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Live Report   

Deep Purple : tout n’a tenu qu’à six cordes


Pendant près de huit ans, soit depuis la sortie de l’album Rapture Of The Deep, Deep Purple n’a presque pas cessé de faire des concerts, jouant dans cette période près de cinq cent soirs avant de retrouver le chemin des studios et d’offrir un Now What?! qui ne laisse présager que du bon pour la suite.

Et si, pendant des années, ce quintet de légendes pouvait compter sur une setlist à toutes épreuve, blindée de classiques et de tubes immortels à l’efficacité prouvée, il lui faut désormais réaffirmer la qualité de ses concerts avec un nouveau programme, en intégrant ses nouvelles compositions, pour qu’elles se mesurent directement à leurs aînées et à l’avis d’un public qui n’a pas forcément eu le temps, encore, en quelques semaines, de les connaître aussi bien que toutes ces chansons des années 70 dont le groupe ne saurait se séparer.

Alors, direction la Foire Aux Vins de Colmar pour goûter au Deep Purple nouveau, et voir s’il diffère vraiment de « l’ancien ».

Artistes : Deep PurpleBlue Öyster Cult
Date : 13 août 2013
Salle : Foire Aux Vins
Ville : Colmar

Colmar on flame with rock’n’roll !

Mais pourquoi se contenter d’un seul groupe dont les œuvres ont planté le germe du heavy metal dans les Seventies quand on pourrait en avoir deux le même soir ? Pas de plainte ? Pas de réclamation ? Tant mieux car l’organisation offre en première partie, alors qu’ils sont en pleine tournée américaine, Blue Öyster Cult, pour leur unique date européenne cette année.

Et les gars ne font pas traîner l’affaire en démarrant sur le bluesy « The Red And The Black », premier titre de leur second album (qui a fêté cette année ses quarante ans) dégainant aussi sans attendre toute la section de cordes. Car Blue Öyster Cult, à une époque, où un groupe pouvait bien se contenter d’un seul guitariste pour assurer des parties héroïques et enflammées, a toujours vu les choses en grand de ce côté-là puisque, à part le batteur, chaque musicien sait tenir le manche. Et tant pis si le rendu est un tantinet « spinal-tapesque » (heureusement d’ailleurs que le temps des tenues en lamé or est loin derrière), car voir ces trois guitaristes, plus le bassiste, alignés en bord de scène fait un sacré effet, surtout quand en plus on se laisse porter par le rythme et le chant de ce premier assaut : « It’s all right ! », c’est le cas de le dire.

Évidemment, à l’instar de la très grande majorité des groupes nés à la même époque qu’eux, ces Américains n’ont pas conservé à travers les décennies un line-up identique, mais ils font quand même mieux que la tête d’affiche de ce soir à ce chapitre : là où Deep Purple n’a vraiment d’origine que son batteur, BÖC a gardé tout au long de son histoire ses deux frontmen Buck Dharma et Eric Bloom, se partageant (et partageant parfois même avec les autres membres) les fonctions de chanteur (avec des timbres différents : Bloom offrant une tessiture plus rauque aux chansons les plus rentre-dedans, alors que la voix de Buck se prête mieux aux airs plus pop) et de guitariste lead (et là, chacun en impose à l’autre à sa manière).

Et c’est Buck Dharma qui prend le chant sur le morceau suivant : « Burnin’ For You ». On a beau comprendre que le groupe, dans un set d’une heure, n’ait de place que pour ses plus grands classiques, celui-ci, tellement rock FM, peut paraître un peu mou, entre tous les autres morceaux, d’un tout autre niveau. Surtout que, tant qu’à ne piocher qu’un titre dans l’album Fire Of Unkown Origin, il y avait probablement plus épique… Mais, tout comme « Career Of Evil » qui suit et ne sort pas forcément du genre, en se concentrant sur les qualités d’instrumentistes des membres du groupe, il est finalement difficile de trouver grand chose à leur reprocher sans chipoter.

Et faute d’avoir eu « Veteran Of The Psychic Wars » (c’est bien sûr à cet extrait là de Fire Of Unknown Origin qu’on pensait), on aura un autre titre aux paroles écrites par l’écrivain Michael Moorcock. Et Bloom se transforme alors en conteur, décrivant Elric de Melniboné, souverain maudit d’un empire décadent, et son arme, Stormbringer, qui lui confère la force de mille hommes pour introduire la « Black Blade » dans l’âme d’un public captivé. Et la suite ne fera que s’appuyer sur cet empire gagné sur l’audience pendant la première moitié de ce set.

