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Interview   

Deficiency ou l’art de dépasser ses émotions


« Deficiency pousse son thrash metal mélodique dans ses derniers retranchements : la brutalité, la puissance et la technique rencontrent volontiers des sonorités bien plus fines et nuancées, » peut-on lire dans la biographie du groupe. Et il est vrai que le combo de Forbach n’hésite pas, non seulement à trouver son équilibre entre agressivité et modicité, efficacité et éléments progressifs, mais également à intégrer toutes les influences de ses membres, aussi diverses soient-elles et en toute cohérence. Il n’est finalement pas étonnant de voir le groupe rempiler avec le producteur, mais aussi chanteur-guitariste, David Potvin, connu pour son savoir faire en matière de thrash metal mélodique avec Lyzanxia. Et le résultat est à savourer dans un nouvel album, The Dawn Of Consciousness, sorti il y a quelques semaines.

Un album concept, une fois de plus, qui poursuit le cheminement de pensée initié avec l’opus précédent, The Prodigal Child. Il y est question des « émotions primitives » de l’Homme et les réactions qu’elles induiraient face à la révélation des origines de l’humanité. Mais le mieux est encore que Laurent Gisonna, chanteur-guitariste ainsi que compositeur principal de son état, explique tout ça par lui-même.

« Nous faisons du thrash, oui, mais ça, c’est notre base. Après, nous ne nous fixons aucune limite pour divers apports, et nous laissons parler toutes nos influences et toute la musique que nous aimons dans le metal. »

La tournée que vous avez fait pour promouvoir The Prodigal Son vous a permis de jouer avec beaucoup de groupes de metal – essentiellement de thrash – prestigieux, dont certains sont des influences directes comme Machine Head. Que retiens-tu de cette tournée ?

Laurent Gisonna (chant & guitare) : Une très grande expérience musicale, humaine, et surtout, nous ne nous attendions pas du tout à ça en sortant The Prodigal Child. C’était un album sur lequel nous avions beaucoup misé, c’est l’album qui nous a permis de nous faire connaître, mais nous n’attendions pas de telles retombées. C’était vraiment une expérience fantastique. Pouvoir jouer avec des idoles, des groupes que tu écoutes depuis que tu as douze ans, c’est juste un truc de malade, c’est incroyable ! Après, ça t’apprend aussi comment fonctionne le milieu, comment être plus efficace dans ta manière d’appréhender, de préparer, de faire un concert… Beaucoup de choses, tu engranges beaucoup d’expérience, et tout ça, c’est du capital pour la suite. C’est une super expérience, et même si c’est un peu bateau, c’est un rêve de gamin qui peut se réaliser sur certains plans.

A quel point ça vous a inspiré pour ce nouveau disque et pour votre carrière en général ?

Est-ce que cela nous a inspirés ? Musicalement peut-être pas, mais en tout cas, ça nous a donné l’envie de continuer et d’aller toujours plus loin, tout en connaissant un peu le milieu dans lequel nous évoluons, qui est toujours compliqué, économiquement, au niveau de la « concurrence », il y a beaucoup de groupes, il y a un énorme marché. Donc pourquoi nous, pourquoi pas un autre, c’est une équation, une question à laquelle nous ne pouvons pas répondre actuellement. Est-ce que ce qui a marché hier, marchera encore demain, on ne le sait pas. En tout cas, nous nous donnons toutes les chances pour essayer de faire au moins aussi bien, et si possible, aller un peu plus loin. Seul l’avenir nous le dira, nous ne pouvons pas le dire aujourd’hui. Cela va dépendre de la réaction du public, de l’intérêt que peuvent avoir certains bookers ou autres. En tout cas, nous garderons la même passion, la même hargne, la même foi, la même envie, et puis c’est pour ça que nous faisons de la musique, et que nous aimons toujours en faire.

