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Interview   

Des serpents dans le studio


Encore récemment, Voivod publiait un communiqué relatant l’avancée de son nouvel album, le premier qui aura été intégralement composé sans Denis D’Amour ou « Piggy », décédé d’un cancer du colon en 2005. En effet, jusqu’à présent, le groupe avait sorti des disques reposant notamment sur les derniers enregistrements de Denis avant sa mort. Le groupe et notamment le nouveau guitariste (autrefois simplement guitariste live) du combo Daniel Montgrain, sont attendus au tournant.

Le chanteur Denis Bélanger, alias « Snake », avait été invité à l’antenne d’Anarchy X le mardi 4 octobre dernier pour nous parler de l’état d’esprit du groupe et de l’orientation de ce nouvel album.

Vous pouvez réécouter et lire cette interview.

« C’est vraiment un miracle que Daniel soit arrivé dans le décor. Il n’y a pas beaucoup de guitaristes sur terre qui peuvent effectuer et reproduire ce que notre ami Piggy était capable de faire. »

Réécoutez l’interview : [audio:interviews/interviewvoivod.mp3|titles=Interview Snake (Voivod)]

Radio Metal : Nous avons à l’antenne le chanteur de Voivod, Snake. Salut !

Snake (chant) : Salut, ça va bien ?

Ça va bien, et toi ?

Oui, ça va très bien.

Est-ce qu’il fait beau au Canada ?

C’est la grisaille qui commence, là !

L’hiver qui commence à s’installer ?

Tranquillement, oui. Bientôt la neige et le grand froid !

On va commencer cette interview en parlant de live. Voivod a pas mal tourné ; on se souvient notamment de votre passage au Hellfest, il y a deux ans, je crois. Comment s’est passée cette tournée avec Daniel Mongrain qui remplace Piggy ? Comment les fans ont-ils accepté ce line-up du groupe ?

C’est vraiment un miracle que Daniel soit arrivé dans le décor. Il n’y a pas beaucoup de guitaristes sur Terre qui peuvent effectuer et reproduire ce que notre ami Piggy était capable de faire. Ça a été une tournée extraordinaire, celle du Hellfest comme celle qu’on a faite l’année dernière, qui était plus dans des clubs. Dan est tombé du ciel. On n’avait pas de solution pour remplacer Piggy et, finalement, de fil en aiguille, on a trouvé ce gars-là, qui est extraordinaire. C’est un super bon gars, dévoué, qui met tout son temps et son énergie dans la musique. Ça donne des résultats parce qu’il enseigne aussi la musique. C’est un gars qui a commencé à jouer, entre autres, en faisant des ébauches sur la musique de Voivod. Ça vient de loin, chez lui, c’est ancré profondément en lui. C’était le meilleur remplaçant qu’on pouvait trouver.

Tu disais que vous aviez eu du mal à trouver quelqu’un capable de reproduire ce que jouait Piggy. Mais on se situe quand même dans un style musical où les musiciens sont en général très, très bons. Comment est-il possible que vous ayez eu autant de mal à trouver un bon guitariste pour le remplacer ? Des bons guitaristes, il y en a énormément dans le metal…

Oui, il y en a énormément, mais en fait, Piggy avait ses propres accords, il avait une touche particulière, dont le triton, qui est utilisé dans des accords un peu dissonants. Ce n’est pas tout le monde dans les gammes traditionnelles qui peut reproduire ça comme lui le faisait. C’est quelque chose que Dan a compris très jeune. Il a beaucoup étudié aussi la musique en général, mais pour ce qui est des accords dissonants, c’est quelque chose qu’il a maîtrisé en écoutant du Voivod, en essayant de reproduire nos chansons quand il était adolescent. De fil en aiguille, il est devenu un maître en la matière. Si on se fie aux gammes traditionnelles dans la musique heavy metal, ce n’est pas vraiment ce qui est employé en général. Ce que Piggy faisait était vraiment particulier. Ce n’est même pas vraiment qu’on ait eu du mal, il est arrivé comme ça. C’était une connaissance de Blacky (ndlr : Jean-Yves « Blacky » Thériault, bassiste), qui est revenu dans le décor aussi. Il a amené ce gars-là, ils faisaient de la musique ensemble. Moi je le connaissais un peu de nom, je le connaissais aussi parce qu’il avait fait quelques spectacles metal ici, à Montréal. Mais son nom circulait, il a été embauché partout par des grandes productions, il a été engagé aussi par d’autres artistes québécois connus. Il est capable de faire presque n’importe quoi et il est très en demande. La première fois que je l’ai vu, quand on a passé l’audition, j’ai eu des frissons dans le dos. Je croyais que Piggy était à côté de moi, c’était incroyable. La ressemblance musicale, mais aussi dans le genre de bonhomme qu’il est : son être en tant que tel ressemble beaucoup à certaines caractéristiques que Piggy avait. Ça s’est fait tout seul.

