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Interview   

Def Leppard : « La manière parfaite de faire un album »


Joe Elliott - Def_Leppard credit Ross HalfinÇa ne fait aucun doute, Joe Elliott, le chanteur de Def Leppard est diablement fier du nouvel album du groupe. « Qu’un groupe qui existe depuis trente-cinq ans fasse un album qui sonne aussi bien, c’est un exploit en soi ! » s’exclame-t-il, conscient à la fois du chemin parcouru par le combo né à la fin des années 70 à Sheffield, en Angleterre, mais aussi de la conjoncture actuelle qui n’est pas tendre avec le business de la musique, Elliott se rappelant d’une époque où « ce n’était pas si difficile » de vendre un million d’albums. Et lui-même avoue que dans ces circonstances, « nous n’avons fait aucun effort pour faire un album. » Et c’est peut-être justement parce que la genèse de ce dixième opus studio (onzième si l’on compte l’album de reprise Yeah!) a été presque fortuite qu’on ne peut en contester la sincérité et l’authenticité : Def Leppard a fait un album, pas pour une maison de disques, pas pour des fans, pas pour la presse, mais avant tout pour lui-même.

Et c’est avec un un discours clair et exhaustif que le loquace chanteur nous en parle, évoquant sa conception et son patchwork d’influences mêlés aux marques de fabrique du groupe, mais aussi l’identité de Def Leppard, sa relation avec les producteurs et notamment le célèbre Robert John « Mutt » Lange, le manque de détachement que peuvent avoir les gens vis-à-vis du blockbuster musical qu’est l’album Hysteria de 1987, etc. Tout au long de l’entretien on voit l’expérience qui parle, mais aussi que le chanteur n’a pas perdu sa passion pour la musique, avec autant le plaisir de jouer en live que celui d’écouter ses groupes fétiches ou d’en découvrir de nouveaux.

Def Leppard credit Ross Halfin

« Tu peux vraiment l’entendre dans la nouvelle musique, qu’il y a une énorme liberté, ce que nous n’avons jamais pu avoir en trente-cinq ans ! »

Radio Metal : A l’origine, l’idée pour ce disque de Def Leppard, c’était de faire un EP de trois titres. Comment donc un EP de trois titres est finalement devenu un album complet de quatorze titres ?

Joe Elliott (chant) : Très bonne question ! C’est arrivé parce que nous n’avions pas de plan. Nous l’avons laissé avoir sa propre énergie, faire son propre chemin. Il s’est simplement trouvé tout seul, si tu veux. Lorsque nous nous sommes réunis, nous avons dit : « Ok, faisons seulement trois titres et nous verrons ce que nous obtiendrons. » Et nous avons tous commencé à nous jouer les uns les autres ce que nous avions. Tout le monde compose individuellement et a de petites sections qui peuvent être ensuite composées en groupe et tout, la façon de faire habituelle. Et lorsque nous avons commencé à nous faire écouter des trucs et dire « ouais, c’est bien. J’aime celle-là. Nous devrions faire ça, » ces trois sont devenues douze, en seulement six jours ! Et nous nous disions : « Comment va-t-on réduire ces douze à trois si on les aime toutes ?! » Donc, la réponse évidente était : « Eh bien, on n’est pas obligé de faire ça. J’ai bien l’impression qu’on est en train de faire un album ! » Et nous étions assez excités par le fait que, sans même essayer, nous avions tout d’un coup assez de musique pour un album ! Nous avons passé un mois à bosser sur ces trucs pour les mettre en forme, trouver des idées de squelettes pour les paroles et les mélodies qui s’ajoutent par-dessus la musique, et ensuite nous avons fait une pause, et nous nous sommes retrouvés encore pendant deux semaines pour travailler sur ces douze chansons et en composer deux de plus ! Du coup, nous nous sommes retrouvés avec quatorze chansons ! On avait vraiment le feu sacré à ce stade. Et cet élan s’est poursuivi. Nous n’étions signés sur aucune maison de disques, donc nous financions ça nous-mêmes, personne ne regardait au-dessus de nos têtes, à attendre que nous livrions un album à une certaine date. Nous nous sommes contentés de faire un album pour le fun et pour l’art. Il n’y avait absolument aucune pression venant de gens extérieurs. Je pense que tu peux vraiment l’entendre dans la nouvelle musique, qu’il y a une énorme liberté, ce que nous n’avons jamais pu avoir en trente-cinq ans ! Donc, à cet égard, c’était un plaisir absolu de faire cet album, car il n’y avait que nous cinq, à s’exprimer individuellement et dans les limites du groupe. Donc, les seuls compromis étaient entre nous cinq et c’est le groupe parfait, c’était la manière parfaite de faire un album.

