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Chronique   

Deftones – Gore


Deftones - GoreS’étant imposé au fil des années comme l’un des rares groupes capables d’une évolution constante tout en conservant un son tout à fait personnel, Deftones sort ces jours-ci, après quatre ans d’attente et quelques teasers un peu ésotériques, son huitième opus, Gore. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ces quatre années n’ont pas été de tout repos : tournées intensives, projets annexes (Crosses et Palms pour le chanteur Chino Moreno, Sol Invicto pour le guitariste Stephen Carpenter), et surtout décès du bassiste original du groupe, Chi Cheng, alors même que son état de santé s’améliorait (il avait passé des années dans un semi-coma après un accident de voiture en 2008). Eros, dernier album sur lequel le bassiste ait travaillé, a été une fois de plus remisé au placard.

Pour couronner le tout, il semble que les tensions entre le chanteur et le guitariste qui s’étaient développées à l’époque de White Pony, où Chino est passé lui aussi à la guitare et où le groupe s’est mis à lorgner de plus en plus vers le rock alternatif, aient redoublé d’intensité lors du travail sur ce nouvel opus, au sujet duquel Carpenter ne cache ni ses réserves, ni ses déceptions. Alors que Sergio Vega, bassiste du groupe sur ses trois derniers albums, essaie d’apaiser les esprits et minimise l’ampleur de ces tensions, Carpenter soutient qu’il est le seul élément metal d’un groupe qui ne l’est plus. Mais avec Gore, les Américains démontrent que la question « metal ou pas ? », tout comme la question « neo metal ou pas ? » plus tôt dans leur carrière d’ailleurs, n’a finalement qu’une pertinence limitée pour un groupe qui à chaque album peaufine son propre style.

Gore s’ouvre sur une impression de continuité avec le single « Prayer/Triangles » qui sonne presque comme un rescapé de Koi No Yokan et sur lequel on retrouve les refrains apaisés, la basse incisive et les explosions au refrain qui forment la marque de fabrique du groupe depuis « Bored ». Cependant, à l’écoute du disque dans son intégralité, c’est surtout à l’étrange Saturday Night Wrist que l’on pense, opus un peu à part dans la discographie du groupe, très atmosphérique, tenant presque du concept album de par sa grande unité. De la même manière, Gore, qui par rapport aux dernières livraisons du quintet est plutôt chiche en tubes et en titres imparables, nécessite plusieurs écoutes, et une immersion complète dans ses titres chatoyants et délétères. Si comme sur Saturday Night Wrist, donc, les guitares semblent globalement en retrait, le groupe nous gratifie tout de même d’un « Doomed User » où Carpenter, entre intro à la Meshuggah et riffs presque thrash, s’en donne à cœur joie, ainsi que d’un « Gore » tendu aux refrains très incisifs. Moins agressif et moins lourd, l’album n’en est pas lumineux pour autant, car sur Gore, l’obscurité et le malaise viennent surtout des effets de Frank Delgado et des murmures de Moreno. On pense au très réussi « Heart/Wire » aux échos de « Lucky You » de l’album Deftones, doux mais pourtant menaçant, qui a réussi l’exploit de mettre mal à l’aise le propre guitariste du groupe (« Cette chanson me faisait penser à des tueurs psychopathes, je ne la sentais pas du tout ! »). À noter enfin une première historique : « Phantom Bride » s’achève sur un solo (le premier de toute la discographie des Américains !) signé Jerry Cantrell (Alice In Chains), dont la maussaderie très année 90 s’épanouit à merveille dans ce morceau hanté.

Sur Gore plus encore que sur ses disques précédents, Deftones joue des opposés sans jamais choisir son camp. Au contraste crée par l’agressivité du titre de l’album et sa pochette pour le moins inoffensive, par la corporalité bestiale de « gore » (aurait-on retrouvé le boucher de Diamond Eyes ?) et le caractère très spirituel et éthéré des titres et des paroles, plus cryptiques que jamais, répond celui du metal volontiers extrême de Carpenter et des envolées post-punk de Moreno. Mais la force de Deftones est sans doute justement dans son refus de résoudre ses conflits, dans son choix de la juxtaposition plutôt que de la synthèse, et dans sa dissolution des limites. Groupe des interstices, en partant de la forme peut-être la plus adolescente du metal – le neo – il est parvenu à déployer une poésie, une toxicité et un érotisme sombre très matures. Gore, qui fascine plutôt qu’il n’emporte, le prouve une fois de plus.

Le clip de « Prayers/Triangles » :

Les chansons « Phantom Bride », « Hearts/Wires » et « Doomed User » :

Album Gore, sortie le 8 avril 2016 chez Warner.



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  • piiiierrrre dit :

    encore un album de deftones qui mérite plusieurs ecoutes pour digérer un tel album, moins direct que koi no yokan mais toujours aussi bon.
    deftones est et restera toujours une valeur sure
    je suis dans l’attente de leurs dates de leur future tournée européenne

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  • au bout de la cinquième écoute je commence enfin à l’appréhender.Le genre d’album qui fait beaucoup de bien franchement.

    [Reply]

  • Game-system dit :

    « S’étant imposé au fil des années comme l’un des rares groupes capables d’une évolution constante tout en conservant un son tout à fait personnel »

    Je n’aurais pas mieux dit. Très bonne chronique.

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