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Live Report   

Deftones ramène le public parisien à ses vingt ans


Après deux très bonnes prestations sold-out au Trianon en début d’année, Deftones s’est payé un Zénith en cette rentrée, rien que ça. Histoire de se rappeler l’époque où un Zénith était presque trop petit pour accueillir les Américains tant la demande était forte. Et histoire de se faire plaisir aussi, et contenter de manière plus large ces fans parisiens qui réservent toujours un accueil en or à ces survivants de la vague Néo de la fin des années 90.

Les Parisiens, pourtant, n’ont pas tous répondu à l’appel, car le Zénith n’est pas totalement comble en ce vendredi soir encore doux de cette fin d’été. Dans cet espace rempli tout de même amplement aux trois quarts, les Deftones auront tout le loisir de revisiter leur discographie, dont une belle part réservée au dernier très acclamé Koi No Yokan, bien que cette tournée ne soit pas officiellement celle de soutien à cet album.

Artistes : DeftonesThree Trapped Tigers
Date : 6 septembre 2013
Salle : Zénith
Ville : Paris

Ce sont les Anglais de Three Trapped Tigers qui nous accueilleront dans cette belle soirée à la Villette, car les embouteillages parisiens du fameux départ en week-end auront eu raison de notre présence à la « première » première partie, à savoir Lonely The Brave. Les Anglais font de leur noise Rock instrumental un univers extatique très original qui a franchement surpris les spectateurs du Zénith, et les a progressivement conquis tout au long du set. Avec peu de chant en dehors d’une voix mélodique qui apparaît parfois brièvement et une basse qui sort des machines, le grand intérêt du groupe réside en l’opposition d’arpeggios de synthés et de notes ou de solos de guitares plutôt déjantés sur des rythmes très syncopés. Three Trapped Tigers mélange des passages aériens, atmosphériques et des moments rythmiquement intenses où la batterie joue un grand rôle, surtout en concert puisqu’elle est placée dans une position centrale. Le tout a une dimension très hypnotique, grandement aidée par un jeu de lumière plutôt sobre et efficace et un univers sonore proche d’un Kraftwerk version 2013. Enfin, soyons honnêtes, si une partie du public a paru fascinée par la prestation des Londoniens, une autre définitivement venue rien que pour voir Deftones, n’a pas compris le délire de l’artiste. Quoi qu’il en soit, c’est tout sauf une prestation neutre qui fut ici livrée, et on pourrait très sûrement entendre plus parler d’eux dans les années à venir.

Après la demi-heure consacrée aux Three Trapped Tigers, place au plat de résistance. Un fond de scène avec une douce dame juchée sur cheval en pleine course apparaît, en référence immédiate à la vidéo issue du dernier album, pour le titre « Swerve City », morceau qui sera bien entendu joué ce soir. Et une fosse copieusement remplie de trentenaires. Eh oui, car pour aimer Deftones en 2013, il est généralement répandu d’avoir autour de trente ans, et surtout, dans les périodes adolescentes et post-adolescentes, d’avoir remué la tête sur les riffs agressifs d’Adrenaline, d’avoir chanté amoureusement sur les refrains suaves de White Pony ou fantasmé sur la pochette mythique d’Around The Fur. Deftones est donc le groupe d’une génération, et la composition du public du Zénith de ce soir en témoigne. Un public bien sûr, toujours aussi féminin qu’à l’accoutumée, et composé surtout par des fans de rock alternatif, qui ont plutôt penché, à la suite de l’âge d’or de Deftones, vers Tool ou Muse que DevilDriver ou Slipknot. Deftones a attiré dans ses filets un public à part entre metal et rock, et l’a majoritairement gardé à travers les années.

Même s’il y a beaucoup de nostalgiques présents au concerts de Deftones, il y a aussi un bon nombre de fans qui ont aimé les deux derniers albums, ceux de la résurgence d’un groupe au top de sa forme. Et c’est ainsi par deux extraits de Diamond Eyes, le premier album sans Chi tout comme celui de la renaissance musicale, que commence le set des Américains. La présence de Chino est un peu hésitante, le son pas encore très bien réglé, et l’enthousiasme du public un peu restreint. Forcément, même si « Diamond Eyes » et « Rocket Skates » sont de très dignes représentants du Deftones d’aujourd’hui, ils n’ont pas le coffre émotionnel des hits d’hier. Et il faudra donc un nécessaire « Be Quiet And Drive » pour que la soirée se lance réellement, dans la fosse comme sur la scène, qu’on chante en cœur « I don’t care where just far ! » pour que les bras et les cordes vocales se décrispent et qu’on se lance librement à cœur perdu dans ce mélange d’émotions passées et de réalités musicales d’aujourd’hui. Ça pogote gaiement, mais devant la scène surtout, et pas trop fort, pas trop violemment. On se pousse un peu, mais pas trop, car à 30 piges, on veut bien rigoler un peu, mais pas salir ses affaires, non plus. On slammera tout de même un peu, histoire de prouver que l’on est encore capable de faire ça dix ans plus tard. Non mais.

