et coucher avec toutes les groupies. Je n’ai jamais pensé qu’il y avait des règles. En fait, je pensais qu’être une rockstar, c’était être libéré des contraintes de la société et avoir la possibilité d’être qui on voulait. Je n’en savais rien. Du coup, je me suis toujours dit que je serais une rockstar, que je serais marié et que j’aurais des enfants. Je pensais que c’était un boulot, que ce serait mon job. Je vais te dire, ce n’est qu’en 1985, après les auditions au Sénat, quand j’ai évoqué publiquement le fait que je ne prenais pas de drogue, que je ne buvais pas, que j’étais marié, chrétien et que j’avais des enfants, que j’ai eu des réactions négatives de la part des fans et d’autres rockers. Ils étaient déçus. C’était la première fois que je réalisais que tout ça n’est pas acceptable dans la communauté rock et qu’il y a des règles pour être une rockstar. J’ai trouvé ça très décevant, mais je n’ai pas changé. J’avais toujours pensé que je pouvais être qui je voulais être, et d’un coup, les gens se sont mis à me dire : « Tu n’es pas un rocker, parce que tu ne fais pas la fête. Tu n’es pas un rocker parce que tu n’en as pas le style de vie. » J’avais toujours pensé qu’être une rockstar signifiait être ce qu’on voulait.

Quels ont été les avantages d’être une anti-rockstar dans ce milieu ?

Je suis plus intelligent que la plupart des autres. Ça ne veut pas dire que je suis très intelligent, seulement que les autres ne sont pas des flèches [rires]. J’ai l’air intelligent, mais je ne le suis pas tant que ça. Je suis dans la moyenne, je dirais. Beaucoup de mes pairs, comme on dit, ne sont même pas dans la moyenne. J’ai conservé mes cellules grises. Quand tout s’est effondré, comme ça a été le cas pour beaucoup, ça m’a permis d’explorer d’autres voies. Comme je l’ai dit, j’ai fait beaucoup, beaucoup d’autres choses : de la radio, de la télé, des films, de la production, de la voix off. J’ai même géré un studio d’enregistrement pendant un temps, parce que j’étais capable de penser clairement. Je me suis dit : « OK, on est dans les années 90 et je ne peux plus chanter pour gagner ma vie. Qu’est-ce que je peux faire désormais ? » J’ai été suffisamment intelligent pour développer ces carrières parallèles, ce qui m’a beaucoup aidé, et pour écrire mes mémoires, un roman et des scénarios. Aujourd’hui, on me paie pour écrire des scénarios pour d’autres compagnies. Et puis j’ai toujours fait du sport. Quand nous avons signé chez Atlantic Records et que nous étions en train d’enregistrer You Can’t Stop Rock ‘n’ Roll, je me souviens que nous avions demandé au président du label, Phil Carson, qui est aujourd’hui mon manager, où se trouvait la salle de sport ou le club de remise en forme le plus proche. Il avait répondu : « Aucun groupe ne m’a jamais posé cette question ! Ils veulent tous savoir où est le bar le plus proche, pas la salle de sport du coin ! » [Rires] Mais tous les gars de Twisted… Certains étaient davantage des fêtards, comme Eddie [Ojeda] et A.J. [Pero], mais d’autres, comme Jay Jay [French] et moi, allions à la salle régulièrement. Nous faisions du jogging, nous faisions du sport, nous restions en forme. Ça a été un avantage sur le long terme parce que j’ai toujours… Les gens me demandent : « Comment es-tu aussi en forme ? » Je réponds simplement que j’ai toujours vécu ce style de vie. J’ai toujours eu ce côté athlétique.

Pour finir, tu as travaillé sur deux projets pour les enfants : une série Netflix et un album illustré basé sur la chanson « We’re Not Gonna Take It ». Dirais-tu que, au fond, les rockers sont des enfants et vice-versa ?

Pour commencer, je tiens à préciser que je n’ai rien à voir avec ce livre. Ils m’ont seulement demandé s’ils pouvaient utiliser les paroles pour écrire un livre pour enfants, et j’ai éclaté de rire ! Je leur ai demandé s’ils étaient sérieux, et ils ont dit : « Oui, on pense qu’elles sont très bien pour les enfants. » J’y ai réfléchi et j’ai dit : « Encourager les gamins à se rebeller… OK, ça me va ! » Et ils ont fait leur truc. Je ne sais rien en dehors du fait qu’on m’a demandé la permission. Je suis aussi surpris que tout le monde, crois-moi. Mais si tu vis ta vie correctement, l’enfant que tu étais devrait toujours être en toi. Pour moi, ça se ressent quand j’écoute du metal et que je fais du rock. J’ai l’impression d’être sans âge quand j’écoute cette musique. Quand nous étions gamins, les gens pensaient que le rock nous passerait, mais ce n’est pas le cas ! Nous finirons tous dans des maisons de retraite, à écouter notre musique avec nos écouteurs et à bouger la tête, et tout le monde pensera que nous sommes cinglés. Ça ne disparaît pas. Ça reste en toi et je pense que ça fait ressortir l’enfant qui est en toi, ce qui n’est pas une mauvaise chose. Plus de gens auraient besoin de faire sortir l’enfant qui est en eux. À l’inverse, je peux te dire que je suis sidéré quand je vois sur les réseaux sociaux combien de gamins s’éclatent sur « We’re Not Gonna Take It » et « I Wanna Rock » et s’habillent comme moi. Je ne comprends pas ! J’écris aussi la musique pour une série pour enfants qui s’appelle Monsters Rock, et il y a un lien avec le heavy et le rock ‘n’ roll, mais il y a aussi quelque chose avec… Pour revenir à ta question de tout à l’heure sur les hymnes, c’est la même chose avec la façon dont des chansons comme « Highway To Hell » parlent aux les gens à un niveau très primaire : même les enfants qui entendent ces chansons se mettent à chanter. Je ne sais pourquoi, mais je remercie Dieu pour ça.

Interview réalisée par téléphone le 22 juin 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Nicolas Gricourt.
Traduction : Tiphaine Lombardelli.
Photos : Stephanie Cabral.

Site officiel de Dee Snider : deesnider.com

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