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Interview   

Devildriver : l’émancipation de Dez Fafara


Devildriver by Dan Santoni

Après trois années où il a pu passer du temps avec sa famille et faire une petite escapade studio avec Coal Chamber pour réaliser l’album Rivals, Dez Fafara revient ressourcé et revigoré avec Devildriver. Devildriver qui a d’ailleurs lui-même fait peau neuve puisque le batteur John Boecklin et le guitariste Jeff Kendrick ont tous les deux quitté le navire pour des problèmes relationnels qui ne pouvaient plus durer. Et on apprenait encore il y a peu le départ du bassiste Chris Towning, pour en arriver à un renouvellement presque total du groupe. Un renouvellement qui d’après Dez a fait du bien, à lui et à l’entité Devildriver pour en arriver à proposer aujourd’hui Trust No One, son septième album.

Un opus sur lequel Dez réfléchit au monde actuel mais aussi sur lui-même. Car Dez n’est aujourd’hui plus le même que dans ses jeunes années. Si de son propre aveu il a pu être un jeune homme stupide et casse-cou, sa vie est désormais bien rangée, extrêmement organisée et pudique. Il faut dire qu’il a trouvé sa muse, sa raison d’être dans sa femme et ses enfants qui sont devenus sa priorité aujourd’hui.

Dez nous parle donc de tout ceci, et plus encore puisqu’il évoque le manque d’audace des groupes de heavy metal actuels, sa passion pour la musique sans limite de genre ainsi que ses projets d’album rock ou de reprise de punk.

Devildriver by Ben Hoffmann

« Il m’aurait été impossible de continuer avec mon batteur et mon guitariste. Soit j’allais quitter le groupe, soit j’allais les pousser tous les deux vers la sortie mais quoi qu’il en soit, il n’y avait aucun moyen pour que je continue avec ces deux-là. »

Radio Metal : Le batteur John Boecklin et le guitariste Jeff Kendrick ont quitté en même temps le groupe à la fin 2014. Peux-tu nous dire ce qui a mené à leur départ ? J’ai entendu parler notamment de problèmes personnels internes…

Dez Fafara (chant) : Ouais, ça faisait presque dix ans que je ne m’entendais pas avec le batteur et en presque douze ans dans le groupe, Jeff n’avait vraiment jamais contribué au processus d’écriture. J’ai donc appelé John et j’ai dit : « Ecoute, on ne s’entend pas, soyons heureux dans la vie. » Et il a dit : « Ouais, je suis d’accord. » C’était donc mutuel. Et ensuite, Jeff est parti en suivant John et c’était une bonne chose parce qu’il y avait de toute façon beaucoup de tourments internes avec lui, à cause de son manque d’implication, vraiment. C’était un super changement pour le groupe, à tous les niveaux.

Comment es-tu entré en contact avec les nouveaux membres, le guitariste Neal Tiemann et le batteur Austin D’Amond ?

J’ai rencontré Neal via ma femme. Ma femme a rencontré la sienne. [Elle a été invitée à venir à la maison] avec son petit ami et Neal était le petit ami en question à l’époque – maintenant ils sont mariés. Donc nous nous sommes rencontrés ainsi. Et j’ai entendu parler d’Austin via Mark Lewis, notre producteur, et quinze minutes après l’avoir invité chez moi, je n’ai pas eu à réfléchir plus.

Neal et Austin ont été accueillis dans le groupe il y a seulement un an et vous voilà déjà avec un nouvel album. On dirait que tout a été très fluide…

