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Nouvelles Du Front   

Def Leppard veut plus que le pourboire


Quand Def Leppard a réenregistré deux de ses classiques, « Rock Of Ages » et « Pour Some Sugar On Me », pour la B.O. du film Rock Of Ages (sorti en France sous le titre Rock Forever), le groupe a semble-t-il pris goût à l’exercice puisqu’il a choisi de continuer sur cette voie et de réenregistrer toute une partie de son catalogue de chansons.

Dans quel but ? « C’est pour le fric ! » hurlent déjà certains critiques enragés au fond des bois. On nous fait du neuf avec du vieux et on nous revend ça pour encore nous soutirer les quelques deniers durement gagner qu’on gardait pour s’acheter un paquet de clopes ou cet indispensable appareil à couper les œufs en quatre (oui, on a tous besoin d’un Ovocoupator 3000). Bien sûr qu’il y a une histoire d’argent là-dedans – comme partout (quelle découverte !) – mais la raison est plus subtile et sans doute plus « rebelle », donc plus rock’n’roll : faire la nique aux grosse maisons de disques.

Tout part d’abord d’un constat : il est pour l’heure impossible de trouver du Def Leppard sur les plate-formes de téléchargement légal de musique du type iTunes. En tout cas, aucune version d’origine, aucun de leurs albums (en cherchant, on ne trouve que leur dernier live Mirrorball sorti l’an dernier et les deux singles cités plus haut dans la boutique de la Pomme). Et ce pour une raison toute simple : Def Leppard ne laissera pas sa maison de disques faire ça sans leur accord, et pour une raison encore plus simple que le chanteur Joe Elliott explique à NPR.org : « Quand nous avons signé notre contrat […] c’était en 1979 et il n’y avait rien de ‘digital’. Ce n’était pas écrit dans le contrat et par conséquent ils [Universal Records] n’ont pas le droit de faire de sorties numériques. Ils ne peuvent le faire qu’avec notre permission car c’est écrit dans le contrat. »

Vous allez dire : c’est tout bête, il suffit que chacun respecte un contrat, personne ne fait « la nique » à qui que ce soit ici. Mais voilà : Def Leppard a quand même bien l’intention de se mettre à la page et d’être disponible sur les plate-formes de vente numérique. Mais pas avec du matériel sur lequel Universal, sa maison de disques, aurait des droits. Pour contourner la maison, le groupe va donc réenregistrer une bonne partie de ses classiques, ainsi qu’Elliott le disait déjà à Billboard au début du mois : « Qu’ils demandent ce qu’ils veulent, la réponse sera toujours non, alors inutile de demander. […] Nous allons simplement remplacement notre ancien catalogue par un tout neuf, exactement les mêmes versions que celles que nous avions. »

Déclarations complétées depuis dans l’interview du chanteur avec NPR pour qu’il soit clair qu’il n’y a aucune intention d’arnaquer l’auditeur sur la marchandise avec ces « contrefaçons » (comme il les appelle) : « Ce que nous essayons de faire – et c’est aux auditeurs de juger si nous y parvenons ou non – c’est de donner quelque chose qui sonne comme l’original. Nous ne voulons pas qu’ils disent que c’est meilleur ou pire, nous voulons qu’ils disent que ce sont les mêmes. Il m’est arrivé en allant sur iTunes, en cherchant une chanson en particulier, d’acheter un réenregistrement et c’était affreux. C’est mal fichu, fait à la va-vite, du fric vite gagné. Nous n’essayons pas de faire ça, en fait, nous essayons de préserver une certaine dignité en faisant ça. Car nous ne voulons pas que d’autres personnes s’en mettent plein les poches avec notre travail et ne nous paient pas pour ça. »

