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Desertfest Antwerp 2016 : le plein de stoner


Desertfest 2016En quelques années, le Desertfest, d’abord dans ses déclinaisons anglaise et allemande (Desertfest London et Desertfest Berlin) depuis 2012, puis belge (Desertfest Antwerp) depuis 2014, puis enfin grecque (Desert Athens) depuis cette année, s’est imposé comme un événement convoité par tous les amateurs de stoner, de desert rock et autres doom metal. En effet, avec ses affiches alléchantes et sa croissance exponentielle, il en est même venu à faire de l’ombre à la grande institution du genre : le Roadburn Festival, qui a lieu religieusement tous les ans en avril à Tilbourg aux Pays-Bas.

L’édition anversoise du Desertfest qui a eu lieu du 14 au 16 octobre ne déroge pas à la règle : sold-out quelques semaines avant de débuter, en trois jours et sur trois scènes, il aura fait se succéder groupes de légende (Pentagram), doom de haute volée (Yob, Cough), psychédélisme échevelé (Colour Haze, My Sleeping Karma) et artistes inclassables (GOAT) dans la joie et la bonne humeur. Nous sommes allés prendre la température lors du premier jour du festival, et en sommes revenus avec des riffs plein les oreilles et des étoiles plein les mirettes.

En raison d’un petit cafouillage à l’accueil presse, nous arrivons trop tard pour le stoner bluesy et enlevé des Canadiens de Black Wizard (dommage, on aurait pourtant aimé entendre un groupe décrit sur son site comme « The only band in town that adds inches to your dick » [« Le seul groupe de la ville qui allongera votre pénis »]…) ; ce sera donc avec Alkerdeel que nous commencerons la soirée. Le quatuor belge a de l’énergie à revendre et assène un black collant à des premiers rangs déjà serrés devant la Canyon Stage. Attitude hardcore voire grindcore, blast beat à la Darkthrone et relents sludgy : la musique du groupe est taillée pour les mosh pits. À 20 heures, il est sans doute un peu tôt pour ça – la salle n’est encore qu’à moitié pleine –, mais cette montée en pression met tout le monde en jambe pour la suite.

Subrosa @ Desertfest 2016

SubRosa dans une salle bomdée

Changement d’ambiance complet avec Torche qui de son côté, essuie les plâtres de la Desert Stage, mainstage du festival. Les Américains envoient leur hard rock survitaminé à un public déjà nombreux qui ne semble pas bouder son plaisir. Devant un écran sur lequel s’affichent les visuels flashy caractéristiques du groupe, dont leur fameux logo-soucoupe volante emprunté à Boston, les musiciens se démènent autour du charismatique Jonathan Nuñez à la basse qui occupe le centre de la scène. Empruntant aussi bien au stoner (riffs bien gras) qu’au metal (impressionnants passages avec double lead guitare), le son du groupe est unique, très dynamique, et le chanteur à la pilosité faciale déroutante (de bonnes vieilles moustaches à la Freddie Mercury) fait montre d’un enthousiasme contagieux. Les amateurs de rythmiques lentes et d’atmosphère enfumées ont sans doute frôlé la syncope, mais pour les autres, avec Torche, la fête commence, et elle commence fort !

Sur la plus petite scène, la Vulture Stage, SubRosa prend place. Pour la dernière date de sa tournée européenne, le quintet, qui vient de sortir le très réussi For This We Fought The Battle Of Ages, propose un set léché et aussi intense dans ses éclats de lourdeur que dans ses accalmies oniriques. Les Américains proposent deux titres de leur nouvel album (« Despair Is A Siren » et « Wounds Of The Warden ») ainsi que deux titres du précédent, More Constant Than The Gods (le sombre « Fat Of The Ram » et l’éclatant « The Usher »). Le groupe est même presque victime de son succès dans la mesure où la salle étant pleine à craquer, les portes sont maintenues ouvertes par les festivaliers essayant de jeter un œil à leur set, laissant rentrer la musique de l’espace merchandising d’à côté et les basses des balances de la salle d’en face, nuisant un peu à la clarté du son. Pour autant, et même si le groupe perd en live un peu de la subtilité de ses enregistrements studio, la pesanteur des passages les plus doom et la grâce des accalmies sont retranscrites avec beaucoup d’émotion. Envoûtant.