Absolument ! Le processus d’écriture a été agréable. Tout le monde s’est amusé et était très impliqué. Lorsque tu ne compromets pas les bonnes ondes, la musique ressort d’une certaine façon et l’ambiance est absolument géniale ! Neal est venu avec une tonne de chansons, prêt à écrire et contribuer, tout comme Austin. « This Deception » et la première chanson que nous avons sorti, « Daybreak », sont majoritairement des chansons de Neal. Il savait automatiquement exactement ce que nous faisions et a commencé à écrire. Ses trucs sonnaient comme s’il avait été dans le groupe pendant des années ! Et ce qu’ils ont amené, en dehors de la bonne ambiance, c’est le fait qu’ils savaient bien jouer de leurs instruments, qu’ils savaient ce que fait Devildriver et ils étaient prêts à contribuer à ce que nous faisions. Il y a donc une toute nouvelle énergie, une toute nouvelle ambiance. En plus de ça, l’album a été l’occasion pour Mike [Spreitzer] de vraiment faire un pas en avant, ce qu’il a fait. Il a été porté à mon attention avec les années que plein de ses chansons n’arrivaient pas jusqu’à moi. En fait, il faut comprendre que Mike est le seul dans le groupe qui a été éduqué musicalement, genre il a été dans une école de musique, et ses trucs ne me parvenaient pas parce qu’ils étaient bloqués par les autres membres, ce qui était tragique. Le processus d’écriture était tyrannisé et je n’étais pas au courant. Et donc maintenant, le fait que Mike puisse prendre ses responsabilités et se révéler comme il l’a fait, c’est juste incroyable pour le groupe ! On peut vraiment voir maintenant le cœur de Devildriver avec ça.

Dirais-tu qu’il s’agit du travail le plus collaboratif à ce jour pour Devildriver ?

Je ne sais pas. Je ne dirais pas ça. Je dirais que ça a toujours été plus ou moins collaboratif mais celui-ci, c’est certain qu’il a été très collaboratif. Tout le monde avait pour objectif de faire quelque chose de super. Il y avait beaucoup de communication plutôt que des problèmes de communications. Il s’est trouvé que le processus était absolument mortel !

Penses-tu que Devildriver avait besoin de ce sang neuf qu’Austin et Neal ont apporté au groupe pour aller de l’avant ?

Ouais, à cent pour cent. Il m’aurait été impossible de continuer avec mon batteur et mon guitariste. Soit j’allais quitter le groupe, soit j’allais les pousser tous les deux vers la sortie mais quoi qu’il en soit, il n’y avait aucun moyen pour que je continue avec ces deux-là.

On a aussi appris il y a quelques semaines le départ du bassiste Chris Towning. Que s’est-il passé ?

Je n’ai jamais vraiment eu un bassiste qui… Tu sais, nous avons eu beaucoup de remplaçants et c’est ce qu’était Chris. Il était donc temps d’avoir un bassiste qui allait être dans le groupe pour de bon et qui contribuerait. Et le problème avec Chris, c’était ça. Pendant que nous faisions l’album, il n’appelait personne, il n’écrivait pas, il ne venait pas au studio, lorsque j’ai enregistré le chant il ne m’a jamais appelé… Et j’ai dit : « Ça suffit ! Je ne veux pas d’un autre Jeff ! » Tout le monde doit contribuer, collaborer et être dans le projet, donc je l’ai laissé partir. [Le nouveau bassiste] Diego [Ibarra] est incroyable. C’est un merveilleux musicien. Il joue de la guitare, il joue de la basse. C’est l’une des personnes les plus sympas que j’ai rencontré. Si jamais tu as l’occasion de le croiser, va le voir pour lui serrer la main !

Mais est-ce qu’il est dans le groupe pour de bon ?

Oui ! Cette unité, c’est le groupe.

Vous vous êtes retrouvés avec le producteur Mark Lewis pour la troisième fois consécutive. Comment votre relation et collaboration a évoluée ?

Eh bien, nous avons aussi travaillé avec lui sur The Last Kind Words et c’est là que j’ai travaillé pour la première fois avec Mark Lewis. Nous avions travaillé avec lui et Jason Suecof et ensuite, à partir de là, nous avons commencé à travailler avec Mark uniquement. La première chose au sujet de Mark, c’est qu’il sait comment t’obtenir ton propre son. Il peut produire six groupes par an et aucun d’eux ne sonne pareil. Je pense que c’est la caractéristique principale d’un bon producteur. Et puis, nous sommes amis. Nous parlons de la vie lorsque nous sommes en studio. C’est l’une des personnes qui peut me dire si quelque chose est bien ou pas et j’écoute. Ce type de collaboration est nécessaire. Il faut ce niveau de confort avec un producteur. Il savait aussi que nous voulions clairement quelque chose qui sonnait différemment. Nous voulions changer un peu notre son de guitare, ce qu’il a fait. Il savait ce dont nous avions besoin. Nous avions besoin de faire quelque chose d’unique et de différent, et Mark Lewis était un bon guide pour ça.

Et quel était le rôle de Jason Suecof cette fois ?