Comme tu l’as dit, vous n’aviez pas prévu de faire un album, et cet album arrive sept ans après Songs From The Sparkle Lounge, ce qui fait long, même pour Def Leppard. Du coup, est-ce que faire un album n’est plus aussi important pour le groupe qu’à la vieille époque ?

Non ! Je veux dire que c’était là toute l’idée, c’était pourquoi nous n’avions pas prévu d’en faire un ! Parce que tout le monde dans l’industrie, de Billboard à Rolling Stone, en passant par le roadcrew, le management et les gens dans la rue, ils disent tous : « Plus personne n’achète d’albums, quel intérêt ? » Et tu commences à écouter et tu te dis : « Oh, peut-être qu’ils ont raison, ou peut-être pas, mais ça reste une opinion. » Et ça semble être les réponses standard de l’industrie, le fait que personne n’achète d’album, même Taylor Swift ne vend qu’un million d’albums, alors qu’en 1988, un groupe comme Ratt pouvait vendre un million d’albums, ce n’était pas si difficile, mais les gens ont arrêté d’acheter les albums. La raison de cet écart de sept années, c’est parce que nous n’avons fait aucun effort pour faire un album. Nous avons fait les trois chansons sur Mirrorball, « Undefeated », « It’s All About Believin » et « Kings Of The World », et nous avons pensé à l’époque que ces chansons étaient aussi bonnes que tout ce que nous avons fait. Donc nous savons que nous pouvons encore composer, que nous pouvons encore enregistrer et produire des albums qui sont au niveau. Mais tout le monde veut que nous jouions en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Japon, en Amérique, en Europe, au Royaume-Uni, au Canada… Il y a toujours ces offres qui nous parviennent pour partir en tournée et qui sont difficiles à refuser parce que nous aimons nous produire en concert, c’est pour ça que nous avons voulu être dans un groupe ! Lorsque nous étions des gamins de seize ans, nous ne disions pas : « Je veux être dans un groupe pour pouvoir être en studio pendant cinq ans ! » On voyait des gens comme Bowie et Bolan dans Top Of The Pops, et je disais : « Je veux faire ça ! » C’est-à-dire, jouer devant des gens. Quoi qu’il arrive, jouer en concert a toujours été important pour nous. Mais par le passé, ça faisait toujours partie du cycle : album, tournée, album, tournée, album, tournée… C’est ce que nous avons fait depuis On Through The Night, High ‘N’ Dry, Pyromania, Hysteria, Adrenalize, et ainsi de suite… C’est comme ça que ça se passait. Mais ensuite, tout d’un coup, lorsque l’industrie est passée au numérique et que tout est parti un peu… Eh bien, ça s’est vraiment dévalué. Tu sais, les gens volaient, il y avait Napster, il y avait toutes ces choses qui permettaient aux gens de voler ta musique et ne pas la payer. Ca n’avait plus de valeur, et puis les artistes ont arrêté d’enregistrer parce que nous ne voulions pas faire autant d’efforts pour quelque chose qui allait être volé ! Donc les gens ont effectivement arrêté de faire des albums, et ceux qui faisaient des albums ne vendaient plus. On pouvait donc voir les deux revers de la médaille. Mais pour notre part, c’était une question artistique et, ayant tourné depuis Sparkle Lounge, sorti l’album live et puis avoir été à Vegas et avoir fait l’autre truc live avec Viva! Hysteria, nous avons dit : « Ok, on peut passer le restant de nos jours à sortir des versions live alternatives ou on peut faire l’effort d’écrire de la nouvelle musique. » Et c’est comme ça que ça a commencé ! La raison pour laquelle nous n’avons pas commencé avant 2014, c’était purement parce que nous étions énormément occupés sur les routes !

