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Interview   

Devin Townsend : l’obsession d’un extra-terrestre


« Bonjour, mon nom est Devin et je suis accro ! » Voilà une phrase qui résume bien les excès du Canadien Devin Townsend. Il a beau avoir arrêté l’alcool, les drogues (et même la viande) et toutes ces choses nocives pour la clarté de l’esprit, il a fini avec le temps par déporter son addiction sur la musique, au point qu’il reconnaît lui-même être « arrivé à un point où c’est devenu malsain. » Même Ziltoid, le personnage extra-terrestre sorti de son esprit, est un accro, en l’occurrence accro à la caféine. Alors on devine rapidement que Ziltoid n’est pas qu’un personnage, mais une partie de la personnalité de l’artiste lui-même. Cet artiste qui cherche perpétuellement à se comprendre à posteriori via ses œuvres. A posteriori, car Townsend semble ne pas préméditer ses concepts et parle même de « pilote automatique », alors c’est toujours après coup qu’il se surprend à voir un schéma psychologique se dessiner dans ses œuvres.

C’est ainsi qu’est née cette idée de bataille entre Devin Townsend, l’homme, symbolisé par Sky Blue, le premier disque de son nouvel album Z², et Devin Townsend, l’extra-terrestre sous le personnage de Ziltoid, symbolisé par Dark Matters, le second disque de ce même album. Un projet mastodonte qui s’étend au-delà même de la musique et qui, rien que par la fatigue extrême qu’a dû endurer l’artiste pour le concevoir, cristallise son caractère excessif, obsessionnel et compulsif dont il cherche à avoir la maîtrise. Eh oui, à l’instar de l’album Deconstruction et ses cheeseburgers grotesques, qui aurait cru que se dissimulerait tant de choses derrière une bête histoire de marionnette ? Parce qu’en effet, au départ, tout est parti d’une simple marionnette…

« Je réfléchissais : ‘[…] Si je ne fais pas ça correctement, ce sera un bordel si colossal que je ne peux pas me permettre d’être exténué là tout de suite.’ Mais je l’étais ! »

Radio Metal : Comment vas-tu ?

Devin Townsend (chant/guitare) : Je vais bien, je suis dans mon appartement aujourd’hui où ils testent l’alerte incendie, donc je suis dehors, à essayer de trouver le calme, car c’est tôt le matin ici et je suis entouré de quelques personnes. Mais de façon générale, je vais très bien. Il pleut enfin. C’est ma météo préférée !

Que penses-tu avec le recul de l’expérience Casualties Of Cool, musicalement mais aussi dans la manière dont tu l’as proposé aux fans avec la campagne de financement participatif ?

Musicalement, c’est très important pour moi. C’est l’un de mes albums favoris parmi tout ceux que j’ai réalisé et l’expérience live que j’ai vécue récemment était parmi mes préférées. Pour ce qui est du financement participatif, je suis partagé. D’un côté, c’était une magnifique expérience, une leçon d’humilité, et le fait que j’ai dès le début pu profiter d’un grand soutien de la part du public, c’était juste incroyable. Mais d’un autre côté, tu deviens ta propre maison de disque et ta propre entreprise de merchandising, et en conséquence ça amène des problèmes. Je ne veux surtout pas avoir le sentiment que les gens se sentent roulés ou arnaqués, et puis il y a aussi les problématiques d’envois de colis et tous ces éléments inconnus qui… C’est un boulot monumental ! Tu sais, désormais je suis beaucoup questionné par d’autres groupes, ils sont là : « Oh, alors lorsque tu fais une campagne participative, grosso-modo tu demandes juste de l’argent, ils te donnent de l’argent et ensuite tout le monde est heureux à tout jamais ! » Et je suis là : « Non, en fait, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne ! C’est un travail énorme ! » Je crois que si tu le fais mal ou sans la passion requise, tu prends vraiment le risque d’offenser les gens qui te soutiennent si ouvertement. La limite est ténue et j’ai trouvé ça instructif à bien des égards.