J’ai pris l’avion pour aller en Floride et j’ai fini le chant avec Jason. Sur chaque chanson, j’ai fait quelque chose avec lui, j’ai tout passé en revue avec lui. J’ai trouvé que le fait de travailler avec lui sur The Last Kind Words était une des expériences les plus gratifiantes, vocalement, que j’ai eues. C’était donc un plaisir d’aller en Floride et travailler avec lui là-dessus, et finir le processus d’enregistrement.

Devildriver - Trust No One

« Le mot en particulier que j’espère les gens retireront de cet album, c’est ‘émancipation’. Tu vois, le fait de s’émanciper dans sa vie, rester positif, croire en soi et aller de l’avant. »

Qu’est-ce que vous avez voulu accomplir cette fois avec Trust No One ?

Je pense qu’il est [naturel] pour un artiste de mettre en lumière ce qu’il voit autour de lui, ce qu’il voit dans la vie et ce qu’il voit dans le monde, et vraiment observer le monde d’aujourd’hui. Si tu vas dans un aéroport, ils disent : « Si tu vois quelque chose, dites quelques chose. » Lorsque tu vas dans certains quartiers, il y a de la surveillance de voisinage. C’est genre toujours : « Faites attention ! Faites attention ! » Donc Trust No One était vraiment une déclaration quant à la situation de l’humanité aujourd’hui. Un journaliste m’a dit : « N’est-ce pas un triste constat ? » Et j’ai dit : « Ouais mais en tant qu’artiste, j’ai besoin de refléter ce que je vois et ça, c’est ce que je vois. » Ensuite, dans ma vie personnelle également, j’ai fait d’énormes changements. Mon cercle est très restreint. Je me suis séparé de pas mal de gens dans ma vie qui étaient négatifs ou pas positifs, qui faisaient du mal à mon mode de vie. Et je pense que ça m’a aidé à évoluer en tant qu’être humain et pouvoir dire : « Ok, je suis vraiment bien maintenant. » Donc cet album est très réfléchi. Les différentes chansons, tu sais, « This Deception », « My Night Sky », « Daybreak », ce sont toutes des chansons pleines de réflexion et le mot en particulier que j’espère les gens retireront de cet album, c’est « émancipation ». Tu vois, le fait de s’émanciper dans sa vie, rester positif, croire en soi et aller de l’avant.

Pour autant, ça reste un album très agressif…

C’est plus facile à faire avec de la musique agressive. En fait, c’est comme ça que j’ai survécu lorsque j’étais plus jeune face à une enfance très violente ; ce n’était pas une super enfance. C’est la musique agressive qui m’a permis de traverser ça. Donc la musique agressive, le punk rock en particulier, m’a sauvé. Donc si je peux un peu servir à ça pour quelqu’un d’autre et leur permettre de s’émanciper à travers de la musique et des paroles agressives, c’est pour ça que je suis ici sur terre. Lorsque vous entendrez cet album, vous allez vivre une forme de libération. Vous n’aurez pas à me demander ce que signifient les paroles parce que c’est un album dont les paroles sont délibérément poignantes et sans détour. Donc ce que vous retiendrez de ça, avec un peu de chance, ce sera un genre d’émancipation et vous passerez un bon moment à écouter du heavy metal ! [Petits rires]

Le titre de l’album, Trust No One (Ne faites confiance à personne, NDT), parle de lui-même et l’album contient pas mal de chansons qui parlent de trahison. Est-ce que tu parles à un niveau personnel ou plutôt comme un commentaire sur ce qui se passe dans le monde, comme tu l’as mentionné plus tôt ?

Les deux, à un niveau personnel et comme commentaire. Dès que tu te sépares de plusieurs personnes dans ta vie après avoir été dans un groupe pendant longtemps, pas seulement des ex-membres du groupe mais d’autres personnes avec qui je travaillais dans l’industrie aussi, tu te rends compte… Tu sais, je peux maintenant voir les choses telles qu’elles sont. Parfois, lorsque tu es aveugle, tu dois ouvrir les yeux et ceci est ce qui m’est arrivé.

Dirais-tu qu’il y a beaucoup de trahison dans ce business ?

Eh bien, écoute mec, pour ma part, il n’y a pas de trahison à mon encontre parce que je ne traine avec personne qui me trahira [rires]. Je suis trop malin ! Mais ouais, tu es obligé d’être un homme d’affaire et être intelligent pour venir dans ce business de la musique et y rester aussi longtemps que j’y suis resté. Je ne dis pas que le suis malin, je dis que si tu veux venir, soit malin. Soit très malin.

