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Interview   

Au-Dessus élève le black metal


Parmi les belles découvertes de l’année dans le metal en 2017, impossible de passer à côté d’Au-Dessus. En étant un des rares représentants de la Lituanie dans le paysage extrême, Au-Dessus fascine et attire les foules. Une signature chez les Acteurs De L’Ombre et un grand talent ont d’ores et déjà fait du groupe l’une des icônes phares de la scène black metal du futur. C’est en tout cas ce qu’on espère au vu de la qualité de ses compos. Mais finalement, à part un album et un EP aux chansons numérotées, on ne sait pas grand-chose de la formation.

À l’occasion de leur passage en ouverture du Fall Of Summer, pendant que Necrowretch finit et que Broken Hope démarre, nous avons pu parler suffisamment longtemps au groupe pour savoir ce qu’il se passe sous ses capuches. Un groupe au complet, très heureux de son set finissant quelques heures plus tôt, qui évoque ses influences et ce qui se cache derrière ce mystérieux nom.

« Le black metal a été créé pour casser les codes, et c’est ce que nous faisons aussi. Le black metal n’a pas de règle, tu peux faire tout ce que tu veux. »

Radio Metal : Comment vous vous sentez par rapport au fait de jouer au Fall Of Summer ?

Simonas (guitare) : C’est vraiment sympa parce que nous ne pensions pas qu’il y aurait autant de gens !

Mantas (chant & basse) : Premier concert, midi, c’est un peu un concert de petit-déjeuner [petits rires].

Simonas : Généralement, nous aimons jouer dans des lieux sombres pour pouvoir ressentir toute l’atmosphère. Mais c’est vraiment génial. C’est toujours sympa de jouer en France, nous n’avons jamais fait de mauvais concerts ici.

Mantas : Les gens nous acceptent et apprécient vraiment notre musique.

Vous avez déclaré qu’Au-Dessus a commencé « avec l’idée de combiner des styles musicaux qui, à première vue, ne vont pas ensemble. » Qu’est-ce qui vous motive à faire ça ?

Šarūnas Bedulis (batterie) : Ce n’est pas forcé. Mais nous ne voulons pas non plus tomber dans les clichés. Il y a plein de clichés dans le black metal ou même le metal en général. Nous ne voulons pas suivre les règles, nous voulons simplement jouer ce que nous aimons. C’est aussi simple que ça.

Mantas : Quand tu as un riff, met-le sur papier !

Simonas : Certaines personnes aiment suivre les règles, et d’autres aiment les casser et créer quelque chose de neuf. La deuxième option est ce que nous faisons ; nous faisons ce que nous voulons, et ainsi créons quelque chose de neuf.

Mantas : C’est important de ne pas stagner, c’est la chose principale. Tu as tes racines et traditions, mais il ne faut pas rester à jouer la même chose pendant dix ans.

Mais casser les codes n’est-il pas justement l’objectif originel du black metal ?

Jokūbas (guitare) : Ouais, le black metal n’a pas de limite, c’est très vaste. Ça peut exprimer tellement plus.

Šarūnas Bedulis : C’était l’idée du black metal au début, effectivement, de casser les codes. Mais chaque style, à mesure que les années passent, devient plus rigide et finit avec bien trop de règles. Le public ainsi que les musiciens commencent à se restreindre.

Simonas : Des standards sont mis en place dans de nombreux styles de musique. Le black metal a été créé pour casser les codes, et c’est ce que nous faisons aussi. Le black metal n’a pas de règle, tu peux faire tout ce que tu veux, c’est la raison principale pour laquelle nous faisons ça.

Qu’est-ce que vous voulez dire par « Au-Dessus » ? Au-dessus de quoi ? Généralement, le black metal semble plutôt traiter de ce qui est « en-dessous » ; visez-vous l’élévation ?

Ce n’est pas ça. Lorsque nous avons lancé le groupe, nous pensions : « Qu’est-ce que cette musique signifie pour nous ? Comment la ressentons-nous ? » Et c’était « au-dessus », au-dessus de tout, de façon spirituelle peut-être, genre le sentiment qu’elle nous procure. Lorsque nous jouons, la musique est au-dessus de nous, et nous nous sentons soulevés. Et nous laissons la musique au-dessus. C’est pour ça que nous sommes tous habillés de la même manière sur scène, parce que nous ne personnalisons pas la musique.

Šarūnas Bedulis : nous voulons être perçus comme un groupe, et pas comme une personne spécifique. Ce n’est pas nous, en tant que personnes, qui sommes importants, mais l’ensemble, la musique et ce que nous créons sur scène.

