ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Metalanalyse   

Devin Townsend, indissociable de ses opposés


Devin Townsend est un touche-à-tout, un hyperactif et un musicien de talent. Un homme avant d’être un artiste mais, qui grâce à son statut d’artiste, arrive à transmettre à autrui ce qui fait l’essence même de l’Homme, à savoir : ses sentiments et émotions. Ainsi, chaque album de l’homme résulte d’un état d’esprit singulier, d’un besoin émotionnel particulier et c’est donc en toute logique que l’on peut aujourd’hui se demander quel vecteur émotionnel a conduit Townsend jusqu’à ce Epicloud ? Quel besoin, quel message doit-être véhiculé par ce nouvel opus ? Car, si Deconstruction apparaît comme une mise à l’épreuve introspective pour Townsend, Epicloud semble au contraire profiter – tout du moins en apparence – de la part de naïveté de son géniteur.

« Pour moi, mes chansons sont aussi parfaites que je puis les faire, mais si quelque chose est parfait, la personne qui l’a faite l’est aussi. C’est donc impossible, n’est-ce pas ?! » nous disait Devin en interview l’an passé. Puis, récemment sur son compte Twitter, suite à la finalisation d’Epicloud : «Epicloud est terminé et j’en suis très heureux. Il n’est pas parfait, mais il est aussi bon que possible du fait de mes capacités techniques». Un album qui, a priori, avant toute première écoute, respire déjà la sincérité.

Pourtant, la question du résultat existait. D’une part, la question de ce qu’il pouvait faire suite au binôme Deconstruction/Ghost – indissociables opposés – concluant eux-mêmes la tétralogie Ki/Addicted/Deconstruction/Ghost. Quatre albums liés les uns aux autres avec cohérence ou, de l’aveu du musicien, par de simples coïncidences. Quatre opus représentant trois années de réflexion introspective, ayant inspiré les thèmes de ces albums, leurs paroles ainsi que leur musique. Sortir de cette phase ô combien personnelle où Devin nous invita à entrer pour désormais s’introduire dans quelque chose de nouveau laissait prévoir un dépaysement tant chaque album de l’homme offre un réel voyage spirituel et auditif à tout auditeur prêt à tenter l’épreuve du voyeurisme. D’autre part, ce qui a encore fait naître certains questionnements sur cet opus provient de déclarations de Devin Townsend qui avouait sur Twitter qu’ « Epicloud est commercial ». Un terme qui, aujourd’hui dans le monde de la musique, sonne immédiatement de manière péjorative. Mais il n’en est rien. Ici, le terme est synonyme de « easy-listening », comme on dit outre-Atlantique, c’est-à-dire « évident » ou « facile d’assimilation ».

Sur le plan émotionnel, Deconstruction met en scène un personnage déterminé à comprendre comment les choses autour de lui réagissent avec son environnement, ce que cela représente spirituellement, ce que cela signifie pour lui en tant que personne. Infinity est un album montrant un Devin trop fasciné par lui-même alors qu’un Alien [ndlr : quatrième album de Devin Townsend avec Strapping Young Lad sorti en 2005], montre ce même homme apeuré face à lui-même. Alors qu’ici, Devin Townsend confie : « Les paroles ne sont pas à propos de moi et de mes drames personnels à la con. […] J’ai passé des années à en parler, j’avais besoin d’autre chose. » Indéniablement Epicloud apparaît dans la discographie de Townsend comme étant l’album le plus léger. Léger au sens d’évident et mu par un positivisme ambiant. Car l’album n’est pas exempt pour autant des guitares, des arrangements et de la production massifs, marques de fabrique, à quelques exceptions près, du Canadien. A cet égard, s’il y a un aspect qu’Epicloud hérite de Deconstruction, dont pourtant tout semble le séparer, c’est son exagération, en particulier dans la mise en avant à outrance de chœurs. La différence étant que ces derniers servent ici à surélever l’auditeur plutôt qu’à le submerger. L’album démarre d’ailleurs sur des chœurs typés gospels (« Effervescent! »), comme pour célébrer la vie, pour finir sur une chorale comme on peut en entendre en période de Noël (le bien nommé « Angel »). Après avoir été fasciné par l’individu qu’il représente, Townsend ne serait-il pas en fin de compte en train de se fasciner pour la multitude que les « autres » représentent ?