Est-ce que tu vois un album comme celui-ci comme une catharsis ?

Eh bien… Ouais mais c’est, tu sais… Ok, c’est ça avec les artistes, c’est genre : « Oh, c’est un album tellement cathartique pour moi ! » Pour moi, ce sont des conneries artistiques. Tu vois ce que je veux dire ? [Rires] Non, ce n’est pas cathartique. Mais ouais, ça a fait du bien de sortir toute cette merde de mes tripes. Et plein gens à propos desquels j’écris savent qui ils sont et ils liront ces paroles via différentes chansons et diront : « Oh, merde… Il parle clairement de cette situation. »

L’album Rivals que tu as fait avec Coal Chamber semblait aussi contenir pas mal de paroles qui parlent de vengeance et ce genre de choses. Est-ce que tu abordes différemment les paroles entre Coal Chamber et Devildriver ?

Ouais, Coal Chamber est un groupe très différent. J’approche ça complètement différemment artistiquement. C’est plus sombre et gothique, plus profond. J’aborde ça d’une toute autre façon que dans Devildriver. Il n’y a rien dans ces deux groupes qui soit pareil. Au niveau parole, je touche à différents sujets mais lorsqu’il s’agit de Coal Chamber, j’aborde plus le côté sombre, et je ne veux pas dire vengeance, trahison, je veux dire vraiment le côté sombre, non seulement de l’humanité mais aussi du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Il y a pas mal de différence entre lorsque j’écris pour Coal Chamber et lorsque j’écris pour un album de Devildriver. Il y a une certaine agressivité qui est nécessaire à Devildriver et que je ne peux pas appliquer à Coal Chamber. Et j’ai une certaine façon d’écrire les paroles dans Coal Chamber que je ne pourrais jamais avoir avec Devildriver.

Je sais que tu considères ta musique comme thérapeutique mais dirais-tu que ça peut aussi être thérapeutique pour l’auditeur ?

Bien sûr ! Ça peut être thérapeutique, ça peut être émancipateur, comme je l’ai dit. Ça peut être émotionnel. Clairement. Surtout avec la musique agressive. Si tu es dans un putain de mauvais jour, tu peux aller écouter de la musique agressive et tu peux évacuer. J’ai entendu quelqu’un dire : « La raison pour laquelle j’aime la façon dont tu écris, Dez, c’est que tu dis les choses que j’ai toujours voulu dire. » Donc ça, c’est probablement le meilleur compliment que j’ai jamais eu. Plein de gens ont du mal à utiliser leur voix et tu dois apprendre à utiliser ta voix, et tu dois apprendre à utiliser tes mots. Et c’est aussi quelque chose que j’ai dit à mes enfants : « Utilisez vos mots, dites-moi ce que vous avez à dire ! » C’est donc probablement l’un des meilleurs compliments que j’ai entendu et, effectivement, ça me paraît vrai. Je vois des choses tout autour de moi, j’entends des histoires et je les pose sur papier et ça devient des chansons. Et avec un peu de chance, ces chansons permettront à quelqu’un de traverser des moments difficiles dans sa vie, ou même de bons moments.

Penses-tu que ce soit mieux d’écouter de la musique heavy comme Devildriver plutôt que d’aller chez le spécialiste ?

[Rires] Non ! Si je disais ça et que quelqu’un mourrait, on me collerait un procès ! [Rires]

Devildriver by Ben Hoffmann

« C’est de l’art et avec l’art, tu dois parfois faire le grand saut et tenter ta chance. Très peu d’artistes de heavy metal sont disposés à le faire parce qu’ils ont peur de perdre leurs fans. »

En parlant d’utiliser sa voix, comment ta voix et ta façon de t’exprimer ont évolué avec les années ?