Ce qui a dû beaucoup aider, c’est le fait que Dan était un grand fan de Voivod, tout simplement ? Je le connaissais d’avant, avec son groupe Martyr, ils avaient notamment fait une super reprise de « Brain Scan ».

Oui, je pense que le cœur y était, et l’âme aussi. Ça va ensemble quand on se donne à fond dans quelque chose. Pour lui, c’est comme l’accomplissement de quelque chose qu’il a chéri longtemps. C’est lui qui est sur les planches maintenant. C’est vraiment cool.

Quel est le statut de son autre groupe maintenant ? Martyr existe-t-il toujours ?

Oui, il vient justement de revenir de Calgary, il est allé faire un show là-bas avec son groupe. Ils continuent, je crois qu’ils sont sur des nouvelles compositions. L’année dernière, on a fait une mini-tournée hivernale avec eux ici, au Québec. Ce sont des bons gars, c’était cool.

Pour revenir au live, vous avez enregistré un album live, Warriors Of Ice, qui est sorti en début d’année. Qu’est-ce qui vous a motivé à enregistrer cet album live maintenant ? Était-ce pour clôturer un cycle ?

Oui, en quelque sorte. On voulait sortir quelque chose qui reflétait un peu le Voivod actuel, avec le nouveau line-up, avec Dan et Blacky. L’occasion s’est présentée d’enregistrer une prestation pendant la partie Christmas, le temps des fêtes, à Montréal. On a eu bien du plaisir à faire ça, c’était un full show live enregistré. Et l’ambiance y était ! Ce qui est particulier avec cet album-là, c’était que l’atmosphère était un peu détendue. On était chez nous et c’était sponsorisé par Jägermeister, la boisson noire, comme on dit ! Quand on a commencé le spectacle, on a pris quelques drinks sur la stage [la scène] et les interventions devenaient à chaque fois un peu plus longues et un peu plus stupides ! (Rires)

Tu es en train de dire que vous étiez complètement bourrés ?

Oui, à la fin je crois que nous étions un petit peu étourdis !

Ça explique beaucoup de choses dans le live ! Un peu avant l’interview, nous avons écouté « Nuclear War », et ton intro était… pas mal !

Et encore, c’est rien, parce qu’on a beaucoup édité les entre-chansons. Blacky et moi déconnions sur scène avec la foule. Et puis on avait un temps limite pour les chansons, alors il fallait absolument éditer entre les chansons, parce que ça aurait pris trop de temps. Ce qui était cool dans tout ça, c’est qu’on était chez nous, on revenait de tournée, on avait le goût d’être là, le monde avait le goût d’être là et de festoyer. Ça explique bien des petites rigolades sur l’album ! (Rires)

Pourquoi ne pas avoir aussi sorti ce live en DVD ?

Ça pourrait sortir. Je sais qu’on a les footages [enregistrements vidéos] qui pourraient être éventuellement utilisés. Je ne pourrais pas vraiment stipuler quelque chose là-dessus. Le recording est très bon aussi visuellement, donc peut-être qu’on sortira quelque chose éventuellement par rapport à ça.

Était-ce un moyen d’avoir une ultime validation de la part des fans par rapport au line-up actuel avec Dan Mongrain ?

Le but était de tout remettre en perspective. Quand on a recommencé, on s’est plus concentré sur le vieux Voivod pour les chansons live. Tout était mis en place pour qu’on fasse quelque chose qui reflète l’esprit Voivod. Pour les fans, en tous cas, je pense que c’est un album qui reflète un peu ce qu’on est aujourd’hui.

Il n’y a pas si longtemps que ça, un an ou deux, vous disiez que vous n’étiez pas sûrs de continuer sous le nom de Voivod sans Piggy. Qu’en est-il aujourd’hui ? L’album en préparation sortira-t-il sous le nom de Voivod ?