Vous avez réalisé End Of Chapter entièrement par vous-même. Est-ce important pour vous de contrôler tous les aspects de votre musique ?

Simonas : Bien sûr, car Mantas, notre chanteur, est celui qui complète notre son. Chacun de nous sait comment nous voulons sonner. Je sais comment mon son de guitare devrait sonner, il sait comment son son de guitare devrait sonner, Mantas sait comment son chant et sa basse devraient sonner. Mais globalement, Mantas sait comment placer sa voix et faire en sorte qu’Au-Dessus sonne comme il sonne. Donc c’est très important que nous nous occupions de tout nous-mêmes, de vérifier et revérifier constamment.

Šarūnas Bedulis : Et nous n’avons aucune limite lorsque nous le faisons par nous-même. Donc nous pouvons faire notre propre truc et improviser. Lorsque tu vas quelque part pour enregistrer, tu as des contraintes et parfois tu dois te précipiter.

Simonas : Et c’est vraiment bien quand tu enregistres au même endroit où tu répètes. Tu es chez toi, c’est le même endroit, les mêmes murs, le même son que tu as l’habitude d’entendre tous les jours.

Mantas : Pour ces deux albums nous n’avions aucune contrainte. Bon, nous avions une date de sortie pour l’album mais c’est nous qui avons décidé des dates !

« Lorsque nous jouons, la musique est au-dessus de nous, et nous nous sentons soulevés. Et nous laissons la musique au-dessus. C’est pour ça que nous sommes tous habillés de la même manière sur scène, parce que nous ne personnalisons pas la musique. »

Apparemment, il y a eu pas mal d’expérimentations avec le chant. On peut aussi entendre du chant clair dans la première chanson…

Tout dans notre musique commence avec les guitares et la batterie, et ensuite je vais au studio, généralement seul, et simplement j’improvise. Toutes ces chansons sur l’album sont principalement improvisées. Il n’y a rien de structuré ou réfléchi. Donc je n’ai jamais pensé que je chanterais en voix claire, mais cette partie de la chanson le réclamait. Ça sonnait comme ça dans ma tête.

Vous écrivez des paroles très « stream-of-consciousness » et avez choisi de simplement numéroter vos chansons de l’EP jusqu’à l’album. Est-ce que ça veut dire que vous voyez ces deux disques comme un tout, peut-être même un concept, et pas comme un ensemble de chansons sans lien ?

Simonas : Toute l’idée avec les chiffres romains est venue parce que nous ne voulions pas donner de noms aux chansons. Nous ne voulions pas dire aux gens ce qu’ils devraient savoir sur les chansons. Nous voulions qu’ils ressentent ces chansons par eux-mêmes. Chacun peut ressentir les chansons différemment. C’est la chose principale. Et ces deux albums ont une continuité de l’un à l’autre. C’est comme un voyage spirituel pour nous. Chaque chanson a ses hauts et ses bas, et elles portent en elles certaines situations ou moments de nos vies lorsque nous les créions.

Mantas : En fait, il n’y a pas de déclaration particulière dans nos paroles, ça vient de mon vécu, mes pensées, mes démons intérieurs de l’époque où nous avons enregistré. Il n’y a pas de message spécifique. Ce n’est qu’une réflexion sur le monde et la société. J’écris juste ce que je ressens sur le moment. J’écoute la musique et elle créée une atmosphère, et toutes les pensées que j’obtiens grâce à ça, je les fais ressortir.

Šarūnas Bedulis : Au niveau de la musique, parfois elle sonne joyeuse – parce que parfois on veut juste s’amuser – et parfois elle sonne très dépressive ou même cauchemardesque [rires], car ça reflète nos vies et ce que nous ressentons. Les deux albums sont une seule et même grande histoire. L’EP est la première partie de l’histoire et l’album la seconde partie.

Le fait d’appeler l’album End Of Chapter peut paraître un peu paradoxal, dans la mesure où ce n’est que votre premier album…

Simonas : Car cet album clôt un chapitre composé de ces deux disques, ça referme le premier chapitre de notre groupe. Donc après ce chapitre, il y en aura un nouveau. Nous n’avons pas réfléchi à des noms cools ou ultra profonds, c’est juste que ça ferme le chapitre. Et c’est comme si tu lisais un livre et tu finis un chapitre ; ces deux albums c’est un peu comme s’ils faisaient partie d’un livre.

