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Interview   

Demons & Wizards : la bromance d’Hansi & Jon


Une amitié de trente ans, dans n’importe quel milieu et quelles que soient les personnes impliquées, c’est beau. Une amitié de trente ans entre deux musiciens qui décident un beau jour de former un super-groupe pour jouer la musique qu’ils ont écrite ensemble, forcément, pour l’auditeur, c’est encore mieux. Et c’est précisément le chemin emprunté par Hansi Kürsch, inimitable voix de Blind Guardian, et Jon Schaffer, guitariste et principal compositeur d’Iced Earth, à la fin des années 90.

Même si Demons & Wizards n’avait plus vraiment fait parler de lui depuis Touched By The Crimson King, sorti en 2005, le projet n’était pas pour autant enterré, et les deux complices n’attendaient qu’un alignement de planètes favorable (et des agendas un peu moins chargés avec leur groupe respectif) pour revenir sur le devant de la scène. Après une tournée des festivals en 2019 et une belle position de co-headliner au Wacken Open Air, le super-groupe revient aujourd’hui avec un troisième album, sobrement intitulé III, sans doute pour rafraîchir la mémoire de ceux qui auraient perdu le fil après quinze ans de hiatus.

Le toujours très sympathique et loquace Hansi nous parle de ce silence forcé, de ses retrouvailles musicales avec Jon et de leur bromance épique ci-après.

« J’ai du mal à prédire s’il y aura un autre album de Demons & Wizards et si nous pourrons à nouveau unir nos forces, car une fois que les locomotives Blind Guardian ou Iced Earth sont lancées, on ne peut en sortir. Aucune chance. »

Radio Metal : L’été dernier, vous avez tourné avec Demons & Wizards pour la première fois en près de deux décennies. Vous aviez précédemment fait seulement dix dates en 2000, donc ça n’a jamais été un groupe très actif en live. Du coup, comment était cette « reformation » live ?

Hansi Kürsch (chant) : Ce qu’il y a de bien avec Demons & Wizards, c’est que nous considérons ça comme un groupe, et nous pouvons faire tout ce que nous voulons. Nous pouvons partir sur la route et faire une tournée complète, ou pas. En 2000, nous avions une toute petite occasion de faire quelques concerts. C’est aussi lié au simple fait que Blind Guardian et Iced Earth sont des groupes très pris et qu’il est difficile de trouver un moment pour faire quoi que ce soit pour Demons & Wizards. Quand nous avons discuté d’un possible troisième album et déterminé une date pour le composer et l’enregistrer, les gens ont réalisé que nous étions actifs avec Demons & Wizards. Et comme les organisateurs de festival manquent toujours de « nouveaux » groupes – peu importe si ce sont de vieux groupes ou si ça fait longtemps qu’ils sont sur la route -, ils nous ont contactés. Surtout les gars du Wacken, ils voulaient que sous soyons les co-têtes d’affiche de l’une des soirées. C’était une opportunité que nous avons trouvée très intéressante. Donc nous avons décidé d’intercaler ces activités live de Demons & Wizards au milieu de la production du troisième album – ce qui n’était pas l’intention de départ, évidemment.

La majorité de la composition et des enregistrements instrumentaux avait déjà été faite quand nous sommes partis sur la route, mais il fallait encore que je fasse mon chant. Et plus tard, nous devions nous atteler au mixage. C’était une expérience très vive, je dois dire, d’être sur la route. Tout d’abord, même Jon et moi avions assez peu d’expérience quant à ce que ça donnerait d’être ensemble sur scène, car vingt ans, c’est long. Ça paraît toujours naturel de faire quoi que ce soit avec Jon, mais quand même, être sur la route et jouer avec des gens sur scène signifie qu’il faut créer une bête organique qui doit immédiatement assurer. Mais le temps que nous avions pour forger cette union était assez court : nous n’avions que dix jours de répétition, et durant ces dix jours, je devais également faire mes enregistrements de chant pour Demons & Wizards et Jon devait préparer la mise en scène pour la tournée en tant que telle. Dès les tout premiers instants, nous avions le sentiment d’être un vrai groupe – c’était une chose. Et les retours du public quand nous jouions étaient énormes. Nous avons vraiment ressenti qu’il y avait une demande pour Demons & Wizards sur scène. Evidemment, les gros festivals, c’était l’éclate totale. Ce que j’ai aussi ressenti, c’est que, vu que je devais faire mes enregistrements de chant entre les weekends où nous jouions sur les festivals, il y a une intensité légèrement différente dans ma manière d’aborder les enregistrements studio. Ça confère une saveur très intéressante à l’ensemble.