Vous avez intégré un nouveau batteur, Thomas Das Neves, avant de travailler sur ce nouveau disque. Apparemment, son recrutement a été fait dans l’urgence puisque vous avez failli l’auditionner directement sur la scène du Motocultor…

C’est un peu ça. Notre précédent batteur nous avait annoncé son départ en juin 2015 – pour des raisons personnelles, nous ne sommes pas du tout en mauvais termes avec lui –, et il a fallu que nous rebondissions rapidement parce que derrière, nous avons appris que nous étions à l’affiche du Motoc’ assez peu de temps après, et il a fallu faire ça « dans l’urgence », comme tu dis. Nous n’avons eu l’occasion de faire qu’une seule répète, et la première date qu’il a faite avec nous était le Motocultor, donc c’était assez folklo [rires]. Mais ça s’est très bien passé, nous avons bien apprécié, et puis c’est surtout que Tom est quelqu’un que nous connaissions déjà avant, ce n’est pas quelqu’un que nous découvrions. Nous le côtoyons depuis des années avec ses autres projets, nous savions qui c’était, nous connaissions son niveau, nous connaissions aussi l’humain et savions que nous nous entendions bien, donc il n’y a pas eu de souci là-dessus, et nous l’avons intégré au groupe tout naturellement.

Même si vous vous êtes quittés en bon termes, le départ d’Anthony Thomas semble avoir été un coup dur. A quel point était-il important pour le groupe, au-delà de sa contribution purement musicale ?

Antho, c’est simple : c’est un membre original de Deficiency. Il a commencé l’aventure avec nous, il a vécu toutes les expériences studio et live avec nous, les premières parties que tu as citées, jusqu’au Motoc’, c’était lui, la première tournée, c’était avec lui… C’est quelqu’un que nous apprécions beaucoup en-dehors du groupe aussi, et qui s’investissait beaucoup dans le projet. Après, c’est un choix de vie qu’il a fait, il est parti à l’étranger, tout simplement, vivre une aventure, en Nouvelle-Zélande. Actuellement, il n’est pas encore revenu en France, ça fait déjà quasiment deux ans. Ç’a été un coup dur car il nous a annoncé ça alors que, pour ma part, c’était inattendu. C’était lors d’une double-date, en Belgique. Il nous a dit : « Bon, les gars, il faut vraiment que je vous parle. Je vais partir, j’ai l’opportunité de le faire, c’est le moment, au niveau boulot, au niveau de ma vie perso. » Donc nous l’avons très bien compris, nous l’avons accepté, mais c’est vrai que nous avions déjà des projets sur les rails, le studio déjà booké, et après, nous avons eu un peu de mal à rebondir, c’est pour ça que cela a mis plus de temps. Intégrer Tom, re-bosser le projet avec lui, et puis relancer la machine… À quel point il était important, c’est pour toutes ces raisons. Parce que c’est simplement un gars que nous voyions le plus dans nos vies, avec la musique et en-dehors. Donc c’est évidemment un départ qui nous a un peu chamboulés, mais finalement, nous avons su rebondir derrière, et assez rapidement, donc tant mieux. Et puis, il suit toujours le groupe avec un œil avisé, de loin, de l’autre bout de monde, mais il est toujours avec nous.

Vous connaissiez Tom depuis longtemps, est-ce la première personne à laquelle vous ayez pensé ?

Je t’avoue que moi, oui, parce que je jammais aussi avec lui. Nous avons vécu dans la même région pendant un certain temps, nous nous voyions souvent et tapions des bœufs ensemble. Nous nous sommes toujours dits qu’un jour, nous monterions un truc ensemble, si ce n’était pas un groupe, ce serait un side-project, ou autre chose. Et finalement, c’était le moment, j’ai tout de suite pensé à lui. Après, nous avons quand même fait appel à des candidatures spontanées sur le réseau, il y a eu pas mal de candidats qui se sont présentés, qui ont voulu participer au projet mais qui se sont finalement désistés à la dernière minute, on ne sait pas trop pour quelle raison… Peut-être qu’ils se sont rendus compte que ce n’était pas aussi simple que ça, je ne sais pas, je présume. Et finalement, Tom, c’était un peu le dernier survivant, nous savions que lui était là pour nous, qu’il avait le niveau, qu’il avait la niaque, et ça l’a fait.