Depuis le tout premier album de Coal Chamber jusqu’à là où j’en suis aujourd’hui, j’ai appris à prononcer mes mots. Je suis un de ces gars dans le genre qui chante heavy mais dont tu peux entendre clairement ce que je dis. Donc ça, c’est la chose la plus importante que j’ai essayé d’aller chercher au niveau des paroles pour cet album, [de façon à ce que] quelqu’un qui n’était pas très porté sur le growl, les cris et les trucs heavy puisse l’écouter, accrocher, accrocher à ce que je dis et comprendre les mots au niveau des textes. C’est quelque chose de très important pour moi. Et, à mesure que j’avance vers l’avenir, il y aura plus de ça, c’est certain, absolument. Je vois des directions dans lesquelles nous irons et bien d’autres groupes de heavy metal n’iront pas ou ne peuvent pas aller parce qu’ils sont coincés à faire le même album encore et encore. Et Devildriver n’est pas comme ça : tous nos albums sont différents. Je veux dire que Pray For Villains est très différent de Beast, Beast est très différent de Winter Kills, Winter Kills est très différent de notre premier album et Trust No One est très différent de tous ces albums. Pour moi, c’est important d’évoluer en tant qu’artiste. Par exemple, je peins également lorsque je suis chez moi. Donc je ne vais pas peindre la même peinture encore et encore, donc pourquoi je le ferais musicalement ? Ça n’a juste aucun sens à mes yeux. Et j’écoute pas mal d’albums de groupes qui sortent et c’est genre : « Ouais, c’est évident que tu peux faire ça. Cool. Tu as fait ça sur le dernier album et tu as fait ça sur l’album encore avant. Putain mais tente ta chance ! » Car c’est de l’art et avec l’art, tu dois parfois faire le grand saut et tenter ta chance. Très peu d’artistes de heavy metal sont disposés à le faire parce qu’ils ont peur de perdre leurs fans, ils ont peur que les gens les quittent parce qu’ils ne sonnent pas comme ils sonnaient sur le dernier album. Ça ne m’a jamais inquiété. Si tu écoutes Pray For Villains, c’est un album très différent pour nous et, personnellement, je m’en fiche. J’adore cet album, j’adore ce que nous avons fait et nous avons fait quelque chose de différent. Donc c’est très important pour moi. Je ne veux jamais faire deux fois le même album. Ça devient pénible, tu sais ! Certains des groupes dont je suis un grand fan continuent à faire le même putain d’album encore et encore ! Ça devient déprimant ! [Rires]

Tu penses qu’une part de la scène metal a un peu perdu de son audace ?

En fait, je ne sais même pas. Je ne fais pas vraiment partie d’une scène. Donc les gens me demandent : « Que penses-tu de la scène metal ? » Je suis là : « Ne me demande pas, mec ! » Je fais partie de mon propre truc. Je n’ai pas de place pour les puristes qui n’écoutent que de la musique heavy. Je n’ai pas place pour quoi que ce soit d’autre que des gens qui aiment tout type de musique. Ça, c’est moi : j’adore tout type de musique. Si tu viens dans l’arrière salon, tu vas entendre de tout, de The Germs, fear et Circle Jerks jusqu’à The Eagles – on démarre tous les soirs avec « Hotel California » -, tu entendras Satyricon, tu entendras de la musique soul, James Brown, tu entendras plein de choses différentes parce que j’adore la musique ! Ma passion c’est la musique. Ma passion ce n’est pas uniquement le metal et je pense que c’est ce qui m’a permis d’avancer pendant tout ce temps. Lorsque tu as toutes sortes de couleurs à ta palette, quand tu peins, tu fais de meilleures peintures. Voilà donc comment je vois la musique. C’est plein de palettes différentes et je les assemble pour essayer de faire notre propre truc.

J’ai vu que Neal avait un background surtout dans le rock. Penses-tu qu’il a amené une nouvelle couleur à Devildriver justement ?

Ouais, il a travaillé avec d’énormes artistes ! Je veux dire que Neal a des disques de platine, tu sais ! Il a écrit des chansons pour toute sorte de personnes. Et c’est un compositeur, c’est son métier. Il a une des meilleures oreilles que j’ai rencontré. Et à l’avenir, surtout pour les quelques prochains albums, ce sera vraiment, vraiment essentiel pour ce que nous faisons.

Ces dernières années, tu as tourné et fait un album avec Coal Chamber mais tu as aussi pris du temps pour être avec ta famille. Penses-tu que le fait de t’éloigner de Devildriver t’as permis d’y revenir avec la tête et une vision fraîches ?

