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Chronique   

Deep Purple – Infinite


Il aura fallu attendre quarante-cinq ans pour voir Deep Purple et le producteur Bob Ezrin joindre leurs talents, alors qu’en y réfléchissant bien, l’association des deux tombait sous le sens : il suffit pour s’en convaincre de voir les succès qui ont marqué leurs carrières respectives, et par la même l’histoire du rock – Welcome To My Nightmare (Alice Cooper), Destroyer (Kiss) et autre Get Your Wings (Aerosmith) pour le producteur. Et l’album de 2013, Now What?!, n’aura fait que démontrer ce que l’on avait pu théoriser : Deep Purple et Bob Ezrin sont faits pour travailler ensemble, le premier ayant sans conteste bénéficié de la direction artistique et maîtrise technique du second. Roger Glover parle même de « révélation ». Alors comme on dit, on ne change pas une équipe qui gagne, et c’est tout naturellement que la fine équipe a remis le couvert avec Infinite.

Surtout, si l’on considère l’expérience stratosphérique de chacune des parties, la collaboration entre Deep Purple et Bob Ezrin donne le vertige ; ce vingtième opus porte, au moins pour ça, bien son nom. Pourtant, musicalement, Infinite n’a rien de vertigineux ; il n’est pas de ces albums pédants et pompeux qui installeraient une distance entre eux et l’auditeur. Au contraire, il est un album qui prend l’auditeur par la main, avec beaucoup de bienveillance, pour l’emmener dans son monde. Un monde lumineux et cosy. On a parfois l’impression d’être au beau milieu des musiciens, tous affichant un sourire jusqu’aux oreilles pendant les jams endiablés qui parsèment les compositions. Ian Paice swing avec agilité et insouciance, Steve Morse nous fait fondre avec ses leads au touché moelleux, Don Airey se montre volubile et malicieux, et même plutôt insolent sur « Time For Bedlam »… Chacun apporte sa pierre à l’édifice, mis en valeur par un mix, une fois de plus, impeccable.

Deep Purple joue tantôt sur la légèreté, comme sur un « All I’ve Got Is You », aux couplets sautillants et solos aériens, voire psychédéliques, ou le progressif « Birds Of Prey » qui nous fait décoller dans les nuages avec ses sonorités cotonneuses, et tantôt sur la lourdeur, à l’image d’un « Get Me Outta Here » au groove basse-batterie à la fois écrasant et élastique, taquiné par des syncopes de guitare. Et puis il y a « The Surprising » qui joue un peu le rôle que jouait « Uncommon Man » sur Now What?!, soit celui de l’envolée épique, classieuse, profondément progressive dans sa façon de nous balader dans ses méandres et valons à couper le souffle. Deep Purple s’amuse, de cette voix traitée façon sci-fi rétro qui ouvre l’album jusqu’à aller finir sur une reprise des Doors, la bluesy « Roadhouse Blues », son shuffle, son harmonica, son piano de saloon, qui sent bon la poussière et le bourbon. Et comment ne pas esquisser un sourire en tombant sur ce clin d’œil au « Louie Louie » de Richard Berry/The Kingsmen sur « Johnny’s Band » ?

Deep Purple ou l’art de masquer les prouesses, rendre la technique transparente et donner l’impression qu’il n’y a rien de plus facile, en témoigne le final de « Birds Of Prey » – « et dire qu’il pense qu’il est nul, ce qui est le plus incroyable, il est phénoménal ! » s’était exclamé Ezrin à la fin de l’enregistrement de ce long solo de Steve Morse à dresser les poils sur les bras. Mais il y a surtout un sens du dosage que seules les années de pratique permettent d’acquérir : des passages jammés sans mettre l’auditeur sur la touche, des structures lisibles sans être trop prévisibles. Alors certes, on pourra reprocher un côté un peu « pépère », avec des tempos qui feraient passer « Highway Star » pour épileptique, ou un Ian Gillan qui n’est de toutes évidence plus capable des hauteurs d’antan, et a la sagesse de ne pas chercher à s’y brûler les ailes, mais la finesse et la pertinence du propos compensent pour la fougue perdue. Même si le groupe dément aujourd’hui toute volonté de faire d’Infinite son ultime album, l’idée que les jours de Deep Purple puissent être comptés – ils ne vont pas en rajeunissant, sans parler du contemporain Black Sabbath qu’on a récemment vu raccrocher – devrait nous pousser à chérir une œuvre d’une telle fraîcheur après tant d’années.