Oui, on a un album en préparation et on continue sous le nom de Voivod. Ce questionnement-là s’est posé dans une situation où on recommençait, il y avait beaucoup de « si » et de « peut-être ». Mais depuis qu’on a reformé avec ce line-up, on a beaucoup de plaisir à le faire. Et je crois que ce que Piggy aurait aimé, c’est qu’on continue, alors c’est ce que l’on fait. On ne sait pas faire grand-chose d’autre à part ce que l’on fait, alors on fait aussi bien de continuer ! (rires) Avec l’album qu’on est en train de travailler en ce moment, il y a du nouveau. Ce qu’on a sorti dernièrement, c’étaient des chansons avec Piggy qui jouait dessus. Là, ça va être vraiment le premier sans Piggy. Dan et Blacky composent le gros des structures, et ça va être vraiment bien. Ça fait Voivod, ça fait nouveau. Il y a beaucoup de touches de Piggy qui sont encore là ; je ne sais pas exactement d’où l’influence vient mais il y a des bribes où on le reconnaît. Ce sont des clins d’œil. C’est dans les approches et tout que Piggy est encore là. C’est quand même cool. On sent bien un feel strong, qui est en même temps comme un renouveau de Voivod. J’ai hâte de commencer à enregistrer. D’ailleurs, on devrait commencer en janvier. Là, je suis dans les paroles des chansons, je fais des petites pré-prods pour me mettre en préparation d’enregistrer au mois de janvier.

Tu disais que la touche de Piggy est encore là, dans les compositions, même si lui n’est plus là pour composer. Mais est-ce que, pour faire le deuil de Piggy, il ne faudrait pas tourner la page et arrêter de penser à lui pendant que vous composez ?

Je pense que c’est en ce moment que la page est en train de se tourner. Le deuil se vit pendant un certain temps et comme tu dis on a beaucoup parlé de Piggy avec les derniers albums parce qu’il était concerné, il était sur l’album en tant que tel alors il fallait en parler ; maintenant, c’est autre chose. De toute façon Daniel a sa propre vision des choses, son propre style et je pense que cela va amener quelque chose de nouveau au groupe. Quand je dis des références, c’est peut-être dans les sonorités, les effets, un peu dans l’approche, on va entendre les accords un peu dissonants de Piggy mais c’est sûr que ce sont d’autres compositions, c’est un autre guitariste, ça vient d’une autre tête, ça sera quelque chose d’autre. Mais pour ce qui est du style en tant que tel, le fan de Voivod va reconnaître que c’est du Voivod, que ça n’est pas quelque chose de complètement différent.

« Je crois que ce que Piggy aurait aimé, c’est qu’on continue, alors c’est ce que l’on fait. On ne sait pas faire grand-chose d’autre à part ce que l’on fait, alors on fait aussi bien de continuer ! » (rires)

Est-ce que quelque part cette espèce d’ombre qu’a encore Piggy sur le groupe ne pèse pas un peu à Daniel ? Que cela soit de manière générale ou éventuellement de la part des fans y a-t-il eu quelques remarques ou critiques de leur part ?

Non, je n’ai pas vu ça. Je m’y attendais car il y a toujours des chialeurs ou des gens qui vont critiquer. Mais que voulez-vous ? Piggy n’est plus, on ne peut rien y faire. Après, quelqu’un qui critiquerait le travail de Dan Mongrain… il faudrait qu’il se plante d’aplomb car je ne connais pas vraiment quelqu’un qui pourrait faire ça et bien le faire. On a eu aucun commentaire négatif. La plupart du temps ce qu’on reçoit c’est : « Mon dieu ! Je m’attendais à tout sauf à ça, à quel point Dan est capable de reproduire fidèlement les chansons », tout le monde n’y voit que du feu. Je pense que les gens sont avec nous dans cette aventure un peu bizarroïde qu’est Voivod. On a eu des hauts et des bas. En fait ça c’était réellement une tragédie comme telle mais en général le monde nous supporte très bien et ils comprennent notre situation et ils comprennent aussi qu’on fait tout pour continuer, donc c’est pour le bien de tous.

Comme tu le disais au début, Piggy avait un style vraiment unique, c’est vrai que son jeu de guitare faisait quasiment l’identité du groupe et c’est vrai que Dan arrive réellement à interpréter fidèlement ses compositions en live et quelque part c’en est une chose mais composer dans le style de Voivod c’en est une autre. Crois-tu vraiment qu’il a réussi ce challenge ?

