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Chronique   

Déluge – Ægo Templo


Cinq ans après leur premier album, Æther (2015, Les Acteurs de l’Ombre), très chaleureusement reçu par un public français pointilleux et entraîné à des productions nationales de qualité en black et post-metal, les « untrve » de Déluge reviennent sur le devant d’une scène exigeante avec un nouvel opus accompagné par le géant Metal Blade Records. Ægo Templo se veut plus accessible que son prédécesseur, avec des textes majoritairement en français, autour de problématiques plus universelles, soit la recherche d’un idéal, le travail à accomplir pour s’élever, en tant qu’individu et en collectivité humaine.

Si la facilité d’écoute est toujours relative à l’expérience de l’auditoire, pour qui est habitué au genre, elle transparaît effectivement dans chacun de ces dix nouveaux titres. Des voix claires apparaissent régulièrement et quand elles sont growlées ou criées, c’est avec légèreté, ou doublées par des chœurs plus doux. La participation du vocaliste d’Envy, Tetsuya Fukagawa, avec un long texte en japonais déclamé, presque spoken word, sur « Gloire Au Silence », ou la voix féminine d’Hélène Muesser qui vient enrichir les harmonies sur trois morceaux sont symboliques d’une composition ouverte, plus accueillante.

Cependant l’effort de démonstration de puissance est toujours bien présent. Même si c’est au cœur des structures simples avec lesquelles sont construits presque tous les morceaux, la brutalité sonique reste une marque de fabrique élémentaire de Déluge. Quand le blast beat surgit, c’est sans amorce, avec une radicalité et une précision incisives qui recentrent l’écoute. Il est d’ailleurs intrigant d’entendre une telle segmentation des différentes parties musicales. Pour une scène qui s’applique habituellement à fondre ses transitions, en tuilant de multiples éléments instrumentaux, Déluge met des séparations nettes entre ses mouvements d’énergie, qui sont comme des blocs immuables. Les envolées de densités sonores se mélangent peu avec les longues plages introspectives. Soit il est écrasant de puissance, soit il est berçant, avec des mélodies et des textures profondes. En fil rouge, restent encore ces tenaces liaisons marines et pluvieuses, qui font désormais la signature du groupe.

Quand on plonge dans cet album, la distillation discrète d’éléments inattendus rend cette production plus précieuse qu’elle n’en a l’air au premier abord. L’intervention de Matthieu Metzger au saxophone soprano sur « Opprobre » amène une dimension mystique, et même si elle est lointaine dans le son, elle crée un appel d’air qui cristallise l’esthétique du morceau. Le titre « Fratres » (« frères », en latin) est aussi surprenant. Sur fond de mer agitée et de drones de guitares, les harmonies mouvantes et les sons bruitistes forment progressivement un interlude instrumental riche, toujours dans une ambiance sombre. Par ailleurs, le travail sur certaines atmosphères est captivant. Avec la création de dissonances délicieusement inconfortables sur « Abysses », la richesse des éléments sonores sur « Baïne » (presque robotiques sur la partie centrale) ou l’extrême lenteur de la fin de « Ægo Templo », Déluge convoque des sensations puissantes.

Le choix d’un mixage plutôt aéré (par François-Thibaut Hordé accompagné de Thibault Chaumont, et Amaury Sauvé à l’enregistrement des batteries) sert l’apparente facilité de cet album, et attendrit certaines parties pourtant agressives. Mais la construction artistique subtilement audacieuse d’Ægo Templo satisfera autant les fidèles de l’esthétique brutale que les adeptes d’un black « untrve » et protéiforme.

Clip vidéo de la chanson « Opprobre » :

Album Ægo Templo, sortie le 6 novembre 2020 via Metal Blade. Disponible à l’achat ici



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