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Interview   

Devin Townsend : la sagesse du fou


« Sage » n’est pas le premier mot qui vient à l’esprit lorsqu’on parle de Devin Townsend. On aurait tous le réflexe d’utiliser des adjectifs tels que « excentrique », « déjanté », voire même fou. Et ce serait bien légitime, car excentrique, sa musique, à bien des égards, l’est incontestablement.

Humble comme il est, il pourrait vous le dire lui même : Devin Townsend est quelqu’un comme les autres, avec des idées parfois bizarres comme on en a tous, à l’exception près qu’il les assume pleinement. Il y a une différence entre être fou et avoir un goût prononcé pour l’excentricité. Une excentricité que Devin décrit comme étant simplement de l’honnêteté. Une honnêteté qui dérange non pas parce qu’elle est marginale mais peut-être bien parce qu’elle nous rappelle cette « folie » que nous avons tous en nous et que la société nous apprend à réfréner ou bien, de manière générale, certaines vérités que nous refusons d’admettre. A ce titre, Devin Townsend n’est ni fou, ni incohérent, ni en marge de la société.

Ce qu’il est par dessus tout, c’est extrêmement sage. Une sagesse qui s’exprime à chaque instant dans cette interview, comme dans les autres. La sagesse de la retenue, la sagesse d’ignorer – non sans la respecter – l’opinion d’autrui, ou encore la sagesse suprême de profiter du moment présent en sachant oublier que tout cela peut un jour s’arrêter ; même si, pour ce dernier point, par exemple, ça n’a pas toujours été le cas, car tout ceci se fait en prenant en compte la part de flou et d’instabilité inhérente au fait d’être humain.

« Il m’est parfois sacrément difficile de faire rentrer ma main dans le postérieur de Dave Grohl ! »

Radio Metal : La dernière fois que nous nous sommes parlés, en 2011, tu disais qu’avoir achevé ta tétralogie comblait un vide que tu espérais voir comblé par un hobby. Depuis, tu as sorti un DVD live, l’album Epicloud et tu as été invité sur certains projets musicaux, comme le nouvel album d’Ihsahn. Arrives-tu vraiment à trouver du temps pour un hobby ?

Devin Townsend : Eh bien… non ! (Rires) Je fais de la musique et tout ce qui va avec depuis si longtemps que j’en suis arrivé à un point ou, simplement, je le fais, c’est tout : je me réveille, je regarde ce qui dois être fait et je le fais. J’essaie de faire uniquement des trucs qui, je pense, vont être plaisants. En ce qui concerne les projets musicaux, j’essaie toujours de privilégier le fun. À la fin de l’année, souvent, je me dis : « Oh merde ! On a fait un paquet de choses ! » Mais la productivité n’est pas le but. On n’essaie pas de prouver combien de choses on peut réaliser. Apparemment, ça finit simplement comme ça.

Si tu avais le temps de te consacrer à un hobby, quel serait-il ?

Dormir ! (Rires) Je sais que cela va sonner comme une réponse assez cliché, mais j’adore jouer de la guitare. Ce qui est drôle à propos de ce que je fais, et même si j’ai l’occasion de le faire sur scène ou autre, le fait de jouer de la guitare ne représente que 5% de ma vie. Le reste de ma vie, en tant que musicien professionnel, n’a presque rien à voir avec la musique : ce sont des e-mails, des trucs techniques et toute sorte de choses de ce genre. Quand je vois que je n’ai pas à travailler, la première chose que je fais, c’est jouer de la guitare. J’aime m’asseoir et grattouiller sur une guitare ; j’aime les amplis, j’aime les guitares. Donc, à part la musique, je ne sais pas ce que je pourrais faire d’autre. Je suis intéressé par ce qui a trait à la nature. J’aime aussi le bois. Par ailleurs, cela ne me dérangerait pas de temps à autre de faire du volontariat. Lorsqu’il s’agit de hobbies, j’aime les choses qui ne finissent pas par être à propos de moi.

Epicloud est sorti juste un an après Deconstruction et Ghost. Sur la version deluxe de l’album, il y a un second CD comprenant tant de chansons qu’il peut constituer un deuxième album ! Comment diable fais-tu pour écrire si rapidement ? Quel est ton secret ?