Absolument ! Ecoute, voilà le truc, je n’ai pas mis de côté Devildriver pour faire Coal Chamber, j’ai mis de côté la musique et Coal Chamber m’a appelé et a dit : « Hey, écoute, tu es à la maison, donc pourquoi ne fais-tu pas un album avec nous ? » Et nous avons très peu tourné. C’était super, j’étais avec ma femme et mes enfants, j’ai fait du surf avec eux tous les jours. Nous avons monté une boite qui s’appelle Suncult (et qui vend des vêtements et accessoires de surf, NDLR) et qui se porte très bien avec mes enfants et ma femme. Et j’avais besoin de faire une pause. Ça faisait plus de vingt ans que je tournais, je n’avais jamais pris plus de six mois de pause dans toute ma vie et il était temps que je me déconnecte, mec. C’était une très bonne chose que de l’avoir fait. Et je vais le faire plus souvent à l’avenir parce que la vie est trop courte et ma famille m’a soutenu pendant que j’étais sur la route pendant longtemps mais il était simplement temps de passer du temps avec mes enfants et ma femme. C’était une bonne chose que je sois à la maison parce que mon meilleur ami que je connais depuis dix ans est décédé pendant que j’étais chez moi, et si ça s’était produit pendant que j’étais sur la route, ça aurait été un putain de cauchemar pour moi, j’aurais annulé la tournée pour rentrer chez moi. C’était donc bien que je sois chez moi. Et voir ma femme surfer en bikini, c’est la meilleure chose qui soit sur terre ! [Petits rires]

Est-ce que ça devient difficile pour toi de tourner à travers le monde, vivre cette vie frénétique en tant que musicien, et être loin de ta famille chez toi ?

Être loin de la famille, c’est la chose la plus dure mais je n’ai pas une vie frénétique parce que je me tiens à l’écart. Je suis quelqu’un de très secret. Tu ne me rencontreras pas à moins de venir à un meet-and-greet. Je ne traine pas dehors, je vais directement du bus à la scène, puis de retour au bus. Je suis toujours dans l’arrière salon à écrire, faire de l’art. Je me tiens à l’écart d’un style de vie mouvementé. Je vais au lit à une certaine heure, je ne bois pas après les concerts, jamais. Je me lève et je fais une heure de yoga chaque matin. Il y a donc une manière de le faire et de le faire bien, et d’éviter de s’éclater la tête. Après, dans mes jeunes années, ouais, j’étais le gars qui buvait une bouteille de Jack Daniels sur le toit du bus à cent kilomètres heure sur l’autoroute, à putain de gueuler dans le vent. Ça, c’était moi. Au bout du compte, tu dois grandir, tu dois comprendre que tu agis comme un imbécile [et tu dois te demander] si tu veux de la longévité. Ok, si c’est le cas, tu dois commencer à faire ce que je fais. Je suis très organisé, c’est presque comme à l’armée. Je me lève à une certaine heure, je mange à une certaine heure, je fais du yoga à une certaine heure, je fais des meet-and-greet à une certaine heure, et tout ceci fonctionne pour moi parce que je souffre de TDA et TDAH (trouble du déficit de l’attention avec et sans hyperactivité, NDLR). J’ai souffert de ça toute ma vie. Donc si tu imposes un emploi du temps à un gamin ou quelqu’un comme ça, c’est la seule façon pour que leur vie fonctionne. Et ma vie est planifiée à la minute où je monte sur scène et ensuite, après la scène, je rentre, j’appelle ma femme, je regarde un bon film avec mes amis et je vais me coucher et je démarre la journée suivante.

Tu m’as dit comme tu te tenais à l’écart, que tu vas directement du bus à la scène, puis de retour au bus, etc. N’as-tu pas peur que ceci puisse être interprété comme de la froideur, surtout vis-à-vis des fans ?

Non et puis nous faisons des meet-and-greets. C’est probablement le temps fort de ma journée, tous les jours, le fait de rencontrer dix à cinquante personnes qui s’y rendent, et nous nous asseyons et parlons pendant une heure de la vie et de la musique. C’est important pour moi. Mais je me fiche vraiment de… Genre, est-ce être froid ? Non, je suis extrêmement secret et c’est ainsi que je resterais. Je crois que ça participe à la longévité de ce que je fais, le fait que je sois très, très secret. Je n’ai que quelques amis ainsi que mon équipe, et à partir de là, c’est comme… Je ne sais pas, mec. J’ai aussi toujours été un enfant très secret. Lorsque j’étais plus jeune, j’étais le gamin dans sa chambre qui jouait putain de tout seul et à qui ça convenait bien.

