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Chronique   

Au-Dessus – End Of Chapter


Ne pas se fier aux apparences : tel semble être le message d’Au-Dessus, qui en dépit de son nom français, de sa collaboration avec un artiste français (Valnoir de Metastazis, pour une pochette unique, belle et glaçante), et de sa signature sur un label français (Les Acteurs de l’ombre), vient tout droit de Vilnius en Lituanie. Et si End Of Chapter [fin de chapitre], sorti il y a quelques mois, a de par son titre l’air de marquer la fin d’une époque, c’est en réalité le premier album de ce tout jeune groupe fondé en 2014 qui avait déjà attiré l’attention des oreilles attentives avec un EP éponyme il y a deux ans. Ne pas se fier aux apparences, donc : à première vue, Au-Dessus incarne parfaitement ce qui est communément qualifié de post-black metal, quand on ne lui accole pas le redouté qualificatif de « hipster ». Imagerie léchée allégée des oripeaux volontiers kitsch propres au genre, influences post-rock très présentes, silhouettes sobrement encapuchonnées, emprunts revendiqués tant aux grandes heures du black norvégien qu’à certaines franges expérimentales comme Blut Aus Nord ou Deathspell Omega, culte du mystère et d’une certaine opacité, abandon du satanisme : Au-Dessus semble cocher toutes les cases, certes, mais ne pas voir au-delà, ce serait peut-être manquer l’un des représentants les plus prometteurs du style.

Reprenant où les cinq titres de l’EP Au-Dessus s’était arrêté, End Of Chapter s’ouvre directement au chapitre VI, sur une introduction mid-tempo intemporelle qui bascule rapidement, après un passage très post-hardcore, sur un black énervé, et s’achève sur un chant clair plus mélodique : d’entrée, le groupe montre l’étendue de ses talents. La production est claire et puissante, et les musiciens s’attachent à briller dans tous les registres, renonçant solidement à choisir, et brouillant définitivement les limites entre tous les genres convoqués. En fil conducteur, la basse vrombissante et la voix torturée de Mantas, entre hurlements hardcore, cris de possédés (au centre de « IX », par exemple) et grognements à la Mikko Aspa, qui éructe des paroles conçues comme un stream-of-consciousness scandé en chapitres sobrement intitulés par un nombre plus qu’en chansons, un peu comme chez leurs camarades encagoulés de Mgła. S’il refuse en bloc les limites imposées par le canon black metal, le groupe n’en oublie pas pour autant de rendre hommage à ses illustres prédécesseurs, notamment dans l’intro très « Freezing Moon » de « XII », qui referme le chapitre, l’album, et on imagine les débuts du combo, qui semble se laisser toutes les latitudes ouvertes pour l’avenir.

Avec un nom comme Au-Dessus qui semble s’éloigner de la tradition caverneuse du black metal, les Lituaniens rappellent pourtant la double postulation d’un genre écartelé entre spleen et idéal, humeur sombre et aspiration à s’élever au-dessus d’un monde honni pour renouer avec une forme d’authenticité, qu’elle consiste à rêver du Nord ou à fantasmer un âge d’or situé aussi bien à l’époque pré-chrétienne que lors des grandes heures du tape-trading à la fin du XXe siècle. C’est ce que fait le quatuor, qui professe un iconoclasme et une passion destinés à rendre au black metal la fièvre de ses tonitruants débuts. La musique au-dessus de tout, toujours. Que l’on envisage le post-black metal comme un affadissement ou comme au contraire une réforme plus noire que noire du genre, Au-Dessus est sans doute l’un de ses fleurons à suivre : si les Lituaniens ne produiront pas le séisme d’un Deafheaven et s’ils peinent parfois à se singulariser parmi tous les tenants d’un style qui a le vent en poupe, c’est par le soin apporté à la construction de leurs chansons, la qualité de la production et l’intensité de leurs performances qu’ils tirent leur épingle du jeu. De quoi présager du mieux pour la suite.

Chanson « X » en écoute :

Clip vidéo de la chanson « VI » :

Chanson « XII » en écoute :

Album End Of Chapter, sorti le 19 mai 2017 via les Acteurs de l’Ombre Productions. Disponible à l’achat ici



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