Oui, ce que j’entends actuellement c’est vraiment ça. Il est capable de mettre tout en perspective, je ne sais pas vraiment comment l’expliquer. Depuis quelques années on a appris à bien se connaître en tournées. Il sait très bien la direction musicale qu’il faut prendre pour le prochain album, je n’ai aucun doute là-dessus. Je pense que la direction qu’on est en train de prendre est la meilleure. Je suis sûr que lorsque l’album va sortir il y aura toute sorte de critiques qui, je l’espère, seront pour la plupart positives mais certains vont probablement dire que ça n’est pas Piggy. Je m’attends à tout mais, comme groupe et comme compositeur, je pense qu’il suit la bonne voie, il comprend très bien le cheminement qu’il faut faire pour y arriver.

Il est vrai que Voivod a eu diverses directions musicales. Faut-il pour ce prochain album s’attendre à un style un peu plus complexe, un peu comme vous aviez fait sur des anciens albums comme Killing Technology ou à une formule globalement plus punk / rock assez directe comme sur les derniers albums que vous avez fait ?

Je penserais plus à des albums comme Dimension Hatross, Killing Technology, Nothingface. Je pense que ça ressemblera plus à ça qu’aux derniers qui étaient peut-être un peu plus « straight forward rock ». On a des chansons de sept minutes avec plusieurs parties musicales donc ça fait un link pour être un album à la Dimension Hatross, à la Killing Technology et Nothingface alors je pense que les fans de ces albums là vont être agréablement servis par le prochain album.

Hors antenne tu nous racontais une anecdote assez marrante concernant une date parisienne. Que s’est-il passé en fait ?

C’était une cancellation [annulation], apparemment il n’y avait pas eu une bonne pré-vente, ce qui est un peu bizarre car on arrive quand même à remplir nos salles, mais à quelques jours le promoteur a décidé de canceller [annuler] le tout mais il fallait quand même y aller pour récupérer une cargaison de t-shirts qui nous avait été envoyée. Et là on était devant le club, devant du monde et on voyait les fans qui arrivaient et qui s’apercevaient qu’on n’allait pas jouer, ils étaient très déçus et nous, on avait nos boîtes de t-shirts et on a commencé à vendre des t-shirts directement sur le trottoir…

Directement dans la rue ?

Oui ! (rires) En fait les fans voulaient au moins acheter un truc ou deux, on avait les boîtes qui étaient là, on a ouvert les boîtes et on vendait des t-shirts là sur le trottoir. C’était un peu bizarre mais comme dans le rock c’est souvent bizarre… (Rires)

Comment est-ce possible que les fans n’aient pas été prévenus au préalable que le concert était annulé ?

Nous, on attendait de voir si c’était vraiment ce que le promoteur voulait faire car à une semaine d’intervalle, nous, on est sur la route, on joue tous les jours, on ne sait pas trop mais lui n’a fait aucune annonce, il n’y avait même pas quelque chose à la porte qui disait « pas de spectacle ce soir » il n’y avait rien, aucune information sur le net. Ce qui était vraiment décevant et vraiment frustrant c’était de voir qu’il y avait des fans qui venaient de loin, entre autre un couple de Pologne qui était venu nous voir et qui ne savait rien. Quand tu te tapes tout le voyage ça n’est pas drôle. S’il avait au moins eu la décence de dire que le concert était annulé, ça aurait évité bien des soucis à bien des gens. Ce que je n’aime pas c’est que ça passe un peu sur le dos du groupe. Pourquoi ils cancellent [annulent] ? Est-ce que c’est le groupe ? Est-ce que c’est le promoteur ? Ça, les gens ne le savent pas, ça n’est pas toujours de notre faute et c’est un peu décevant mais que voulez-vous, c’est comme ça des fois.

Pourquoi vous n’avez pas sorti les amplis et joué dans la rue ? (Rires)

On ne pouvait pas vraiment faire ça (rires), peut-être qu’on aurait eu une amende salée. C’était quand même tripant parce qu’on a rencontré plein de fans et on a été jusqu’au bout de la rue dans un petit café-bar, on a passé quelques heures là avec eux à essayer d’expliquer ce qui s’était passé. Mais pour ce qui est du promoteur en soi et du club en soi, ils n’ont rien fait. D’ailleurs, il faut assumer que nous, quand on est sur la route, on est là, on se déplace, on brûle de l’essence, on a des dépenses. Un show ça se cancelle [s’annule] mais pas trois jours avant, c’est vraiment stupide !

J’aimerais maintenant éclaircir un peu le poste de bassiste dans Voivod. Apparemment c’est officiel, Blacky est de nouveau dans le line-up du groupe. Tu confirmes ?