Devildriver by Ben Hoffmann

« Je n’ai pas de place pour les puristes qui n’écoutent que de la musique heavy. […] Ma passion c’est la musique. Ma passion ce n’est pas uniquement le metal. »

« For What It’s Worth » est une chanson d’amour à propos de ta femme, ce qui n’est pas vraiment le genre de chose auquel on s’attend de la part de Devildriver. Que voulais-tu exprimer dans cette chanson ?

Cette chanson est peut-être bien la chanson la plus chargée en émotion que j’ai écrite. En fait, il y a un passage là-dedans qui dit, sachant que ma femme est rousse : « Red we had nothing, we fought for everything, this family is fucking everything. » (« Rousse nous n’avions rien, nous nous sommes battu pour tout, cette famille, putain, c’est tout. », NDT). Ça montre donc à ma femme, à mes enfants, à tous les autres gens dans le monde ce qui est vraiment, véritablement important : la famille. Tous les dimanches lorsque je suis à la maison, nous faisons un grand repas italien et s’il y a des voisins qui viennent ou ma famille qui vient, il y a toujours dix, vingt, trente personnes dans ma cuisine pour qui je fais à manger. Ma famille est la chose la plus importante pour moi. Et elle mérite cette chanson. Tu vois ce que je veux dire ?

En fait, musicalement, cette chanson est très heavy. N’as-tu pas songé à en faire une ballade ?

Non ! C’est le plus proche que je serais de faire une ballade ! [Eclate de rire] Après, si quelqu’un veut la reprendre sur une guitare acoustique et me la chanter, j’écouterais. J’adorerais l’entendre ! Donc peut-être que quelqu’un le fera !

Donc aucune chance d’entendre une ballade de la part de Devildriver…

[Rires] Non, je ne pense pas…

L’album s’appelle Trust No One mais j’imagine que ça ne s’applique pas à ta famille…

Eh bien, évidemment, je fais confiance à ma famille. Tu dois bien avoir de la confiance et ça, ça vient de la famille. La famille, c’est ceux en qui tu peux avoir confiance, vers qui tu peux te tourner. Et c’est quelque chose de très important dans ma vie. C’est pourquoi ça ne pose pas de problème à ma femme que je tourne. Elle sait que je me tiens à l’écart. Elle sait qu’il n’y a pas cinq cent groupies dans l’arrière salon avec une putain de tonnes de cocaïne ou quoi que ce soit. C’est très éloigné du rock n’ roll tel que les gens se l’imagine.

Apparemment, tu as travaillé pendant deux ans avec Neal sur des projets parallèles avant qu’il n’intègre Devildriver. Peux-tu nous en dire plus sur ces projets ?

Il n’y avait pas de temps ni de place pour faire ça une fois qu’il est devenu évident que j’allais l’intégrer à Devildriver et qu’il voulait être dans Devildriver. Nous avons dû mettre tout ça de côté et tout donner pour Devildriver, et je suis content que nous l’ayons fait. Allons-nous un jour faire quelque chose en parallèle ensemble ? Je ne sais pas ! Nous avons eu des discussions à ce sujet. Mais j’ai eu des discussions avec tout le groupe à propos de faire d’autres genres de musiques mais le faire tous ensemble. Je veux dire que j’ai un album de rock dans ma tête qui est putain d’incroyable ! Il faut juste que je trouve le temps de le faire. Donc on ne sait jamais !

Cet album de rock, ce serait en tant qu’album solo ?

Nah, je ne sais pas si je suis ce genre de gars. J’aime l’unité d’un groupe et j’aime la démocratie d’un groupe. Je veux dire que je laisse les gars me parler de mes paroles et de la façon dont je fais les choses, ils me laissent leur parler de la musique et des arrangements et tout le monde est ouvert. Le truc solo, c’est vraiment être seul aux commandes et je ne me vois pas trop dans quelque chose comme ça parce que j’aime vraiment la mentalité de groupe.

Et donc tu aimerais avoir qui sur cet album de rock ?