Tu as dit que ça t’a tout de suite donné l’impression d’être un vrai groupe. Penses-tu que ça a facilité la tâche d’avoir avec vous des musiciens venant de vos groupes respectifs, Blind Guardian et Iced Earth ?

Oui, c’est certain. Nous avons pris ça en considération dès l’instant où nous avons parlé des prestations en tête d’affiche sur cette salve de dates. Le temps était essentiel, et il fallait que nous restions concentrés sur la musique elle-même – et sur la création de l’album, bien sûr. Nous ne voulions pas vraiment faire de tour d’essai ou autre, car nous savons ce dont nos gars sont capables. C’était juste une question de savoir s’ils seraient intéressés ou pas. Dans le cas de Marcus [Siepen], je lui ai demandé de jouer la basse. C’est un guitariste rythmique, donc c’était un terrain inconnu pour lui. Mais il a tout de suite adoré l’idée. Ça lui a paru très naturel. Je le regardais tout le temps, en pensant qu’il aurait pu être bassiste toute sa vie ! [Petits rires] De toute façon, c’est un super performeur sur scène. C’est très amusant de l’avoir à nos côtés sur scène, c’est très appréciable. En ce qui concerne Frederik [Ehmke, batterie], je me sens vraiment en confiance en ayant derrière moi la machine rythmique que j’ai l’habitude d’avoir. C’est plus ou moins pareil pour Jon, bien sûr, et il connaît les gars. Il n’avait pas une grande expérience de Frederik, tout comme je n’en avais pas de Jake [Dreyer, guitariste], mais les recommandations étaient un gage de sécurité. Nous savions à quoi nous attendre de ces gars, et ça a vraiment aidé tout le processus.

Ça fait quinze ans que le dernier album de Demons & Wizards est sorti, ce qui est énorme comparé aux cinq ans qui séparent les deux premiers albums. Est-ce seulement dû à vos emplois du temps respectifs qui sont très chargés ? Quel a été le principal obstacle pour que Jon et toi vous vous réunissiez pour travailler sur ce nouvel album ?

C’était bien sûr les deux groupes principaux qui étaient les principaux obstacles – peut-être les seuls obstacles. En 2005, nous sommes partis chacun de notre côté en disant que 2010 ou 2011 serait le moment parfait pour le prochain album de Demons & Wizards. Nous aurions été dans un cycle normal si nous avions fait ça. Mais ça a été impossible, parce que les emplois du temps d’Iced Earth et de Blind Guardian se heurtaient drastiquement. Ils évoluaient en parallèle durant les vingt premières années, mais ente 2005 et 2010, ils ont pris des directions complètement différentes. Dès que j’avais du temps pour Demons & Wizards, Jon lui n’avait aucun moment de libre pour mettre le nez dedans – et vice versa. Voilà grosso modo pourquoi ça a pris autant de temps. Ça fait aussi que j’ai du mal à prédire s’il y aura un autre album de Demons & Wizards et si nous pourrons à nouveau unir nos forces, car une fois que les locomotives Blind Guardian ou Iced Earth sont lancées, on ne peut en sortir. Aucune chance.

« Iced Earth est parti dans une autre direction, tout comme Blind Guardian. Musicalement, nous étions plus proches dans les années 90 qu’aujourd’hui. Mais ça a eu un impact sur cet album, car les univers que nous avons pu partager étaient encore plus vastes. »

C’est un bon problème à avoir !

C’est un très bon problème ! Je considère quand même Demons & Wizards comme étant aussi important que Blind Guardian, tout comme Jon, j’en suis sûr. Mais nous sommes contraints par les groupes – et c’est vraiment amusant ! C’est ce que nous voulons faire tous les deux. Ce que nous faisons dans Blind Guardian, c’est ma forme d’expression la plus sincère. C’est juste une belle coïncidence que j’aie également la possibilité d’écrire des chansons avec Jon, et que le résultat soit différent.

Y a-t-il eu des moments où vous avez pensé que Touched By The Crimson King serait votre dernier album avec Demons & Wizards ?

