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Chronique   

Devin Townsend – Casualties Of Cool


Une vieille radio dans un décor lunaire, image qui résume plutôt bien Casualties Of Cool, le nouvel album de Devin Townsend : une musique ancienne dans un décor de science-fiction. Loin, très loin du metal tantôt extrême, tantôt extravagant, tantôt emphatique, tantôt progressif, tantôt émotionnel, et le plus souvent tout à la fois, pour lequel le musicien est réputé. Le Canadien, bien que n’étant pas à sa première création « cool » (après Ki et Ghost ces dernières années), parvient pourtant encore à donner naissance à une œuvre qui ne saurait être appréhendée qu’à l’écart de ses réalisations passées. Casualties Of Cool est un projet à part où Townsend s’effacerait presque (au moins vocalement) derrière ce que la chanteuse Ché Aimee peut apporter à sa musique. Presque. Et si le tout est soutenu par les percussions de Morgan Agren, émule de Zappa dont Townsend est aussi un des héritiers, il n’est basiquement pas question d’une musique avant-gardiste, mais au contraire de s’agripper aux racines de la musique américaine pour une aventure… qui ne saura guère échapper aux ébullitions créatives de l’agité du bocal de Vancouver.

Devin Townsend aurait très bien pu ici créer un album de folk traditionnelle. Il en a les bases. Au départ, entre guitare rythmique aux cordes frappées, grosse caisse qui marque le temps, le son country-blues emmêle l’auditeur dans la musique roots, mais subrepticement (puis de plus en plus sensiblement sur « Mountaintop » et « Flight ») se greffe du cybernétique à l’acoustique. L’idée semble néanmoins mise de côté lors de la suite psychédélique « The Code » – « Moon » – « Pier » : d’abord quelque peu bondissante sur fond de chœur de grenouilles (réminiscence du « Blackberry » de Ghost), puis plus blues psyché (avec ce chant féminin rappelant The Black Angels et cette guitare électrique planante), les sonorités se font plus pink-floydiennes, aidées par le saxophone de Jorgen Munkeby (Shining). Derrière, les percussions sont presque envoyées au seul rang métronomique – jusque laisser la place au tic-tac de « Pier » – mais c’est là l’horloge cosmique qui soutient cet univers rêvé de Townsend. Après ces quelques envolées interstellaires, le retour aux racines country ne sera pas retrouvé avant « Forgive Me » puis plus tard « Deathscope ». Mais Townsend, qui, dans sa créativité, a les défauts de ses qualités, doit avoir besoin d’en rajouter et met de l’électronique sur les voix, dans les ambiances, sons quasi parasites, à la limite du sabotage bruitiste avec ses perturbations, grésillements inaudibles, bidouillages de la radio, éructations soudaines du chanteur, saxophone en roue libre, au cours d’un « Deathscope » s’éteignant à mi-chemin dans le lointain, dans les instruments à vent spatiaux, où seuls ressortent quelques bruitages mécaniques et les « Yes » de Ché Aimee.

Mais sur un album de près d’une heure et quart, il était à craindre une part d’accessoire (quoique jolis accessoires). « Ether » et « Hedja » tournent un peu en rond, l’un derrière une guitare invoquant le fantôme de Johnny Cash, l’autre ressortant les flûtes de Ghost. Si « The Bridge » se terminera sur une montée épique, ce ne sera pas avant quatre minutes de vocalises autour d’un feu de camp. Et les chœurs religieux du court intermède « Broken » n’ont sans doute de sens que dans l’histoire que Townsend se raconte dans sa tête et sur sa partition. En cela, Casualties ressemble parfois à un plaisir égoïste. « C’est la première fois que je fais un album pour moi-même en vingt longues années », déclarait l’artiste en novembre 2013. Sous des dehors accessibles se dévoile une œuvre trop personnelle pour être offerte au grand nombre comme aux fans de Townsend qui y trouveront soit une jolie parenthèse, un jardin privé entre deux albums metal, soit un pont vers une musique vers laquelle ils ne seraient pas allés sans l’invitation de l’artiste.

Ci-dessous le clip de « Mountaintop » réalisé par Jessica Cope (à qui l’on doit déjà des vidéos pour Storm Corrosion et Steven Wilson) :

Album Casualties Of Cool, sorti le 2 juin 2014 chez HevyDevy.



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