Oui, Blacky est revenu. Comme je le disais préalablement, c’est un peu lui qui a amené Dan parce qu’ils étaient copains. Ça fait du bien de le revoir au sein de la formation. Je suis content parce que c’est un gars assez « voivodien » dans son art et il se donne à fond. C’est un des membres originaux et je pense qu’il a sa place au sein du groupe.

Justement quel était le statut de Jason Newsted dans le groupe ? Parce qu’il n’a pas participé à beaucoup de lives alors que, pourtant, il a enregistré les trois derniers albums ?

En fait Jason était impliqué surtout dans les années 2002 / 2003, on a fait le Raismesfest ensemble, on a quand même fait beaucoup de tournées à l’époque. Quand Piggy est décédé, ça a remis bien des choses en question. Lui, je crois qu’il était plus pour nous aider en studio car on avait déjà l’album Katorz et Infini qui contenaient des chansons qu’on avait construites avec Jason et je pense que lui aussi voulait terminer le travail commencé avec Piggy. Je crois qu’il tenait beaucoup à finir ce travail qui avait été laissé sur les tablettes parce que Piggy était mort. Il nous a aidé à continuer le travail pour sortir Katorz et Infini. Je pense que son implication était beaucoup plus du côté du studio. D’ailleurs je ne pense pas qu’il fasse beaucoup de performances live, je sais qu’il fait entre autres de la peinture. Je pense qu’il ne voulait pas vraiment revenir en tant que bass-man de la formation live mais il voulait finir ce qui avait été déjà commencé. Je trouve que c’est correct. Je pense qu’il nous a beaucoup aidé à une certaine époque. Je serai toujours reconnaissant envers Jason pour ce qu’il a fait pour Voivod, c’est un vrai de la musique, il était très dévoué, il nous a beaucoup apporté.

Est-ce que justement son but n’était pas de se servir un peu de sa notoriété qu’il a acquise avec Metallica pour mettre un peu en avant ce groupe Voivod qu’il appréciait particulièrement ?

Oui, c’est sûr et certain qu’il savait que sa notoriété allait amener de l’eau au moulin. Je me souviens quand il a fait le truc à la télé Super Nova, c’était en fait une espèce de reality-show où il fallait montrer un groupe ensemble, cela passait à la télé et il avait toujours un T-shirt de Voivod, juste ça c’était déjà une super pub pour nous ! En plus, je pense qu’il n’avait même pas le droit de porter des noms de groupes en studio à la CBS mais lui, dans son contrat, il avait demandé à être capable de porter le T-shirt qu’il voulait et c’était toujours un T-shirt de Voivod.

A l’inverse, n’était-ce pas agaçant malgré tout que Voivod, un peu comme Flotsam And Jetsam, soit résumé au groupe dans lequel a joué Jason Newsted de Metallica ?

Ça dépend toujours de la perspective. Je me souviens que quelques fois il y avait des articles qui disaient « Jason’s band » [NdT : « le groupe de Jason »]. Cela fait longtemps qu’on est là, on n’est pas né de la dernière pluie mais il y en a qui ont leur savoir musical limité, tout ce qu’ils connaissent, c’est ce qu’on leur amène. Dans la musique, si tu n’es pas un peu fan, tu vas aller chercher des trucs qui sont un peu plus célèbres que ce que tout le monde écoute et, du coup, certains dans les articles voient ça comme « Jason’s band ».

(A propos de Jason Newsted) « Je me souviens quand il a fait le truc à la télé Super Nova, c’était en fait une espèce de reality-show où il fallait montrer un groupe ensemble, cela passait à la télé et il avait toujours un T-shirt de Voivod, juste ça c’était déjà une super pub pour nous ! »

Est-ce justement pour cette raison que vous vous sentez proche d’un groupe comme Flotsam And Jetsam qui s’est retrouvé un peu dans la même situation. Même si c’est un peu inversé puisque Jason a commencé avec Flotsam And Jetsam alors que Voivod avait une grosse carrière derrière. Enfin, je parle vraiment du regard des gens qui ont tendance à considérer Flotsam And Jetsam comme le Jason’s band tout comme Voivod…