« C’est tout simplement plus simple pour moi d’écrire autour d’une trame qui est définie, où tu as un point de départ et un point de chute, que d’écrire dix titres sur des thématiques différentes. »

L’album a à nouveau été produit par David Potvin. Votre musique étant à la fois agressive et mélodique, dirais-tu que c’est, vu son background, le producteur idéal en France pour votre groupe ?

Oui. Après, comme je t’ai dit, nous n’avons pas eu une grosse expérience autre que celle engrangée avec David, mais en fait, nous n’avons pas du tout voulu changer de producteur parce que ça s’est très bien passé avec lui. Évidemment, nous avions à cœur de re-bosser avec quelqu’un que nous connaissions, dans des conditions que nous connaissions, et puis avec l’oreille, le recul qu’il avait sur notre musique que nous n’avions pas, il n’hésitera pas à dire : « Pourquoi tu mets ce riff-là ? Ça ne sert à rien ! Il n’apporte rien au morceau ! On vire !», et puis au final, ça sonne mieux. Ou bien : « Joue-le plutôt différemment ; là, pourquoi tu fais cette ligne-là ? Fais un truc plus simple ! », des choses auxquelles nous ne pensons pas forcément, et ce n’est que le producteur qui peut t’apporter ça. Nous avons une confiance aveugle dans le jugement de David, il sait comment Deficiency sonne, c’est lui qui fait sonner notre musique. Maintenant, nous nous connaissons bien, nous sommes toujours restés en contact, il est toujours là pour nous filer un coup de main, nous nous entendons très bien humainement et musicalement, donc choix évident.

Votre musique, même si elle forme un tout cohérent, brasse diverses influences, comme le thrash, le death, le djent. On entend même des orchestrations orientales sur « The Post Knowledge Day » et quelques passages de guitare acoustique presque flamenco. D’où vient cette diversité et comment la travaillez-vous en séance d’écriture ?

J’ai envie de dire que c’est assez naturel. Avec toutes les influences que tu cites, on peut aussi parler de hardcore, de progressif, de symphonique même, parfois, sur certains titres. C’est assez naturel comme processus, simplement parce que nous faisons du thrash, oui, mais ça, c’est notre base. Après, nous ne nous fixons aucune limite pour divers apports, et nous laissons parler toutes nos influences et toute la musique que nous aimons dans le metal. Et si tu fais la somme de tout ce que nous aimons dans le metal au sein des quatre membres de Deficiency, tu explores à peu près tous les spectres du metal, quasiment. Donc forcément, cela va se retrouver dans tel ou tel passage, mais c’est quelque chose de très naturel. Même si on nous qualifie de thrash metal mélodique – c’est le cas –, nous ne nous fixons aucune barrière, du moment que ça peut servir le morceau, apporter de la diversité dans le propos, être cohérent avec le ou les morceau(x) d’un album, d’un tout, nous ne nous fixons aucune limite, nous le faisons, car nous aimons cela. C’est tout.

L’album possède d’ailleurs un certain équilibre entre efficacité, que ce soit au niveau des riffs ou des mélodies, et des plans et parties plus progressifs. Est-ce un équilibre que vous avez consciemment recherché ?