Alors que lors du concert au Trianon, Chino et sa bande semblaient vouloir articuler la setlist par périodes, cette fois-ci les débats se feront un peu plus dans le désordre, même si le groupe procédera quand même principalement par paquets de chansons d’un même album. Un coup vers Around The Fur (l’obligatoire « My Own Summer » ou encore « Lahbia »), beaucoup de représentants de White Pony (« Feiticeira », « Digital Bath », « Knife Party ») – un album avec lequel Deftones vieillit définitivement bien – avant d’aller vers le petit dernier Koi No Yokan et de retourner voir le Poney Blanc avec un « Passenger » que tout le monde attend. Ou redoute. Ou espère. Ou regrette. Car dans la version originale, il y a Maynard James Keenan (Tool) sur le titre. Et quand c’est Chino qui fait les voix de Maynard, le public n’y retrouve pas forcément son compte. Et cela dure depuis plus de dix ans, depuis que le groupe joue le titre en live. Mais à sa décharge, les Deftones font des efforts pour redonner un sens à ce titre sans Maynard : guitare fluo lumineuse dans la nuit pour Stephen Carpenter, et version survitaminée du titre sur les refrains. Le coup est plutôt bien rattrapé et le public a de toute façon chanté plus fort que Chino.

Ah, le fameux chant de Chino. Cela fait bien longtemps que le public ne vient plus voir Deftones pour voir une prestation sans anicroche vocale de ce chanteur unique en son genre. Et d’ailleurs plus grand monde ne tient rigueur à Chino Moreno pour son chant plus qu’approximatif, ses cris non maîtrisés, ses fausses notes à répétition ou son essoufflement constant en live. Car l’essence de Chino est ailleurs. Dans sa manière de grimper sur les retours et haranguer la foule, dans son sourire retrouvé au public parisien, dans les litres de sueur qu’il perd à chaque prestation et dans cette émotion intense qui le transperce. Donc au final, et étant donné qu’il connaît beaucoup des chansons par cœur, le public se fait la remarque, à voix haute même, mais se moque pas mal que Chino chante à la note près les tubes du groupe. Chino, comme le bassiste Sergio Vega, celui par qui la bonne humeur semble être revenue après le terrible accident du regretté Chi Cheng, donnerait son âme au diable sur scène. Et ça, c’est essentiellement ce que le public de la capitale est venu chercher, comme lors des deux précédentes sorties réussies au Trianon. Cela, et bien sûr une très bonne exécution musicale rythmique de tous ces titres du riche catalogue des quatre de Sacramento, une caractéristique constante du groupe à travers sa carrière.

Pour finir, un retour, bien évidemment vers Adrenaline par « Bored » et « 7 Words ». Les Parisiens avaient eu droit à « Head Up » et le génial « Root » au Trianon, ils se contenteront de ces deux titres des débuts pour s’extasier et retrouver leurs 20 ans dans la fosse, accompagné d’un « Engine N°9 », et d’un « Romantic Dreams » de haute volée, ternaire, virevoltant et maîtrisé à souhait, même dans le chant pourtant pas le plus évident. Chino et ses sbires sont bien venus à la rencontre de leur public ce vendredi soir. Abe Cunnigham a martelé de ses mythiques coups de caisses claires acérés la grosse vingtaine de titres joués ce soir, Stephen Carpenter a lui comme toujours trouvé refuge derrière son infinie tignasse pour délivrer les gros riffs de sa sept cordes qui s’opposent aux formidables atmosphères du DJ Franck Delgado, en retrait mais toujours présent de manière sous-jacente. Les Deftones ont joué tout ce qui a fait leur renommée pour leur public qui vieillit avec eux. Et tant qu’ils présenteront leur arsenal de titres avec une telle énergie, celui-ci répondra toujours présent. Avec enthousiasme, et un brin de nostalgie.

Setlist de Deftones :

Diamond Eyes 
Rocket Skates 
Be Quiet and Drive (Far Away) 
My Own Summer (Shove It) 
Lhabia 
Rosemary 
Feiticeira 
Digital Bath 
Knife Prty 
Elite 
Tempest 
Swerve City 
Poltergeist 
Passenger 
Regulate (reprise de Warren G ; Jam)
The Boy’s Republic 
Change (In the House of Flies) 

Rappel :

Romantic Dreams 
Bored 
Engine No. 9 / Wicked 
7 Words 



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  • Aaaah Deftones…je suis prêt à payer très cher pour assister à un de leurs concerts…un jour, j’espère, j’y serais, ce groupe est juste fantastique.

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