Def Leppard - Def Leppard

« Il y a des groupes de heavy metal très, très bien qui existent. Seulement, nous ne sommes pas l’un d’entre eux ! »

Tu as dit plus tôt que ce nouvel album est celui avec lequel vous avez eu le plus de liberté en trente-cinq ans et vous n’aviez personne qui regardait au-dessus de vos têtes. Est-ce que ça signifie que par le passé, vous aviez toujours quelqu’un qui vous mettait la pression ?

Ouais, bien sûr ! Nous avions Mutt Lange en studio avec nous qui dirigeait la façon dont l’album allait être produit, nous avions le management, nous avions les maisons de disques qui disaient toutes : « Est-ce que l’album est terminé ? Nous voulons le sortir en mai et vous n’avez pas encore fini ! » Donc ouais, il y avait de la pression parce que nous refusions de précipiter l’album, nous voulions rendre l’album lorsque nous – le groupe et Mutt Lange – l’estimions terminé. Et puis lorsque nous avons commencé à travailler avec Pete Woodroffe et Ronan MacHugh, c’était pareil : l’album est terminé lorsqu’il est terminé. Nous n’allions pas le sortir pour le marché de Noël et toutes ces conneries. Nous disions : « Alors il faudrait que nous fassions des compromis sur la musique pour votre date de sortie ? On ne le fera pas ! » Donc, ce n’est pas comme si nous prêtions attention à eux mais ils étaient toujours là à tourner autour de nous, comme un fantôme. Et ce que nous avons fait sur cet album, c’est d’exorciser ce fantôme, il n’y avait pas de fantôme. Donc nous n’avons jamais prêté attention à eux, nous n’avons jamais dit : « Oui, voilà votre album. Il n’est pas terminé mais vous pouvez le sortir. » Nous leur disions simplement d’aller se faire foutre ! [Rires] Et ensuite, ils revenaient trois mois plus tard : « Alors, vous avez fini ? Parce que nous devons mettre en place un plan ! » « Eh bien, faites un plan lorsque nous aurons fini. » Mais pour celui-ci, parce qu’il n’y avait personne, il n’y avait pas de plan ! Et c’est pourquoi il y a tant de liberté. Une fois qu’il était terminé, nous l’avons donné à notre management, et notre manager est un mec malin et il connaît les gens dans les maisons de disques, et il a dit : « D’accord, est-ce que ça vous intéresse de sortir un album de Def Leppard ? » Et évidemment, ils disaient : « Ouais ! » Nous avions donc six ou sept personnes qui se battaient toutes pour sortir l’album, de manière à ce que nous puissions choisir un bon deal. Lorsque tu es signé sur un label, tu te retrouves coincé avec ce label. Un bon exemple : si effectivement tu prends quatre ou cinq ans entre les albums, comme nous, les gens qui ont travaillé sur l’album avant – sans doute une super équipe qui est à tes côtés, ils sont motivés -, cinq ans plus tard, ils sont tous partis ! Tu es coincé avec un label mais tu travailles avec des étrangers que tu ne connais pas ! Et ils n’ont pas forcément envie de travailler sur ton album ! C’est à partir de là où des guerres se déclenchent. Lorsque tu n’as pas de maison de disques, tu fais un album, tu signes un deal pour un album seulement et tu travailles sur l’album, et ça leur donne faim parce qu’ils veulent que tu fasses un autre album avec eux plus tard. Et s’ils font du bon boulot sur cet album, alors peut-être que tu le feras mais rien ne t’oblige à travailler encore avec eux. Tu fais les choses un album à la fois. Nous avons donc différents contrats en place dans différentes parties du monde. Nous avons un label au Japon, un autre label en Amérique, encore un autre en Europe, et ce sont tous des contrats d’un album. Et nous les avons signés après avoir terminé l’album.

