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Chronique   

Deftones – Black Stallion


2020 aura été une année chargée pour Deftones : en plus d’un nouvel album, Ohms, sorti il y a quelques mois, les Américains ont fêté les vingt ans du désormais classique White Pony. En onze titres, Deftones y proposait ce qui a été pour beaucoup la bande-son du tournant du XXIe siècle, et se réinventait par la même occasion en prenant ses distances avec un nu metal alors florissant pour tracer sa propre voie, à la fois plus vaporeuse et plus sombre, devant autant aux riffs assourdissants du metal qu’aux atmosphères éthérées de la dream pop. Pour rendre hommage à cet album et à son éclectisme toujours aussi frais vingt ans plus tard, le quintet de Sacramento a décidé de sortir un album de remix, Black Stallion. L’idée ne date pas d’hier : les musiciens ont expliqué lors d’une conférence de presse qu’elle avait émergé alors que White Pony n’était qu’à l’état d’ébauche. Frank Delgado et Chino Moreno avaient à l’époque accosté DJ Shadow lors d’une soirée pour lui demander un remix – sans grand succès. Depuis, de l’eau a passé sous les ponts : cette fois-ci, le célèbre DJ a répondu à l’appel, et ce n’est pas la moindre des surprises réservées par Black Stallion…

Le concept est posé par Clams Casino dès les premières secondes du disque : le premier riff de « Feiticeira » résonne comme au début de White Pony, pour très rapidement se distordre et se muer en quelque chose de complètement nouveau, où la version originale n’est plus qu’une présence fantomatique. Tout au long de Black Stallion, cette ombre de White Pony se fait changeante, parfois très reconnaissable (« Teenager », « Rx Queen »), parfois métamorphosée (« Elite », « Knife Prty »), parfois à la limite du perceptible (« Change », « Korea »). La liste des artistes impliqués donne le tournis et forme un ensemble varié, qui mélange grands noms (Robert Smith, DJ Shadow) et musiciens plus confidentiels (Tourist, Blanck Mass), et qui surtout reflète bien la multiplicité des influences du groupe : hip hop et nu metal de leurs débuts (DJ Shadow, Clams Casino, Salva, Mike Shinoda de Linkin Park), éléments dream pop qui sont depuis devenus sa marque de fabrique (Robert Smith de the Cure, Phantogram, Purity Ring) et, de manière peut-être plus surprenante, beaucoup de musique électronique (Tourist, Squarepusher, Trevor Jackson de Playground). Le résultat est une série de mariages qui ne raviront pas tout le monde mais qui se révèlent remarquablement harmonieux. « Teenager » devient plus chaleureuse, plus organique, « Passenger » ne choquerait pas sur Reanimation, « Street Carp », avec sa voix féminine, devient vaporeuse et feutrée, et « Change (In the House Of Flies) », qui n’a jamais aussi bien porté son nom, est pratiquement méconnaissable – une manière peut-être d’esquiver la comparaison avec ce qui est sans doute le plus grand tube de Deftones. Pour refermer l’album, Squarepusher couvre de glitches et renverse malicieusement le crescendo de « Pink Maggit » : le morceau se termine comme la version originale commence, formant une boucle et un effet de miroir avec « Feiticeira ».

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : l’étalon noir Black Stallion est le poney blanc White Poney en négatif, son reflet inversé, et les remix les plus réussis de l’album sont sans doute ceux où cette réflexion est la plus spectaculaire. Que ce soit dans la version électro indus d’« Elite », le très syncopé « Rx Queen » ou la relecture sensuelle et onirique de « Knife Prty », on retrouve exactement ce qui faisait l’essence des versions originales (respectivement l’agressivité, la menace latente, la sensualité mélancolique) mais obtenu par des moyens radicalement différents. Rafraîchissants, tous ces remix ont le mérite de nous faire voir sous un jour radicalement nouveau les versions originales de ces morceaux qui, en vingt ans, ont eu le temps d’être écoutés et réécoutés jusqu’à l’étourdissement : quel meilleur cadeau faire à ses fans qu’un moyen de réécouter son album le plus marquant comme si c’était la première fois ?

Clip vidéo de la chanson « Teenager » (Robert Smith Remix)

Clip vidéo du remix de la chanson « Knife Prty  » :

Album Black Stallion/White Pony (20th Anniversary), sortie le 11 décembre 2020 via Warner Bros. Disponible à l’achat ici



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