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Chronique   

Devildriver – Outlaws ‘Til The End


Pour ceux qui ne connaissent pas l’outlaw country, ce n’est autre qu’un genre dérivé de la country dont les tenants des années 60-70 se sont eux-mêmes proclamés « hors-la-loi ». De fait, lorsque Devildriver décide de sortir le premier volume d’Outlaws ‘Til The End, on ne peut être qu’intrigués. La bande à Dez Fafara a tout simplement décidé de réviser des classiques de ladite country en y injectant de la distorsion avec toute la philosophie qu’on lui connaît bien. Pas besoin d’être un fin connaisseur de country pour apprécier le travail de Devildriver. Reste à savoir si on parle d’une entreprise de « rénovation » ou de « sape ».

Devildriver n’a pas fait les choses en demi-teinte. L’album compte une pléthore d’invités, à savoir Wednesday 13, Lee Ving (Fear), Brock Lindow (36 Crazyfists), Burton C. Bell (Fear Factory), Mark Morton et Randy Blythe (Lamb Of God) et pour couronner le tout, John Carter Cash, fils de l’illustre Johnny Cash. L’opus prend alors davantage l’allure d’un projet collaboratif que d’un véritable album de Devildriver. Pourtant, malgré le fait que les compositions soient à l’origine des monuments de la country, il s’agit bel et bien d’un album de metal décomplexé et rentre-dedans. « Country Heroes » (d’après la chanson d’Hank Williams) se charge d’ouvrir les débats et suite à une introduction qui fleure bon les terres arides de l’ouest américain, la double-pédale et le timbre écorché de Dez Fafara nous rappelle que la country n’est que l’inspiration première… Devildriver n’a pas levé le pied malgré le matériel. « Whiskey River », le classique de Willie Nelson, voit la participation bienvenue de Randy Blythe au chant. Le titre prend des allures épiques grâce à ce dernier qui rajoute à la violence de la reprise. D’un titre à l’origine très lent on aboutit à l’une des compositions les plus brutales de l’opus. On retrouve d’ailleurs Randy Blythe sur l’inénarrable « Ghost Riders In The Sky » de Johnny Cash avec un traitement heavy qui lui confère un cachet enlevé, presque festif. Les voix enchevêtrées du refrain (ainsi que la voix de John Carter Cash à la fin du titre) viennent pallier les mélodies de guitare qui font parfois dériver la reprise vers un folk-metal incongru. On peut même se surprendre à apprécier les « yippie yi ooh », du moins au début…

Le véritable problème de l’entreprise de Devildriver est l’impression de « générique » que l’opus dégage, malgré la qualité du matériel original et le nombre d’invités. Un titre comme « I’m The Only Hell (Mama Ever Raised) », et ses rythmes de forcené, aurait pu figurer sans déteindre sur nombre d’albums de Devildriver. En outre, le travail de réinterprétation tend souvent à vider les chansons de leur contenu. Auparavant d’une extrême mélancolie, le « If Drinking Don’t Kill Me (Her Memory Will) » de George Jones gagne en vélocité ce qu’il perd en intensité… Les « Her Memory Will » hurlés par Dez Fafara n’ont plus du tout la même charge émotionnelle. Idem pour « The Man Comes Around » de Johnny Cash qui perd toute l’alchimie entre la guitare sautillante et la voix ténue via un traitement aux allures de hardcore sans grand rapport avec la composition initiale. Tandis que « Dad’s Gonna Kill Me » ne fait que mettre en exergue une répétitivité du refrain pouvant s’avérer fatigante, avec un Burton C. Bell stéréotypé. « Copperhead Road » en revanche fonctionne plutôt bien, restant proche du tempo de l’original et respectant les mélodies, avec une touche sleaze rock qui justement donne envie de suivre Devildriver dans son parti pris.

Les fans de Devildriver trouveront dans Oulatw ‘Til The End leur compte, indéniablement. Le groupe a réussi à se réapproprier des hymnes country en y insufflant son agressivité. Reste que celle-ci peine toujours à accrocher une fois que l’on a dépassé les poncifs du headbang, de la guitare martelée et autres échantillons de ce que certains dénomment le « redneck metal ». Si l’on est sensibles à certaines versions originales, on peut même trouver l’entreprise de Dez Fafara irritante, surtout lorsque, derrière les efforts décuplés, la composition ne fait que perdre en substance. Outlaws ‘Til The End se laisse apprécier tant qu’il pique la curiosité. Ensuite, il a le mérite de renvoyer aux originaux.

Clip vidéo de la chanson « Ghost Riders In The Sky » (JOHNNY CASH)

Chanson « Country Heroes » :

Album Outlaws ‘Til The End, sortie le 6 juillet 2018 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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