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Chronique   

Def Leppard – Diamond Star Halos


Lorsque Def Leppard a annoncé travailler sur de nouvelles compositions, ce sont sept années d’attente qui se sont pratiquement désintégrées. Lors de la sortie de The Collection: Volume Three, l’audience de Def Leppard pouvait se montrer optimiste : le frontman Joe Elliott évoquait ces « échanges de fichiers » entre les musiciens et admettait qu’une nouvelle réalisation studio allait voir le jour. Diamond Star Halos nous parvient donc après le Def Leppard de 2015. Un titre d’album qui provient du tube « Bang A Gong (Get It On) » de T. Rex. Le groupe revendique justement rendre hommage à ses influences rock des premières heures, à l’instar – outre la bande à Marc Bolan – de David Bowie ou Mott The Hoople. Diamond Star Halos entend présenter l’étendue de la palette de la formation et le mérite de développer honnêtement et fidèlement la musique de Def Leppard. De quoi rappeler la grande époque à défaut de la faire oublier.

Pour des raisons évidentes, Def Leppard ne s’est pas réuni en studio et n’a pas eu recours à la méthode d’enregistrement traditionnelle. Le groupe a travaillé à distance, partagé entre l’Irlande, les Etats-Unis et l’Angleterre. Un choix pertinent pour le groupe qui a permis d’échapper aux contraintes des studios, même pour une formation de cette trempe. Ce douzième effort est produit par le groupe une nouvelle fois assisté de leur fidèle ingénieur et ami Ronan McHugh. Ce dernier est parfaitement à l’aise pour livrer des sonorités typiques de ce rock grand public à l’ancienne mais dans un écrin actualisé : basse ronflante, guitares cristallines et réverbérées, batterie de « soutien » et voix qui voue un culte à la justesse et à la propreté. L’ouverture de l’opus « Take What You Want » crée incontestablement une forme d’excitation. Une mélodie de guitare, des accords et une ambiance qui crée l’anticipation, suivis par un effet de libération via un riff rock énergique entraînant, et un Joe Elliott parfaitement impliqué. Def Leppard multiplie les marqueurs comme pour rattraper sept années de silence. Les leads avec ces harmoniques qui résonnent d’« All We Need » ont des relents d’Hysteria (1987), tandis que « U Rok Mi » et « Open Your Eyes » présentent la facette la plus groovy du groupe, avec la basse de Rick Savage valorisée, dans la continuité des « All Night » et « Man Enough » – respectivement sur Euphoria (1999) et le sans-titre. Deux titres qui ont, par ailleurs, le mérite de nous remémorer cette qualité d’écriture qui a fait le succès du groupe. Diamond Star Halos sait par endroits nous inciter à ressortir les jeans troués et les patchs exubérants.

Le souci réside justement dans une forme d’inconstance. Les morceaux les plus convaincants côtoient l’agréable, à l’image du rock festif de « Kick » (celui sur lequel l’influence de T. Rex se fait la plus prégnante) ou du sautillant « Fire It Up » pensés pour résonner en live dans les stades. Ils fréquentent aussi le dispensable. La ballade « This Guitar », réalisée avec l’artiste de bluegrass/country Alison Krauss, présente un cliché de variété américaine qui se rapproche d’une sensiblerie de supermarché avec les leads country génériques et un duo de voix accessoire qui ne fait pas nécessairement honneur aux interprètes. Le grain du solo de guitare suscite un regain d’intérêt, qui s’estompe aussi rapidement qu’il dure. « Lifeless », là encore en duo avec la chanteuse, souffre exactement des mêmes travers, avec en prime l’utilisation d’une boîte à rythmes issue d’une autre ère. Def Leppard peine sur ce type de titre à provoquer l’enthousiasme, loin du cachet d’un rock énergique, intelligent et accessible dont le groupe a le secret. Pourtant Def Leppard a l’historique suffisant pour s’inspirer de ce qu’il a fait de plus évocateur, même sans remonter à son âge d’or des années 80. C’est le cas de « Liquid Dust » qui tutoie la world music en intégrant des orchestrations et percussions aux sonorités indiennes, et renvoie au rock alternatif nineties controversé mais pourtant qualitatif de Slang (1996). Des orchestrations, cette fois-ci plus classiques, que l’on retrouve pour porter les ballades « Goodbye For Good This Time » et « Angels (Can’t Help You Now) » qui bénéficient toutes deux des envolées de Mike Garson, pianiste de David Bowie. Après un « Unbreakable » qui combine curieusement plages crépusculaires, boîte à rythmes entraînante et batterie acoustique – pour un résultat moins bancal qu’on pourrait le croire, à défaut d’exalter –, l’album se conclut sur une note plus grave et solennelle avec « From Here To Eternity ». La variété des compositions est symptomatique de ce Diamond Star Halos : Def Leppard présenterait presque une synthèse, par moments maladroite, de sa carrière.

Def Leppard a toujours cette science du rock entraînant et des lignes accrocheuses, qu’elles soient l’œuvre de la voix de Joe Elliott ou des guitaristes Phil Collen et Vivan Campbell. C’est la trop grande densité de l’album et ce problème de constance qui rendent Diamond Star Halos frustrant. Si Def Leppard n’a plus rien à prouver et a encore de beaux restes, les quinze titres de Diamond Star Halos n’ont pas tous le même cachet et semblent parfois ne pas honorer les sept années de patience. Il provoque même une forme de nostalgie : les époques ne sont pas autre chose qu’un amalgame de souvenirs romancés.

Lyric vidéo de la chanson « Take What You Want » :

Clip vidéo de la chanson « Kick » :

Album Diamond Star Halos, sorti le 27 mai 2022 via Bludgeon Riffola/Mercury. Disponible à l’achat ici



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