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Interview   

Déluge à la troisième personne


Déluge fait partie de ces entités françaises qui ont connu une percée flamboyante en très peu de temps. Fort du succès de son premier album Æther paru en 2015 chez Les Acteurs De L’Ombre, suivi d’une vaste tournée comprenant des passages dans plusieurs festivals de renom dont une escale remarquée au Hellfest 2017, le groupe poursuit son ascension en se faisant une place chez Metal Blade Records et en s’assurant ainsi une visibilité certaine sur la scène internationale. Les Français ne doivent ce démarrage réussi qu’à leur mérite et à une identité forte consolidée par un projet qui a su se démarquer dans une nouvelle scène extrême foisonnante.

Si le groupe est souvent affilié au post-black ou à la scène « black troisième vague », la principale caractéristique du son de Déluge est qu’il n’est pas tout à fait identifiable comme étant du black metal : le guitariste François-Thibaut Hordé reconnaît ne jamais avoir eu cette prétention-là. Déluge est un mélange de beaucoup de choses, en témoigne ce deuxième opus Ægo Templo qui va brasser dans des horizons bien plus larges, comme nous l’a confié le musicien dans l’entretien qui suit. Déluge est avant tout une aventure collective qui porte un éventail d’émotions variées et où l’œuvre propose de multiples lectures qui, comme nous pouvons le deviner à travers ses mots, va bien au-delà du simple domaine artistique.

« [Æther] est très bien produit, mais c’est une sauce à l’américaine, alors que là, le deuxième, c’est vraiment très français, jusqu’au bout des ongles, avec quelque chose de très analogique, très humain, où on entend un peu tout le monde jouer. »

Radio Metal : Le premier album, Æther, est sorti en 2015 chez Les Acteurs de l’Ombre. Vous avez eu un très bon accueil, vous avez pas mal tourné, puis votre nom a commencé à résonner dans la scène underground, avant d’avoir des grosses dates comme une ouverture pour Gojira et même un Hellfest en 2017. Vous annoncez donc votre deuxième album, cinq ans quasiment jour pour jour après le premier, et il y a un véritable engouement pour sa sortie, en tout cas ici en France. Est-ce que cet engouement vous a pris par surprise ou bien avez-vous pu le voir évoluer et grandir ces cinq dernières années ?

François-Thibaut Hordé (guitare) : Bonne question ! C’est vrai que nous voulions déjà prendre le temps de bien poncer le premier album, parce que nous avions beaucoup de choses à dire sur cet album qui est quand même une belle pièce brute, une belle pierre à l’édifice. Nous avions besoin d’écrire cet album, c’était vraiment sincère et il y avait beaucoup d’émotions. Nous voulions beaucoup tourner. Tout ce qui est live, ça a vraiment toujours fait partie de Déluge depuis le début. Après, c’est vrai que nous avons décidé d’arrêter de tourner et de composer l’album. Je pense que la plupart des groupes arrêtent de tourner, puis enregistrent avec quasiment tout de composé. Nous, nous voulions vraiment « user » ce premier album, ce que nous avons fait. Après, il y a eu pas mal de choses dans nos vies qui étaient inattendues et qui ont fait que ça a pris beaucoup de temps. Nous avons quand même fait de super dates entre-temps : nous avons fait le Summer Breeze, le Brutal Assault, nous avons fait quelques super festivals européens un peu entre les deux. Nous avons dû rebosser des sets pour l’occasion, c’était intéressant.

Mais nous sommes très fiers de cet album qui est quand même assez différent du premier, qui a un spectre beaucoup plus large d’émotions. On est toujours dans la mélancolie, mais avec beaucoup plus d’espoir, je pense. C’est quelque chose qui est, à mon avis, beaucoup plus facile d’accès que le premier, qui était quand même assez brut. Nous avons passé énormément de temps sur les arrangements, sur la production, beaucoup plus que sur le premier, même si nous en sommes encore très fiers. Le premier est très bien produit, mais c’est une sauce à l’américaine, alors que là, le deuxième, c’est vraiment très français, jusqu’au bout des ongles, avec quelque chose de très analogique, très humain, où on entend un peu tout le monde jouer. Nous y avons passé beaucoup plus de temps. C’est vrai que nous sommes restés discrets, puisque quand nous n’avons pas grand-chose à dire, nous n’entretenons pas trop le buzz. Quand nous avons quelque chose à dire, nous le disons, et sinon, nous restons plutôt discrets. Mais nous sommes super impatients et super fiers en effet de l’engouement. Nous voyons que ça prend, et nous voyons que nous étions un peu attendus au tournant, ce qui fait toujours plaisir.

Quand le cycle de composition du nouvel album a-t-il commencé réellement ?

Nous avons commencé à l’été 2017 face à l’océan avec Thomas [Desrosiers], qui est à la base notre éclairagiste, qui est aussi producteur, et qui m’a filé un bon coup de main sur le deuxième. Nous avons écrit « Opprobre » et « Vers ». Après, entre 2017 et octobre ou novembre 2019, nous avons vraiment écrit, retravaillé toutes les pistes, retravaillé les arrangements, mis en place le chant et tout ce qu’il y a autour, puisque aujourd’hui, nous avons des claviers, nous avons beaucoup de choses autour, ce n’est plus batterie-basse-guitare. Nous avons travaillé une belle année et demie, je pense.

Un événement majeur pour vous, c’est que vous quittez Les Acteurs De l’Ombre pour un label international, Metal Blade Records. Comment s’est faite cette rencontre ? Comment vous ont-ils repérés ?

Excellente question ! Il me semble que c’était sur un festival hollandais, un festival de bookers, un peu l’équivalent du MaMA à Paris, qui est un festival de bookers, très professionnel. Je crois que c’était à l’Eurosonic, mais je peux me tromper. Même à l’époque où nous avons signé sur LADLO, nous avons eu plusieurs propositions. Je les avais choisis à l’époque parce que ça me semblait tout à fait cohérent pour un premier, nous avions une patte, quelque chose à faire, surtout sur le côté frenchy. C’est un label que je respecte pas mal, nous sommes très fiers du boulot qu’ils ont fait sur le premier. Ils ont fait partie des options pour le deuxième, je ne le cache pas, puis ça ne s’est pas fait pour plein de raisons qui nous regardent. Metal Blade était dans les options, j’ai un peu tout analysé, et c’est vrai qu’ils proposent des ressources, que ce soit d’ordre stratégique, promotionnel, communicationnel, qui sont incroyables. Je ne pensais pas que nous aurions une si bonne communication avec un si gros label. C’est la bonne surprise, c’est le « happy accident » de la signature. C’est super chouette, ils sont très impliqués. J’imagine qu’ils le sont avec tous leurs groupes, je ne peux que parler de mon expérience, car je n’ai pas de potes proches qui sont sur Metal Blade.