J’essaie d’écrire au moins tous les jours. Si une idée me vient, j’essaie de la finaliser, ainsi, lorsque je dois enregistrer un album, j’ai une tonne de matériel. Lorsque tu finalises tes idées, qu’elles finissent par devenir la meilleure chanson du monde ou pas, au moins, tu obtiens une chanson. Donc, quand arrive le moment de fournir du matériel bonus, je vais sur mon ordinateur et je me dis : « Oh putain ! J’ai encore douze autres chansons ! Tu pourrais mettre quelques arrangements et des gens pourraient avoir envie de les écouter. » Encore une fois, cette image qu’ont les gens de moi, à savoir un type obsédé par l’écriture, même si cela peut paraît ainsi, ne correspond pas à la réalité : en tant que musicien pro, la partie business, les e-mails et autres, me prend la majeure partie de mon temps. L’enregistrement et l’expression musicale sont des choses que je ne fais pas assez souvent : lorsque c’est le cas, j’essaie au maximum de le capturer.

« La meilleure citation que j’ai entendue est celle-ci : ‘Ce que les autres pensent de toi ne te regarde pas’. »

Beaucoup de groupes ne sortent pas tout les titres bonus qui leur reste et jette une partie à la poubelle. De ton côté, on dirait que tu sors tout ce que tu produis…

Tu sais, je jette peut-être plus de matériel à la poubelle que ce que tu peux croire ! Il y a pas mal de chansons que j’écris qui ne sont pas très bonnes. Bon, il y a des gens qui pensent que la plupart de mes chansons ne sont pas très bonnes. Mais, pour moi, le matériel que je sors est celui que, je pense, les gens aimeront ou auront envie d’entendre. Mais je jette un paquet de trucs aussi. Putain, j’ai jeté un sacré paquet de trucs pour Epicloud !

Tu as dit à propos de Deconstruction que cet album n’a jamais pris ton contrôle. Penses-tu toujours contrôler ton moi artistique, en tenant compte du fait que tu sors des albums et que tu écris de la musique encore plus vite qu’avant ?

Oui. Et plus encore qu’auparavant. Je crois que je contrôle mon art et ma musique de mieux en mieux. Je pense que se contrôler soi-même, son esprit, son art ou peu importe de quoi on parle, c’est quelque chose à laquelle on doit s’entrainer et, éventuellement, tu deviendras meilleurs à ça. Ce qui définit Deconstruction, peu importe quel contrôle j’essayais de mettre en place sur cet album, j’ai continué à m’y entraîner depuis. Je pense donc que je me suis amélioré en ça. Lorsque les gens parlent de musique et de productivité, j’en suis récemment arrivé à la conclusion que la musique est la partie la plus facile de ma vie. Le reste d’une vie est difficile : les enfants, l’école, l’argent, les femmes, le sexe, etc. Ça, c’est difficile ! Mais écrire de la musique ? Putain, mec ! Je pourrais faire ça pour l’éternité !

Quelles sont les répercussions économiques de ce rythme intense sur toi ? Sortir des albums constitue-t-il pour toi quelque chose de rentable ?

Non, ça ne l’est pas. Ça ne fait pas beaucoup de sens de faire les choses telles que je les fais. En fait, je ne sais pas quoi te répondre ! (Rires)

Tu as dit à propos d’Epicloud qu’il n’était pas parfait mais qu’il devait être fait. Étais-tu si artistiquement épuisé après avoir achevé ta tétralogie ?

Oui, je l’étais, mais je suis toujours épuisé ! J’ai quarante ans, tu sais. En fait, je ne peux me souvenir d’un moment où je n’ai pas été épuisé ! Je ne vois pas pourquoi la fatigue devrait m’arrêter de faire de la musique, si tu vois ce que je veux dire. (Rires) Encore une fois, faire de la musique est, dans ma vie, la chose la plus facile et celle que j’aime vraiment. Donc si je suis épuisé à cause de la vie, je trouverai toujours du temps pour faire de la musique car c’est ce que je veux faire.

« Je penses que l’honnêteté dans le domaine de l’art est perçue aux yeux de certaines personnes comme étant bien plus folle que le fait de s’habiller comme un éléphant. »

Epicloud est ton album le plus « pop ». Penses-tu qu’il pourrait connaître un succès commercial ou au contraire, penses-tu que les fans vont le détester, car il ne comporte pas ce grain de folie qui te caractérise ?