Le positivisme d’Epicloud aveugle tel les premiers rayons d’un soleil d’été traversant les vitres d’une fenêtre. « Lucky Animals », « Liberation », « Save Our Now », « Divine », « Grace » tant de morceaux évocateurs par leur titre d’un sentiment de bien-être. Voire d’un excès de guimauve lorsque l’on se penche sur des paroles telles que le « I love you, I love you, I need you, I’ll always be around you » qui ouvre, répété à l’envie, « True North » ou le « Loving you is the best thing and the worst thing in my life. […] Loving you is the one thing that I need right now. » issu de « Divine ». Des paroles à prendre au premier degré, sans que Townsend ne cherche à sournoisement brouiller les pistes ou jouer avec les apparences comme il aime parfois le faire (par exemple, la rassurante première partie de « Praise The Lowered » sur Deconstruction qui n’est qu’une façade, s’écroulant littéralement à mi-chemin sur un « Ah Gimme that wine! » de dépravé).

Une énergie nouvelle, donc, suite à une thérapie lourde de trois années enfin achevées. Un album au son et à la production proche d’un Addicted – renforcé par la présence d’Anneke Van Giersbergen et l’aspect entrainant de nombreux titres – et d’un Ghost, mais dont le sentiment de liberté se rapproche plus de Terria (2001). Preuve en est de cette nouvelle force avec le ré-enregistrement du titre « Kingdom », initialement enregistré sur Physicist (2000). Un morceau qui s’intègre étonnement bien dans Epicloud et qui fait dire que l’album dont il est issu n’en était pas si éloigné. Si ce n’est, ici, des angles nettement arrondis et une hargne presque totalement effacée ; et même si ce titre se détachait déjà de son œuvre d’origine par son ampleur lumineuse. Mais, surtout, sans doute faut-il y voir un clin d’œil au passé, encore loin à l’époque de toutes ces questions, alors qu’il s’agissait bel et bien du même homme : « Si tu fais des choses qui sont libérées d’un point de vue créatif, en étant complétement inconscient, je crois que tu joues avec le feu. Je l’ai fait dans le passé, mais plus maintenant… »

Epicloud est donc la transition logique d’un homme beaucoup trop profond, se posant de trop nombreuses questions et qui souhaitait enfin en terminer avec ces nombreux questionnements. Revenant à la simplicité, cet album semble être une nécessité pour Townsend. Mais, une fois encore, toute nécessité relève d’un désir personnel. C’est donc un album logique et personnel – au même titre que tous ses albums – et, tout comme Ki, Addicted, Deconstruction et Ghost, maîtrisé qui nous est offert par un Devin bien dans sa tête. Et bien que cet opus – bientôt complété par Casualties – formera une transition à la toute récente tétralogie de Townsend, pris séparément, cet opus peut paraître illogique, prétentieux, trop évident ou tout bonnement ‘commercial’ dans son sens péjoratif. Ainsi, même si la démarche de Townsend est de se défaire de cet aspect philosophique trop aigu pour jouir de plaisirs immédiats, Epicloud ne peut se comprendre pleinement que par l’existence des quatre derniers opus de l’artiste.

Finalement, Epicloud est un nouvel exemple de la progression spirituelle d’un homme, faisant de la musique un moyen de se mettre à nu, devenant sujet d’analyse et cherchant l’échange évolutif. Cet album est un exemple, à suivre ou non, profondément personnel et choisi. La démarche est volontaire, synonyme d’assurance dans ce qui est fait. Un album d’une simplicité complexe, porte d’ouverture sur un avenir encore inconnu. Une chose est pourtant sûre, les problèmes de Devin Townsend semblent désormais loin derrière. L’avenir est-il donc tourné vers un optimisme sans failles ? Seul le temps le dira.

Epicloud, sortie le 24 septembre 2012 via InsideOut Music.



Laisser un commentaire

  • Franchement chapeau pour la petite chronique (qui manque d’éléments musicaux néanmoins, de détails) mais y a une grosse erreur: « Physicist (2005) ». Physicist c’est 2000 les gars ! 🙂

    [Reply]

    Alastor/RM

    Une erreur, où ça une erreur ??! Bon, dans le doute, ne sait-on jamais, c’est corrigé. 😉 La vache, celle-ci est quand même passée sous le nez de tout le monde !

  • Chronique très juste reflétant parfaitement l’état d’esprit de cette nouvelle offrande délivrée par Mr Townsend.
    Un artiste indispensable.

    [Reply]

  • Mon Dieu, quelle chronique ! Encore bravo au staff RM, et à Devin !

    [Reply]

  • Superbe analyse! Hâte d’écouter ça :p

    [Reply]

  • Arrow
    Arrow
    Alice Cooper @ Paris
    Slider
  • 1/3