« Je discutais avec beaucoup d’artistes, des mecs qui sont à l’opéra, des danseurs, et nous avons tous le même discours. On le fait comme si tout allait se faire, parce que sinon, on ne fait rien. Puis si ça se fait, on ne sera pas prêts, donc il faut être prêt si ça peut se faire… Mais la situation est invivable. »

Nous avons beaucoup discuté des conditions du contrat, nous leur avons bien expliqué notre vision, parce que nous avons une vision quand même assez pointue de l’image que nous voulons donner, de l’aspect artistique des choses, que ce soit sur les images, sur les sons, sur le live, sur pas mal de choses, et nous avons vu que ça pouvait tout à fait coller avec ce qu’ils attendaient. Donc ça s’est fait un peu naturellement et très en souplesse. La collaboration se passe à merveille, je suis très content et très fier de ça. On m’a déjà fait remarquer que c’était un label plus généraliste, alors que LADLO, c’est quand même très axé post-black, pour faire simple. Ce n’est pas quelque chose qui me fait peur, dans la mesure où de toute façon, nous voulons toucher le plus de monde possible. Nous sommes très fiers que LADLO ait sorti le premier et nous sommes très fiers d’élargir le spectre de nos auditeurs grâce au deal avec Metal Blade.

Sachant qu’il y a quand même des groupes qui se rapprochent de ce que vous faites, je pense à The Ocean qui est une inspiration pour vous, Downfall Of Gaia, Cult Of Luna… Finalement, vous n’êtes pas intrus chez Metal Blade !

C’est clair ! C’est vrai qu’ils suivent beaucoup d’artistes dans beaucoup de styles différents. Ça reste très metal. J’imaginais quelque chose d’encore plus généraliste. Les groupes que tu as cités, ce sont des groupes que j’apprécie beaucoup, que nous connaissons un peu à titre personnel, nous avons déjà joué avec eux. C’est clair que ce n’est pas incohérent.

Quelles perspectives cette signature peut-elle vous ouvrir ? On imagine des tournées hors sol européen… C’est compliqué de parler de tournées dans le climat actuel, mais y a-t-il eu des négociations là-dessus ?

Oui, carrément. Nous voulons vraiment tourner. Ce n’est pas toujours l’objectif de groupes de black, mais en même temps, je ne pense pas vraiment que nous soyons un groupe de black. Nous sommes un groupe live avant tout, nous sommes un groupe de musique inspiré par l’énergie primitive du black metal, mais c’est vrai que nous n’avons pas caché nos intentions, nous avons directement mis ça sur le tapis en disant : « OK, nous sommes très intéressés par votre proposition. Par contre, nous voulons tourner, donc si vous pouvez nous aider aussi là-dessus ! » Nous travaillons avec The Link Production depuis 2016, si je ne dis pas de sottise. Donc nous avons fait une belle année sans eux en nous lançant et je me suis rendu compte que le booking, c’était ce qu’il fallait externaliser en premier. Nous sommes très fiers du boulot qu’ils ont fait et que Romain [Monereau] a fait, parce que c’est clairement quelque chose qui a aidé à la propulsion du groupe. Nous avons fait beaucoup de SMAC en France, nous avons fait beaucoup de gros festivals, un peu grâce à eux. Le gros boulot de booking se fait par l’agence de booking. Après, tu as toujours du management d’un côté, un booking de l’autre, le label d’un autre côté… Pour que ça soit le plus efficace possible, il faut que tout le monde bosse ensemble et bosse en bonne intelligence. Donc nous l’avons posé sur la table tout de suite. Après, le rôle du label, pour moi, ce n’est pas non plus de te trouver des tournées. S’ils peuvent aider, c’est top, et nous ne cracherons pas dessus, car il y a beaucoup de groupes qui nous intéressent chez eux, mais leur rôle, c’est de bien « vendre » l’album et de proposer des stratégies efficaces sur la promo et sur la communication, et ça, ils le font très bien. Nous serons super ouverts à ce qu’ils pourront nous proposer en termes de booking et de tournées.

Au moment où cette interview sera publiée, on ne sait pas ce qu’il en sera, mais à l’heure actuelle, vous devez toujours ouvrir pour Igorrr. Est-ce que c’est maintenu, est-ce que c’est reporté ? (La tournée a finalement été annulée, NDLR)

À ce sujet, je faisais partie des plus optimistes, en me disant : « La situation va pas être éternelle, on va bien en sortir » et là, j’ai pris un sacré coup ces derniers jours. La tournée avec Igorrr est maintenue. Ça sera assis, masqué, avec distanciation, donc ça ne va vraiment pas être joyeux, en tant qu’artiste et en tant que public. Je suis allé voir mes potes de Svart Crown qui jouaient avec Regarde Les Hommes Tomber à Metz, il n’y a pas très longtemps… On va dire qu’on est contents parce que, les personnes qui se retrouvent à un concert, on se regarde un peu et on se dit : « Enfin ! » parce qu’on n’a pas eu ça depuis longtemps. Après, on a l’impression que c’est de l’histoire ancienne, un concert, avec une pinte, avec tes potes à côté à discuter… Là, c’est très maîtrisé, très contrôlé, ce ne sont pas les conditions idéales du divertissement.

« Déluge est devenu une expérience collective. […] Sur scène, nous parlons d’égrégore, de transcendance, il y a vraiment quelque chose de fort qui se passe, et je crois que les gens le sentent. »

Pour l’instant, ce que je peux dire, c’est que la tournée est maintenue. Nous avons très envie de la faire, ça me ferait beaucoup de mal que ça soit annulé. Par contre, nous nous y préparons. Pour le moment, nous avons des deals avec toutes les salles, Romain est en échange quasi quotidiennement avec toutes les salles, et je peux te dire qu’il y passe des heures et ça doit être insupportable pour lui, parce qu’il a surtout dû rebooker Igorrr qui a sorti son album six mois avant nous, qui avait soixante dates de bookées, et ils ont dû tout rebooker… Il y avait des tournées US, tournées Europe, ils sont en train de re-booker la tournée Europe… Franchement, je trouve ça infernal et vraiment très triste, parce que c’est un pan de l’économie. Je peux aussi comprendre la situation, il faut être raisonnable, je l’entends bien, mais c’est un peu les secteurs qui sont laissés à l’abandon. Il va vraiment falloir faire quelque chose, parce que j’étais assez optimiste et là, pour le coup, je me dis que ça va vraiment très mal finir si on continue à laisser ce secteur de l’industrie de la musique complètement à l’abandon – parce que c’est le cas, je n’ai pas de revendication. Dans Déluge, nos techniciens sont pour partie intermittents, nous avons un intermittent dans l’équipe, mais tout le reste, nous avons des business, nous avons des affaires. Déluge, c’est notre bébé, mais nous dépendons financièrement d’autre chose. Ceci dit, nous pensons à nos copains et je pense que ça va très mal se passer s’il n’y a pas des solutions concrètes qui sont proposées rapidement.

On parle de nous, on parle d’Igorrr, on parle de groupes français, mais derrière, il y a aussi des institutions comme le Hellfest… Je ne l’ai pas lu mais j’ai entendu parler de très mauvaises rumeurs sur les festivals de l’année prochaine… On ne peut pas continuer comme ça indéfiniment. On ne peut pas abandonner du jour au lendemain ces gens-là. On peut prendre le métro, on peut aller travailler, certes dans des conditions spécifiques, mais je sais que Gautier [Serre] d’Igorrr et moi pour Déluge, nous avons accepté ces conditions avec public masqué, assis, avec distanciation et réduction des jauges, parce qu’il ne faut pas oublier qu’on divise par trois ou quatre les jauges de concert, donc derrière, ça a beaucoup d’impact. Nous, nous acceptons tout ça mais si en plus, on impose des couvre-feux, on ne met pas la main au portefeuille pour aider les salles, pour aider les promoteurs, et si derrière, les promoteurs publics ne jouent pas le jeu, pour moi, on va tout droit à la catastrophe. Clairement.