Pour répondre à la première partie de ta question : non, il ne connaîtra pas de succès commercial, bien sûr que non. Je suis un mec chauve de 40 ans, ayant la réputation d’être fou : ce n’est pas très vendeur pour les jeunes ! (Rires) La raison pour laquelle j’ai fait Epicloud est que je voulais faire ce type de disque. Jusqu’à présent, le disque s’est autant vendu que les précédents. En ce qui concerne les fans qui le détesteraient parce qu’il leur manque le reste, mec, j’ai vingt-cinq albums. C’est un seul album sur vingt cinq. Le prochain album que je suis en train de faire est comme une sorte d’album de country. Donc, si les gens n’aiment pas celui-ci, ils détesteront radicalement ce prochain ! Et ensuite, je compte faire un nouveau Ziltoid qui contiendra de la musique complètement barrée. La meilleure citation que j’ai entendue, il n’y a pas longtemps, est celle-ci : « Ce que les autres pensent de toi ne te regarde pas ».

Tu dis qu’être fou n’est pas vendeur, mais certains artistes pop, comme Lady Gaga par exemple, vendent beaucoup, alors qu’ils possèdent une réputation de personnes folles.

Voilà la différence entre Lady gaga et moi : elle s’habille avec de la viande et porte des lunettes faites avec des cigarettes ! Les gens aiment ça car ça leur paraît dingue. Lady Gaga n’est pas folle : elle est une super business-woman et est une personne très douée. Lorsque je dis que je suis fou, je me réfère à des moments où je tombe sur des gens qui se sentent dérangés avec ce qu’ils pensent être fou, lorsque, à mon avis, ce sont simplement des choses qui mettent en avant certaines vérités. Que ces vérités puissent signifier par exemple « je ne vais pas jouer avec Strapping Young Lad car ça ne fonctionne pas pour moi » ou « je sais que tu aime ça mais je vais plutôt faire ça parce que c’est vers quoi je me dirige dans la vie. » Je pense que l’honnêteté dans le domaine de l’art est perçue aux yeux de certaines personnes comme étant bien plus folle que le fait de s’habiller comme un éléphant ou quoi que ce soit d’autre. Par exemple, quand les gens me demandent pourquoi j’ai écrit telle chanson, je suis toujours honnête dans mes explications, mais, en règle générale, les gens sont gênés car ce n’est pas ce qu’ils auraient aimé entendre. Je suis vraiment naze pour me vendre ! (Rires) D’un point de vue extérieur, lorsque j’emploie le mot « fou », je parle d’un homme que les gens ne comprennent pas généralement. Cependant, est-ce que je pense que je suis fou ? Putain, mec, bien sûr que non ! (Rires) Je suis aussi sain d’esprit que je peux m’imaginer l’être à ce stade de ma vie. On doit faire avec les cartes qu’on nous distribue, je suppose.

Tu penses donc que tout ce que fait Lady Gaga est calculé ?

Je ne la connais pas assez pour faire ce genre de supposition. Mais sa musique ne change pas : c’est son image qui change. C’est une musique qui reste toujours très calibrée pour être vendue. Ces chansons tournent à cent vingt huit coups par minutes, ont un impact de grosse caisse sur chaque temps et une mélodie simple et entêtante contenant un changement en mode mineur. La production est à la pointe de la technologie et c’est super. A chaque fois qu’elle fait quelque chose qui est perçu comme étant fou, cette chose que tu monte à plein volume sur la piste de danse, elle, ne change pas. A titre personnel, je ne pense pas qu’elle soit folle, bien sûr que non. Je pense qu’elle est une business woman très réfléchie dans le domaine artistique. Ça ne signifie pas qu’elle n’est pas une artiste. Mais, oui, c’est certain, je penses que c’est une business woman.

« Dans le passé, la manière dont j’abordais le thème de l’amour était en effet très souvent suivi de destruction, car je considérais cette approche comme une sorte de sabotage : ‘Je t’aime mais tu vas partir ! Donc va te faire foutre !’. »

Il semble que tu ajoutes de plus en plus de chœurs et de voix à ta musique : c’est évident sur Epicloud et cela a été le cas sur Deconstruction. Ressens-tu une sorte de fascination grandissante pour l’autre, ou bien pour la multiplicité que représentent les autres, alors que tu as beaucoup été fasciné, voire effrayé par toi-même?