Note : on vous conseille par ailleurs le documentaire d’une heure et demi qui accompagne l’album. Toute sa conception a été filmée. On suit le groupe et Bob Ezrin en train de concevoir les chansons, des toutes premières étapes de la composition jusqu’à l’enregistrement, en passant par l’écriture des paroles et autres images de la vie du groupe. Instructif et passionnant.

Clip vidéo de la chanson « All I’ve Got Is You » :

Lyric video de la chanson « Time For Bedlam » :

Album Infinite, sortie le 7 avril 2017 via earMUSIC. Disponible à l’achat ici



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  • LIBERATO dit :

    la seule chose réelle , c que ian paice est immortel ! quel batteur mes amis ! extraordinaire !! en live le trio paice , glover et Airey est vraiment excellent ! bàv … ce n’est que mon avis ! pas de prise de tête svp , merci 🙂

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  • LIBERATO dit :

    j’ai pris plus de plaisir d’aller voir Rainbow l’été dernier , car il y avait de mauvaises choses mais des choses de qualités exceptionnelles ; au moins on ne s’ennuie pas !

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  • LIBERATO dit :

    FRANCHEMENT , cet album est un grand cadeau pour Ritchie Blackmore ; parce que malgré tout que son absence se fait sentir : que c’est mou !! mon dieu ! je sais vous dire ligne par ligne ce qui va s’entendre en découvrant ! léger , téléphoné  » comme on dit en Belgique  » et aucun mystère ; rien d’x plosif ! je préfère avoir un album moins  » bon élève  » et sous une norme anti critique … on assure et avoir un album avec quelques déceptions mais des choses comme  » burn  » , stargazer ou the battle rage on … je pense que ce cover Band doit arrêter de faire des albums et faire des longues tournées de gala sur la période mk2

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  • Un album très bon. Le groupe ne prend pas une ride. Aprés l’arrivé de steve Morse il y a quelques années je regrettais la guitare de blackmore, c’est normal. Ensuite des albums m’ont décu. Mais par contre ce dernier album je le conseil de la nostlagie pour le genre deep purple que je connais depuis toujours, depuis ses débuts je me souvient de black night ,j’étais au collège . de l’autre coté black sabbath jouait paranoid. Je ne regrette pas mon époque qui m’a permis de passer de l’accordéon de mes parents à tout les nouveaux style. Je reste ancré toujours sur mes vieux souvenirs 70/80. Longue vie à deep purple.

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  • C’est vrai que c’est classieux, le dernier album l’est, mais c’est aussi du au son très propre. Parce que globalement ça fait un peu « mou » je trouve. Or la caractéristique du groupe c’était son côté un peu déjanté. Donc là je trouve pas ça très intéressant.

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  • Deep Purple est le groupe majeur du hard rock avec des titres comme child in time ou smoke on the water..
    Il a su évoluer pour ne pas refa

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    ear

    Deep purple a su évoluer pour ne pas refaire la même sonorité musicale que dans les années 70 contrairement à certains groupes qui refont toujours la même chose et qui vivent uniquement avec leur image
    Les 2 derniers albums sont « classieux » et modernes sans chercher à révolutionner ( l’apport différent de Morse y est pour quelque chose sans doute)