Cet album met en avant une grande variété d’influences, de Led Zeppelin, Queen, The Who, Lynyrd Skynyrd, Lenny Kravitz et même Prince. C’est presque comme l’album Yeah! mais avec des chansons originales… Est-ce devenu important pour le groupe de montrer d’où vous venez et rendre ces influences un peu plus évidentes ?

Ouais, absolument ! C’est la chose en particulier devant laquelle nous n’avons pas reculé sur cet album : les influences extérieures y éclatent au grand jour. Nous n’avons jamais été timides pour ce qui est de dire au monde ce qui nous a poussés à vouloir être dans un groupe : Queen, Bowie, T. Rex, Deep Purple, Sweet, Led Zeppelin, Mott The Hoople… Ce genre de trucs. Nous étions toujours heureux de dire : « Ouais, voilà les groupes qui nous influencent ! » Mais sur cet album en particulier, nous les citions nous-mêmes en composant les chansons, disant : « Celle-là sonne un peu comme ci ou ça. » Comme « Sea Of Love », je trouve qu’elle sonne comme Lenny Kravitz ! Lorsque Phil est arrivé et a dit : « J’ai cette ligne de basse pour cette chanson ! Ça sonne un peu comme ‘Another One Bites The Dust’ ! » Et nous avons dit : « Ok, cool ! » Nous n’avons pas dit : « Oh, on ne peut pas faire ça. » Il a dit : « Ecoutez ça ! » Et il nous l’a joué, et j’étais là : « Oh ouais, c’est super ! » Et c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés avec la chanson « Man Enough ». Je trouve que « Forever Young » sonne comme un mélange de « Cracked Actor » de David Bowie, de l’album Aladdin Sane, et London Calling. « Broke ‘N’ Brokenhearted » penche vers un groupe comme The Faces. Evidemment, il y a des bouts de Queen et The Beatles dans des choses comme « Blind Faith » et il y a du Queen dans « Let’s Go » mais, à la fois, ça sonne comme Def Leppard. « Dangerous » sonne comme Def Leppard. « Invincible » possède un côté très années 80, à mon sens. Ça sonne comme un mélange de « Rebel Yell » de Billy Idol et The Psychedelic Furs, mais en même temps, ça sonne quand même comme Def Leppard ! Donc toutes nos influences extérieures viennent, nous les accueillons à bras ouverts, nous n’essayions pas de les maquiller, et c’est ce qui a donné sa diversité à l’album.

D’ailleurs, vous avez toujours revendiqué ne pas être un groupe de heavy metal, en montrant vos racines musicales. Est-ce que tu penses qu’il y a et qu’il y a toujours eu une idée fausse sur quel type de groupe est Def Leppard ?

Absolument ! Les gens nous rattachent à la New Wave Of British Heavy Metal à cause de la période. Je veux dire, est-ce que quiconque pense vraiment que Def Leppard sonne comme Iron Maiden ? Est-ce que quiconque pense vraiment que Def Leppard sonne comme Saxon ou Motörhead ? Je ne le crois pas ! Ou si c’est le cas, ils n’ont pas bien écouté ! Def Leppard sonne comme la rencontre de Queen et d’AC/DC qui n’ont rien à voir avec la New Wave Of British Heavy Metal. Je ne trouve pas que nous sonnions comme Judas Priest ! S’il fallait nous rattacher à une époque, d’accord, autant nous regrouper avec Spandau Ballet, Duran Duran et U2 ! Car ils ont commencé au même moment que nous. Nous n’avons jamais été du heavy metal ! Le heavy metal, c’est Anthrax ou Judas Priest ! Quand les groupes de heavy metal font-ils une chanson acoustique ou des harmonies à trois voix ? Est-ce que Queen est un groupe de heavy metal ? Je ne le crois pas. Je pense que nous sommes un groupe de rock, comme Van Halen est un groupe de rock, comme Montrose et UFO sont des groupes de rock. UFO n’a jamais été du heavy metal, c’était du hard rock. Et il y a une énorme différence entre le heavy metal et le hard rock. Ceci dit, laisse-moi ajouter ceci : je ne crois pas qu’il y ait quoi que ce soit de mal avec le heavy metal ! Il y a des groupes de heavy metal très, très bien qui existent. Seulement, nous ne sommes pas l’un d’entre eux !