Eh bien… (longue hésitation) Oui… Je suppose que je suis toujours effrayé par moi-même mais pas autant que par le passé. J’adore l’idée d’avoir des voix en couches et des chœurs et je pense qu’avec Epicloud, il était important pour moi de pointer du doigt le fait que j’ai réalisé à quel point ce mur de son est devenu synonyme de ma musique. C’est comme une marque de fabrique, d’une certaine façon. Mais je m’en suis lassé, tu sais. Cela ne m’intéresse plus de la même façon qu’auparavant. L’espèce de projet de country sur lequel je travaille actuellement n’a pas tout ça. Mais avant de changer, je voulais, sur Epicloud, mettre tout ce qui représente ma musique sur un même album : les guitares pleines d’échos, les couches de voix, le mur de son… Epicloud représente tout ça. Donc, même si cela donne l’impression que j’en fais de plus en plus – et, qui sait, peut-être que ça va continuer – c’est moi essayant consciemment de tout regrouper avant de faire quelque chose d’un peu différent.

Dans le passé, quand tu parlais d’amour ou de sentiments positifs, c’était presque systématiquement suivi de destruction. Par exemple, la chanson de Strapping Young Lad « Love? » ou « Praise The Lowered » sur Deconstruction qui démarre de manière très apaisée avant de partir en vrille. Au contraire, sur Epicloud, il semble que l’amour et ces sentiments positifs sont amenés sans autre arrière pensée. Le côté naïf mais rassurant qu’apporte l’amour et les sentiments positifs en règle général t’ont-ils manqué ?

Absolument. L’amour en lui-même est la source de nombreuses peurs : pour pouvoir exprimer l’amour et la naïveté dans ce type d’émotion, tu dois être vulnérable. Lorsque tu acceptes le fait d’aimer quelque chose, tu acceptes également que cela peut partir, que cela va mourir, que cela va te quitter un jour ou l’autre. Souvent, il est plus facile de rejeter l’amour car, de cette manière, le jour où celui-ci ne sera plus là, la douleur sera moins violente. Dans le passé, la manière dont j’abordais le thème de l’amour était en effet très souvent suivi de destruction, car je considérais cette approche comme une sorte de sabotage : « Je t’aime mais tu vas partir ! Donc va te faire foutre ! » J’en suis arrivé à un point où j’en suis simplement fatigué et je dis : « Je t’aime, super ! » Bien entendu, je sais que les choses changent, bien entendu nous mourrons tous un jour, bien entendu les choses vont et viennent, mais le fait de ne pas l’accepter et de constamment te battre contre toi-même à propos du pourquoi sommes-nous là et pourquoi sommes-nous toujours vivants, cela paraît être une perte de temps et d’énergie. Ceci dit, la prochaine musique que je vais écrire est super destructrice, donc il se pourrait bien que le schéma dont tu parles s’exprime cette fois-ci d’un album sur l’autre à la différence d’au sein d’une même chanson. Qui sait ?!

« Ça ne me pose aucun problème de faire des choix car j’ai fait le choix de suivre n’importe quelle direction qui se présente à moi ! »

Le côté lumineux de ton nouvel album peut être comparé à Addicted. Anneke van Giersbergen est d’ailleurs encore présente sur Epicloud. Comme tu fais appel à elle à chaque fois que tu veux réaliser un album dans ce style, on a vraiment l’impression que vous avez une vision commune sur ce qu’une musique positive doit être.

C’est vrai, oui. Une des raisons pour lesquelles j’adore travailler avec elle, c’est que nous avons des points de vue similaires en termes de musique et de spiritualité. On a mutuellement reconnu ça en nous. A chaque fois que je veux réaliser un projet dans ce style, elle est la première personne qui me vient à l’esprit. J’adore les voix féminines : j’essaie donc d’en mettre sur chaque album que je fais. Souvent, lorsque je compose, j’ai en tête des voix féminines. Cependant, Anneke ne serait pas nécessairement mon choix idéal pour une musique très sombre car ça ne correspond pas au type d’énergie que je reçois en écoutant sa voix. Mais si je compose de la musique comme sur Epicloud, par exemple lorsqu’on y chante « Je t’aime, j’ai besoin de toi, etc. », je me dis : « Anneke, où es-tu ?! »

Tu as ré-enregistré la chanson « Kingdom », issue de l’album The Physicist, sur Epicloud. Existe-t-il un lien entre les deux albums ?

Il est bien évident que le lien principal entre les deux, c’est le réenregistrement de « Kingdom ». Ensuite, The Pysicist a été réalisé à un moment où je voulais faire un album de « heavy metal pop » ; toutefois, il a été difficile d’atteindre ce but à l’époque. Le fait que « Kingdom » a été réenregistré et que les deux albums soient des versions commerciales d’une musique assez heavy, basé sur mon amour pour les musiques commerciales, les rapproche. Mais, en termes de sentiments exprimés, ils sont presque totalement opposés.