Alors, oui et non. Non, parce que comme je le disais, et je vais me répéter, c’est tout à fait naturel pour nous. Et oui, parce que tout simplement, c’est comme ça que je conçois, et que nous concevons un morceau, un titre. Pour nous, dans un morceau, il faut qu’il y ait des refrains qui soient souvent agressifs, assez pêchus, catchy, qu’il y ait de l’impact, que la mélodie puisse se retenir, sans être mielleux ou quoi, il faut qu’il y ait une certaine puissance, mais aussi que ce soit un moment un peu charnière du morceau. Après, tout le reste, les espèces de développements mélodiques, les différents types de guitares, les différentes influences que tu as citées tout à l’heure, les soli, tout ça, ce sont des choses que quand nous nous sentons de les apporter, nous le faisons. Si nous sentons que ce morceau n’a pas besoin de solo, nous n’allons pas le faire. Nous n’allons pas nous dire qu’il faut mettre un solo à tous les morceaux. Nous nous en fichons un peu. Il faut juste que sur les cinq, six minutes du morceau, tout colle, il y ait une cohérence d’ensemble, et surtout, parmi les aspects que tu as évoqués, les refrains, oui, ils sont travaillés, parce que c’est ça qu’on retient. À la fin d’un concert, si tu as un groupe qui fait tout le temps la même chose, c’est plat, tout le temps le même tempo, le même style de voix, le même style de morceau, tu ne vas rien retenir, il n’y a aucun morceau qui va sortir du lot. Alors que pour d’autres groupes, et c’est ce que nous essayons aussi de faire quelque part, consciemment et inconsciemment, c’est que chaque titre ait son identité propre et que quand tu écoutes l’album, tu puisses identifier : « Ah oui, ça, c’est ce morceau-là ; ça, c’est ce morceau-là… », ou que quand tu sortes du concert, que tu aies encore des trucs qui résonnent dans l’oreille. C’est cette musique-là que nous aimons, et ce sont ces groupes-là que nous aimons, donc c’est tout naturellement ce que nous faisons.

Comment abordez-vous le départ d’un membre du groupe par rapport à cet aspect-là de votre musique très diverse ? Comment maintenez-vous la cohérence d’ensemble avec les nouvelles influences qui se greffent à vous ?

Peut-être que c’est lié au fait que ce soit moi qui compose le gros de la musique, donc je soumets ça à mes camarades, et après, chacun apporte ses idées, en disant : « Ton riff, là, il est dégueulasse, on va pas le garder » [rires], ou bien : « Ah ben tiens, j’ai un riff, il pourrait carrément coller à ce morceau-là ». Du coup, c’est le travail d’arrangement, ensemble, qui fait que chacun peut apporter sa patte. Tu parlais du batteur, la batterie est essentielle dans le metal, au même titre que le chant, c’est quand même la base rythmique, et Tom vient d’un horizon que nous n’avons pas eu l’occasion d’explorer dans la musique de Deficiency. Il vient plutôt du heavy, du black, du hardcore, il a œuvré dans les trois styles dans sa carrière, parce qu’il a eu beaucoup de groupes avant nous, comme Heavenly. C’est vrai qu’il a un jeu complètement différent de celui d’Antho, notre ancien batteur, mais il s’est tout de suite bien intégré au bloc Deficiency, et je trouve que ça sonne comme du Deficiency, sans aucun souci.

Ce troisième album est, comme les précédents, un concept album. Pourquoi se baser sur un concept ? Pourquoi cela devient-il « systématique » pour le groupe ?

C’est tout simplement plus simple pour moi d’écrire autour d’une trame qui est définie, où tu as un point de départ et un point de chute, que d’écrire dix titres sur des thématiques différentes, où j’aurais peut-être un peu plus de mal à trouver des sujets, des choses à exprimer, qui ne restent pas trop bateau et pas trop classiques, et peu intéressantes au final. C’est pour ça que nous faisons des concept albums, tout simplement parce que j’arrive plus facilement à écrire une histoire qui dure une heure, on va dire, qu’à écrire dix titres qui sont décousus les uns par rapport aux autres. Peut-être que ça demande plus de boulot sur l’aspect graphique, visuel, qui réponde au concept de l’album, et au style musical indirectement. Mais en tout cas, juste au niveau de l’écriture des paroles, c’est un moyen, et je pense que nous continuerons sur cette voie-là à l’avenir aussi, qui nous convient complètement, et qui risque pour l’instant de ne pas changer. Je préfère fonctionner comme ça.