Pour répondre à ta question, la tournée est maintenue. Nous bossons dur pour ça, nous répétons tous les week-ends en ce moment, nous avons une résidence la semaine prochaine… Il n’y a pas le choix. Je discutais avec beaucoup d’artistes, des mecs qui sont à l’opéra, des danseurs, et nous avons tous le même discours. On le fait comme si tout allait se faire, parce que sinon, on ne fait rien. Puis si ça se fait, on ne sera pas prêts, donc il faut être prêt si ça peut se faire… Mais la situation est invivable. Encore une fois, je ne suis personne pour dire ça parce que je ne dépends pas financièrement de ça, mais je pense à tous ceux qui ont besoin de ça pour payer le loyer, payer les courses, je trouve ça catastrophique, et ils sont nombreux. Il y a les intermittents qui ont « bénéficié » d’un statut, et je pense surtout à tous les auto-entrepreneurs. Je pense à un pote, qui s’appelle Chris, qui nous a beaucoup aidés sur le premier album, il est auto-entrepreneur, il fait deux cent cinquante, trois cents dates par an, en tant qu’auto-entrepreneur. Quand ça roule, ça roule, mais quand ça ne roule pas, il n’y a rien. Je ne conçois pas qu’on ne propose pas de solution à ces gens-là. Les solutions, ce n’est pas McDo, ce n’est pas la reconversion… Même en termes de discussion économique, on ne peut pas abandonner un pan de l’économie nationale comme ça. Il y a quelque chose à faire.

En tout cas, ce que l’on retiendra, c’est que Déluge trouve des solutions que l’on espère provisoires, avant un retour à la normale…

Oui, c’est sûr. Là, nous avons entre quarante et soixante dates bookées pour l’année prochaine. Nous les prenons, nous faisons des projets, nous essayons d’avancer… Ce temps-là, quelque part, il nous permet aussi de mettre le paquet sur la promotion, ce que nous avons un peu toujours fait, mais que nous faisons avec beaucoup plus d’outils stratégiques désormais via Metal Blade et via des nouveaux partenariats avec de nouveaux collaborateurs que nous avons intégrés à l’équipe. C’est bien d’avoir ce temps pour bosser ça, mais ça serait aussi bien de se dire que nous bossons pour quelque chose de plus concret. C’est vrai que j’ai un discours un peu vindicatif, mais on comprend les enjeux aussi. Il ne faut pas prendre de risque inconsidéré, surtout pour les anciens et pour les personnes fragiles. Mais on le fait pour aller travailler, donc à mon sens, on peut le faire pour aller à un concert, pour aller voir un spectacle, pour aller au cinéma… Je ne comprends pas trop la politique. Je ne suis pas conspirationniste particulièrement, je ne pense pas qu’il y ait de choses derrière ça, mais c’est un peu incohérent.

« Quand j’écoute Déluge, je l’écoute à la troisième personne, donc j’en parle avec toute la liberté qui s’impose. J’aime écouter Déluge et le jour où ce n’est plus vrai, nous arrêterons, ou alors je recomposerai l’album que je viens de composer si ça ne me plaît pas. »

Tu as produit ce deuxième album avec l’aide de Thibault Chaumont et Amaury Sauvé, mais ça reste toi le producteur principal. Est-ce que c’était déjà le cas sur le premier, vu que c’est marqué « Produit par Déluge » sur le CD ?

En fait, Déluge est devenu une expérience collective. A la base, c’est vraiment un projet que j’ai travaillé dans l’ombre pendant deux ans. Je fais de la musique depuis que j’ai quinze ans, avec énormément de boulets à la cheville, comme on en a tous pendant ou après le lycée ! [Rires] Déluge est vraiment ma création. Après, j’ai voulu m’entourer de personnes très proches, qui sont toutes très talentueuses. Ce sont mes meilleurs potes, tous, clairement. J’ai vraiment mes meilleurs amis dans l’équipe. Et je voulais ça parce que je savais que nous voulions tourner, que nous voulions passer du temps ensemble, ce n’est pas juste un projet de studio où je me suis dit : « Les mecs jouent, ça va le faire. » Là, les mecs jouent, ça va le faire, et j’ai surtout énormément de plaisir à me dire : « On va se lever à cinq ou six heures du matin parce qu’on va jouer à l’autre bout de la France, mais dans le camion, on va rigoler, on va se raconter tout ce qu’on ne s’est pas raconté… » parce que nous sommes tous un peu dispersés maintenant. Et puis sur scène, nous parlons d’égrégore, de transcendance, il y a vraiment quelque chose de fort qui se passe, et je crois que les gens le sentent. J’en suis très content, mais surtout, à titre personnel, j’adore ça, j’y prends un grand plaisir.

Le premier album, c’est moi qui l’ai produit de bout en bout, effectivement. J’ai tout fait à quatre-vingt-dix-neuf pour cent. Maxime [Febvet] a beaucoup écrit les paroles. J’ai dû faire un tiers ou une moitié des chansons. Pour le reste, il a vraiment mis ce qu’il avait à dire. En même temps, avec Maxime, nous avons beaucoup réfléchi au projet en amont. Il était à la base de l’idée aussi. Sur le deuxième album, j’ai ouvert le spectre, on va dire. Je voulais ouvrir le spectre d’émotions retranscrites et je voulais quelque chose de plus large, quelque chose d’inspiré du black metal mais qui n’en soit pas. Sur les paroles, j’ai complètement délégué, parce que je respecte le talent de tous les membres du groupe. C’est un peu gênant d’en parler parce que ce sont des potes et ce sont aussi les membres de mon groupe, mais je les respecte vraiment tous en tant qu’artistes, à titre individuel. Je respecte énormément le travail de Maxime. Quand j’écoute Déluge, je l’écoute à la troisième personne, donc j’en parle avec toute la liberté qui s’impose. J’aime écouter Déluge et le jour où ce n’est plus vrai, nous arrêterons, ou alors je recomposerai l’album que je viens de composer si ça ne me plaît pas.