Def Leppard credit Ross Halfin

« Simplement parce qu’Hysteria a vendu vingt-deux millions de copies ne signifie pas que c’est la meilleure chose que nous ayons faite ! »

Cet album est très varié, pour autant, il contient quand même certaines des chansons les plus classiques de Def Leppard en termes de style depuis l’album Euphoria. On a « Let’s Go » qui a ce côté à la « Pour Somes Sugar On Me » ou « Dangerous » avec le riff d’intro qui rappelle celui de « Promises » et le reste de la chanson qui a un parfum à la « Photograph ». Etait-ce intentionnel d’avoir ces chansons qui sonnent comme du Def Leppard très classique, presque comme un auto-hommage, pour ainsi dire ?

Non, ça n’a pas été écrit comme un auto-hommage mais nous n’allions pas échapper à qui nous sommes. Tu as un style de composition, tu sais. Lorsque j’ai écouté pour la première fois le nouvel album de David Gilmour, à la seconde où je l’ai lancé, j’ai dit : « Ça sonne comme Pink Floyd ! » Car David Gilmour faisait partie de ce son ! Et peu importe ce qu’il fait, il sonnera comme les échos de son passé, à moins que David Gilmour ne fasse un hommage aux Ramones, ce qui risque difficilement d’arriver. Mais avec Def Leppard, nous écrivons d’une certaine façon. Un certain pourcentage de ce que nous faisons fera toujours écho à ce que nous avons fait dans le passé. Et nous le faisons exprès, pas pour essayer de nous rendre nous-mêmes hommage ou nous copier, mais nous n’allons pas nier ou éviter ce à quoi nous sommes bons. Lorsque nous écrivons des riffs ou Phil trouve un riff de guitare qui sonne similaire à « Promises » ou « Photograph » ou Sav écrit une chanson qui sonne similaire à « Sugar » ou « Let’s Get Rocked », nous n’allons pas nous contraindre à ne pas le faire à cause de ça ! Parce que si les groupes prenaient cette logique au pied de la lettre, il n’y aurait jamais eu d’album d’AC/DC ! Car les albums d’AC/DC, au fond, sonnent tous pareil ! Les riffs sont faits de la même façon sur chaque album, c’est leur style. Aerosmith a un style de composition qui est aujourd’hui très similaire à ce que c’était en 1973 ! C’est ce que fait Aerosmith, et ils en sont fiers ! Et nous sommes fiers du fait que nous pouvons faire ce que nous voulons. Nous pouvons revenir sur notre discographie et nous pouvons aller sur la discographie des autres pour aller de l’avant. Donc si nous écrivons des chansons qui sont similaires à des chansons que nous avons écrites par le passé, c’est parce qu’elles ont été écrites par les mêmes personnes et elles ont un certain style d’écriture qu’elles peuvent revisiter de temps à autres. Si tu fais ça à quinze ans d’intervalle, je ne pense pas que ce soit une si mauvaise chose. Si tu faisais ça tous les ans et que tu avais une chanson qui sonne comme une autre chanson datant de l’année dernière, c’est là où les groupes deviennent ennuyeux parce que tout sonne pareil. Mais le truc avec Leppard, c’est que tu ne peux pas nous envoyer d’accusations parce que, sur cet album en particulier, il n’y a qu’un « Let’s Go », il n’y a qu’un « Battle Of My Own », il n’y a qu’un « Dangerous », il n’y a qu’un « Man Enough », il n’y a pas deux chansons qui sonnent comme « Man Enough ». Chaque chanson est différente des autres mais elles font toutes écho à des choses qu’on a faites par le passé ou que l’on a écoutées lorsque nous étions jeunes.

Vous avez toujours reconnus l’importance de Mutt Lange dans la grandeur d’Hysteria. N’avez-vous jamais songé à raviver votre collaboration avec lui au niveau de vos anciens albums emblématiques, pour voir ce qu’il pourrait en ressortir presque trente ans après ?