    LIBERATO

    pas d accord justement , on essaye de refaire le son 70 , mais sans magie … a quoi bon ! Steve Morse qui est un excellent guitariste jazzy ( voir ses propres productions des années 90 ) n ‘est qu’une pâle copie de ritchie Blackmore … on dit qu’il joue à sa manière propre ? c totalement faux , dans l’album précédent tous ses solo sont très blackmore 69-73 ! des choses d  »in rock  » machine head … gillan chante 10 CRANS plus bas que dans le passé … ils vous ont bien bluffés … ce sont des pro ! Vous verrez , DEEP PURPLE va s’arrêter .. c prévu et Rainbow va renaitre de ses cendres d’ici deux ans … il y a déjà des nouvelles compositions qui sont prêtes … je connais blackmore le sorcier , il va leur jouer un vilain tour car dans sa tête … il y a toujours ce génie qui dort !

    Pat

    @LIBERATO : Le groupe n’essaie en rien de refaire le son des années 70 . Lord n’est plus là . Question chanteur capable de réaliser les mêmes prouesses vocales qu’ à ses début , il n’y a que Glenn Hughes . Tous les autres , Gillan y compris,n’ y arrivent plus ce qui physiologiquement normal . Le reste du groupe descend donc d’une a plusieurs tonalités pour que ce soit réalisable en live. Et alors ? Je n’y voit rien à redire tant que ça sonne , et ça sonne encore très bien . Des pros ? oui , ce sont des pros. Celui qui attend encore un In Rock ou un Fireball en sera pour son argent . Nous sommes en 2017 et les mecs ont pris 36 ans de plus . Faut pas rêver . Cela étant, Infinite est un excellent album , tout comme Now What?.
    Steve Morse : que dire ? soit il fait du Steve Morse et tout le monde va lui tomber dessus en lui reprochant en permanence qu’ il n’est décidément pas Blackmore , ce qu’il n’a d’ailleurs jamais prétendu .
    soit il fait du Ritchie et là on va crier à la pâle imitation sans le génie de l’homme en Noir . Alors que faire ? Ben tout simplement ce qu’il fait très bien : Du Morse mesuré dans un esprit Deep Purple calibré .
    Le gars à tout mon respect mais quand je vois des critiques pareilles , je le plains .
    Rainbow ? Tu as vu le grand Rainbow quelque part ? Impossible. Dio , Powell et Bain ne sont plus , donc CQFD .Tu veux peut être parler du concert de l’été dernier avec cet iroquois jouant sur un kit de batterie d’un enfant de 5 ans affublé d’un bassiste qui avait oublié de retirer son pantalon de pyjama ? le gars semblait se demander aussi ce qu’il faisait là … Juste horrible à voir et à entendre .
    Même le très talentueux Jen Johansson semblait complètement bridé . Le chanteur bien que très capable , n’avait du talent que pour faire du copier/coller de Dio. Autant embaucher Jorn , au moins il a de la présence scénique .Romero n’en a pas .
    Quand on affiche un retour de Ritchie Blackmore ‘s Rainbow , on ne se sert pas du matériel de Deep Purple, quand bien même il fasse partie de son glorieux passé . On joue du Rainbow en oubliant la dernière partie à la Foreigner marquée par la présence désastreuse de Turner . Spotlight Kid ? sans déconner . A light In the Black ou Tarot Woman c’est mieux .
    Rainbow ne peut donc pas revenir car le « sorcier » Ritchie a de l’arthrite, c’est lui qui le dit . Il a de plus de plus mal quand il joue . Ce n’est pas le EP 2 titres annoncé qui changera quelque chose.
    Il pourrait rappeler Daisley , Carey , Rondinelli ou encore Doogie White . ça aurait déjà plus de gueule . Mais tant que Candice est là , faut pas réver . elle préfère recruter sur You Tube .
    Très fan de Deep Purple et du grand Rainbow de Dio + Down To Earth et Strangers in us All , je ne me fais pas d’illusion . et c’est tant mieux .

  • WhoDoYouThinkIAm dit :

    Jolie chronique mais qui laisse l’impression d’un album moyen ?

    [Reply]

    Duncan

    J’ai plus eu l’impression que c’était un album contemplatif, lyric, que moyen perso

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