Pour le deuxième, nous nous sommes effectivement entourés d’Amaury Sauvé et de Thibault Chaumont. Comme toutes les décisions que j’ai prises pour le deuxième album, c’est vraiment venu super naturellement. Thibault Chaumont est un mec que j’ai rencontré en tournée en 2012, quand je suis parti avec Trepalium et Klone pour ouvrir pour Gojira en Europe. Il faisait le son de Trepalium et Klone. Nous avons tout de suite accroché, nous avons vraiment gardé un très fort lien avec tous ces mecs. Nous nous voyons beaucoup trop peu. J’ai adoré son approche, c’est un geek du son, c’est un geek de la production. Il est très bon en live, mais en studio, c’est absolument incroyable. C’est un travail où je sais donner des idées, mais concrètement, je ne sais pas les mettre sur papier au niveau de la production. J’explique les émotions que je veux retranscrire, la tendance, le grain que je veux sur tel ou tel instrument, mais il me faut des mecs pour mettre ça sur papier et avec Thibault, nous avons eu un rapport incroyable. Il a bossé des mois entiers sur la prod, c’était vraiment super chouette. Amaury, je suis très fan de ses productions de batterie et de ses productions tout court. Et quand j’ai appris qu’en plus ils voulaient faire une co-prod depuis longtemps, c’était super chouette, parce qu’ils étaient très contents. Thibault était là pour les prises de batterie chez Amaury. Tout s’est passé avec une fluidité presque inquiétante. Nous avons fini cet album à distance puisque le confinement est arrivé entre-temps. Nous avons passé des nuits sur Skype à nous envoyer des fichiers, à voir les niveaux ensemble à distance, etc. Thibault est une personne qui parle le même langage que moi, alors que moi, je ne parle pas le langage d’un ingé son. C’est vraiment très agréable, parce qu’on lui explique une fois les choses, il comprend tout de suite et il a anticipé probablement cent cinquante pour cent de tes questions.

C’est ça que tu appelles une « fluidité inquiétante » ? C’est parler le même langage mais pas forcément avec les mêmes mots, lui avec son langage expert et toi avec tes propres mots ?

Oui, il y a de ça ! C’était assez amusant. Il y avait un truc avec les créneaux aussi, parce qu’Amaury est très pris, Thibault est très pris, et nous commencions à avoir les deadlines de Metal Blade alors que nous n’avions pas tout à fait fini de composer l’album. Nous étions vraiment sur la fin. Nous avions arrêté des dates, notamment pour l’enregistrement de la batterie, pour début décembre, alors que j’ai terminé les compositions quasiment dans le train pour aller à Laval chez Amaury ! [Rires] Il y avait donc une espèce d’urgence qui était assez sympa, et j’aime bien garder un dernier élan créatif aux prises. Nous avons eu quelques accrocs avec Amaury à ce sujet. J’aurais beaucoup aimé faire les pré-prod chez lui mais la vie en a décidé autrement. Enfin, je dis « accrocs », mais ça s’est super bien passé. C’est quelqu’un que je connais aussi depuis longtemps et nous sommes super contents d’avoir bossé avec lui. Mais c’est vrai que nous avons bossé, d’une certaine manière, dans l’urgence, alors que nous avons un ou deux ans de retard sur la sortie du deuxième. Moi, je pars du principe que la musique, c’est la musique. Il faut se laisser le temps. Si tu as envie de faire un album tous les ans ou tous les six mois, c’est très bien. Si tu as besoin de cinq ou dix ans pour le faire, fais comme tu veux. Derrière, le public suit ou ne suit pas. Je suis assez égoïste là-dessus, il faut que l’on fasse ce que l’on a envie de faire.

« Il y a quelque chose parfois de confortable, d’agréable, de doux presque, dans la mélancolie, et parfois même de joyeux. On se dit : ‘Je me souviens de ça, j’ai eu la chance de le vivre. Je ne le revivrai peut-être pas, mais au moins j’ai eu la chance de le vivre, alors que certaines personnes ont peut-être fait des choix de vie qui ne leur permettront jamais de vivre l’instant que je me rappelle.’ Ça, je pense que c’est vraiment l’essence de Déluge. »

Pour en revenir à la musique, tu l’as dit tout à l’heure, il y a un côté volontairement plus accessible. L’album garde ce côté très tempétueux, propre au post-black, avec le riffing dense, les blast-beats, les cassures, etc. Malgré tout, il va vers d’autres horizons, plus core, plus post-rock aussi. Concrètement, qu’est-ce que vous avez choisi de conserver et de modifier par rapport au premier opus, sur celui-ci ?

Je dirais que l’essence de Déluge, ça reste quand même la mélancolie. Après, la mélancolie, c’est un état, c’est une émotion que je trouve très forte, parce que c’est une émotion qui en recouvre plusieurs. La mélancolie, ça peut être très triste. Ça peut être des dimanches où tu repenses à ton enfance ou à des temps que tu ne revivras jamais, parce que chaque jour qui passe, on ne le revit pas. Après, il y a quelque chose parfois de confortable, d’agréable, de doux presque, dans la mélancolie, et parfois même de joyeux. On se dit : « Je me souviens de ça, j’ai eu la chance de le vivre. Je ne le revivrai peut-être pas, mais au moins j’ai eu la chance de le vivre, alors que certaines personnes ont peut-être fait des choix de vie qui ne leur permettront jamais de vivre l’instant que je me rappelle. » Ça, je pense que c’est vraiment l’essence de Déluge.

Après, sur Æther, je dirais que c’était plutôt axé sur la tristesse et la violence, avec un peu de rancœur. Nous avions beaucoup de choses à dire, des choses un peu tristes, et il fallait que quelque chose sorte. Dans Ægo Templo il y a vraiment quelque chose à dire aussi, mais que nous voulions, peut-être, non pas intellectualiser, mais il y avait quelque chose de différent. Il y a eu un passif. Déluge nous a – et je pense que c’est vrai pour tout le monde – beaucoup apporté dans nos vies personnelles, parce que c’est un projet honnête, sincère, intègre, avec beaucoup d’émotion et d’énergie, et qui nous transcende, dont nous avons tous besoin. Le fil conducteur, le dénominateur commun, je dirais que c’est la mélancolie. Par contre, nous nourrissons ça un peu différemment sur Ægo Templo. Il y a peut-être plus de notes d’espoir, alors que nous avons tous eu des épreuves à titre personnel entre Æther et Ægo Templo mais nous voulons focaliser ça sur d’autres notes. Après, il y a aussi des choses très tristes et très sombres, je pense notamment à « Béryl », qui est la piste la plus sombre que nous ayons jamais écrite et, je pense, écrirons jamais. Vraiment, j’ai du mal à l’écouter. C’est super sombre. Alors qu’à côté de ça, il y a beaucoup de choses propres à l’introspection, qui nous permettent de réfléchir, qui nous font creuser un peu au fond de nous, parce que c’est quand même l’idée de ce deuxième album, mais que j’aime écouter, que j’apprécie vraiment, et qui me donne de l’espoir.

Le côté « sentiments et sensibilité antagonistes » était déjà présent sur le premier album, mais penses-tu que vous ayez accentué ça et que vous êtes allés encore plus loin là-dedans ?