Pas vraiment. C’est une relation qui est arrivée à son terme en 1992. On l’a légèrement ravivée sur l’album Euphoria, nous avons fait « Promises » et quelques autres morceaux avec lui, et ils étaient corrects, tu vois, ce n’était pas un énorme succès, ça allait. Le timing ne convenait jamais. Dès que nous étions libres, lui était occupé à travailler avec Shania Twain ou Bryan Adams ou je ne sais qui. Donc ces quinze ou seize dernières années, nous avons travaillé avec un gars qui s’appelle Ronan MacHugh, qui est un ingé son fantastique, tout comme Mutt l’était. Et nous voulions saisir l’opportunité de voir ce que nous avions appris en travaillant avec quelqu’un comme Mutt Lange. Donc, doucement mais sûrement, nous avons fait notre chemin vers un album qui peut sonner de façon similaire à ce que Mutt aurait fait. Nous n’avons jamais voulu travailler avec d’autres producteurs parce qu’ils étaient toujours d’importance secondaire par rapport à Mutt. Pete Woodroffe a travaillé avec nous en tant qu’ingénieur. Ronan était un ingénieur. Nous avons donc toujours coproduit parce que Mutt était toujours très ouvert : « Est-ce que vous avez des suggestions pour la production ? » Et ce genre de choses. Ce n’est pas comme s’il imposait ses choix. Nous étions tous là, c’est juste que contractuellement, il est le producteur mais tout le monde dans le groupe contribuait à des chansons, des idées, aux techniques de production… Mais lui, c’était le gars qui supervisait. C’était le pilote. Nous n’étions pas de simples passagers mais lui était quand même le pilote. Il faut bien que quelqu’un prenne la responsabilité globale et c’est ce à quoi Mutt était bon. Mais depuis, nous avons tous beaucoup mûri. Nous ne sommes plus des petits garçons. Nous savons comment faire des albums. Je pense que sur cet album, si les gens ne savaient pas, je ne crois pas… Je veux dire qu’en fait il y a des gens qui m’ont dit : « On dirait que c’est Mutt Lange qui l’a produit ! » C’est genre : « Eh bien, je vais prendre ça comme un compliment ! » Parce que d’un point de vue sonore, c’est un album qui est très bien fait. D’un point de vue performance, il est aussi bon que tout ce que nous avons fait. D’un point de vue chanson, c’est un album très varié et intéressant. C’est le genre d’album que Def Leppard voulait faire. Tu sais, qu’un groupe qui existe depuis trente-cinq ans fasse un album qui sonne aussi bien, c’est un exploit en soi !

Mais nous n’avons jamais dit que nous ne travaillerons jamais plus avec Mutt mais, tu sais, pendant que nous faisions cet album, il faisait l’album de Muse, le timing ne convenait pas, comme toujours ! Normalement nous discutons avec Mutt de choses comme le football [rires] ! C’est ce qui vient dans nos conversations dès que nous parlons à Mutt de nos jours. Il est toujours le premier à dire : « Les gars, vous n’avez pas besoin de producteur ! Vous pouvez le faire ! Vos anciens trucs que vous avez faits depuis que nous avons travaillé ensemble sont plutôt bons ! » N’oublions pas qu’avant Hysteria, Mutt était aussi en train d’apprendre et de s’améliorer. Je veux dire que Highway To Hell était un super album mais c’était une période d’apprentissage pour en arriver à Back In Black. Pyromania était un bon album mais Hysteria était un meilleur album. Donc même Mutt apprenait et s’améliorait continuellement. Ceci dit, arrive un certain stade où tu dois voler de tes propres ailes et faire tes propres albums, autrement le monde entier voudrait être produit par Mutt Lange et on ne veut pas entendre Nick Cave produit par Mutt Lange ! Ça n’a aucun intérêt ! Ce que nous essayons de faire, c’est aussi d’éloigner le mécanisme de la pensée des gens de la comparaison systématique. Ecoutez l’album de Def Leppard mais ne le comparez pas à Hysteria ! Mais les gens ne savent pas faire ça. Ils ne peuvent pas séparer les deux. Ils jugeront toujours ce qu’on fait sur la base de cet album. Et s’ils insistent pour faire ça, je pense qu’au moins d’un point de vue sonore, et en considérant que nous sommes en 2015, cet album se défend parce que nous n’avons pas voulu qu’il soit traité de façon électronique, nous voulions qu’il sonne comme un mélange entre le Def Leppard de studio et celui du live, mais avec un très bon son. Nous voulions donc qu’il ait plus d’énergie. Nous voulions aussi capturer ce que nous sommes sur scène, de manière à obtenir le meilleur des deux mondes.