Yob @ Desertfest 2016

Yob, un concert hors du temps

Dans la grande salle, leurs concitoyens de Yob vont bientôt prendre place, et, à circonstances exceptionnelles mesures exceptionnelles, on leur sacrifie les locaux de Your Highness et leur stoner corrosif à la Down. En effet, impossible de rater une miette du set du trio après Clearing The Path To Ascend, sorti l’année dernière, rien de moins que l’un des meilleurs albums de doom de ces dernières années. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le groupe se montre à la hauteur des attentes d’une salle bien remplie : emmené par un Mike Scheidt magnétique pourtant plus souvent tourné vers ses camarades que vers le public, les américains livrent une performance d’une force et d’une précision qui laissent pantois. Le chanteur passe de la voix claire à des growls ultra gutturaux avec une fluidité désarmante, le batteur propose un jeu puissant et tendu sans faiblir, et le bassiste harangue la foule avec un plaisir non dissimulé. Après avoir démarré sur un « Ball Of Molten Lead » explosif, la set-list donne la part belle à leur classique The Great Cessation avec « Beathing From The Shallows », « The Lie That Is Sin » et « Burning The Altar », et c’est au grandiose « Marrow » qu’est confié la tâche de représenter le dernier opus du trio. Titre épique d’une vingtaine de minutes joué sur fond de soleil couchant, ce moment hors du temps restera assurément l’un des temps forts du festival.

Difficile de redescendre sur terre après une telle performance, et il faut bien avouer que tous les groupes qui passeront après souffriront de la comparaison. Black Rainbows se défend cependant vaillamment : armé des inévitables amplis Orange et vêtus des toutes aussi inévitables vestes en jean sans manches, le trio italien propose dans la Vulture Stage un desert rock retro à souhaits aux relents d’Hawkwind et de MC5. Efficace, sans fioritures à l’exception de quelques embardées psychédéliques, il donne au public une bonne occasion de se dérouiller les cervicales !

Ambiance complètement différente à l’étage avec Coogans Bluff. Le quintet allemand propose en effet une musique aussi unique que sa disposition scénique : pour délivrer leur mélange atypique de kautrock, de rock progressif et de jazz, les musiciens – guitare et basse sur les côtés, cuivres à l’arrière – sont disposés sur scène autour de la batterie. Devant une foule hélas pas très nombreuse (on soupçonne les festivaliers d’être allés se placer très tôt devant la Desert stage pour Red Fang), le groupe propose une atmosphère fantaisiste et décalée avec un petit côté famille hippie. Jolie découverte.

Red Fang @ Desertfest 2016

Red Fang déchaîne les foules

En effet, la salle est bien pleine lorsque Red Fang entre en scène. De nombreux inconditionnels sont venus applaudir les champions du riff de Portland qui viennent de sortir leur quatrième album Only Ghosts et dont la fanbase ne cesse de croître. Lors d’un set sans temps morts, le quatuor (bien plus sobre et réservé que ses clips pouvaient le laisser penser !) emmené par un Bryan Giles très en forme va enchaîner les morceaux (pas moins d’une quinzaine en un peu plus d’une heure !) anthémiques et punchy. Actu oblige, Only Ghosts est à l’honneur, mais ce sont surtout les titres de leur succès Murder The Mountains – « Wires » en tête – qui déchaînent les foules : chant à tue-tête, headbanging endiablé… On a même aperçu quelques crowd-surfers (les seuls de la journée) ! Bref, les Américains se montrent à la hauteur de leur réputation. Petit cadeau de circonstance : Mike Scheidt de Yob vient chanter sa partie sur « Dawn Rising » pour finir en beauté un set enlevé, bourré d’énergie, de groove et de bons gros riffs, évidemment.

En face, sur la Vulture Stage, nous n’avons aperçu que quelques minutes de Joy : le trio américain propose un rock retro volontiers psychédélique qui hélas pâtit manifestement de sa programmation en même temps que Red Fang, la salle étant loin d’être remplie. Le privilège de conclure cette soirée forte en riffs revient à Black Cobra qui semble s’être donné pour mission de donner le coup de grâce aux festivaliers avec leur sludge hargneux. Le duo de San Francisco qui compte dans ses rangs un ancien membre d’Acid King (Rafa Martinez à la batterie) fait montre d’une énergie quasi punk/hardcore, de quoi briser définitivement la nuque de ceux qui ne seraient pas encore rassasiés.

En une bonne dizaine de groupes, cette première journée de festival aura offert un panel de sonorités et d’émotions bien plus large que le simple spectre du desert rock, et annoncé le meilleur pour les deux journées suivantes – et les éditions à venir, on l’espère !

Photos : Marmo



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