A partir de 2010, oui. Avant ça, je ne pensais à rien, car il était clair qu’il y aurait un troisième album. A cet égard, je dois dire que nous n’avons jamais vraiment mis le projet en suspens. C’était une suite d’événements naturelle. Je n’ai même pas pensé à de possibles morceaux de Demons & Wizards ou dans quelle direction nous irions avec les textes avant d’être investis dans la situation. Pour tous les deux, le vrai travail pour Demons & Wizards a vraiment commencé après l’été 2018, quand nous nous sommes principalement focalisés sur les concepts pour Demons & Wizards. Nous avons même fait un petit peu de composition avant ça : « Universal Truth », « Invincible » et « New Dawn » sont des restes de la période d’écriture d’Incorruptible pour Jon. Il ne s’est juste jamais trop posé la question de ce qui pourrait être fait vocalement. Il m’a envoyé les morceaux instrumentaux et m’a demandé si je ressentais que quelque chose pourrait m’inspirer pour trouver des lignes de chant. Et ça a été le cas. C’était entre 2016 et 2018. Donc techniquement, ça fait depuis 2016 que nous travaillions sur Demons & Wizards, mais les problèmes susmentionnés sont survenus : Blind Guardian partait faire d’autres concerts, tout comme Iced Earth. Donc nous avons dû mettre le projet de côté à nouveau.

Est-ce que le fait qu’autant de temps soit passé vous a mis la pression ou bien le plaisir de te réunir à nouveau avec Jon était plus fort que n’importe quelle forme de pression ?

Le plaisir est plus fort. Je ne ressens pas plus de pression quand je travaille avec Blind Guardian. Il y a eu un peu de pression pour terminer Twilight Orchestra après vingt-deux ans ! Mais ça, c’était plus une pression technique, car j’ai vu que les choses prendraient encore plus longtemps que prévu. J’ai l’habitude que les choses prennent plus de temps que prévu, mais ça, c’était nettement plus de temps que prévu ! En conséquence, j’ai ressenti un petit peu de pression avec ça, par rapport à l’album que nous devions rendre. Il s’avère que la finalisation a pris bien plus de temps que je ne l’aurais imaginé dans mes rêves les plus fous, et ça s’est heurté aussi un peu à Demons & Wizards. Je ne pouvais pas le prévoir – personne ne le pouvait. Mais j’ai dû donner de ma personne et travailler sur tous les projets en même temps pendant un moment. Avec Demons & Wizards, c’est un plaisir, c’est certain. Nous nous comprenons très facilement, donc quand nous nous concentrons sur la musique et sur Demons & Wizards, achever l’album est une entreprise très facile. Nous n’avons pas besoin de beaucoup de temps. Dès que nous avions une fenêtre de quatre ou cinq mois, nous pouvions au moins composer l’ensemble de l’album.

Quand tu t’es réuni avec Jon pour de nouveau travailler sur de la musique, l’alchimie était-elle tout de suite là ou bien est-ce que ça a quand même nécessité une période d’adaptation ?

Il y avait encore moins de discussion que par le passé, je dirais ! Avant que nous ne commencions la composition proprement dite – fin de l’été/début de l’automne 2018 –, nous avons défini une feuille de route globale. Nous aimons beaucoup le style classic rock des années 70, et nous voulions qu’il y ait de cet aspect dans l’album. Mais c’était aussi le cas de Touched By The Crimson King et du premier album. Pareil pour les morceaux atmosphériques, à la « Heaven Denies », par exemple. Nous voulions quelque chose comme ça sur l’album, mais évidemment sans copier. En dehors de ça, nous n’avons pas eu d’échange plus précis sur ce dont les chansons pourraient parler ou comment elles pourraient sonner. Nous y sommes allés en freestyle. Avec les exemples que j’ai mentionnés, si tu les écoutes, et écoutes les deux premiers albums, tu trouveras que la définition est bien plus claire. Donc je crois que, même sans parler, rien que grâce à notre progression personnelle, nous avons pu encore mieux mettre dans le mille, et être plus précis dans notre façon de concevoir les choses. D’un autre côté, durant la production, et surtout durant la composition, nous avons foncé sans réfléchir. C’est aussi un aspect attrayant dans cet album : c’était très spontané, et je pense que ça le sera aussi pour l’auditeur. Il y a plein de choses à découvrir, mais malgré tout, on rentre tout de suite dans l’album.