Comme je le disais, je pense qu’il y a aussi un peu d’ignorance là-dedans. Si on est vraiment fan, si on lit les articles, on s’aperçoit que Voivod a vingt-huit ans d’histoire et je pense que les gens vont comprendre que Voivod c’est pas un nouveau band non plus. Je pense que la plupart des gens, parfois, dans la musique, génèrent des artistes parce qu’ils vendent des albums et on dit que c’est les meilleurs parce qu’ils vendent des albums. En ce qui me concerne, ça n’est pas mon cas : ça n’est pas parce qu’il y a quelque chose qui est bien lancé, bien promotionné, bien vendu, que c’est nécessairement ce qu’il y a de mieux à écouter. Je vois dans toutes les musiques, je trouve des supers bons trucs de gens qui ne sont pas connus. Je pense que, en général, il faut donner à César ce qui est à César. La recognition [reconnaissance] souvent elle vaut la peine d’une façon à ce que tout le monde comprenne. La recognition pour certains, ils vont te la donner car ils savent que tu le mérites bien mais il y en a d’autres, ils voient ça plus comme « si tout le monde reconnaît que… alors moi aussi je reconnais que » donc c’est un peu ambigu comme situation. Souvent des gens disent qu’on est underrated [sous-estimés], qu’on n’aurait jamais eu la reconnaissance qu’on mérite ; d’un autre côté ce sont des gens comme Jason, comme Dave Grohl, en tout cas des gens de l’industrie et aussi des artistes connus qui disent que Voivod est dans l’enlightment et quelque part ça, ça me fait chaud au cœur. Il faut savoir lire entre les lignes, il ne faut pas aussi prendre tout pour acquis quand on lit un article de journal, un magazine ou autre chose. Je pense que chacun doit faire la part des choses. Je pense aussi que la longévité fait aussi qu’on ait une reconnaissance hors de tout doute ou pas, ça ne change pas grand chose du fait qu’on continue, puis on aime ce qu’on fait, si vous aimez, bah, tant mieux sinon… Merde ! (Rires)

Justement aurais-tu par hasard des nouvelles de Jason Newsted ? On n’entend plus beaucoup parler de lui ces derniers temps…

Je n’ai pas beaucoup de nouvelles, des fois on s’envoie des messages de bonnes fêtes, des trucs comme ça. Je sais qu’il faisait de la peinture puis je pense qu’il vit bien de son Art. Il faisait une exposition de peinture, il m’a envoyé un dépliant où il y avait ses peintures d’illustrées, il est vraiment bon, j’ai été vraiment surpris et c’est quand même des peintures qui ont eu de très bons montants. En tout cas je trouve que c’est un drôle de changement de carrière. Artistiquement c’est un gars qui est quand même assez allumé, que ça soit musicalement ou autre je pense qu’il aime toucher un peu à tout donc tant mieux pour lui.

C’est donc un artiste complet ?

Ouais !

Question d’un auditeur : Est-ce que vous avez prochainement des concerts de prévus en France ?

Je sais qu’au mois d’avril on va participer à un spectacle en Hollande le RoadBurn Festival où on est les curateurs cette année. Alors c’est nous qui avons décidé des groupes qui allaient jouer là-bas. Je crois que ce sont les 13, 14 et 15 avril et après ça je pense qu’il va y avoir plusieurs dates en Europe, je ne peux pas confirmer pour la France mais ça serait bien d’y avoir quelques dates avec cette petite tournée là qu’on va faire au mois d’avril, espérons-le.

Comme tu le disais, vous gérez la programmation du RoadBurn, comment ça se passe en fait ? Vous sélectionnez vraiment les groupes que vous voulez ? Vous avez une liberté totale dans la programmation ?

C’est pas vraiment une liberté totale, je pense qu’il faut cibler des groupes qui se démarquent parce que le RoadBurn est un festival bien particulier qui se situe dans la création plus prog un peu nouveau genre, avant-garde. Il faut un peu cibler soit des groupes qui ont beaucoup apportés dans l’évolution et qui sont encore là, soit des nouveaux groupes un peu méconnus mais qui mériteraient plus d’exposure [exposition]. C’est sûr que c’est un processus long et puis on a un certain budget qui est limité alors il faut quand même s’arranger avec les groupes pour savoir s’ils peuvent le faire et à quel prix et gérer aussi la logistique : est-ce un groupe qui est déjà en tournée ? Ou est-ce un groupe à qui il faut faire traverser l’Atlantique juste pour l’occasion ? Il y a beaucoup de paramètres, c’est un peu compliqué mais on reçoit l’aide de Walter [Hoeijmakers] qui est le président du festival et qui lui s’occupe justement du côté financier, du côté logistique, etc. Aussi, les groupes à qui nous demandons sont la plupart du temps super excités et disent oui, à moins qu’il y ait un problème de circonstances. Des fois, ça ne fonctionne pas parce que l’artiste est en studio ou quelque chose comme ça. Pour l’instant, on a de bonnes réponses, on a encore des groupes à finaliser et on attend encore d’autres réponses sous peu, donc ça se concrétise petit à petit et je pense qu’on va avoir un line-up de groupes pas mal intéressant.

