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Chronique   

Deströyer 666 – Wildfire


Deströyer 666 - WildfireAlors que le metal actuel semble hésiter entre volonté d’explorer de nouveaux territoires et besoin de revisiter sans cesse ses racines, certains groupes préfèrent se tenir en marge de ces évolutions et camper sur leur position. C’est le cas des Australiens d’origine de Deströyer 666. Fondé en 1994 par un K.K. Warslut qui se sent entravé dans son groupe de l’époque, Bestial Warlust, le combo a, en plus de vingt ans de carrière, délivré cinq albums et une poignée d’EP formant un tout très cohérent : avec leur mélange de thrash et de death old school infusé de black metal, K.K. et sa meute ont trouvé leur formule et ne semblent pas prêts à en déroger. Ayant acquis au fil des ans une large notoriété tout en restant radicalement appuyé sur l’underground, avec ce cinquième disque, Wildfire, le groupe propose neuf titres faits de « l’essence du metal », rien de moins.

Après un Defiance, sorti en 2009, qui avait satisfait les fans malgré une production manquant un peu de mordant, les Australiens continuent leur route et tapent fort : Wildfire reprend tous les éléments qui ont fait le succès du groupe. De son ouverture tonitruante avec un hurlement haut perché à la « Angel Of Death », aux dernières notes, grandioses et mélancoliques, de « Tamam Shud », on retrouve donc les solos endiablés, les mélodies imparables, le ton nietzschéen et les paroles belliqueuses auxquelles K.K. Warslut nous a habitués. Mais l’aspect prévisible et la forfanterie du groupe ne doivent pas faire oublier sa grande intelligence du rythme et de l’efficacité : en neuf pistes, aucune longueur, aucune répétition. Entre les solos furieux et les refrains fédérateurs, on respire, à l’ouverture tout en retenue de « Hounds At Ya Back » par exemple ou au début de « Hymn To Dionysus » où le rythme se ralentit et se fait révérencieux et mélodique. À l’image de sa pochette signée Zbigniew M. Bielak, le metal de Wildfire se révèle furieusement morbide, ciselé et atemporel.

En effet, le metal extrême tel qu’on l’envisageait au tournant des années 80/90 – en trois mots : Blood, Fire, Death – n’est résolument pas mort, et si Deströyer 666 détonne au milieu des groupes nostalgiques d’un âge d’or supposé du metal situé quelque part entre les années 70 et 90, c’est qu’il n’est pas « retro ». Il ne s’agit pas de ressusciter quoi que ce soit, mais de conserver intacte la vision du groupe lorsqu’il a été créé ; bref, aucune nostalgie chez les Australiens, mais une obstination à poursuivre sa voie en ignorant délibérément les remous de l’industrie musicale. En cela, et au-delà des influences plus manifestes de Hellhammer et surtout de Bathory, on pense souvent, peut-être à cause des circonstances, à la légende défunte qu’est désormais Motörhead en écoutant Wildfire, où on retrouve autant sa persévérance, sa quête de l’expression parfaite de la puissance en une chanson, que son état d’esprit résolument rock’n’roll.

« Rock’n’roll » est un terme qui a été abondamment dévoyé et affaibli au court de ses quelques décennies d’histoire, mais en Deströyer 666, on lui trouve un nouveau souffle : agressif (« Die You Fucking Pig! »), dangereux, sa musique suinte le sexe (« Hymn To Dionysus »), la drogue (« White Line Fever ») et le rock’n’roll, donc, avec des titres taillés pour le live. « Live And Burn » et « Wildfire » ont déjà fait leur preuve sur scène, notamment au Black Arts Ceremony dernièrement, et dès la première écoute de « Hounds At Ya Back » on imagine les mosh-pit et le refrain repris par la foule. Face à un metal qui peut se vouloir froid ou intellectuel, se chercher une respectabilité et une légitimité dans l’histoire de la musique au sens large, les Australiens, avec l’énergie qu’on leur connaît, rappellent, au-delà même de ses sources démoniaques, la nature dionysiaque, c’est-à-dire chaotique, fougueuse, glorieusement charnelle et surtout dissolvante du style. Pas de surprise à l’écoute de Wildfire, certes, mais en cette période de crépuscule des idoles, ce cinquième opus prouve que Deströyer 666 a, plus que jamais, le feu sacré, et sa sauvagerie flamboie haut et fort.

Ecouter la chanson « Live And Burn » :

Album Wildfire, prévu le 26 février 2016 chez Season Of Mist.



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