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Chronique   

Devil Master – Ecstasies Of Never Ending Night


Dans le metal peut-être encore plus qu’ailleurs, on ne sort jamais vraiment de l’éternel retour des années 80. Partout dans la pop culture, de Perturbator à Stranger Things, cette époque a longtemps été pour les metalleux synonyme d’âge d’or, de solos échevelés et de stades pleins à craquer. Mais pour une nouvelle génération de musiciens nés soit à la fin de cette décennie, soit dans les années 90, elle est bien plus que ça : explorée, révisée, fantasmée, celle-ci est un terrain de jeu qui recèle des sources d’inspiration variées, des scènes underground riches et des artistes audacieux. C’est le cas de Devil Master : le groupe, fondé en 2015 à Philadelphie par des membres britanniques et américains, a frappé fort d’entrée de jeu avec une série de sorties confidentielles qui lui ont valu une signature chez Relapse pour son premier album, Satan Spits On Children Of Light, en 2019. Il faut dire que le combo a des arguments : son mélange de D-beat et de black metal première vague qui n’hésite pas à piocher chez les pionniers du rock gothique, son énergie redoutable et son esthétique carton-pâte à prendre au premier ou au quinzième degré sont assez irrésistibles et les distinguent de groupes comme In Solitude, Tribulation ou Unto Others, plus sobres et moins punk dans leur approche. Trois ans et un remaniement de line-up plus tard, le désormais quatuor revient avec un nouvel opus intitulé Ecstasies Of Never Ending Night. Tout un programme…

Comme sur son album précédent, Devil Master se donne un titre instrumental pour planter le décor – ici, « Ecstasies… », qui gagne en ampleur à partir d’une mélodie de guitare – puis se lance dans le vif du sujet avec « Enamoured In The Throes Of Death » : batterie façon G.I.S.M. ou Discharge, voix râpeuse ponctuée de « Ough ! » à la Tom Warrior, duo de guitaristes qui excellent tant dans les mélodies imparables que dans les solos, basse ronflante, tout est en place pour une quarantaine de minutes de proto-black metal punkisant taillé pour les mosh pits. Les morceaux sont légèrement plus longs que sur l’album précédent, ce qui permet à toutes les idées d’aboutir sans jamais se perdre en remplissage. Les influences que les musiciens portent en bandoulière mais qu’ils s’approprient avec irrévérence et ingéniosité se mêlent dans une synthèse plus vraie que nature, faisant d’Ecstasies Of Never Ending Night une véritable créature de Frankenstein aux sutures invisibles. Il en va de même de la production signée Pete DeBoer (Blood Incantation, Spectral Voice) à partir d’enregistrements analogiques : organique, chaleureuse et musclée, elle lui donne corps et lui insuffle une vie débordante. Si le reste de l’album est à l’avenant, comme le montre l’imparable et plus Venom que Venom « Acid Black Mass », choisi comme premier single, Devil Master se permet des incursions franchement goth sur « Abyss In Vision », qui évoque autant les débuts de Siouxsie & The Banshees que Tribulation époque Formulas Of Death, et sur le final « Never Ending Night », redoutablement dansant avec sa basse vrombissante, et d’autres expérimentations, comme sur le chaotique et un peu étourdissant « Funerary Pyre Of Dreams & Madness ».

Bref, il est tentant de voir Devil Master comme étant aux années 1980 ce que Ghost est aux années 1970, la maturité et la maîtrise en moins, mais le culot et l’attitude en plus. Accrocheur, souvent jouissif, l’album est mené par des musiciens à l’enthousiasme communicatif. Bourré de clichés façon sexe (« The Vigour Of Evil »), drogue (« Acid Black Mass ») et rock’n’roll (« Never Ending Night »), ne lésinant pas sur le kitsch (corpse paint, capes de vampires, pseudonymes inénarrables du genre Darkest Prince et Disembody Through Unparalleled Pleasure [sic]), Devil Master tient un discours dont l’esprit de sérieux tranche avec le côté ludique assumé de sa musique : en dépit de ses références ésotériques, on pense plus volontiers aux messes noires parodiques d’Anton Lavey ou aux films de la Hammer qu’à quoi que ce soit de plus inquiétant. Si à l’époque, punks, metalleux et gothiques n’hésitaient pas à en venir aux mains, avec Ecstasies Of Never Ending Night, leurs rejetons ont désormais de quoi communier dans la joie et la bonne humeur…

Chanson « Acid Black Mass  » :

Album Ecstasies Of Never Ending Night, sortie le 29 avril 2022 via Relapse Records. Disponible à l’achat ici



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