Aurais-tu éventuellement déjà des noms à nous donner ?

Je ne sais pas si je peux les donner tout de suite… Je vais laisser la promotion se faire quand elle va se faire. Je suis certain que beaucoup de gens vont être surpris et qu’ils vont aimer ce qu’ils verront sur l’affiche. Ça devrait se vendre en trente minutes. (Rires)

Sur le site officiel ils annoncent Coroner…

Coroner ? Non, je ne pense pas.

Pourtant ils sont annoncés sur le site ! (Rires)

Un auditeur demande s’il y aura une ré-édition de l’album NothingFace ? Récemment vous avez annoncé que vous alliez ressortir votre démo de 1984… Il est vrai aussi que les anciens albums de Vovoid sont en général un peu difficiles à trouver, alors est-ce que vous comptez rééditer tout votre catalogue ?

Oui, il faut qu’on réédite NothingFace, on voudrait également rééditer Dimension Hatross, Killing Technology et tout ça, mais en fait c’est plus un problème de droits : il y a certains droits qu’il faut récupérer, c’est une saga qui continue depuis un certain temps mais c’est en train de se régler. Je sais que ça fait longtemps que l’on dit ça mais c’est quelque chose qu’on veut finaliser pour enfin remettre sur les tablettes ces albums-là pour qu’ils soient disponibles pour les fans. Là non plus je ne pourrais pas te donner de dates mais je sais que c’est un processus sur lequel on travaille depuis longtemps, mais c’est compliqué par rapport à certaines lois et à certaines personnes impliquées. Pour ce qui est de To The Death 84 il devrait sortir sous peu sous l’étiquette Alternative Tentacles. Ça va sortir bientôt j’ai vu les prints, la pochette et tout donc ça devrait être pour très bientôt.

Par rapport à l’album qui va bientôt sortir, tu disais dans une interview, en décrivant un peu les paroles, que l’on vivait actuellement une guerre d’informations. Tu disais qu’aujourd’hui il était difficile de savoir où était la vérité car chacun avait sa propre vision des choses. Est-ce que ça n’est pas quelque chose qui t’a été un peu inspiré par le récent décès d’Oussama Ben Laden où les gens disaient qu’il n’avait pas été vraiment tué ou qu’il n’était pas vraiment mort – ou même qu’il travaillait pour les États-Unis. Est-ce que ça n’a pas été pour toi une sorte de déclic pour aborder ce sujet dans l’album ?

En fait, quand je regarde les nouvelles du soir, j’ai beaucoup de déclics qui se font. J’ai comme un spectre, je ne sais pas si c’est parce que 2012 arrive, il y a quelque chose qui n’est pas clair dans notre monde, ce qu’on veut nous faire croire, ce qui est la vérité… Je me souviens exactement quand la mort de Ben Laden a été annoncée : on était justement à Paris. C’était la fois où le spectacle n’a pas eu lieu que la nouvelle est tombée. Il y avait des gens qui disaient qu’ils n’y croyaient pas, que ça devait être arrangé, ils ont pris le corps, ils l’ont balancé à la mer pour pas qu’il y ait de preuves… Tout le monde était à table, on buvait une bière et on parlait de ça mais personne ne savait ce qu’il s’était vraiment passé et tout le monde disait à peu près n’importe quoi sur le sujet.

C’est là qu’est venu une sorte de bouillonnement, ou de paranoïa, ou de désinformations. Il ne faut pas grand chose pour faire partir les gens dans tous les sens car, justement, aujourd’hui on vit dans une sorte de doute permanent : qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui ne l’est pas ? Qu’est-ce qui est arrangé ? Qu’est-ce qui ne l’est pas ? Vous savez, des gens disent que le crash boursier de 2008 était préparé, etc. Là, ça n’en finit plus ! Qui détient vraiment les ficelles de quoi dans notre société ? Ça devient un peu troublant. Dans le fond, tout ce qu’on veut, c’est vivre dans le meilleur des mondes et d’essayer d’améliorer des situations ; mais de l’autre côté de la médaille, il y a des gens qui tirent les grosses ficelles là-dedans pour leurs intérêts à eux et qui, en fait, font en sorte que tous les efforts pour justement faire un monde meilleur soient détruits. Ces gens se foutent carrément de tout en dehors de leurs propres intérêts et ce sont eux qui ont le pouvoir en main. C’est sûr que ça inspire pour plein de chansons, des trucs comme ça. C’est un peu aberrant de voir à quel point on se fait embarquer dans un bateau et que tout le monde se lance dans toutes sortes de choses parce que personne ne sait vraiment ce qu’il se passe.

