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Chronique   

Destinity – In Continuum


Après avoir fait son petit bonhomme de chemin dans le milieu du metal extrême français, Destinity avait décidé de rendre les armes en mars 2014, alors qu’il venait quelques mois auparavant de présenter son nouveau chanteur suite au départ de Mick Caesare. D’abord annoncé comme une pause, le hiatus semblait doucement se profiler vers une séparation définitive – Mick officiant dans No Return, pendant que les autres musiciens se consacraient à The Reversionist. Le projet semblait ainsi se terminer avec une discographie assez conséquente de huit albums entre 1999 et 2012, mais laissait un public acquis sur le carreau. Fort heureusement, l’appétence pour les musiques extrêmes et mélodiques en constante évolution a eu raison des différends entre membres. Le groupe porte bien son nom : sa destinée était de se reformer pour poursuivre son aventure. Le nouvel album qui en résulte, In Continuum, démontre que se laisser du temps et s’offrir une respiration pour explorer d’autres terrains était bénéfique voire nécessaire.

De la pochette à l’intitulé sobre de l’album, le rapport à la temporalité est central : le présent n’a de sens que parce que le passé est ce qu’il est, et le futur n’est qu’une vaste inconnue. « The Sand Remains » (« le sable reste », en français) peut se voir comme une métaphore de ce qui a fait l’identité du groupe auparavant et qu’In Continuum retrouve aujourd’hui : une accroche thrash/death incisive héritée de ses œuvres plus « récentes » mêlée à des atmosphères symphoniques froides en écho à sa période plus axée black metal symphonique. En cela, le titre d’ouverture résume les couleurs et la variété des inspirations de l’album, et peut-être l’état d’esprit dans lequel celui-ci a pris forme. Destinity offre par ce biais un regard sur l’évolution de la scène death mélodique. Si les vocalises de Mick renvoient à celles de Peter Tägtgren dans Hypocrisy (cf. « A Lucid Strain »), tant sur le growl que ses arrangements, le jeu de guitare lead n’est pas non plus sans rappeler la scène suédoise des années 90, à l’instar de « Reject The Deceit ».

Pour autant, Destinity n’est pas bloqué dans le passé. La production contemporaine fait preuve d’un équilibre adéquat entre les instruments, en particulier la basse qui ne se laisse pas écraser par les guitares ou les samples symphoniques. « Reflections » avec son introduction « tubesque » et un riffing immédiat à la Amon Amarth est l’exemple de cette attache au son post-2000 ; parmi les références, on pourrait également citer Insomnium pour ces mélodies enveloppantes et atmosphères plus évasives. Le Destinity des années 2020 est marqué par un virage plus progressif et atmosphérique (on peut penser à l’étoile montante que sont les Australiens de Be’Lakor). Il parvient à se faire aussi accrocheur que captivant avec un « Shadows » puissant, solennel et émotionnel ou « Salvation », plus de huit minutes cathartiques aux arrangements orchestraux grandioses, en parfait épilogue. Le message est clair : Destinity n’a pas fait son dernier salut. Il est debout et plus vaillant que jamais.

Difficile de ne pas mettre en parallèle In Continuum et la fascination des musiciens pour le death mélodique du passé et du présent au regard du résultat. Destinity a mûri sans s’assagir. Il s’est modernisé sans trop se lisser et se conformer. Il s’est ouvert et diversifié sans se trahir. In Continuum est rafraîchissant, en faisant forcément écho à la scène émergeante de la décennie passée, tout en évitant un air de « déjà vu » trop prononcé ou la création d’une quelconque lassitude. In Continuum est l’album de Destinity le plus abouti à ce jour. Le groupe s’impose de nouveau sur le devant de la scène hexagonale et rappelle que la France est elle aussi une terre féconde de metal extrême mélodique et n’a absolument pas à pâlir au regard de la scène internationale.

Vidéo playthrough de la chanson « Dawn Never Breaks » :

Lyric vidéo de la chanson « Shadows » :

Clip vidéo de la chanson « Reject The Deceit » :

Album In Continuum, sortie le 15 octobre 2021 via Crimson Productions. Disponible à l’achat ici



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