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Chronique   

Deep Purple – Turning To Crime


Deep Purple profite pleinement des bouleversements temporaires liés à la pandémie. Whoosh! avait vu le jour l’an dernier et confirmé que la collaboration avec Bob Ezrin était la solution pour perdurer en conservant toute sa pertinence. Ce désintérêt pour le décompte des années restantes permet à Deep Purple de tracer sa route en se dédouanant de toute question d’« héritage » et de ne mettre que le plaisir au premier plan. C’est exactement la même démarche qui motive l’enregistrement de Turning To Crime, un album de reprises de classiques du rock par un groupe lui-même auteur de monuments du rock. Deep Purple cherche simplement à ne pas se tourner les pouces et finalement, tout comme pour la question de son futur, il fait preuve du même désintérêt bienvenu et ne se soucie guère des écueils inhérents à l’exercice de la reprise.

Turning To Crime est le premier opus du groupe à ne pas contenir de chansons qu’il a lui-même composées. Deep Purple fait confiance au songwriting de monuments tels que Fleetwood Mac, Bob Dylan, The Yardbirds, Cream ou encore Ray Charles et Quincy Jones. Turning To Crime a donc – plus que l’hommage – la volonté de démontrer les diverses racines de la musique de Deep Purple et l’affect de ses musiciens, preuve supplémentaire que les « limites » d’un genre sont avant tout un outil méthodologique. Turning To Crime bénéficie une nouvelle fois de la production limpide de Bob Ezrin qui a définitivement trouvé la recette pour ne pas sombrer dans le cliché du groupe de vétérans à la production désuète « pour le cachet authentique ». À l’instar de Whoosh!, Deep Purple profite d’une dynamique louable où tous les instruments s’expriment sans se piétiner et sans faire de la guitare rock classique un four grésillant à peine audible. « 7 And 7 Is », reprise de Love, ouvre l’album en grande pompe en respectant l’énergie de l’original et en le densifiant par le travail de Don Airey aux claviers. « Rockin’ Pneumonia And The Boogie Woogie Flu » conserve le même entrain maladif du travail de Huey « Piano » Smith et Deep Purple se permet en outre d’accélérer légèrement le tempo et de donner davantage de corps aux sonorités de cuivres, s’offrant même un petit clin d’œil pianistique amusant à son mythique « Smoke On The Water ». Si Deep Purple fait preuve d’un immense respect pour l’énergie des titres originaux, il ne recule pas devant des réinterprétations plus marquées. C’est le cas de « Oh Well » de Fleetwood Mac. Si le thème iconique de guitare est parfaitement repris par Steve Morse, Deep Purple met l’accent sur une batterie plus rock que le jeu de percussions qui ressort davantage chez Fleetwood Mac. Une orientation qui délaisse le « mystère » de l’original – si ce n’est sur un final ré-imaginé, à la fois grave et planant, grâce à l’arrangement de Don Airey et Steve Morse – pour être davantage en phase avec le Deep Purple contemporain.

C’est précisément ce jeu de nuances qui constitue l’intérêt principal de Turning To Crime. Deep Purple réussit à la fois à rester dans la droite ligne de ses productions sans saccager l’essence de ses inspirations, à apporter les variations nécessaires et à éviter le copier-coller insipide. C’est particulièrement le cas des titres en périphérie de l’histoire du rock tels que « Let The Good Times Roll » qui tamise les éclats de cabaret de l’interprétation de Ray Charles et Quincy Jones pour laisser le balancement emporter l’auditeur délicatement. Turning To Crime n’est pas exempt d’approches plus discutables : « The Battle Of New Orleans » perd son aspect de comptine acerbe pour se transformer en multi-instrumentation plus facétieuse que subtile. Une sorte de cour de récréation pour le groupe qui s’éloigne – peut-être à l’excès – du dépouillement original. Turning To Crime peut cependant s’appuyer allègrement sur sa conclusion, un medley de riffs légendaires tels que « Dazed And Confused », « Green Onions » ou « Hot’ Lanta ». Un Deep Purple débridé qui communique toute sa joie à agréger ce qu’il aime jouer depuis toujours.

Turning To Crime pourrait s’apparenter à une parenthèse bienvenue dans la carrière pharaonique de Deep Purple. Il est légèrement plus que cela : il représente l’équilibre à atteindre lorsqu’on s’engage dans le sentier périlleux de la reprise. Deep Purple ne transige ni sur son identité, ni sur celle des groupes sélectionnés. Turning To Crime ne commet donc aucun méfait et Deep Purple continue de clamer haut et fort qu’il ne parodiera personne et surtout pas lui-même.

Clip vidéo de la chanson « Rockin’ Pneumonia And The Boogie Woogie Flu » :

Clip vidéo de la chanson « Oh Well » :

Clip vidéo de la chanson « 7 And 7 Is » :

Album Turn To Crime, sortie le 26 novembre 2021 via earMusic. Disponible à l’achat ici



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