Es-tu souvent inspiré par le monde en règle générale pour tes chansons ? Je pense par exemple au morceau « Global Warning »…

Oui, parce que Voivod a toujours été un peu « science-fiction » mais aussi mélangé avec le côté social des choses. En tant qu’artistes, on a comme un devoir de dénoncer certaines choses, un devoir d’essayer d’améliorer certaines choses, de dire ça, c’est correct, ça, ça ne l’est pas. Même si c’est du rock’n’roll et que c’est pas vraiment dédié à la masse de tout le monde mais c’est quand même pour faire réveiller les gens, faire allumer des petits trucs dans le cerveau des gens par rapport au monde qui nous entoure. Moi, j’ai mon opinion sur certaines choses, je ne peux pas parler pour d’autres mais il y a des choses qui nous choquent dans la vie où on se dit « Non, merde ! Ça ne devrait pas avoir lieu ! Ça devrait être comme ça au lieu d’être comme ça. » Ça se reflète parfois quelque part dans nos lyrics, dans nos chansons peut-être des fois aussi inconsciemment. A travers les phrases, qui des fois peuvent parler d’autres choses, on met notre signature concernant notre position par rapport à tel ou tel sujet. C’est sûr que le pouvoir d’écrire des chansons, d’être libre d’esprit dans ça, je trouve que c’est le bon côté d’être un artiste, c’est pas parce qu’on fait des millions, on aime ce qu’on fait, on a ce côté un peu revendicateur dans nos textes, je pense que c’est la mission de l’artiste si on veut.

Question d’un auditeur : A quand un duo de Voivod avec des artistes canadiennes telles que Céline Dion et Natasha St-Pier ?

(Rires) Je suis sûr que ça serait intéressant ! On a déjà été nominé dans la même catégorie que Céline Dion. Je ne déconne pas ! C’était son premier album anglophone. Au Canada il y avait une remise de trophées qui se limitait aux produits québécois de langue française. Céline Dion avait donc sorti son premier album en anglais cette année-là et il fallait qu’elle gagne mais il fallait qu’elle gagne avec un album anglais donc il fallait lui faire une catégorie pour elle. C’est donc là qu’on s’est ramassé nous, Voivod, et tous les artistes qui chantent en anglais qui avaient un certains succès. Nous, dans ce temps-là, on enregistrait donc on était quasiment au même niveau parce qu’on faisait partie de cette catégorie : « artiste le plus représenté hors Québec ». Mais c’est parce qu’elle avait sorti un album en anglais…

Finalement Céline Dion / Voivod même combat !

Oui, on était nominé dans la même catégorie, ce qui est un peu incroyable ! (Rires)

A titre informatif, je crois que c’était l’album Unison de Céline Dion sorti en 1990 ; et d’ailleurs quel est l’album de Voivod qui est sorti cette année-là ?

Je pense que c’était NothingFace.

Question d’auditeur : blonde ou brune ?

Brune ! (Rires)

As-tu une dernière chose à ajouter ?

J’espère vraiment qu’on pourra venir jouer en France d’ici peu vu que la dernière fois ça a foiré…

Le Hellfest ne vous a pas encore approché cette année ?

Comme on l’a fait il n’y a pas si longtemps que ça, comme pour tous les festivals, ça prend un certain temps avant de revenir.

Vous avez annoncez que le prochain album allait sortir avant la fin du monde, donc a priori avant la fin de l’année prochaine. Vous avez un timing plus précis ?

Si on l’enregistre en janvier, on espère pouvoir le sortir au printemps. Ça serait bien de le sortir en même temps que notre départ en tournée…

Interview de Voivod réalisée le mardi 4 octobre 2011 par téléphone.
Retranscription : Isa.

Site Internet Voivod : www.voivod.com



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  • rajass blankass dit :

    piggy a introduit voir systématiser les accords dissonants dans le metal rock influencé par killing joke, pil , annonçant dés 83 toute la vague indus metal de la fin des années quatre vingt et du début quatre vingt dix des ministry , treponem pal , ect !!! son apport musical est considérable pour moi il est aussi important que robert fripp qui fit de même dans le rock avec son groupe
    dans les années soixante dix

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  • Article édité avec la retranscription.

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  • Article édité avec le podcast de l’interview !

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