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Chronique   

Demons & Wizards – III


A l’aube de cette nouvelle décennie, le power metal est une scène qui se porte toujours relativement bien. Pour autant, beaucoup diront que son âge d’or se situerait entre le milieu des années 1990 et le début des années 2000, période pendant laquelle l’expression même du style a été popularisée et où les codes et thématiques se sont durablement installés. C’est d’ailleurs en 1997 que deux mastodontes de la scène décident de s’unir, Jon Schaffer d’Iced Earth et l’emblématique chanteur de Blind Guardian Hansi Kürsch, donnant naissance au projet, très attendu en son temps, Demons & Wizards. Après avoir délivré deux albums, le premier sans titre en 2000 et Touched By The Crimson King en 2005, le projet est depuis resté en sommeil pendant que les deux formations principales des protagonistes ont poursuivi leurs chemins respectifs. Le réveil de la bête s’est enfin concrétisé par une tournée en 2019, et se confirme quelques mois plus tard avec une troisième œuvre, sobrement intitulée III.

D’une certaine manière, Demons & Wizards avait préparé le terrain en proposant les rééditions des deux premiers opus. Des remasters au son plus massif, aux basses plus appuyées et au rendu résolument plus moderne. Tel est le son qui, justement, résonne d’emblée à l’écoute du single « Diabolic ». Un morceau qui puise sa recette heavy mélodique un brin progressive dans l’album éponyme – pour cause, il s’agit là d’une suite au classique « Heaven Denies » –, avec ses développements crépusculaires en intro et outro (les arrangements de voix fantomatiques ou façon chant sacré font leur effet). Un titre comme « Invicible » reprend le côté plus pêchu et immédiat de Touched By The Crimson King avec un refrain des plus percutants. Une énergie que l’on retrouve sur « Midas Disease », un morceau hard/heavy 80’s qui dénoterait presque avec son incipit hommage à AC/DC, ou sur les rythmiques tranchantes de « Split », affublées de solos démonstratifs mais néanmoins bienvenus. Le point de convergence entre les trois projets se résume à leur caractère fédérateur. C’est ce qu’illustrent des compositions telles que « Wolves In Winter », dont le rythme appuyé nous galvanise comme un soldat se préparant au combat, ou plus encore « Dark Side Of Her Majesty » avec ses chœurs, gimmicks caractéristiques du groupe, légèrement kitch mais incontestablement efficaces, en particulier lorsqu’ils soutiennent, comme ici, une prestation hautement théâtrale d’Hansi Kürsch.

Plus solennelle mais toujours avec cette idée de communion, « Universal Truth » profite d’une forme de grâce (à laquelle contribue l’usage d’une basse fretless) et d’un air chantant irrésistible. Hansi Kürsch y démontre sa facilité à capter l’auditeur comme s’il s’adressait directement à lui. Cette forme de discours est sans doute la qualité première de ce troisième album, à l’instar de « Final Warning », qui bien que très courte (selon les standards du groupe) se révèle intense et particulièrement narrative, ou de « New Dawn » dont les changements de rythme en font un récit captivant. Demons & Wizards porte toujours l’émotion dans ses compositions. En témoigne « Timeless Spirit » qui démarre comme une ballade folk, synthétisant le savoir-faire du groupe lorsqu’il s’agit de proposer une musique autant lancinante qu’harmonieuse, pour poursuivre dans une grande escalade en puissance jusqu’à son majestueux final. Mais ce qui fait le charme de l’opus peut aussi en se répétant devenir une faiblesse : si l’épilogue « Children Of Cain », du haut de ses dix minutes, peut surprendre par sa dominante acoustique et ses tonalités folk presque joyeuses, et séduira par sa structure progressive bien construite et sa sensibilité, elle prend aussi le risque de faire ressentir une certaine longueur pour un album qui avait pourtant déjà réuni tous les atouts nécessaires.

Avec III, Demons & Wizards peut, de prime abord, donner l’impression de reprendre là il nous avait laissés sur Touched By The Crimson King, mais c’est sans compter quelques écarts et ouvertures (des inspirations classic rock et folk, des longueurs progressives, une plus grande théâtralité, voire une pincée de growl très furtive…) qui viennent trahir quinze années d’évolution et d’expérience personnelles des deux protagonistes. Reprenant ses mélodies et épopées tragiques, Demons & Wizards non seulement assoit son identité mais l’enrichit également par petites touches. III est un disque complet, dynamique et dense. Demons & Wizards confirme ne pas être qu’un simple side-projet mais une entité à part entière, et réaffirme la symbiose créative de ses deux têtes pensantes.

Chanson « Midas Disease » :

Clip vidéo de la chanson « Diabolic » :

Album III, sortie le 21 février 2020 via Century Media. Disponible à l’achat ici



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