Le premier, pour moi, c’est une belle grosse pièce brute. Il y a un peu de relief, ça ne va pas toujours dans la même direction, mais c’est quand même une belle pièce, nous avons bien pensé l’idée. Pour le deuxième, la grosse difficulté, c’était de ne pas partir dans tous les sens. Nous voulions complètement ouvrir le spectre, mais avoir une idée et la mettre sur papier, ce n’est pas tout à fait la même chose. On peut vite se perdre. Je pense que nous aurions pu complètement partir dans toutes les directions, sans conserver les acquis, or je ne voulais surtout pas perdre les acquis de Déluge, parce que c’est sincère, c’est ce qui nous transcende et qui nous inspire. La grosse difficulté a été de ne pas se perdre de vue. En même temps, je dis que c’était une grosse difficulté, mais il n’y a pas eu de gros clash. Au début, j’avais des idées assez arrêtées et nous nous sommes rendu compte que, concrètement, nous allions tous dans la même direction. C’est vrai que nous ne mettons pas tous les mêmes mots sur les mêmes émotions, mais une fois que nous avons posé les choses, ça s’est fait avec fluidité. Aujourd’hui, nous répétons les dimanches, nous nous voyons, et c’est chouette ! Nous avons amené quelque chose que nous aimons tous, alors que je ne suis pas un très bon communicant en interne. J’explique un peu ce que je veux, mais je ne mets pas forcément toujours les bons mots dessus. Des fois, je peux perdre un peu l’équipe, ils n’arrivent toujours pas à suivre, mais une fois que nous en parlons concrètement et qu’ils écoutent, ils disent : « OK, d’accord, c’est exactement ce à quoi on pensait, sauf qu’on n’a pas la même manière de mettre des mots dessus. »

Tu parlais du titre « Béryl » qui présente le côté le plus obscur de l’album, on peut aussi mentionner « Vers », à la fin, qui rassemble un peu l’ensemble des éléments proposés dans l’album. On peut avoir l’impression que c’est un album où les pistes ne sont pas vraiment dissociables. Concevez-vous cet album comme un tout ?

Si tu veux, l’enchaînement des pistes sur la tracklist, c’est vraiment un travail que je me réserve toujours pour la fin, que je prends énormément de plaisir à faire et qui est celui que j’intellectualise le plus. Quand je compose, je compose avec les tripes. Je réfléchis un peu, mais ça reste vraiment viscéral. Par contre, l’enchaînement, la présentation, il faut le réfléchir. C’est un album qui est fait pour s’écouter de bout en bout. Il n’y a aucun hasard sur les transitions. J’attache vraiment beaucoup d’importance aux transitions, il n’y a pas vraiment d’interlude. Surtout, sur cet album – c’est un peu moins vrai sur Æther –, je me réveille parfois le matin avec une piste dans la tête et j’ai envie d’écouter le triptyque de pistes dont elle fait partie. Après, j’ai parfois envie d’écouter autre chose. De temps en temps, j’écoute tout l’album… C’est un album qui doit s’écouter en entier plusieurs fois et après, en fonction de l’humeur, de l’état d’esprit, on peut avoir envie d’aller puiser quelque chose d’un côté de l’album ou de l’autre, et c’est un peu comme ça que je le voulais. Pour le coup, ce n’est pas toujours maîtrisé. Nous avons composé avec les tripes des choses qui nous parlaient et après, nous avons construit le temple – je prends toujours l’exemple du temple : chaque piste est une pierre et nous construisons le temple avec les pierres. Parfois, on a envie d’être d’un côté du temple et parfois de l’autre. C’est un album qui est fait pour être écouté de bout en bout, mais dont on peut aussi avoir, en fonction de l’humeur, envie de n’écouter qu’une partie.

« C’était vraiment ça, la difficulté de l’album : ouvrir le spectre, sans lâcher l’essence. »

Votre évolution sur cet album, c’est quand même une petite prise de risque auprès du public. La prise de risque, dans les évolutions, c’est une longue histoire, notamment dans le milieu du black metal. Même si vous avez préparé le terrain avec un premier single où l’on entend bien la voix claire et les divers communiqués de presse où vous annoncez ces changements, est-ce que vous avez une certaine crainte vis-à-vis de ce que peut ressentir le public ?

Tout à fait honnêtement, aucune. Ce n’est pas par négligence avec le public, mais j’ai vraiment une espèce d’harmonie lorsque nous sommes sur scène. Nous ne parlons jamais, sur scène. Il n’y a jamais d’échange avec le public. Nous parlons avec notre musique, en fait. Ce n’est pas de la distanciation – c’est vrai que l’on parle beaucoup de distanciation sociale en ce moment, mais nous en parlions depuis un peu plus longtemps ! – c’est au contraire une façon de communiquer autrement. Les gens savent comment nous nous appelons, nous n’allons pas dire : « Bonsoir, on s’appelle Déluge. » Les gens viennent nous voir, ils connaissent notre nom, ça ne sert à rien de le dire. « La prochaine chanson s’appelle… », on s’en fout. Nous voulons faire un spectacle. Il y a quand même une part d’égoïsme là-dedans. Comme je l’ai dit, quand je compose pour Déluge, je compose à la troisième personne. Je veux composer en écoutant quelque chose que je ne retrouve pas dans d’autres groupes. On écoute de la musique, donc nécessairement, on est influencé. Il faudrait vivre sur une île déserte toute sa vie pour que ça ne soit pas le cas, personne ne peut dire le contraire, même les plus grands artistes qui ont existé. Après, ce n’est pas de la méchanceté, mais nous ne le faisons pas pour le public. Nous sommes très contents parce que nous adorons les rencontrer, passer du temps avec eux, discuter, échanger, surtout que nous utilisons beaucoup de symbolisme, et nous aimons bien développer ça de vive voix, parce que nous restons un peu mystérieux sur l’imagerie et sur les choses comme ça.

Mais non, il n’y a aucune anxiété, parce que là, sur le deuxième, nous allons là où nous voulons aller. Après, nous perdrons peut-être un peu de monde, ce n’est pas grave. S’ils ne s’y retrouvent pas, je pense que nous sommes tous des garçons polis, ils écouteront autre chose. Je pense que nous allons gagner énormément de monde sur ce deuxième album, parce que nous ouvrons vraiment le spectre. Nous voulons quelque chose de beaucoup plus facile à écouter. Je suis pourtant toujours très fier du premier ! J’écoute des trucs très extrêmes et j’écoute des trucs complètement pas extrêmes du tout, comme du jazz, du blues, de la cold wave, de la techno, de la house, des choses comme ça… Le premier album, effectivement, quand tu mets une piste un peu hasard, au milieu, c’est du blast, ultra-produit, assez chaud, assez virulent. Sur le deuxième, tu as envie de tendre l’oreille quand tu n’y connais rien. C’est quelque chose que nous voulions.

Donc vraiment, ce n’est pas de l’appréhension, c’est de l’impatience. C’est de voir jusqu’où nous allons pouvoir aller avec ça, en ayant ouvert le spectre. Nous sommes aussi super fiers d’avoir conservé notre âme et notre identité. C’est ce que nous ne voulions vraiment pas lâcher. C’était vraiment ça, la difficulté de l’album : ouvrir le spectre, sans lâcher l’essence. Nous écoutons encore l’album en ce moment. Bon, nous avons fait une petite pause, parce que quand tu as bossé des semaines et des semaines entières dessus, au bout d’un moment, tu veux écouter autre chose, tu veux te laver les oreilles, comme on dit ! Mais là, pour la sortie, nous avons un peu fait le deuil, je me réécoute l’album et j’ai vraiment très envie que les gens l’écoutent. Je suis très impatient d’avoir les retours. Il n’y a aucune appréhension par rapport à l’ouverture, au chant clair, aux claviers, au saxophone, au piano… Ce n’est que de l’impatience.

Tu as pas mal parlé de l’identité de Déluge et même si la forme est nouvelle, les auditeurs reconnaîtront Déluge. Chose qui se voit aussi sur l’esthétique visuelle où il y a une certaine continuité, avec un artwork une nouvelle fois signé Valnoir du studio Metastazis très riche en symboles et ayant les mêmes couleurs dominantes. Comment s’est passée la réalisation de ce visuel ?