« Nous faisons des albums et traitons de thématiques, notamment existentielles ou autres, qui nous intéressent, et qui permettent à tout un chacun de réfléchir un petit peu sur sa place dans cette société. »

Le thème principal de l’album est celui de la conscience et de la connaissance. L’album s’appelle The Dawn Of Consciousness et est introduit par un titre qui s’appelle « Newborn’s Awakening ». Il y a donc également l’idée d’éveil de la conscience et aussi de naissance. Qu’est-ce qui t’a poussé à axer le concept de l’album sur ces thèmes ?

Tout simplement, le nouvel album, The Dawn Of Consciousness, est un peu la suite de The Prodigal Child, qui est son prédécesseur, sur lequel nous nous posions la question de l’origine de l’humanité, en y apportant une réponse plutôt liée à la science-fiction, et moins liée à des raisons religieuses, scientifiques, ou autres. Du coup, j’ai eu l’idée de pousser un peu l’idée en expliquant l’après, c’est-à-dire une fois que l’Homme a appris quelle était son origine réelle, dans quelles conditions il avait été créé, par qui et comment, comment il réagirait, et comment le monde, la société, l’humanité, se relèveraient de cette révélation. En fait, nous avons décidé de partir sur les six émotions primitives partagées par toutes les sociétés humaines, quels que soient l’époque, le lieu, le moment ou la civilisation, et chaque émotion va dépeindre un type de réaction face à cette réalité, qui s’impose à l’Homme. C’est ce que sont un peu les six titres centraux de l’album. « Newborn’s Awakening », dont tu parlais tout à l’heure, c’est le titre de base qui explique le concept, qui explique ce qui se passe, et les six titres suivants sont les six émotions primaires. Après, tu as l’instru qui fait la coupure, et après, tu as la conclusion avec les deux titres finaux. L’album se découpe un peu comme ça.

L’histoire de cet album met en scène notre humanité qui, après avoir sombré dans le chaos, « vit une Renaissance mais doit faire face à sa vraie nature et dépasser ses émotions primitives pour saisir la seconde chance qui lui est donnée ». Dirais-tu que l’on pourrait dire, pour résumer cela, que le plus grand espoir de l’humanité réside dans sa capacité à réfléchir et à ne pas agir uniquement de manière primitive ?

Ouais. Mais malheureusement, il y a beaucoup d’exemples qui nous montrent que ce n’est pas le cas. Donc oui et non ! [Rires] Après, à notre petit niveau, nous faisons des albums et traitons de thématiques, notamment existentielles ou autres, qui nous intéressent, et qui permettent à tout un chacun de réfléchir un petit peu sur sa place dans cette société. Chacun à son niveau, dans son boulot, dans sa vie, dans sa société, dans son monde, dans son pays… Dans ce qu’on veut. On peut interpréter ça de mille et une façons. Mais nous n’avons jamais voulu être un groupe qui a des messages politiques, sociaux, revendicatifs, nous ne voulons pas nous placer dans ce créneau-là. Il y en a d’autres qui le font, ce n’est pas notre propos. Nous sommes avant tout des musiciens, et si nous pouvons nous poser des questions, dresser des constats avec un œil un petit peu différent, nous le faisons, en toute modestie. C’est un peu ça, le projet. Nous n’avons pas de message particulier à délivrer, pas de critique particulière à apporter, mais posons-nous des questions. « Qu’est-ce qu’on fout là ? » On est tellement peu de choses ! Et on est tellement en train de foutre en l’air ce monde ! Donc posons-nous des questions !

Penses-tu justement que tous les « échecs » de notre civilisation sont dus à nos instincts primitifs ? Ou bien l’homme est-il également capable d’orchestrer le malheur de manière un peu plus « réfléchie » ?