A commencer par « Then Came The Last Days Of May », avec cette fois Bloom aux claviers, qui permet à Richie Castellano de démontrer qu’entre les deux doyens du Cult il existe un troisième guitar-hero, servant un long solo de folie. Puis la volée de tubes. « Cities On Flame », qui prend toute sa mesure en live, vous fait hurler « Rock’n’Roll » à pleins poumons et dont l’air va vous rester dans la tête pendant plus d’une semaine. « Godzilla » qui débarque d’un pas lourd pour écraser cette ville qui n’est déjà qu’une terre brûlée. Et pour ajouter à la vision apocalyptique, voilà qu’arrive un cavalier à la monture verdâtre : c’est la Faucheuse de « (Don’t Fear) The Reaper » dont le solo vous prend au cœur avant de vous ramener dans une ultime chevauchée à la base même de ce morceau qui, quand la dernière note meurt, est saluée par une vague d’applaudissements comme on n’en entend que peu pour une première partie.

Blue Öyster Cult, en live, a rappelé pourquoi on se souvient de son nom, même si cela fait dix ans qu’ils ne tentent plus d’en faire de même en studio. Le public exige un rappel (autre fait exceptionnel pour un groupe d’ouverture) auxquels les musiciens ne peuvent résister longtemps. Rappel probablement inattendu puisqu’ils expliquent qu’ils ne pourront faire qu’un titre et ce sera « Hot Rails To Hell », plaçant Castellano dans le rôle de frontman (on n’a pas le temps de s’ennuyer avec tous ces changements) pour démontrer aussi ses capacités vocales. En une petite heure, BÖC a fait grimper la température dans l’amphithéâtre, le groupe dit adieu au public, qui espère sans doute ne pas attendre trop longtemps pour les revoir (si possible en tête d’affiche) et qui, il ne le sait sans doute pas encore, vient d’assister au meilleur moment de la soirée.

Setlist de Blue Öyster Cult :

The Red And The Black
Burnin’ For You
Career Of Evil
Black Blade
Then Came The Last Days Of May
Cities On Flame (With Rock’n’Roll)
Godzilla
(Don’t Fear) The Reaper
Hot Rails To Hell

Deep Purple au milieu, un trou noir autour.

La foule, toute excitée par la fièvre rock’n’roll et par l’imminence de la montée sur scène de la tête d’affiche, doit désormais patienter en observant le ballet des techniciens, débarrassant le matériel des Américains et pliant le paravent qui masquait batterie et claviers qui attendent qu’on les fasse retentir. Mais pour le moment, ce qui occupe le plus la scène, même avec tout ce monde bien affairé, c’est une impression de vide. L’une des dernières fois où nous avons vu Deep Purple sur scène, le quintet avait tout un orchestre derrière lui pour occuper l’espace (mais aussi le regard), ce qui nécessitait de rapprocher quelque peu le matériel de Paice et Airey. Ce soir, à Colmar, les instruments sont relégués presque trois mètres en arrière, laissant donc tout l’espace restant à Glover, Gillan et Morse, en espérant qu’ils parviennent à faire fleurir cette plaine rase par leur seule présence.

La suite de la soirée montrera que ce n’était pas le temps des violettes pour les Anglais. Et ce dès le démarrage sur les chapeaux de roue de « Highway Star » qui trahissait un peu l’âge de la mécanique, autant que la fin de trois mois de tournée depuis la sortie de Now What?!. Ainsi, si le chant de Gillan n’est pas très audible, ce n’est peut-être pas tant parce que votre voisin vous braille dans l’oreille parce qu’il veut faire entendre à tout le monde à quel point il connaît bien les paroles. Impossible aussi de blâmer le mixage : le son de l’amphithéâtre a été sans défaut toute la soirée. Mais le fait est que Gillan en bave. Certes, même là il chante mieux que des dizaines d’autres chanteurs, tous genres confondus, mais ce soir, il n’est clairement pas dans son assiette et tente dès le début de faire bonne figure, en cherchant en lui l’énergie et la motivation d’aller au bout de chaque chanson. Même s’il garde le sourire et l’œil pétillant, son visage prend une couleur pivoine à chaque note un peu haute ou un peu longue et il n’aura pas pu retenir un accès de toux durant « Smoke On The Water ». Il aura d’ailleurs passé pas loin de la moitié de son temps sur les planches derrière un rideau, laissant alors les musiciens seuls sur une scène un peu plus vide pour emmener ce show en orbite et ne pas raser les pâquerettes.

Mais avaient-ils tout le jus nécessaire pour ça ? Comme Gillan, ils ont tous ces derniers mois de tournée dans les pattes. Et si tout groupe doit prendre appui sur la section rythmique, et en particulier la batterie, pour faire des étincelles à l’autre bout, alors Deep Purple a manqué d’une base en béton pour s’élever en ce soir d’août. Bien que faisant partie des batteurs de rock les plus influents de sa génération, ne serait-ce que pour avoir produit l’assise de chansons qui balancent à travers les âges, alliée à une patate de mule, Paice était là en dessous de sa légende avec un groove qui semblait s’être un peu empâté. Du coup, Glover, avec son éternelle allure de gentil pirate, toujours joyeux, malgré un concert irréprochable, doit faire swinger tout ça rien qu’avec sa basse, sans son principal allié. Enfin, le plus ancien membre du groupe a eu peine à briller davantage sur son solo car si « The Mule » galope, elle manque de grâce et il faut se raccrocher à des artifices : des baguettes lumineuses, pour jouer dans le noir, faire le spectacle.