Nous sommes restés très fans du boulot de Valnoir après la sortie d’Æther. Il faut savoir que la pochette d’Æther a vraiment beaucoup fait parler du disque. En tant qu’œuvre à part entière, c’est vraiment quelque chose de très fort. Ce qui est amusant, c’est que pour être tout à fait sincère, j’imaginais quelque chose de radicalement différent pour le deuxième. Je voulais quelque chose de beaucoup plus chaud, peut-être un peu plus vivant, moins figé. C’est un peu hypocrite de dire ça, parce que je lui ai quand même donné pas mal de consignes, et nous avons eu quelques accrocs mais qui se sont passés en toute sympathie parce que c’est un garçon très intelligent. J’ai fait beaucoup de remarques sur des détails. Je lui ai parlé d’une symbolique. Il y avait cette colonne brisée qui était forte, parce que ça symbolise pour moi le travail sur soi. Pour tout te dire, il y a une œuvre qui m’a sauté aux yeux pendant la composition du deuxième album, c’est un tableau de Frida Kahlo où on la représente face au peintre, avec une colonne brisée à la place de la colonne vertébrale. En fait, elle a eu un accident de bus assez jeune et elle a vécu toute sa vie avec des douleurs incroyables, et vraiment quelque chose de très complexe. J’ai trouvé que c’était puissant, que c’était une belle métaphore. Elle a bossé sur elle, elle a eu de gros problèmes dans son couple… Il y a beaucoup de choses, et j’ai trouvé la métaphore très intéressante. Je lui ai donc parlé de ce symbole et derrière en a découlé tout ce qui a découlé au niveau symbolique. Après, j’ai attaché beaucoup d’importance aux détails. Comme nous sommes froids, comme nous sommes dans le symbolisme, il ne faut rien laisser au hasard derrière, donc je me suis beaucoup intéressé au symbolisme aussi. Mais l’idée de créer une continuité, en toute transparence, c’est plutôt une idée de Valnoir. D’une certaine manière, je lui ai laissé carte blanche sur la prise de position stratégique. Par contre, derrière, j’ai été un peu chiant sur les détails visuels. Mais nous sommes vraiment transcendés par le résultat.

« L’essence du symbolisme, c’est aussi le retour vers soi, le repli sur soi et la réflexion. Nous ne voulons pas être trop évidents. Il faut que les gens se fassent leur opinion. »

On a l’impression qu’il y a quelque chose à décrypter derrière tous ces symboles, sur lesquels tu insistes d’ailleurs beaucoup. Est-ce que c’est le cas ou est-ce qu’il s’agit de faire attention à tous les détails parce que vous vouliez une œuvre complète ?

C’est un peu comme pour le premier, et c’est un peu comme dans nos paroles, c’est assez évasif. En fait, pour nous, tout est métaphore, et quelque part, les paroles suivent le fil des accords, l’imagerie suit le fil des paroles et de la musique… Nous en parlons avec plaisir, mais nous aimons beaucoup que les… C’est l’essence même du symbolisme pour nous. C’est de se dire qu’il y a un sens, qui est assez évident, sur tous les symboles. Si on fait des recherches sur le symbolisme, que ce soit sur le premier ou sur le deuxième, la main du naufragé, le tumulte autour, la colonne avec les éléments, et même les paroles… L’essence du symbolisme, c’est aussi le retour vers soi, le repli sur soi et la réflexion. Nous ne voulons pas être trop évidents. Il faut que les gens se fassent leur opinion. Nous en discutons avec plaisir après, une fois qu’ils ont leur propre opinion.

Nous, ça résonne en nous. C’est-à-dire que nous avons dit quelque chose, nous avons un message dans lequel le public peut se retrouver, parce que ce sont des choses que l’on traverse tous dans la vie. Je ne le souhaite pas à tout le monde pour toutes les épreuves qui nous ont concernés, mais a priori, ce sont des choses que l’on traverse tous. Nous l’écrivons, nous le composons, nous le mettons en imagerie, et derrière, nous aimons laisser cette part de recherche. Ça fait partie non pas du travail pour écouter Déluge, car c’est un produit fini à écouter, mais il y a quelque chose de métaphorique. Tout est métaphore pour nous. Nous avons vraiment un sens qui nous regarde, qui nous concerne, et c’est vrai que nous aimons aussi rester un peu distants, un peu mystérieux là-dessus. C’est-à-dire que nous, ça nous parle, nous savons que ça va parler à certaines personnes, et même entre Maxime et moi, nous discutons parfois des paroles et de temps en temps, nous nous disons : « Attends, qu’est-ce que ça veut dire, ça, pour toi ? » Et en fait, c’est amusant, parce que nous nous rendons compte que parfois c’est la même chose, parfois ce sont des choses différentes, complémentaires… C’est super intéressant, même pour nous. Nous voulons donc garder cette espèce de côté « émulation » pour le public aussi.

Il y a donc quand même une aspiration à se creuser la tête en écoutant la musique de Déluge…

Oui, absolument. En écoutant la musique, en lisant les paroles, en regardant l’artwork… Une autre grosse difficulté a été que nous ne voulions pas faire quelque chose de trop inaccessible. Au contraire, nous voulions faire quelque chose de très accessible, mais pas quelque chose de bateau non plus. En fait, c’est un album qui, pour moi, a beaucoup de lectures. Je pense à « Opprobre » et « Vers », ce sont des pistes que j’ai écrites il y a trois ans et nous les avons implémentées, il y a le saxophone qui est arrivé pour « Opprobre », il y a des choses qui sont arrivées, quelques détails mais qui au bout de trois ans sont lourds de sens. On se demande si les gens vont le percevoir. Nous avons une histoire derrière ces chansons, or les gens n’auront que la version finale, personne n’entendra le travail qui avait été fait avant, ce qui est assez amusant. Il y a clairement une lecture multiple. Pour nous, c’est super intéressant. Je pense que c’est un album que nous réécouterons longtemps et que les gens écouteront longtemps. Il y a un beau bloc. Après, on peut le découper en plusieurs phases, ce que j’ai fait sur le tracklisting. Mais oui, il y a plusieurs lectures de l’album et des chansons.

Æther avait l’air de porter un regard assez acerbe sur des tranches de vie. Est-ce que, sur Ægo Templo, on est toujours sur un regard assez noir et pessimiste ou, comme tu l’as évoqué tout à l’heure en parlant d’espoir pour décrire les émotions véhiculées, on est sur un discours plus optimiste ?

