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Chronique   

Devildriver – Dealing With Demons I


Dez Fafara se fiche des inconvénients du confinement, tant qu’il peut continuer à « pratiquer son art » selon ses dires. Justement, ce dernier avait prévu de faire connaître l’un de ses projets les plus ambitieux l’année dernière, avant que les grands incendies américains ne le forcent à déménager et que le cancer de son épouse l’oblige à ralentir le processus créatif. Puis le Covid-19 s’en est mêlé. Pas question pour autant de repousser la sortie de son projet pour maximiser les profits. Devildriver doit présenter son double album intitulé Dealing With Demons, motivé par l’envie de Dez de se livrer davantage et d’aller plus loin dans l’écriture pour atteindre une véritable catharsis. Ce diptyque sortira en deux temps et pour l’instant seul Dealing With Demons I nous parvient. Histoire de ne pas saturer l’auditeur. Depuis Trust No One (2016) et les nombreux changements de line-up du groupe, Devildriver prétend bénéficier d’un nouvel élan créatif (Outlaws ’till The End: vol. I (2018) allait dans ce sens sans impressionner). Pour une fois et dans une certaine mesure, ce premier volume peut lui donner raison.

Dealing With Demons I s’est d’abord fait connaître par son single « Keep Away From Me » qui ouvre l’opus et qui a occupé la tête des charts metal pendant plusieurs semaines. Devildriver a effectivement cherché à présenter un ensemble de riffs chiadés enchâssés dans une atmosphère lugubre. Quelques arpèges se laissent à peine discerner, assis sur une rythmique plombée. Dez Fafara vient percuter le tout en empruntant un phrasé hardcore soutenu par les blasts d’Austin D’Amond. Derrière cette succession de riffs bien agencés se cache un soupçon de Gojira. Que ce soit dans les articulations rythmiques ou les mélodies en tapping, les marques de fabrique des Français sont aisément identifiables, ce jusque dans la conclusion « Scars Me Forever ». Heureusement, Dealing With Demons I n’est pas une tentative de calque, les compositions cherchent à se renouveler en partie. « Vengeance Is Clear » privilégie les breaks hardcore et les phrasés bas du front aux mouvements rythmiques sophistiqués. D’une certaine manière, Devildriver fonctionne davantage lorsqu’il se veut plus direct. Outlaws ’till The End a par ailleurs laissé quelques traces, en témoigne la multitude d’influences southern-rock et blues qui parcourent l’opus, à commencer par le solo au bottleneck de « The Damned Don’t Cry ». Le lead d’introduction et les arrangements mélodiques succincts de « Nest Of Vipers » sentent la poussière chaude tandis que les guitares de son refrain font honneur aux bayous de Louisiane. Il y a même, n’en déplaise à Dez Fafara, des relents de metalcore sur les premières rythmiques de « Iona » qui traite avec dégoût de nos affects pour le « murder-porn » s’incarnant dans bon nombre de séries et de slashers. Le rapprochement est toutefois très vite nuancé par la direction que prennent la composition et l’interprétation de Dez. « Iona » réussit à transmettre tout le dédain du frontman avec, à nouveau, cette franchise propre au lexique hardcore teinté de heavy.

Si l’on pouvait reprocher à certains opus de Coal Chamber ou de Devildriver de tourner en boucle autour des mêmes arguments, Dealing With Demons I a effectivement davantage de répartie. On se prend au jeu des registres et on se laisse surprendre par l’influence gothique de « Wishing » et de ce chant clair trafiqué qui honore le genre (avec là encore une teinte légèrement sudiste en plus). « Witches » laisse quant à lui apparaître des influences black metal sur ses progressions, et est ponctué d’un solo à la mélodie plutôt inhabituelle. Sur ce plan, Dealing With Demons a indéniablement plus de cachet que beaucoup d’œuvres précédentes de Dez. Si la signature sonore du groupe peut s’avérer rébarbative à la longue tant Devildriver adore le riffing ininterrompu, il se sauve par des accroches intelligemment distillées et un tracklisting bien pensé.

Devildriver réussit à faire progresser une formule qui aurait vite fait de s’engluer. Dez présente effectivement des compositions avec davantage de profondeur et de diversité pour interpeller. Si l’on considère ce point, le premier volume de Dealing With Demons est une réussite franche qui partait de loin. Il y a toujours des effets de remplissage et des mouvements qui ne dépassent pas l’anecdotique. Mais il y a toujours une « récompense » au sein des titres de Dealing With Demons I. C’est déjà amplement suffisant.

Clip vidéo de la chanson « Nest Of Vipers » :

Clip vidéo de la chanson « Iona » :

Lyric vidéo de la chanson « Keep Away From Me » :

Album Dealing With Demons I, sortie le 9 octobre 2020 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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