Tu t’apprêtes à sortir un nouvel album intitulé Z². Sur cet album, tu as utilisé ce que tu as baptisé le « Universal Choir » (NDT : « la chorale universelle ») qui est composé de tous les fichiers audio de fans chantants les parties que tu leurs as demandé de chanter et que tu as rassemblé. Avant ça, tu avais également sollicité la participation des fans pour le clip vidéo de « Lucky Animals ». Comptes-tu de plus en plus sur la participation des fans pour qu’ils fassent eux-mêmes partie du processus créatif ?

Je pense qu’en un sens oui, clairement. Mais, numéro un, je trouve que c’est amusant ! Et, numéro deux, sur internet, le média sur lequel on se repose tous tellement – 90% de mon travail c’est internet -, il est très facile de perdre de vue le fait qu’il y a d’autres êtres humains à l’autre bout du fil, ou que les gens qui écoutent ta musique et s’intéressent à ton travail sont en fait des êtres humains. De manière générale, j’ai tendance à être effrayé par les gens, en particulier lorsque je ne travaille pas. Je fais face à une anxiété sociale avec laquelle j’ai toujours bataillé. Et en impliquant les gens, que ce soit avec le clip de « Lucky Animals » ou bien le Universal Choir, en un sens, ça te force un peu à participer et te rendre vraiment compte que, ouais, c’est ça ton job, tu es impliqué dans un business lié aux personnes, tu fais de la musique pour les gens. Donc, en impliquant les gens, je crois que ça te permet de bien garder ça en tête et c’est important pour moi de le faire.

On dirait qu’à mesure que tu avances, tu fais appel à des chœurs de plus en plus gros. On dirait presque une obsession chez toi…

Eh bien, tout ce que je fais, plutôt qu’une obsession, c’est une compulsion. « Obsession », ça sonne comme quelque chose hors de mon contrôle, alors qu’une compulsion c’est quelque chose que je contrôle vraiment et je le fais parce que je l’apprécie. J’ai toujours aimé l’idée des gros chœurs mais j’aime aussi l’idée de petits chœurs et de quartets. Mon esprit musical s’intéresse à énormément de dynamiques différentes. Si je me retrouve, dans ma carrière, en position de pouvoir rendre ça possible, alors pourquoi ne le ferais-je pas ?

Tes précédents albums étaient des réponses les uns aux autres. Quel genre de connexion y a-t-il donc entre Sky Blue et Dark Matters ?

Je dirais que le concept de l’album c’est une sorte de bataille entre Ziltoid et les humains. Et bien évidemment, Ziltoid et les humains me représentent moi. Donc, conceptuellement, je suppose que c’est une sorte de lutte intérieure entre, peut-être, deux styles musicaux différents. Donc, Dark Matters et Sky Blue semblent avoir une importance dans le fait qu’ils représentent les côtés opposés. Sur les illustrations sont représentées les parties opposées de la bataille, les équipes opposées. Je crois que c’est là-dessus que le concept repose, mais en pratique, ça a plus à voir avec le fait que je voulais vraiment faire un album de Ziltoid. Je le voulais vraiment. Et c’était un accord que j’ai conclu avec tous ceux qui sont impliqués dans ma carrière où ils disaient : « Eh bien, est-ce que tu aurais un autre album dans le genre du Devin Townsend Project ? Parce que si tu as moyen de faire quelque chose dans cet esprit, ça pourrait aller plus loin avec nous et nous pourrions investir plus d’argent dans sa promotion… » En conséquence de ça, je pouvais trouver le moyen, grâce au financement participatif, de financer les marionnettes et tous les trucs marrants que je souhaitais faire. Donc le problème pratique était qu’il était important pour moi de faire deux albums. Ensuite, le concept a fini par se greffer dessus.