Je ne sais pas, j’aimerais avoir tout le monde dans Devildriver ! [Rires] Mais je ne sais pas si ça se fera un jour. Nous avons une longue route à faire avec Trust No One, nous avons des années de tournée qui nous attendent et ensuite nous devrons aller en studio… Nous devrons faire quelque chose qui sera meilleur que Trust No One. Donc nous avons déjà commencé à écrire parce que nous nous sommes rendu compte il y a deux ans que si nous écrivons pendant deux ans et demi, arrivé au moment de faire l’album à proprement dit, nous avions vingt-deux chansons ! C’est comme ça que tu obtiens un album extraordinaire. Je veux dire que je n’ai pas vu une seule putain de mauvaise critique ! Et ça, c’est parce que nous avons travaillé très, très dur, nous avions plein de chansons, nous avons fait une sélection, etc. Donc nous sommes déjà en train d’écrire en ce moment. Donc pour moi, ne serait-ce que penser à faire autre chose en dehors de Devildriver, même un autre album de Coal Chamber, à ce stade, je ne peux l’envisager. Je suis dans le monde de Devildriver et c’est ma nana là tout de suite.

Tu as dit que vous aviez vingt-deux chansons pour cet album. Penses-tu que vous utiliserez les chansons restantes à l’avenir ou bien voulez-vous aller de l’avant, sans regarder en arrière ?

Je ne sais pas. La raison pour laquelle elles ont été mises de côté, c’est parce qu’elles n’étaient pas assez bonnes. Ce qui ne signifie pas qu’il n’y a pas un riff ou des paroles ou une partie de batterie là-dedans que nous n’utiliserons pas mais prendre ces chansons pour en faire un nouvel album, ça serait foireux, donc nous ne ferons jamais ça.

J’ai entendu dire que tu avais en tête de faire un album de reprise avec Devildriver…

Ouais, le directeur du label [Napalm Records], Thomas [Caser], à pris l’avion pour venir, nous surfions ensemble chez moi et j’ai dit : « Tu sais quoi ? Je veux faire un album de reprise. » Il a trouvé que c’était une super idée. Je peux le prévoir pour après le prochain album ou les deux prochains, assurément, car faire un album de reprise n’implique pas beaucoup de stress, mec. Tu fais juste des reprises et tu les fais à ta façon. C’est un peu un exutoire artistique que peu de groupe ont l’opportunité de faire et si nous en avons l’opportunité, je vais à coup sûr la saisir. Ce sera un vrai album de punk rock, mec. Ce sera les putains de The Germs, GBH, The Partisans, Circle Jerks, Black Blag, Fear, The Stooges… Ça se fera. Je ne sais juste pas entre quels albums, entre celui-ci et le prochain ou entre le prochain et le suivant, je ne sais pas, mais ça arrivera, d’une façon ou d’une autre.

Tu sembles avoir une grande relation avec le punk…

Oh, putain ouais ! J’étais le gosse qui portait des Doc Martins lorsque j’étais plus jeune. Mais j’ai une grande relation avec… Genre, lorsque je grandissais, en Californie du Sud, il y avait le punk rock, la musique psychédélique et le rockabilly, tout ça maillé ensemble. Donc ouais, j’ai un énorme amour pour le punk rock, enfin, tout ce qui est du vrai punk rock. Il y a plein de groupes que les gens considèrent être du punk rock pour lesquels je suis là : « Non, désolé… Blink 182, pas un groupe de punk rock. » Tu vois ce que je veux dire ?

Qu’est-ce que tu attends d’un vrai groupe de punk rock ?

Qu’il soit à font agressif, qu’il ait des chansons plus courtes, plus rapides et qu’il ait complètement son propre son. Et tous les groupes que j’ai mentionnés ont complètement leur propre son. C’est ce que j’adore dans le punk rock. Les groupes que j’ai mentionnés plus tôt sonnent tous différent les uns des autres, et pourtant ils sont agressifs. Donc ouais, ça a toujours été une passion pour moi. Mais j’écoute tout type de musique, hein. Je veux dire que j’écoute The Cure, Alien Sex Fiend, Bauhaus, Siouxsie And The Banshees, etc. aussi souvent que j’écoute Fear, Circle Jerks, The Germs, GBH, etc.

Interview réalisée par téléphone le 14 mai 2016 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Ben Hoffmann (2, 4 & 5) & Dan Santoni (1).

Site officiel de Devildriver : www.devildriver.com



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  • L’une des meilleurs interviews que j’ai pu lire de Dez. Ce mec est d’une sincérité incroyable et transpire la musique par tous les pores… Cela fait du bien à voir!

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