Šarūnas Bedulis : Nous pensons être suffisamment mûrs pour fermer ce chapitre et en ouvrir un nouveau. Nous avons écrit de la musique depuis les débuts de ce groupe jusqu’à aujourd’hui, et nous avons le sentiment que cette partie est terminée. Nous avons encore quelques concerts, ensuite nous ferons autre chose et nous démarrerons les prochaines étapes. Peut-être que ce sera similaire, peut-être pas, nous ne savons pas. Mais il faut que nous fermions cette partie.

Mantas : Nous écrivons quelques nouveaux trucs, ce n’est pas totalement différent mais il est clair que c’est autre chose.

Valnoir de Metastazis a réalisé l’illustration de l’album. C’est assez différent de l’esthétique black metal habituelle, et tout comme le titre, elle renvoie une idée de quelque chose qui se termine alors qu’elle a à peine commencée.

Simonas : Ouais, nous n’aimons pas dire aux gens comment ils devraient voir ou ressentir notre musique. Nous savons juste comment nous voulons sonner et créer de la musique. Valnoir était le meilleur choix parce que c’est un artiste qui interprète toujours la musique. Nous avons fait la même chose avec le gars qui a fait le clip vidéo pour « VI », nous lui avons donné nos chansons et paroles et il a fait sa propre interprétation.

Mantas : Nous ne sommes pas peintres ou graphistes au final. Nous étions juste là : « Ouais, vas-y, fais-le ! Peu importe comment tu le sens, comment tu veux le faire, fais-le ! » Nous aimons ça, c’est génial ! Ça ne ressemble à aucun album de black metal que tu peux voir cette année, donc c’est bien. Il possède l’idée de la mort. Tu peux voir la mort à l’avant et la vie à l’arrière, exactement comme dans l’album où il y a ce voyage entre la vie et la mort.

Šarūnas Bedulis : Ce n’est pas seulement l’idée de la mort mais aussi de transcender, de devenir autre chose.

Pour cet album, vous avez signé chez Les Acteurs De l’Ombre, un label qui sort beaucoup de groupes dans un style qu’on qualifie de « post black metal ». Est-ce que vous vous sentez chez vous parmi ce type de groupes ?

Simonas : Je trouve que ça nous va bien, le truc post black metal, car nous jouons quelque chose qui va au-delà du black metal traditionnel de la vieille école où on entend beaucoup de groupe qui s’appliquent à suivre plein de règles et standards. Donc nous nous sommes senti davantage en phase avec Les Acteurs De L’Ombre parce qu’ils ont beaucoup de groupes qui jouent différemment.

Šarūnas Bedulis : Nous avons le sentiment d’être à notre place sur ce label, ils nous ont vraiment adoptés.

Simonas : Et ils font du très bon boulot, vraiment putain de génial !

Avez-vous écouté leurs autres groupes ?

Tous : Ouais !

[Mantas ouvre son sweat et montre son t-shirt Regarde Les Hommes Tomber]

Simonas : Nous les avons vus en live et c’était le meilleur concert du festival ! Il y a aussi Time Lurker, Déluge… Vraiment de super groupes.

« En tant que groupe de black metal, nous sommes davantage Français que Lithuaniens [rires]. Le truc, c’est que dans notre pays, nous avons plus de haters que de fans. »

Les Acteurs De L’Ombre est un label Français, vous avez fait appel à un artiste français pour l’illustration et vous avez aussi un nom français. Comment vous êtes-vous retrouvés liés ainsi à la France ?

La langue française est intéressante, et elle sonne bien.

Mantas : C’est joli esthétiquement. Nous n’avons pas intentionnellement fait le choix que tout soit français, c’est la France qui nous a choisi [rires]. Et il n’y a pas que le label, notre manageur est français aussi. Peut-être que nous devrions apprendre le français.

Jokūbas : La France nous a choisis… [Rires] Peut-être que notre place est ici ?

Que pouvez-vous nous dire sur la scène black metal lithuanienne ? Y a-t-il des groupes chez vous qui vous ont inspiré ?

Simonas : Il n’y a aucun groupe lithuanien qui nous a inspirés. La scène black metal lithuanienne est sacrément petite. Il n’y a que dix groupes, environ.

Šarūnas Bedulis : Nous sommes toujours un peu à part. Nous n’appartenons à aucune communauté.

Simonas : En tant que groupe de black metal, nous sommes davantage Français que Lithuaniens [rires]. Le truc, c’est que dans notre pays, nous avons plus de haters que de fans. C’est marrant, nous avons bien plus de fans en Pologne, en France, en Belgique, en Angleterre, en Finlande… Mais en Lituanie, nos fans représentent, je ne sais pas, peut-être deux-cent personnes.

