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Chronique   

Déhà – Decadanse


Derrière l’ombre du démon se cache un monde encore plus profond que le néant qu’il a créé. Aux abords du chaos, dans la noirceur éternelle, triomphe un calme lancinant et assourdissant qui ronge toute âme s’y aventurant, et la porosité de la frontière séparant ces deux univers est telle que d’aucuns la croiraient presque inexistante. Il est néanmoins des artistes qui pénètrent cette frontière de part et d’autre, y décèlent ses plus sombres aspects et les retranscrivent en musique. Indéniablement, le nouvel opus de Déhà, Decadanse, dégorge cette obscurité trouble et funeste avec tout le génie instinctif et l’infatigable créativité de son auteur. Au sein du projet en son nom, qu’il considère lui-même comme un « pot-pourri », Déhà ne cesse d’expérimenter et produit chez Les Acteurs De l’Ombre cet album aux accents avant-gardistes, teinté d’un doom bleu électrique et d’un black metal aussi noir que les cendres.

L’œuvre est scindée en deux. En effet, on ne retrouve au sein de Decadanse que deux titres extrêmement denses, la profusion des éléments qui les composent offrant un rendu chimérique d’une complexité terrifiante. Leur complémentarité fait de l’ensemble de l’œuvre un puits sans fond où l’hostilité des lieux prend une ampleur abyssale, où la chute devient perpétuelle et le retour en arrière impensable.

Aux premiers instants de « The Devil’s Science », le tintement d’une atmosphère sombre et sinistre retentit, alertant l’auditeur qu’il tombe dans l’antre effroyable des ténèbres. Lentement, d’un pas lourd et régulier, un chemin commence à se dessiner. Des notes de piano suffisamment parsemées pour se vouloir inquiétantes font alors office de guide et, à la manière des sifflements d’un serpent, une voix sournoise s’immisce au sein du voyage, dans un écho lointain. Tandis que hurlements et frémissements s’agrippent aux oreilles des plus empathiques, un bourdonnement incessant brouille les sens et permet aux sonorités robotisées des coups de batterie de véritablement percuter. Puis le couperet tombe, le gouffre se referme, et le déferlement de violence s’abat sur ce qu’il y a d’encore vivant aux alentours. S’ensuivent alors des alternances plurales, les rythmes sont changeants et la grande diversité mélodique, métrique et vocale que contient Decadanse est à l’image de la fureur qu’elle illustre : immense, complexe et dévastatrice. Le souci du détail est tel qu’au sein de cet apparent chaos, noyé dans ces torrents impétueux, un piano à peine perceptible mais non moins enragé fait surface avec un flux de notes qui s’entrechoquent frénétiquement en une mélodie anarchique.

Si le questionnement, l’effroi et l’incertitude régentent la première partie de l’album, un sentiment davantage enténébré et mystérieux s’ajoute au sein du deuxième titre « I Am The Dead ». Avec un dynamisme complètement hors du temps, on passe d’un doom au growl écrasant à un black metal aux accords mineurs acérés, aux passages électroniques déroutants par les cassures qu’ils insufflent et les sursauts d’énergie qu’ils provoquent. Les torrents se transforment en tempêtes et les chants scandés en chœur ébranlent davantage l’auditeur, submergé par ces coups verbaux. Tandis qu’un esprit plus solennel plane au-dessus de cet enfer électrisé, l’aura malsaine et suffocante qui s’y est infiltrée insidieusement depuis les premières minutes prend de plus en plus de place à mesure que l’on plonge dans l’abîme.

À l’instar de la discographie de l’artiste, Decadanse est d’une densité vertigineuse et regorge d’une inventivité ô combien agressive. Chantant alternativement en anglais et en français, Déhà compose avec une certaine poésie qui permet d’affirmer qu’à travers l’opacité invétérée de ce nouvel opus, peut tout de même émerger le sublime de cette œuvre dantesque.

Extrait de la chanson « The Devil’s Science » :

Extrait de la chanson « I Am The Dead » :

Album Plague God, sortie le 18 mars 2022 via Les Acteurs De L’Ombre Productions. Disponible à l’achat ici



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