« Nous y sommes allés en freestyle. […] C’est aussi un aspect attrayant dans cet album : c’était très spontané, et je pense que ça le sera aussi pour l’auditeur. Il y a plein de choses à découvrir, mais malgré tout, on rentre tout de suite dans l’album. »

En quinze ans, vous avez tous les deux eu le temps de grandir en tant qu’artistes et de vivre de nouvelles expériences en tant qu’individus. Penses-tu qu’au final, ces quinze ans ont été bénéfiques pour le projet et le nouvel album ?

Il est certain qu’ils ont été bénéfiques. On ne peut pas prévoir quelque chose comme ça. Nous n’avons pas prévu les quinze ans, et à bien des égards, nous sommes partis dans des directions opposées. Jon a déménagé dans plein d’endroits, tandis que je suis plus ou moins resté où j’ai grandi. Je suis un gars de Krefeld, et je mourrai en tant que tel ! C’est aussi simple que ça ! Il est certain que nous avons vécu des expériences différentes. De même avec les groupes – je pense qu’Iced Earth est parti dans une autre direction, tout comme Blind Guardian. Musicalement, nous étions plus proches dans les années 90 qu’aujourd’hui. Mais ça a eu un impact sur cet album, car les univers que nous avons pu partager étaient encore plus vastes. Et ces deux univers ne se heurtent pas de manière négative. Quelque chose de nouveau en ressort, ce qui est très divertissant et très rafraîchissant pour moi. Je suis vraiment convaincu que plein de gens ressentiront la même chose.

L’album propose une belle diversité de chansons. C’est probablement l’un des albums les plus variés et dynamiques de vos carrières respectives. Vous avez beaucoup communiqué en affirmant que cet album serait très différent et que les gens seraient choqués. Etais-tu toi-même surpris par certaines chansons que Jon t’a apportées ?

C’est ce qui est marrant : je l’étais, mais seulement pour les trois premières – « Universal Trurth », « New Dawn » et « Invincible » -, que Jon a étonnamment écrit pour Iced Earth. Je ne vois pas le lien ! Il les a écrites pour l’album Incorruptible, il n’a simplement jamais réfléchi au chant. J’ai mentionné ça plus tôt, je crois. Elles se démarquent complètement. Elles sont dans une zone complètement différente. Je n’ai jamais effleuré quelque chose comme ça avec Blind Guardian, et le spectre de Blind Guardian est assez énorme par rapport à ce que nous explorons et aux directions que nous prenons. Surtout « New Dawn » et « Invincible » ont une structure harmonique vraiment étrange. Je ne me serais jamais attendu à quelque chose comme ça de la part de Jon, surtout s’il m’avait dit que c’était pour Iced Earth. J’aurais dit : « Pourquoi fais-tu quelque chose comme ça ?! Il faudrait peut-être que je réécoute tes albums pour retrouver un truc dans le genre ! » Ces deux chansons, c’est sûr, sont celles qui m’ont le plus surpris. Et ensuite, il y a eu une agréable surprise, que je ne m’attendais pas à avoir sur le moindre album où je chante, et qui est « Midas Disease ». Mais ça reste quand même dans la zone de confort, car on ne peut pas se tromper avec un genre de classique à la AC/DC ! A moins de le gâcher, mais nous sommes tous les deux trop expérimentés pour ça ; autrement, nous aurions simplement abandonné l’idée. Celles-ci sont les chansons qui m’ont vraiment surpris. Le reste, c’est grosso modo la définition d’une collaboration entre Jon et moi. En conséquence, elles collent très bien. Elles ne ressemblent pas forcément à ce que nous avons fait par le passé, mais elles ont la même patte. On peut vraiment le ressentir. Si je devais citer des chansons qui étaient vraiment étranges, ce seraient celles-là. J’ai vraiment hâte de voir comment les gens s’y identifient, car « Invincible » est l’une des rares chansons où j’ai l’impression que c’est presque positif du début à la fin – sans que ce soit nunuche. C’est quelque chose de très dur à accomplir.

En parlant de « Midas Disease », comme tu l’as dit, ça commence comme une chanson d’AC/DC. Est-ce l’hommage de Demons & Wizards aux racines et à l’amour de Jon – et peut-être les tiens aussi – pour le classic hard rock en général, et AC/DC en particulier ?