Mantas : Lorsque nous avons fait notre concert pour la sortie d’End Of Chapter, cent personnes à peine sont venues. Mais ça restait un concert professionnel.

Šarūnas Bedulis : C’est même le meilleur concert que nous ayons jamais donné grâce aux lumières, la scène, tout était bien. Les lumières avaient été gérées par un bon ami à nous. Il connaissait le groupe, la musique, et il a beaucoup de talent. Il l’a fait avec amour. Nous adorerions amener ce mec avec nous en tournée. Bien sûr, on doit mentionner le groupe d’ouverture, Glorior Belli, car soit dit en passant, ils nous ont beaucoup inspirés dans notre musique.

Mantas : Nous voulions les célébrer. Ils sont venus en avion de France pour faire le concert et sont ensuite repartis.

Jokūbas : Ils nous ont soutenus. Nous leur avons offert de jouer en tête d’affiche mais ils ont dit : « C’est votre fête, donc vous devriez être en tête d’affiche. » Ils sont vraiment cool. De chouettes types, et maintenant de très bons amis.

Simonas : D’ailleurs, la guitare que j’ai utilisé pour jouer sur scène, c’était une que le guitariste de Glorior Belli m’a passé, car nous n’avons pas joué sur nos instruments.

La dernière chanson sur l’album est celle qui sonne le plus comme la « seconde vague de black metal ». Quelle est votre opinion sur les pères du black metal que sont Mayhem, Darkthrone, Emperor, etc. ?

Oh, Mayhem ! Pour moi surtout, c’est le groupe de black metal le plus important ; Mayhem et Watain aussi, car ils ont un côté rock n’ roll dans leur black metal.

Šarūnas Bedulis : Emperor m’a beaucoup inspiré, c’est un groupe très important.

Simonas : Moi et Jokūbas, nous adorons Mayhem. J’aime aussi beaucoup Watain. Mantas, c’est Mayhem. Šarūnas, Emperor.

Šarūnas Bedulis : C’est simplement la musique de notre enfance, nous avons grandi avec ça. Nous ne pouvons donc pas y échapper.

Simonas : Ils ont brisé tous les codes. A leur époque, c’était quelque chose de nouveau. Donc maintenant, c’est ce que nous essayons aussi de faire, nous essayons de casser les codes, c’est une continuité.

Šarūnas Bedulis : Et cette dernière chanson de notre album, on dirait presque une déclaration : « Voilà ! C’est ça que nous aimons ! » Direct, dans ta face.

En dehors de la scène black metal, quels groupes vous inspirent ?

Simonas : Pour moi surtout c’est Pink Floyd, Depeche Mode, The Doors…

Šarūnas Bedulis : Dans les nouveaux groupes : Russian Circles, Mastodon, ce genre de choses.

Simonas : Queens Of The Stone Age, Johnny Cash…

Vous avez ressorti votre premier EP au début de l’année, remasterisé si je ne me trompe pas. N’étiez-vous pas satisfaits du son originel de l’EP ?

Notre batterie aurait pu sonner mieux mais globalement ça va.

Šarūnas Bedulis : Nous avons ajouté des interludes entre les chansons, des trucs ambients. Nous devions les mettre sur l’album original en 2015 mais nous avons décidé de les enlever. Donc pour la nouvelle sortie, nous avons décidé de les remettre, car nous les jouons en live. Et nous l’avons effectivement un peu remasterisé.

Qu’est-ce qui vous attend ensuite, à part la tournée ?

Mantas : Nous avons écrit un peu de musique. Mais il reste encore beaucoup de concerts qui arrivent. Et lorsque nous sommes en tournée, nous ne composons pas car nous sommes trop dans les concerts.

Šarūnas Bedulis : C’est physiquement impossible. Nous n’avons aucun espace pour jouer de la guitare. Nous avons juste un petit van, assis comme ça, coincés, conduisant pendant six heures ou plus. Nous devons prendre l’avions, pas beaucoup de sommeil…

Mantas : La vie de rêve [rires].

Interview réalisée en face à face le 8 septembre 2017 par Matthis Van Der Meulen.
Fiche de questions : Chloé Perrin.
Retranscription : Matthis Van Der Meulen.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Milda Sviridovaitė.

Page Facebook officielle d’Au-Dessus : www.facebook.com/audessusabove.

Acheter l’album End Of Chapter.



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