Def Leppard credit Ross Halfin

« Nous pouvons faire en sorte que les albums sonnent comme une Roll Royce alors que, dans les faits, nous l’avons enregistré comme une Mini Cooper [rires]. »

Est-ce que vous vous sentez parfois piégés par l’album Hysteria, d’une certaine façon ?

Pas moi. Pas moi parce que je ne fais pas la comparaison mais il est évident que certaines personnes dans les médias sont piégées, parce que ce sont eux qui n’arrivent pas à s’en détacher ! De notre côté nous en sommes détachés depuis des années ! Nous avons arrêté de penser à Hysteria en 1987 lorsque nous l’avons sorti. Nous sommes passés à le jouer en live. Je ne réécoute pas cet album. Ça n’a pas tellement d’intérêt. Je ne me sens pas piégé par lui mais parfois, quand quelqu’un refuse de lâcher prise, tu as l’impression d’être acculé. Ils n’arrêtent pas de dire : « Est-ce que tu as jamais fait quoi que ce soit de mieux qu’Hysteria ? » C’est une question idiote, car simplement parce qu’Hysteria a vendu vingt-deux millions de copies ne signifie pas que c’est la meilleure chose que nous ayons faite ! Je veux dire qu’il y a des arguments pour dire que Wish You Were Here est meilleur que Dark Side Of The Moon, alors que pourtant il n’a pas vendu autant. Il y a des arguments pour dire que Sgt. Pepper n’est pas forcément le meilleur album des Beatles. Tout est une question d’opinion, tu vois. Mais il est certain que nous ne nous sommes jamais sentis piégés par Hysteria. Hysteria nous a bénis. Hysteria nous a donné une carrière, pas juste un album. Il nous a offert l’opportunité, si nous le voulions, de toujours pouvoir jouer les chansons de cet album sur scène quarante ans après sa sortie, alors je ne parle même pas de vingt-huit ans.

La technologie fait qu’il est aujourd’hui plus facile d’enregistrer des albums. Pourtant on voit de moins en moins de gros albums ambitieux et révolutionnaires, avec de grosses productions comme vous en aviez avec les albums Hysteria et Adrenalize. Penses-tu qu’il soit toujours viable aujourd’hui d’essayer d’investir autant de temps, d’argent et d’efforts dans un album de rock comme vous l’aviez fait à l’époque ?

Tout dépend de qui tu es ! Si tu es Taylor Swift, absolument ! Ouais ! Car les gens comme elle vendront des albums pour sa génération. Pour un groupe comme nous ou Roxy Music ou U2, pour investir dans ce genre de choses, tu as besoin d’un autre… Je veux dire que U2 a eu beaucoup de chance qu’Apple leur achète leur album pour quelque chose comme cent millions de dollars, c’était donc une très bonne décision en termes de business. Mais nous faisons des albums qui sonnent comme si nous avions investi des millions dedans, alors que nous n’avons pas dépensé des millions pour cet album. Nous avons tout fait à mon studio, chez moi, et nous en avons fait une bonne part sur des ordinateurs portables dans des hôtels et dans les coulisses des salles de concert ! Nous avons fait des solos de guitare et des chœurs dans des dressing room et des choses comme ça pendant que nous tournions avec Kiss l’année dernière. Nous avons un peu travaillé sur l’album sur cette tournée quand nous étions en Amérique début juin. Nous pouvons faire en sorte que les albums sonnent comme une Roll Royce alors que, dans les faits, nous l’avons enregistré comme une Mini Cooper [rires]. C’est ça la réalité ! Nous avons tout ce que Abbey Road ou les Wisseloord Studios en Hollande avaient ou les AIR Studios à Londres ou peu importe, nous avons tout ça sur un Macbook Pro ! Et nous l’avons dans mon studio. C’est dans les idées de chansons que nous investissons. Nous n’investissons pas d’énormes quantités d’argent là-dedans. Tout est une question d’idées. Faire des albums est bien meilleur marché de nos jours et nettement plus rapide.

