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Chronique   

Destruction – Diabolical


Destruction a quarante ans. La légende du thrash allemand emmenée par Marcel « Schmier » Schirmer a passé presque ces quatre décennies à empiler les riffs sans jamais vraiment changer son fusil d’épaule : Destruction est un groupe qui doit agresser et rien d’autre. Seules les années 90 ont fait exception, le départ de son chanteur-bassiste emblématique ayant été synonyme de traversée du désert pour la formation allemande. Depuis le retour de Schmier en 1999, Destruction a choisi d’honorer ses racines et de s’épanouir dans un thrash old-school qui profite aujourd’hui d’un certain regain d’intérêt. Diabolical n’est autre que le quinzième opus du groupe et se concentre sur une seule chose : perpétuer cette agression. Un dessein qui s’accompagne d’un changement de line-up significatif, dans la continuité du renouvellement opéré depuis 2018. Mike Sifringer, l’un des membres fondateurs du groupe, a décidé de raccrocher l’an dernier. Il a été remplacé par le tour manager et technicien son du groupe depuis 2016, Martin Furia. En outre, Destruction a quitté le label Nuclear Blast après vingt ans de collaboration pour rejoindre Napalm Records. Diabolical est donc l’œuvre du nouveau visage de Destruction, qui se refuse à toute révolution.

Diabolical a été réalisé pendant la pandémie et lorsqu’on connaît le goût de Destruction pour les inspirations politiques et sociales… C’est désormais Schmier qui s’occupe de l’essentiel des compositions depuis le départ de Mike Sifringer. En résulte l’album peut-être le plus extrême de la formation, là où les affects pour le progressif de Mike pouvaient auparavant nuancer le propos. Diabolical est une autoroute thrash parcourue à toute vitesse, l’un des plus beaux efforts de concision et de précision de la part du groupe. L’inquiétante introduction « Under The Spell » essaie de donner de l’épaisseur et d’introduire une forme de grandiloquence mais Destruction ne trompe personne : « Diabolical » honore le riffing des années 80 avec les ponctuations rythmiques de circonstance. Schmier laisse apprécier les aigus de son timbre avant de vociférer avec une constance louable. « Diabolical » incarne le stéréotype du titre thrash : un rythme exténuant maintenu sans cesse, des refrains à crier en chœur et des soli endiablés justement. Le très optimiste « No Faith In Humanity » réussit la prouesse d’accélérer là où son prédécesseur épuisait déjà. Destruction gagne en théâtralité à l’arrivée des leads et construit un solo qui se permet de grandes envolées mélodiques avant d’en revenir à des élans plus proches de Motörhead. « Ghost From The Past » et « Hope Dies Last » sont d’ailleurs des hommages à l’endurance des musiciens, véritables « briseurs de poignets » pour les guitaristes en herbe à l’esprit pur… Parfois, Destruction s’autorise quelques écarts dans ses progressions mélodiques, à l’instar de la folie qui anime la conclusion de « Servant Of The Beast » où des dissonances font leur apparition sans crier gare.

Destruction applique une seule et même formule mais il en connaît heureusement toutes les variations possibles. « Repent Your Sins » délaisse la vitesse pure pour privilégier des articulations qui permettent à Randy Black d’alourdir sa frappe. Destruction présente ainsi le visage d’un thrash plus moderne. « State Of Apathy » prend des allures de grand spectacle heavy où les leads de guitare se multiplient avec cette nostalgie des plus belles années britanniques, tandis que « Whorefication » emprunte des traits aux Américains de Slayer. « Tormented Soul » mise sur un riff martelé pour faire ressortir le groove, une alternative bienvenue aux prouesses cavalières habituelles. « The Lonely Wolf » a quant à lui des airs de power thrash aux affects presque folkloriques en ce qui concerne son refrain et horrifiques lors du pont. Il ne faut tout de même pas s’y tromper : Diabolical est effectivement une épreuve d’endurance, pour les musiciens comme pour l’auditeur. Destruction livre ici l’expression la plus pure de sa philosophie, qu’il ponctue par un hommage à l’une de ses racines. « City Baby Attacked By Rats » – reprise du groupe punk G.B.H. de 1982 – veut démontrer que l’âge n’altère en rien le besoin de côtoyer l’intense.

Diabolical est parfaitement en phase avec ce qu’il prétend être. Destruction violente constamment l’auditeur et brille par son dogmatisme. Le thrash est présenté sans aucune fioriture avec une foi légitime dans un riffing aussi épuré que tranchant. Destruction réussit à nous faire prendre conscience du poids de quarante années d’expérience qui se ressentent dans chacun des mouvements. Le thrash mis à nu.

Clip vidéo de la chanson « No Faith In Humanity » :

Clip vidéo de la chanson « No Faith In Humanity » :

Clip vidéo de la chanson « Diabolical » :

Album Diabolical, sortie le 8 avril 2022 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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