Ainsi, quiconque voudra se procurer un single de Def Leppard – car le groupe est surtout connu pour ses singles (mais quels singles !) et on achète essentiellement une chanson plus souvent qu’un album complet sur iTunes – trouvera le morceau précis, tel qu’il avait été conçu à l’origine, et aucune maison de disques n’engrangera l’argent de ces ventes avant d’en redistribuer une partie au groupe. Quand on sait qu’un artiste ne se fait pas plus de 7 centimes par morceau à un euros, que l’artiste veuille préserver le gros de sa part, c’est parfaitement logique à une époque où on cherche constamment de nouvelles méthodes pour vivre de sa musique : miser à fond sur le live, le merch, tenter de faire du gratuit en espérant que ça attirera les gens vers les deux sources de revenus précédentes… OK, mais on aimerait quand même vendre un peu notre musique elle-même. Et pour cela, certains artistes doivent reprendre le pouvoir sur leurs créations :

« Je pense que les artistes ont besoin de se battre pour récupérer leur carrière et la propriété de leurs affaires. D’accord, nous avons signé un contrat avec le diable quand nous avons signé avec une firme quand nous étions adolescents, mais tu apprends avec le temps. Tu prends conscience que c’est toi qui fait le plus gros du travail et pourtant tu ne reçois que l’équivalent du pourboire qu’on laisse au garçon du room-service. J’espère que bien d’autres groupes suivent notre exemple. D’ailleurs, nous ne sommes pas les premiers à le faire. Nous sommes peut-être les seuls qui ont droit à toute cette publicité autour de ça mais il y a des centaines de personnes qui l’ont fait par le passé. »

Bien sûr, les fans qui auraient déjà toute la disco du groupe, les ayant suivi depuis les années 80, ayant leurs albums en vinyle, cassette ou CD, n’est certainement pas le public visé par ce travail. et les fans préféreraient sans doute quelque chose de plus créatif. Mais comme le disait Elliott, à Billboard, ça demande quand même énormément de travail de réaliser ça : « Nous avons dû étudier ces chansons, jusqu’au plus infime détail, pour réaliser une contrefaçon parfaite. Ça a probablement pris autant de temps que de les faire, mais grâce à la technologie ça a été plus rapide au fur et à mesure. Mais essayer de trouver tout ces sons… comme : où vais-je trouver une voix de 22 ans ? J’ai dû chanter avec une certaine forme de gorge pour pouvoir chanter à nouveau comme ça. Ça a vraiment été un dur travail mais c’était un défi. »

Et heureusement, ça ne les écarte pas complètement de la création de nouveaux morceaux : « Nous y pensons toujours. Nous allons écrire pendant la tournée et ça se passera sûrement comme ça : ‘Hey, j’ai une idée pour une chanson’. Et on va jouer ça dans les loges et quand la tournée sera finie, on va vite se retrouver pour enregistrer une chanson ou deux, et ensuite, on commencera à réunir des trucs. »

Mais comme le disait le guitariste Phil Collen il y a quelques mois, il n’est pas forcément question d’album là encore : « Je pense que ce qui va arriver – j’ai déjà commencé à écrire quelques chansons – c’est que nous allons sortir deux ou trois chansons à la fois ou quelque chose comme ça, plus comme un EP ou quelque chose lié à un autre projet mais un album complet nous prendrait beaucoup trop de temps ; et à la vitesse où vont les choses aujourd’hui, le temps qu’on finisse l’album et qu’on arrive en disant « OK, le voilà », il n’y aura plus d’industrie du disque. »

Mais est-ce que le groupe continuera à jouer les indépendantistes avec ses prochaines chansons ?



Laisser un commentaire

  • Excellent, joli subterfuge. 🙂
    Comme quoi la frontière entre la propriété d’un artiste et celle de son label est extrêmement fine. Dans la même veine :

    – Si le groupe sort un T-Shirt qui arbore la pochette de leur album, ils doivent reverser de royalties à leur label ?
    – Si le groupe a signé avec plusieurs labels au cours de sa carrière, comment ça se passe quand il veut sortir un best-of ?
    – Est-ce que cette astuce ne serait pas à l’origine des remasters auxquels on a droit tous les 4 matins ? (Siamese Dreams, Nevermind, Iowa, pour ne citer qu’eux) ?

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