Reste donc deux hommes pour permettre le sauvetage et préserver la dorure de la légende. Mais Airey, comme Glover, fait le job, sans plus, et son solo n’aura pas été la démonstration des talents qui l’ont mené à ce niveau de notoriété : un coup de « Mr Crowley » pour rappeler son apport au heavy metal, quelques gammes classiques, et tout se finit très vite sur une impro électro menant à l’intro de « Perfect Strangers ». Son duel avec Morse pendant « Hush » ne fut pas non plus difficile à tenir pour le guitariste qui paraissait presque étonné que son camarade l’oblige à reproduire des passages aussi basiques.

Steve Morse (Deep Purple) : le bonheur incarné.

Et cela aura été très tôt évident : celui qui, ce soir-là, a tiré le groupe vers le haut tout au long de ce concert, c’est Steve Morse. D’abord par son inséparable sourire qui persuaderait n’importe qui que tout va parfaitement bien ; toujours la banane, comme quand il observe le solo d’Airey depuis le bord de scène, ou dans ses face-à-face avec Glover. Ensuite par le don qu’il a, en live, d’épicer par quelques petites subtilités chaque morceau qu’il joue. Enfin, parce qu’il fut le meilleur ami de Gillan pendant tout ce concert. A chaque fois que ce dernier avait besoin de s’éclipser pour reposer ses cordes vocales, c’était un moment offert au soliste pour briller, toutes lumières sur lui. Et quand le chanteur revient, c’est pour couronner son triomphant camarade ou, maintenant que son organe va mieux, l’engager dans une joute guitare contre voix, comme pendant « Strange Kind Of Woman », dans laquelle Morse remporte toutes les épreuves avec panache.

Ce « problème » aura au moins permis un instant de grâce. Visiblement, Gillan avait besoin d’un peu plus de temps de repos et a dû demander au guitariste de sortir sa carte maîtresse : « Uncommon Man », la pièce épique de leur nouvel album (où le chant n’apparaît pas avant quelques minutes). L’occasion donc de parler ici des nouvelles chansons jouées pendant ce concert. Si « Hell To Pay » a produit l’effet que doit provoquer un tel single de hard rock, à savoir faire bondir la foule et lui faire chanter le refrain, « Vincent Price » a plus eu l’air d’un pétard mouillé : exercice audacieux et réussi haut-la-main sur album, mais performance scénique bien moins enthousiasmante, surtout dès lors que Gillan s’amène avec un masque de zombie en latex sur la tête et, en conséquence, qu’un mot un peu triste nous brûle les lèvres. Et si « Above And Beyond » (et son rythme pépère) peut très bien s’apprécier dans un bon fauteuil, ce n’est pas l’idéal pour électriser une foule de hardos. Mais voilà l’ « Uncommon Man » (qui sera suivi de son autre instant de gloire : « Well-Dressed Guitar »), avec Steve Morse qui tire le manche, paré pour le décollage, pour un instant unique (ne serait-ce que parce que c’était la première fois que le groupe le jouait en live) et un voyage aérien à travers un paysage fantastique, offrant des sensations telles qu’on n’en a pas ressenties depuis un concert de Jeff Beck, par exemple.

Et là, on obtient la clé de compréhension de ce qu’on est venu voir et applaudir : Steve Morse et sa bande. Et si Deep Purple ne lui « appartient » pas, il est devenu, au moins ce soir-là, le régent de ce royaume, faisant honneur à chacune de ces compositions et chacun de ces riffs culte ayant fait l’histoire du rock, et conduisant la formation au bout de son concert pour, au final, mériter tout ces applaudissements. C’est notamment lui qui a fait chanter avec sa guitare les « na-nana-na » de « Hush » à la foule bien plus que Gillan, et c’est au moins lui qu’on reviendra voir, en espérant que ses compères (qu’on aime et respecte toujours) soient plus reposés. Autrement il faudra commencer à guetter les tournées solos du guitar-hero.

Setlist du concert de Deep Purple :

Highway Star
Into the Fire
Hard Lovin’ Man
Vincent Price
Strange Kind of Woman
Contact Lost
Uncommon Man
The Well-Dressed Guitar
The Mule (solo de batterie)
Hell to Pay
Lazy
Above and Beyond
No One Came
Solo de claviers
Perfect Strangers
Space Truckin’
Smoke on the Water

Rappels :
Hush
Black Night

Source photos : www.foire-colmar.com. Photos par Benoît Facchi.

P.S. : Un grand merci à l’organisation de la Foire Aux Vins pour son accueil exemplaire.



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  • j’éspère qu’il ont encore assez de patate pour venir au hellfest un de ces 4… depuis le temps qu’on les attend !!

    [Reply]

    Pignouf

    Ouais bof… entre une tournée française tous les 6 mois (retour cet hiver), on ne peut pas dire que Purple soit particulièrement attendu…

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    Alice Cooper @ Paris
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