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Chronique   

Deftones – Ohms


Après plus de trente ans d’existence, les Américains de Deftones sont passés maîtres dans l’art du teasing : cela fait plusieurs années déjà que les fans entendent parler d’un nouveau disque (le précédent, Gore, est sorti en 2016) et les choses se sont accélérées cet été, alors que le groupe célébrait les vingt ans de l’incontournable White Pony. Messages cryptiques sur les réseaux sociaux, affichage dans les rues de Los Angeles… De quoi faire monter la pression jusqu’à la sortie d’« Ohms », premier extrait éponyme accompagné d’un clip à l’esthétique post-apocalyptique léchée. À la fois rafraîchissant et familier – une fois de plus, la patte Deftones est immédiatement reconnaissable sans impression de redite pour autant –, on y entend un Stephen Carpenter en grande forme. En effet, si Deftones a conservé son line-up d’origine (à l’exception du bassiste Sergio Vega qui a remplacé au pied levé Chi Cheng en 2008 après l’accident dont il est mort quelques années plus tard) et si ses membres n’hésitent jamais à rappeler leur amitié et leur admiration mutuelles, les tensions internes qui le traversent sont bien connues, et le guitariste avait notoirement été en retrait sur Gore. De quoi espérer un groupe plus soudé, donc, et un neuvième album (dixième en comptant l’album avorté Eros) comme une nouvelle nuance ajoutée à la vaste palette du quintet.

Si « Ohms », avec son ouverture en majeur, frappe par son aspect ascensionnel et jubilatoire, c’est de manière plus feutrée que commence le disque. Bourdonnements de synthés et arpèges noyés d’échos plantent longuement le décor avant d’être balayés par les riffs écrasants de Carpenter et les hurlements de Moreno. Pour la première fois depuis Eros en 2008, les Américains ont retrouvé le producteur de leurs quatre premiers albums, Terry Date, et le résultat est plus organique, presque charnu, moins éthéré que sur Gore, rendant honneur à l’inventivité jamais ostentatoire d’Abe Cunningham à la batterie, aux neuf (!) cordes de la guitare de Carpenter et à la créativité de Vega. Ces deux dernières se complètent sans que l’une prenne le pas sur l’autre, une gageure vu le registre des riffs. Le mur de guitares offre parfois une toile de fond pour les lignes de basse (« Headless ») et sait s’interrompre pour laisser les chansons respirer (« The Spell of Mathematics »). Moreno mobilise tout son registre, des murmures aux hurlements, de la voix la plus saturée à la plus naturelle (voire les deux à la fois avec les halètements qui referment « This Link Is Dead »), et ponctue l’album des arpèges de guitare qu’on lui connaît.

Si c’est bien là que s’illustre Deftones depuis ses débuts – le contraste entre une composante metal voire metal extrême et une atmosphère dream pop vaporeuse ; entre une violence sensuelle et un romantisme vénéneux –, les limites sont plus floues que jamais sur Ohms. Les chansons sont souvent ambivalentes (« Pompeji » avec son début chatoyant à la « Beauty School », ses mouettes et son final atmosphérique signé Frank Delgado, inquiétant et presque lynchien, « Error » avec son démarrage épique qui rappelle Koi No Yokan et ses derniers instants presque extatiques) et se fondent les unes aux autres, surtout au cœur de l’album (« Error » et « The Spell Of Mathematics », « Pompeji » et « This Link Is Dead »), suggérant que l’album suit un fil rouge. S’il a des zones d’ombre, c’est une tonalité lumineuse qui domine tout au long du disque et qui culmine avec un « Ohms » presque triomphant, peignant l’image de musiciens en pleine possession de leurs moyens et dont l’enthousiasme et la joie de jouer ensemble, loin d’être émoussés par les années, sont contagieux. « I finally achieved balance » [« J’ai enfin trouvé l’équilibre »], chante Moreno dès les premières minutes de « Genesis » : apparemment apaisé et ayant surmonté tensions internes, externes, et douloureux coups du destin, Deftones revendique plus que jamais sa place à la lisière, mêlant les styles, les atmosphères et les décennies, et prouve qu’il est aussi à l’aise pour chanter l’aurore que le crépuscule.

Clip vidéo de la chanson « Genesis » :

Clip vidéo de la chanson « Ohms » :

Album Ohms, sortie le 25 septembre 2020 via Reprise Records. Disponible à l’achat ici



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