A mon sens, c’est beaucoup plus optimiste. C’est assez marrant, car nous n’avons pas tout à fait la même vision des choses avec Maxime et puis, au final, ça s’est tout à fait harmonieusement arrangé. Moi, je voulais de l’espoir. J’ai aussi eu de grosses épreuves entre les deux, mais j’avais envie de raconter quelque chose d’autre. Maxime aussi, à sa manière. C’est vrai qu’il y a quand même des choses très tristes, mais aussi des choses très lumineuses et très joyeuses sur cet album. Sur Æther, au-delà de la mélancolie et de la tristesse, il y avait quand même un peu de douleur, ce qui est un sentiment encore plus fort parce que, pour le coup, c’est un sentiment actif. La mélancolie et la tristesse, c’est plutôt passif, alors que la douleur, c’est quelque chose de fort. Il y avait de la douleur sur Æther. Je pense qu’il y en a un peu sur Ægo Templo, mais que c’est saupoudré. Sur Ægo Templo, pour moi, il y a du bonheur. Il y a de la joie, des envolées… Il y avait aussi des envolées sur Æther, mais qui étaient quand même teintées de violence, de choses à dire qui n’étaient pas forcément joyeuses, alors que sur Ægo Templo, on a des envolées qui sont vraiment lumineuses.

« ‘Maturité’, c’est un mot que je n’aime pas beaucoup. Par contre, effectivement, il y a du travail, et le sens de ce deuxième album, c’est un peu le travail sur soi, c’est le questionnement, c’est ‘comment faire pour faire le bien’. »

Ce regard sur soi, sur l’accomplissement, tout ce qui est évoqué dans cet album-là, ça pousse à faire un parallèle avec la maturité. Est-ce que ce sont des témoignages individuels – de ta part ou de celle de Maxime – ou est-ce que c’est aussi la maturité du collectif, de Déluge, de cette entité dont tu parles à la troisième personne ?

La maturité, c’est un mot que je n’aime pas trop. Quand on parle de développement personnel – qui est un terme que je n’aime pas trop non plus, parce que ça veut tout et rien dire –, le travail sur soi doit être permanent. On peut abandonner, on peut laisser tomber, on peut se dire : « Je m’en fous, la vie c’est la vie, on en n’a qu’une, peu importe. » Et puis on peut se dire : « On n’a qu’une vie, donc autant faire quelque chose de bien. » Je crois beaucoup aux cycles. Il y a quelque chose de très cyclique dans la vie. On peut être sensible… On est moins sensible quand on vit en ville, quand on vit des vies remplies, c’est un début et une fin, et basta, mais quand on est un peu attentif, quand on observe un peu la nature, il y a vraiment toujours quelque chose de très cyclique. Dans nos rapports avec les gens, dans nos rapports avec la famille, dans nos rapports avec nous-mêmes, il y a des phases dans la vie, qu’on le veuille ou non. C’est mon point de vue, en tout cas. Ce n’est pas trop une question de maturité. C’est plus mature dans le sens où le temps est passé et qu’on ne peut plus rien y faire. Je n’estime pas que nous ayons régressé, au contraire. Effectivement, nous sommes allés beaucoup plus loin et nous avons peut-être beaucoup plus intellectualisé, beaucoup plus réfléchi à ce que nous faisions, sachant que quelque part, pour Æther, ce n’est pas que nous ne partions de rien, mais quasiment. Donc on crée quelque chose. Sur la création, il y a un côté où il n’y a pas d’attente. Quand on a quelque chose, une base de comparaison, une référence, on va se demander, par rapport au référentiel, comment ça se positionne. C’est intrinsèque à la deuxième création, je trouve. Donc « maturité », c’est un mot que je n’aime pas beaucoup. Par contre, effectivement, il y a du travail, et le sens de ce deuxième album, c’est un peu le travail sur soi, c’est le questionnement, c’est « comment faire pour faire le bien ».

Sur le premier album, vous aviez inscrit une citation de Thomas Jefferson Cowgill de King Dude sur la séparation entre la lumière et l’obscurité, que l’on peut évidemment mettre en parallèle avec vos textes et votre musique. Avez-vous une autre citation mise en avant sur cet album-là en particulier ?

Non. C’est amusant, il n’y a pas vraiment de citation. C’est assez amusant, car en ce moment, je suis dans un roman philosophique plutôt bateau et destiné à un public plus jeune, que j’ai eu à lire en cours de philosophie en première et qu’en fait, je n’avais jamais lu. D’ailleurs, j’avais été interrogé par ma prof de philo, que je vais recontacter une fois que j’aurai fini le livre, parce que je ne l’avais pas lu à l’époque, et apparemment j’avais fait mouche quand même, parce que j’avais dit des choses qui lui plaisaient ! [Rires] Je pense que la philosophie aiderait beaucoup la masse. Je ne sais plus quel philosophe dit ça, mais si on vit sa vie en oubliant trois mille ans d’histoire, on vit sa vie au jour le jour, et un jour, c’est un jour. Alors que si on réfléchit un peu à des choses dont les personnes dont on parle ont réfléchi toute leur vie, je pense que ça ne peut qu’aider. Quelque part, ils se sont posé des questions qu’on ne se pose pas ou alors des questions qu’on se pose mais sur lesquelles il faut essayer d’aller plus loin et de transcender tout ça. C’est un travail sur soi perpétuel.

A propos de l’appellation que vous avez mise pour rigoler : le Untrue French Black Metal, c’est quoi ? C’est un pied de nez aux blackeux français qui se prennent parfois trop au sérieux sur les styles musicaux ?

Sincèrement, pas du tout ! C’est quelque chose que nous n’utilisons plus trop, mais à la base, effectivement, c’était une blague. Et puis en y réfléchissant un peu, nous nous sommes dit que ça nous définissait pas mal. C’est vraiment compliqué de mettre un label sur Déluge, parce qu’aujourd’hui, je pense que nous ne sommes pas un groupe de black metal. Nous sommes à peine un groupe de post-black, et encore. Nous faisons de la musique un peu extrême qui est inspirée par l’énergie primitive du black metal. Ça m’a fait rigoler au début et en y réfléchissant, je me suis dit que ça faisait sens. C’est surtout une démarche honnête. C’est-à-dire que j’ai découvert le black tardivement, comme je le dis toujours. J’ai découvert ça presque à ma trentaine, alors que je suis de 1986, donc j’aurais presque pu connaître les premières vagues comme certains les ont connues très jeunes. Mais ce n’est pas ce que nous voulons faire.

Il y a des groupes qui sortent encore aujourd’hui, et je respecte beaucoup ça car j’aime beaucoup les musiques très sombres et très extrêmes, et j’aime bien les trucs bien faits de true black metal. Pour autant, ce n’est pas ce que je veux faire. Je ne veux pas être dans la tristesse, dans la violence. Pour le coup, ce n’est pas du tout quelque chose que je prends à la rigolade. C’est juste quelque chose dont je ne faisais pas partie et que je ne connais pas très bien. Effectivement, les millennials qui viennent voir un concert avec un T-shirt Burzum et qui te disent : « Ouais, mais vous faites pas du black ! » Oui, ben comme tu veux ! Si ça ne te fait pas plaisir, ça ne te fait pas plaisir. Si ça te plaît, tant mieux, et si ça ne te plaît pas, je ne vais pas changer pour toi.