« J’aurais aimé pouvoir dire que je suis le genre de type qui [pense] que les aliens sont là, mais pour être franc, je suis trop occupé à essayer d’accorder des trombones pour vraiment m’inquiéter de ces conneries. [Rires] »

Mais pensais-tu à ce lien entre les deux albums, le fait qu’ils allaient se retrouver ensemble, au moment où tu les écrivais ?

Oh ouais, absolument. Mais je crois aussi qu’il est important pour moi de dire que je ne passe jamais beaucoup de temps à décider consciemment les thèmes et concepts de la musique. J’ai vraiment le sentiment qu’il est important pour moi d’être en pilote automatique lorsque je créé, et donc ces choses évoluent en fonction de la nature même de comment la vie est menée. Et vraiment, c’est tout : je ne fais que suivre où ça m’emmène et je crois que c’est la raison pour laquelle il était important pour moi d’arrêter de boire et toutes les choses que je faisais qui étaient mauvaises pour mon esprit, car si tu es en pilote automatique, il est bon de l’être avec un esprit clair, car ainsi tu peux vraiment suivre tout ce qui se passe plutôt que de plaider l’ignorance pour ça. Mais je ne l’ai vraiment pas décidé ainsi, ça a juste, en quelque sorte, évolué ! [Rires]

Y a-t-il un lien concret entre Sky Blue et l’histoire de Ziltoid ?

Je ne sais pas si d’un point de vue des paroles il y a un lien. J’ai beaucoup joué avec ça pendant un moment mais ça ne semblait faire rien d’autre que compromettre les deux. Je crois que le lien est plus dans le fait qu’ils fonctionnent indépendamment et, en un sens, en conséquence, se contredisent l’un et l’autre. J’ai expérimenté en tentant de les lier par les paroles et ça semblait juste rendre l’ensemble encore plus maladroit que ça ne l’est.

Tu as déclaré que cet album t’as défié d’une façon dont tu n’imaginais même pas pouvoir être défié. Peux-tu développer ce que tu voulais dire ?

Lorsque j’avais fini Casualties Of Cool, c’était devenu un double album. Même si l’un des deux disques était plus un album de démos, c’était un double album et ça avait donc représenté beaucoup de travail. La campagne participative c’était beaucoup de travail. Les enfants, la famille… Pleins de choses domestiques… Ensuite après le financement participatif, il y a eu des tournées et à ce stade, c’était déjà trop. Mais ensuite, tout d’un coup, je me suis enfin retrouvé avec la possibilité de faire mon spectacle de marionnettes. C’est quelque chose que je veux faire depuis mes huit ans ! Et aujourd’hui est le moment pour m’y mettre. J’ai donc choisi de faire ça, et parmi toutes ces choses que j’avais listées précédemment, il y avait aussi ce mastodonte Z² à faire, avec deux albums, un spectacle de marionnette, un artwork intense, l’Universal Choir et les orchestres… Tous ces problèmes qui venaient avec. En pratique, en venir à bout c’était… J’étais fatigué ! [Rires] Tu vois ? Arrivé au moment où j’étais déjà exténué, j’étais là : « Oh mon dieu, je me suis déjà engagé là-dedans ! » Non seulement je m’y étais engagé mais, comme je l’ai dit il y a une minute, je ne sais jamais quelle route ça va prendre. Je ne me suis pas engagé dans Z² en me disant que ça allait être ce monumental projet avec tous ces problèmes qui allaient venir avec. Mais ensuite, après une semaine à travailler dessus, je me disais : « Oh merde ! » Genre, on a deux milles voix pour l’Universal Choir, comment on fait ça ? Comment on assemble tout ça ? Quelle est la bonne façon de faire ça ? On a des orchestres avec lesquels ils y a des problématiques d’accordage, toutes sortes de choses. Et ensuite je réfléchissais : « Bon Dieu, je ne peux pas ne pas faire ça correctement. L’opportunité s’est présentée, si je ne fais pas ça correctement, ce sera un bordel si colossal que je ne peux pas me permettre d’être exténué là tout de suite. » Mais je l’étais ! Donc… [Rires] La combinaison de tout ceci représentait donc un grand défi.