Quand on lit des interviews de toi, tu es toujours en train de balancer beaucoup de noms de groupes de diverses époques et styles. Est-ce qu’avec les années ça a été important pour toi de rester au courant de ce qu’il se passe en musique ?

Ce n’est pas important mais c’est juste ce que j’essaie de faire. Je veux dire que je n’en fais pas des caisses pour faire le malin, de manière à pouvoir parler au journaliste et montrer que j’en sais plus que lui. Ecoute, la plupart des choses que j’écoute, je les écoutais lorsque j’avais quinze ans. J’écoute Bowie, Mott, The Sensational Alex Harvey Band, Be Bop Deluxe, Wizzard, The Move, ELO, Queen, AC/DC, bla bla bla bla… J’écoute surtout ça. Mais si j’entends quelque chose par hasard comme Muse, comme le nouvel album Drone, je veux dire, je n’ai pas arrêté de l’écouter ! C’est un super album ! Je découvre des groupes soit via des gens qui m’envoient des liens, en disant : « Est-ce que t’as vu ça ? C’est génial ! » Ou simplement en écoutant la radio, de la même façon que tout le monde découvre de la musique. Par exemple, il y a un jeune groupe anglais qui s’appelle The Struts, ça fait quatre mois que j’en parle au monde entier parce que je trouve qu’ils sont la meilleure chose que j’ai entendue en quinze ans ! Ils sont fantastiques ! Mais je ne pars pas à la chasse pour trouver ces trucs. Je tombe dessus comme je suis tombé sur tous les meilleurs trucs quand j’étais gosse. La plupart des choses que j’ai découvertes étant gamin faisaient des premières parties pour quelqu’un d’autre, et je me disais : « Wow, c’est super ! » J’ai vu Pat Travers ouvrir pour Alex Harvey. J’ai vu Doctors Of Madness ouvrir pour Be Bop Deluxe, je suis tombé amoureux d’eux, ils sont devenus mon groupe fétiche. Et The Struts, je les adore ! Est-ce que tu en as entendu parler ? The Struts, c’est comme Slade mais chanté par Freddie Mercury. C’est juste fantastique ! Allez écouter ça ! S-T-R-U-T-S, The Struts. L’album s’appelle Everybody Wants. Il y a de la super pop rock là-dedans. Très, très bon ! Donc ouais, c’est important de toujours entendre de nouvelles choses mais ça n’a pas à être du rock. Je veux dire que ça n’a pas d’importance pour moi si c’est Katy Perry ou Black Sabbath. Si j’aime, j’aime ! J’entends ça par hasard à la radio ou à la TV et je me dis : « C’est super ! » Je ne vais pas à la chasse. Je suis trop occupé à faire ma propre musique et mon propre chemin dans ce business pour… Je n’ai pas besoin de trouver de nouveaux groupes, ils viennent à moi. Je veux dire que j’ai une émission de radio, donc les gens m’envoient tout le temps des trucs pour me donner envie de les diffuser mais très souvent ce n’est pas très bon ! Donc je suis très pointilleux. Peut-être un ou deux nouveaux groupes par an, c’est tout ce dont j’ai besoin.

Interview réalisée par téléphone le 21 octobre 2015 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos promo : Ross Halfin.

Site officiel de Def Leppard : www.defleppard.com.



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  • Douceur2Vivre dit :

    « Photos promo : Ross Halfin »

    Que de souvenirs dans les hard rock magazines de ma jeunesse. <3

    Toujours de belles photos.

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  • Oh non y’a de sacrés morceaux sur cet album……il aurait pu sortir après rétroactive!!!!!!

    [Reply]

  • « …diablement fier du nouvel album du groupe. »
    Ben franchement il est loin d’être excellent cet album, même SFTSL était mieux, c’est dire…
    J’ai la désagréable impression d’écouter un mixe entre « Euphoria » et « X »…

    [Reply]

  • Pas d’info sur des concerts français ????

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