Mais pourquoi cette chanson en particulier ?

Lorsque j’ai écrit « Kingdom », c’était une façon de demander pardon pour certaines choses merdiques que j’avais fait à des gens et surtout à ma femme. Quinze ans après, un jour, on a fini par la jouer et j’ai alors réalisé que les paroles pouvaient avoir un autre sens : c’était comme une affirmation en mettant un point à la fin de la phrase. Donc, pour moi, refaire cette chanson et faire en sorte qu’elle soit davantage tournée comme une affirmation plutôt que de plates excuses datant d’il y a quinze ans me paraissait être approprié. En plus, mec, je trouve que la version originale sonne de manière vraiment foireuse ! Donc, la refaire à nouveau me semblait être une super idée ! (Rires)

Les quatre albums composant ta tétralogie se répondent les uns les autres, et tout particulièrement Ghost et Deconstruction. Cependant, Epicloud leur répond aussi. Nous savons également que tu considères l’album Casualties que tu prépares actuellement comme une réponse à Epicloud. On a vraiment le sentiment que tous tes albums sont liés, comme s’ils faisaient partie d’un grand puzzle musical.

Absolument. J’aurais aimé avoir été assez malin pour avoir vu ces liens par anticipation car cela aurait donné l’impression que je faisais ça délibérément. Ils sont tous liés car je ne connais pas d’autres façon d‘écrire : les graines d’un album sont plantées dans le terreau du précédent. Lorsque tu regardes tous les albums que j’ai réalisés, tu peux voir, en fait, un tableau de ma vie émotionnelle sur plus de vingt ans. Cela n’a pas été intentionnel, c’est simplement ainsi que j’écris et c’est ce que je trouve intéressant en termes de composition.

A chaque fois que tu écris un album, c’est comme si tu ressentais ensuite le besoin d’écrire son opposé. D’où cela vient-il ? As-tu des difficultés à faire des choix et de suivre la direction que ceux-ci t’imposent ?

Ça ne me pose aucun problème de faire des choix car j’ai fait le choix de suivre n’importe quelle direction qui se présente à moi ! (Rires) Mes choix ne sont pas stylistiques : je peux jouer du metal ou de la country, cela n’a aucune importance. Je suppose que je me suis engagé à toujours suivre ma Muse, si je puis dire, et elle est présente exactement de la même manière sur chacun de mes albums : la personne qui a écrit Alien et City est la même personne qui a écrit Ghost et Epicloud. Je peux entendre cette personne là-dedans. En ce sens, rien ne change jamais, seuls les chaussures ou la couleur du T-shirt changent. Le côté artistique, voire extatique de ce rendu, ne m’intéresse pas tant que ça : la raison pour laquelle j’écris immédiatement un autre album après en avoir fini un, c’est tout simplement mon amour pour l’écriture de la musique.

« J’aime l’idée de travailler avec des gens qui ont le potentiel de faire tout ce qu’ils veulent mais choisissent de ne pas le faire. Je ne sais ce que j’aime là-dedans mais j’aime cette retenue. »

Est-ce que les chansons prévues pour Ghost 2 vont sortir un jour ?

Peut-être. Le problème avec Ghost 2, c’est que ma maison de disque m’avait dit de mettre ce projet en suspens et de le sortir plus tard. Du coup, entre temps, j’ai perdu l’intérêt pour celui-ci car ce qui a inspiré Ghost et Ghost 2 s’est métamorphosé en Deconstruction ou Epicloud. J’ai neuf ou dix chansons pour Ghost 2, mais est-ce que j’aurai la patience et la volonté de les finaliser telles qu’elles devraient l’être ? Je ne sais pas. Qui sait ?

Tu viens de dire que ta maison de disques t’avait dit de sortir Ghost 2 plus tard. Celle-ci t’a également convaincu que cela n’était pas une bonne idée de sortir Epicloud en double-album. Penses-tu que sans les conseils de ta maison de disques, tu pourrais faire des choses avec ta musique et ta carrière que tu pourrais regretter ? As-tu besoin d’être un peu calmé, parfois ?

Ohhhhhh… Je ne crois pas avoir besoin d’être calmé, tu sais. Ils le font probablement parce que cela leur est bénéfique ! (Rires)

Tu as dis que la chanteuse que l’on peut entendre sur Ghost est une de tes amies et qu’elle n’est pas une chanteuse pro. Penses-tu qu’elle va être encouragée à continuer dans cette voie, compte tenu des avis positifs qu’elle a reçu ?