[Rires] Disons que j’ai sauté dans le train en marche ! Pour Jon, clairement oui. C’est exactement ça, ça ne fait aucun doute. Pas besoin de le nier, et il l’a fait remarquer à diverses autres occasions aussi. Et même s’il ne l’avait pas fait, ça aurait été stupide de le nier, car c’est tellement évident ! Pour moi, c’était plus une question de… s’adapter à Bon Scott et Brian Johnson quand j’ai entendu la chanson. Nous n’en avions pas parlé, Jon m’a simplement envoyé la chanson et dit : « Peux-tu travailler sur quelque chose de ce genre ? » Et j’ai dit : « Oui, je peux. » Le processus de composition était très rapide. J’essayais de sonner un peu comme Brian Johnson et Bon Scott quand je faisais mes arrangements de chant, mais je n’écoute pas tellement AC/DC. Donc mes souvenirs d’eux étaient bien plus rugueux que ce qu’ils font vraiment, surtout dans le cas de Bon Scott. Sa voix n’est pas si distordue. C’est aigu et il y a de l’intensité, mais il n’y a pas beaucoup de distorsion. Je mets même encore plus de distorsion dans ma voix que d’habitude parce que je pensais que ça leur rendrait hommage. Donc oui, c’est mon hommage à Brian Johnson et Bon Scott, mais comme je l’ai dit, je n’avais pas une vraie idée de la manière dont ils sonnent ! Je n’ai pas cherché à crier ; je faisais juste ce que, selon moi, Bon Scott ou Brian Johnson feraient. Mais tu sais, lors des concerts que nous avons faits en 2000, nous avons fait une reprise de « Hells Bells ». Nous avons tous les deux une passion pour les trucs des années 70. Parfois Jon a des idées légèrement différentes des miennes, mais il y a quand même plein de trucs qui couvrent nos intérêts à tous les deux.

« Il y a peut-être deux morceaux qui sont du remplissage sur chaque album. En y repensant, ces morceaux auraient mérité un peu plus d’attention, ou il aurait fallu les retirer de l’album pour en faire un meilleur album. Ça vaut pour le premier et le second album. Sur cet album, ce n’est pas le cas. Toutes les chansons étaient très précisément définies depuis le début. »

Parmi les autres surprises, l’album contient deux chansons vraiment épiques et progressives : « Timeless Spirit » et « Children Of Crain ». Ce sont de loin les chansons les plus longues que vous ayez jamais faites avec le projet, mais aussi, elles contiennent pas mal de guitare acoustique, surtout la dernière. Sont-elles une preuve que vous ne vous mettez plus de barrière créative ? Si tant est que vous vous soyez mis des barrières créatives par le passé…

Je dirais que c’est plus lié à notre définition des choses et jusqu’à quel point nous y parvenions. Sans être super critique envers les chansons en général, par rapport aux deux premiers albums, je peux dire qu’il y a peut-être deux morceaux qui sont du remplissage sur chaque album. En y repensant, ces morceaux auraient mérité un peu plus d’attention, ou il aurait fallu les retirer de l’album pour en faire un meilleur album. Ça vaut pour le premier et le second album. Sur cet album, ce n’est pas le cas. Toutes les chansons étaient très précisément définies depuis le début, et nous avons continué à travailler dessus jusqu’au bout. Pour ma part, vocalement, je me sens toujours confiant et à l’aise quand j’ai autour de moi des arrangements acoustiques. J’ai un peu du sang folk, à la Bob Dylan, façon compositeur des années 60/70 en moi aussi. J’aime écouter et composer des trucs comme ça parfois. Mais dans ce cas, les arrangements musicaux originels ont été fournis par Jon. Encore une fois, il n’y avait aucun chant, et ça m’a ouvert à de tout nouveaux univers. J’ai fait ce que j’aurais aussi fait dans Blind Guardian: j’ai créé des scènes que je trouvais compléter le plus les parties.