En fait, cela va dépendre des situations. Tu parles d’une orchestration du malheur, l’Histoire nous prouve à bien des égards qu’il y a beaucoup de malheurs dans l’histoire de l’humanité qui montrent que c’est le cas. Après, encore une fois, tu ne peux pas répondre oui ou non. C’est les deux, évidemment. Pour revenir à ce que tu disais, est-ce que l’Homme est capable de rebondir : oui aussi, bien sûr. Et c’est pour ça que chacun des six titres décrivant les émotions primitives apporte un élément de réponse qui est un peu un parcours individuel. C’est-à-dire que face à telle situation, je réagirai comme ça, et face à une autre, je peux très bien réagir différemment. Je peux très bien être en colère alors que je peux être plein d’espoir pour autre chose. C’est très compliqué ! C’est un mélange, et même en tant qu’individu, en tant que « un » mec, une personne peut exprimer ses six émotions primitives différemment, même s’il s’agit du même sujet. C’est assez dingue, quand tu réfléchis. Si tu mets un peu l’album en perspective et que tu le rapportes à l’individu, qui est aujourd’hui un peu la base de notre société, tu te rends compte que tu peux réagir complètement différemment selon ton humeur, selon le jour ou la nuit, ce que tu as vécu, etc. Il y a plein de choses que tu peux interpréter en fonction de ton passé, ton vécu et ton ressenti.

On passe justement par diverses formes d’émotions à l’écoute de cet album. Et c’est quelque chose que l’on retrouve de manière explicite et flagrante dans l’artwork de Ludovic Cordelières. L’inspiration principale de cet album n’est-t-elle pas tout simplement l’Homme dans ses facettes les plus noires comme les plus belles ?

Bien sûr ! Nous sommes des hommes, nous sommes des humains, donc forcément, nous allons réfléchir en premier lieu par notre point de vue. Nous allons regarder le monde par l’œil humain, par notre œil à nous. Après, effectivement, cet album-là, en tout cas pour nous, et notamment avec The Prodigal Child qui avait déjà entrouvert cette idée-là, nous permet aussi de nous mettre en perspective, en l’occurrence, celui de la création de l’humanité. On vient d’où ? Ça vient d’où ? Pourquoi on est là ? Pourquoi on a créé cette société ? Et si les réponses ne venaient pas de notre planète et qu’elles venaient d’ailleurs ? Et si on mettait cela en perspective ? On serait bien peu de choses ! C’est un peu ça aussi que nous essayons de faire au travers de ces albums. Même si ce n’est pas dit explicitement, il y a quand même une grande part de science-fiction, de regard tourné vers les étoiles dans ce que nous disons au sein de Deficiency.

Aviez-vous donné pour consigne à Ludovic d’inclure cette diversité de vos influences dans son artwork ?

Oui. En fait, Ludovic, nous avions déjà bossé avec lui pour The Prodigal Child. Il a fait un boulot fantastique dessus, et il était tout naturel pour nous de refaire appel à lui parce que franchement, des mecs qui réussissent à donner vie à des idées que nous avons, et des idées assez précises car il s’agit quand même d’un concept album – nous avions quand même des idées précises de ce que nous voulions –, il n’y en a pas cent cinquante, des bonhommes qui sont capables de le faire. D’autant plus qu’il est français, c’est un super mec, très à l’écoute. Il va te faire le truc comme tu le veux, mais en même temps il va mettre sa patte, et comme tu le dis c’est dans l’artwork, mais aussi si tu feuillettes un peu le livret, tu vas retrouver le concept et tu vas plus facilement le comprendre grâce à son travail, que si tu écoutais simplement la musique. Donc en fait, il faut voir ça comme un tout, et c’est vrai que le boulot qu’il a fait est assez monstrueux. Nous sommes super contents.

Interview réalisée en face à face le 11 avril 2017 par Aline Meyer.
Fiche de questions de Philippe Sliwa.
Introduction : Nicolas Gricourt.
Retranscription : Robin Collas.

Site officiel de Deficiency : deficiency.fr.

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