« Il y a quelque chose de très virulent dans cette énergie du black metal. […] Il y a un truc qui parfois te donne envie de te battre. Tu sens qu’il y avait un malaise ou quelque chose à dire à l’époque. Il y avait vraiment quelque chose de très fort et j’ai pris conscience de cette énergie assez tard. Nous utilisons ça, nous nous en nourrissons, mais si vous attendez du black metal, ce n’est pas nous, écoutez autre chose. »

C’est rigolo, car j’en ai parlé au début avec Valnoir qui est, je pense, l’encyclopédie du black metal depuis ses origines jusqu’à aujourd’hui ! [Rires] Il n’était pas trop fan de ce label-là. Je lui ai expliqué que c’était vraiment une démarche honnête. Il y a un côté qui peut effectivement passer pour un pied de nez, mais ce n’était sincèrement pas trop le cas. Ce n’est pas une insulte, en tout cas. Parce qu’à cette époque-là, j’imagine qu’il y a eu quelque chose. Il y a vraiment eu une émulation. Il y a eu quelque chose de très fort, et quand on entend les personnes qui ont vécu ça en parler… J’ai pu par exemple rencontrer Willy [Roussel] de Mütiilation, je ne vais pas dire que c’est fini, mais c’était une époque où, et on le voit dans ses yeux, car j’ai vraiment passé un peu de temps avec lui, il s’est passé quelque chose, qui n’est pas vraiment descriptible. Après, aujourd’hui, on peut essayer de faire revivre cette énergie. Il y a des groupes qui se débrouillent bien, mais c’est passé, c’est fini, il y a autre chose à faire. En tout cas, nous, nous voulons faire autre chose. J’avais trouvé ça rigolo à l’époque, mais c’est quelque chose que nous essayons de ne plus trop utiliser, parce que nous ne faisons même plus vraiment de black metal, donc ça serait un peu l’utiliser pour l’utiliser, ce que nous ne voulons pas non plus. En tout cas, nous ne voulions pas faire de peine ou dire : « Nous, on n’est pas vous. » Ce n’est pas le sens. Effectivement, nous ne faisons pas de true black metal, mais ça n’a jamais vraiment été fait en pied de nez ou en agression.

C’était une façon de vous distinguer et de dire : « Ne vous attendez pas à avoir du black metal en écoutant Déluge. »

C’est un peu ça, oui. Je me rappellerai toujours, j’avais un groupe de metal quand j’étais au lycée, c’était une espèce de mauvais mélange de tous les metal qui se faisaient à cette époque-là. Nous avions un pote d’une asso qui distribuait des flyers d’un de nos concerts, et il y a un grand mec qui débarque, avec les rangers, les écouteurs, les bracelets à piques, etc. Notre pote lui tend le fly en lui disant : « Tiens, il y a un concert de metal ! » Le mec prend le fly, il le regarde, il lui rend le fly, et il lui dit : « J’écoute que du black ! » Et il se barre, en remettant probablement Burzum ou un autre groupe vraiment black dans ses oreilles. Ça m’a choqué et ça m’a fait marrer. Donc à l’époque, j’avais connaissance de ce truc-là, mais j’étais vraiment très loin de ça. J’écoutais Deftones, j’écoutais du hip-hop quand j’avais onze ans… C’est comme des groupes comme Rammstein. J’écoutais ça jeune, mais il y a vraiment une seconde lecture dans ces groupes-là, et il y a quelque chose de très virulent dans cette énergie du black metal. Il y a quelque chose dans les riffs, dans les harmonies… Il y a un truc qui parfois te donne envie de te battre. Tu sens qu’il y avait un malaise ou quelque chose à dire à l’époque. Il y avait vraiment quelque chose de très fort et j’ai pris conscience de cette énergie assez tard. Nous utilisons ça, nous nous en nourrissons, mais si vous attendez du black metal, ce n’est pas nous, écoutez autre chose. Par contre, nous voulons faire autre chose. Nous avons fait autre chose toutes nos vies. Aujourd’hui, la musique a beaucoup évolué, je ne dis pas qu’il faut vivre avec son temps, parce que nous vivons quand même dans une époque qui n’est pas glorieuse, mais en tout cas, artistiquement, nous essayons d’apporter autre chose. Ça partait d’une blague et puis c’est un peu resté, et on ne m’a pas trop contredit.

Tu as dit que tu écoutais pas mal de choses hors du metal et du rock. J’ai entendu dire par des artistes qui ont partagé la scène avec toi il y a quelques années que vous écoutiez aussi pas mal de rap dans les loges. Est-ce que toutes ces musiques qui n’ont a priori par grand-chose à voir avec le metal, ce sont des choses dont vous vous inspirez dans l’œuvre de Déluge ?

Oui et non. J’ai une vision assez large des choses de l’art de manière générale. Effectivement, nous sommes assez attentifs à des choses comme Booba, PNL, et des choses parfois beaucoup plus ghetto encore, comme Fianso ou des choses comme ça. Il y a quelque chose, une espèce de virulence, un cri d’urgence. Si on écoute par exemple Lunatic à l’époque, c’était vraiment une urgence, il y avait quelque chose à dire. Après, les mecs ont construit leur carrière autour de ça et ne sont pas toujours restés intègres. Mais je suis assez sensible à la démarche artistique, peu importe le style, peu importe le genre, même la sculpture… J’adore aller voir des spectacles d’art contemporain, de la danse… Je suis super ouvert, mais en même temps très pointu. C’est-à-dire qu’il y a des chansons françaises qui peuvent me transcender et la majorité, je continue à considérer que c’est de la merde. Le hip-hop, c’est pareil. Il y a des choses qui me débectent vraiment, parce qu’ils utilisent tous les codes, ils se les approprient sans aucune valeur ajoutée, et puis tu as des mecs qui à leur manière, que l’on adhère ou pas, proposent quelque chose et qui explosent. Après, tu as peut-être un producteur derrière, tu as peut-être un beatmaker qui dit que c’est ça qu’il faut faire, mais l’alchimie se passe. Dès l’instant où tu te réveilles, où tu t’endors, où tu vas prendre ta douche, où tu vas bosser, et que tu as une rythmique en tête, un enchaînement d’accords, une mélodie, c’est qu’il se passe quelque chose, que ce soit bien ou pas. On peut même parler de Jul ou de choses comme ça, mais en tout cas, il se passe quand même quelque chose. Je suis quelqu’un de très curieux et il y a effectivement quelque chose de curieux.

Après, pour parler de ce que nous écoutons en loge, la plupart du temps, ça nous fait rigoler. Nous sommes là, à échanger nos dernières trouvailles… Il y a des choses qui nous transcendent. Franchement, pour parler de PNL, ils ont créé un truc qui est incroyable ! Après, on s’y retrouve ou on ne s’y retrouve pas. Nous, ce n’est pas ce que nous voulons faire, qu’on soit bien d’accord, mais dans les accords, dans les mélodies, dans les instrus… A leur manière, ils sont très métaphoriques aussi. Après, on a le droit de ne pas aimer, on peut en discuter ouvertement, mais oui, il y a beaucoup de métaphores dans le hip-hop aussi. Après, il y a des gogols aussi. Il y a des mecs, même qui fonctionnent et qui cartonnent, et qui n’ont rien compris. Nous sommes super ouverts, je suis très curieux, et notamment dans ce secteur-là aussi.

Interview réalisée par téléphone le 22 octobre 2020 par Jean-Florian Garel.
Retranscription : Robin Collas.
Photos : Simon Grumeau (1), Julien Felix (2, 7, 10), Joel Ricard (4), Nicolas Gricourt (8).

Facebook officiel de Déluge : www.facebook.com/delugebandofficial

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