Katrina est une de mes amies mais je ne l’ai pas vue depuis l’enregistrement de l’album. J’adore sa voix : elle est vraiment magnifique. On n’est pas en contact mais j’espère qu’elle va continuer à chanter car je trouve que sa voix est magique.

Quels sont tes plans désormais ? Peux-tu nous en dire plus sur Casualties et sur le deuxième album de Ziltoid ?

Eh bien, je travaille actuellement sur les deux. Casualties sera le premier. C’est un album qui contiendra dix titres et sera un album très calme et très sombre de country, ou de folk, un peu dans le style de Johnny Cash. Ce disque est une part vraiment importante de mon monde. Je me sens très proche de Casualties parce qu’il n’a pas ce « mur de son ». Il y a ce batteur, Morgan Agren, qui joue sur l’album : il est absolument brillant. Il a joué avec Frank Zappa et avec Fredrik Thordendal sur son album Special Defect. C’est un des meilleurs batteurs au monde mais ce qu’il joue sur Casualties contient sans doute les parties de batterie les plus faciles jamais écrites. (Rires) J’aime ça. J’aime l’idée de travailler avec des gens qui ont le potentiel de faire tout ce qu’ils veulent mais choisissent de ne pas le faire. Je ne sais ce que j’aime là-dedans mais j’aime cette retenue. Ensuite, Z², le second album de Ziltoid, sortira probablement dans à peu près un an ou un an et demi. Il sera monumental : c’est comme un film audio. Je vais essayer de faire un film avec et de nouvelles marionnettes. C’est un concept rock progressif de science-fiction super étrange et débile.

Ziltoid est un personnage obsédé par le café. Peux-tu nous en dire plus sur ta relation avec cette boisson ?

Eh bien, Je bois du café depuis le début de l’interview. Je le bois noir. C’est une drogue très légère à laquelle, je suppose, je suis en quelque sorte accro. Les matins ne sont pas aussi agréables sans une bonne tasse de café ! (Rires)

Dave Grohl des Foo Fighters est aussi un fou de café : n’as-tu jamais pensé à l’inviter sur ton projet Ziltoid ?

Eh bien, mec, je ne peux pas dire que je suis complètement accro : je me prends trois petites tasses pleines de café les matins et ensuite des boissons fraîches. Mais en ce qui concerne le fait d’appeler Dave Grohl et lui demander s’il veut bien jouer sur mon album, je crois que cela ne marche pas de cette façon ! (Rires) Tu t’imagines la scène ? Je prends l’annuaire, je trouve le numéro de Dave Grohl, je l’appelle et lui dit : « Dave ! Tu ne me connais pas mais tu dois jouer sur mon album parce qu’on aime tous les deux le café ! » (Rires)

Peut-être que Ziltoid est Dave Grohl en réalité ! (Rires)

Peut-être ! Peut-être que c’est lui déguisé ! (Rires) Il m’est parfois sacrément difficile de faire rentrer ma main dans le postérieur de Dave Grohl ! (Rires)

Pour finir, peux-tu nous parler de ton show « Retinal Circus » ?

C’est un putain de travail ! C’est une rétrospective de ma carrière en trois heures de show. Ça commence dans vingt jours mais je n’ai encore aucune idée de comment je vais m’y préparer ! (Rires)

Interview réalisée par téléphone le 3 octobre 2012 par Spaceman et Metal’O Phil
Retranscription et traduction : Jean Martinez – Traduction(s) Net et Spaceman

Site internet officiel de Devin Townsend : www.hevydevy.com

Album Epicloud déjà sorti chez Hevy Devy Records/InsideOut Music



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  • Wow trop long j’ai aps la foi de lire!
    Je trouve que les morceaux de Devin ne sont pas très… « ambitieux »
    J’ai adoré Strapping Young Lad, et quelques titres hors de ce groupe, mais sinon je m’ennuie sur le reste…

    [Reply]

  • excellente interview.

    Et vu le personnage, Dave Grohl pourrait bien accepter de jouer sur un album de Ziltoid avec pour unique lien : le café…

    Devin Townsend + Dave Grohl + Tenacious D : en voilà une association a proposer

    [Reply]

  • Rotten-Sushi dit :

    Ce mec est juste un putain de génie !

    [Reply]

  • Mais c’est que l’homme a presque fait des réponses courtes, cette fois ! 😛

    [Reply]

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