Dans le cas de « Children Of Cain », j’avais au moins trois, quatre ou cinq idées différentes pour chaque phrasé, niveau mélodie. Elles auraient été tout aussi bonnes que celles qui ont été utilisées ; nous avons juste opté pour celles que nous avons immédiatement trouvées peut-être un petit peu meilleures. Mais les autres étaient tout aussi bonnes, on pourrait dire. Quand on peut trouver quelque chose comme ça spontanément, ça en dit long sur le nombre d’histoires épiques déjà contenues dans les arrangements instrumentaux. Ça raconte l’histoire d’une chanson qui est déjà bonne. J’avais donc un très bon pressentiment sur « Children Of Cain ». En gros, ces deux chansons sont les plus proches de ce que Jon et moi avions imaginé pour cet album. S’il y avait une feuille de route qui établissait nos lignes directrices, c’était de faire ce genre de trucs atmosphériques, presque façon classic rock des années 70. C’est la base de ces deux chansons. Surtout en ce qui concerne Blind Guardian, je dois dire que nous n’avons aucune limite – aucune ! J’ai déjà exploré presque tous les univers possibles avec ce groupe. C’est juste une orchestration différente, plus complexe. J’aime l’espace dans ces deux chansons. Il y a des moments où il y a de petites respirations émotionnelles, ce qui les rend spéciales pour moi – surtout « Children Of Cain », comme je l’ai dit.

Tu proposes des prestations très théâtrales, surtout sur les couplets de « Dark Side Of Her Majesty » ou même des sortes de growls dans « Diabolic ». Penses-tu que ton expérience à enregistrer le chant très théâtral de l’album du Twilight Orchestra a déteint un petit peu sur ce nouvel album de Demons & Wizards ?

J’allais justement dire ça avant en réponse à l’une de tes questions ! Non seulement les quinze dernières années ont été très profitables, mais l’enregistrement du chant sur l’album du Blind Guardian Twilight Orchestra – qui a eu lieu entre début 2017 et fin 2018, donc une très longue période ! – m’a beaucoup aidé à devenir plus précis sur les enregistrements studio, et pour savoir comment entretenir le côté théâtral dans mes performances vocales. Mais je dois dire que les deux premiers couplets de « Dark Side Of Her Majesty » en particulier étaient plus la vision de Jon de cette partie que la mienne. J’ai trouvé plusieurs idées vocales différentes pour ces deux couplets. J’ai d’abord fait la troisième partie ; c’était la première partie vocale que j’ai faite pour les couplets. Mais les deux autres, avec la manière dont la cadence fonctionne, c’était plus l’idée de Jon, et c’était ma manière de l’interpréter. C’était une combinaison, c’est sûr, mais l’idée de base était un effet du Twilight Orchestra. Et les growls… Pour la plupart des chansons, j’ai travaillé avec Tommy Geiger sur le chant, mais « Diabolic » a été faite avec Charlie Bauerfeind. Ce que cette partie est devenue au final, c’est grosso modo le résultat de son idée pour cette section spécifique. Il voulait que j’aille… nous considérons ça comme étant dans la veine de Rammstein, mais on peut aussi appeler ça du growl ! Ma manière de faire la montée vers « He shall rise/He shall rise » était bien plus douce !

Inévitablement, il y a toujours un peu d’Iced Earth et de Blind Guardian dans Demons & Wizards, mais c’est aussi une entité à part entière et pas juste un projet parallèle ou une fusion des deux groupes. Qu’est-ce que vous vous permettriez dans Demons & Wizards que vous ne vous permettriez pas dans Blind Guardian ou Iced Earth ?

Dans les deux cas, il n’y a rien – rien du tout. N’importe quelle chanson sur le produit final aurait pu finir sur un album de Blind Guardian ou d’Iced Earth, sans aucun doute. La différence, c’est vraiment la collaboration entre Jon et moi, et le mélange qui est créé et en ressort. Ceci définit Demons & Wizards, et ça fait qu’il est impossible que ces chansons aient pu être faites soit par Iced Earth, soit par Blind Guardian. En dehors de ça, la musique de Demons & Wizards aurait le droit d’exister dans les deux univers – Blind Guardian et iced Earth –, ça ne fait aucun doute. Surtout avec un album comme celui-ci, dans lequel chaque chanson est potentiellement un tube.

Interview réalisée en face à face le 17 janvier 2020 par Tiphaine Lombardelli.
Fiche de questions : Nicolas Gricourt
Retranscription : Tiphaine Lombardelli.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Tim Tronckoe.

Facebook officiel de Demons & Wizards : www.facebook.com/demonsandwizardsofficial.

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