Tu as aussi dit qu’avec le premier album de Ziltoid tu voulais démontrer pouvoir faire les choses pour $500. Au final on dirait que ce premier album était une sorte de blague de ta part et que tu as fini par te faire surprendre par ta propre blague…

[Rires] Je ne te le fais pas dire !

…et le potentiel qu’elle a révélé. Est-ce ainsi que les choses se sont passées ?

[Rires] C’est exactement ça ! Je veux dire que je ne considérais pas le premier Ziltoid comme une blague, ce n’est peut-être pas le meilleur terme, mais ça a sans conteste été fait à la légère, dans le sens où je me fabriquais une marionnette et, tout d’un coup, j’ai pensé : « Eh bien, je vais avoir besoin d’une chanson thème, » et ensuite la chanson thème est devenue plusieurs chansons et ensuite un album et ensuite de petites vidéo YouTube débiles et toutes ces choses. Mais très rapidement, je me suis rendu compte que Ziltoid représentait quelque chose d’autre qu’une simple marionnette et que c’était, je suppose, un moyen pour moi de me comprendre. Ça a grandi d’une telle façon que, d’un coup j’étais là : « Putain de merde ! Les gens ont des tatouages Ziltoid, ils ont des marionnettes Ziltoid, Ziltoid, Ziltoid, Ziltoid… » Et je pensais : « Ok, eh bien fais-le à nouveau ! Tu dois le faire à nouveau. Tu dois y apporter une conclusion d’une certaine façon. Ou tout du moins poursuivre. » Donc, sans même parler des efforts que ça a demandé, avec les problèmes pratiques que je viens juste d’évoquer venaient aussi un certain sens de la responsabilité. Je ne voulais pas que Ziltoid soit une sorte d’entité diabolique étrange. Je ne voulais pas en faire un méchant… Les enfants aiment le personnage et j’avais le sentiment de devoir avancer sur le fil du rasoir pour pouvoir aborder Ziltoid l’esprit clair. Mais ouais, ça a débuté comme étant la chose d’une seule personne et sur cet album il y a désormais des milliers de personnes ! [Rires]

« La quantité de travail que j’ai abattu est très indicative de ma nature obsessive. […] Je dois trouver des solutions pour que ça ne devienne plus une obsession. »

En fait Dark Matters a un côté très cinématographique. Est-ce que ce pourrait être ton Star Wars audio ?

C’était là toute l’idée ! Exactement ! Jusqu’à ce que quelqu’un veuille de moi pour faire une bande originale d’un film, ce qui ne m’a encore jamais été proposé jusqu’ici, alors je vais devoir le faire moi-même, n’est-ce pas ? [Rires]

Est-ce que tu visualisais des scènes de film dans ta tête ?

Complètement ! Absolument ! D’un bout à l’autre. En fait, c’est la raison pour laquelle la musique est ce qu’elle est. Je veux dire que c’est une musique un peu compliquée et certaines parties sont structurées d’une manière un peu avant-gardiste. Et je pense que si ça avait été présenté seul, ce serait devenu de la simple musique masturbatoire mais si c’est prévu pour illustrer un certain scénario visuel, alors tu peux vraiment exploiter ces types de structures très efficacement.

As-tu une relation particulière avec les croyances liées aux extra-terrestres ?

[Rires] Non. Je veux dire que j’aime les marionnettes et j’aime Star Wars. Donc… [Rires] J’aurais aimé pouvoir dire que je suis le genre de type qui soit croit aux théories du complot, soit passe beaucoup de temps à penser que les aliens sont là ou peu importe, mais pour être franc, mec, je suis trop occupé à essayer d’accorder des trombones pour vraiment m’inquiéter de ces conneries, tu sais. [Rires]

Dans l’ensemble, Sky Blue contient un peu d’Ocean Machine, un peu de Terria, un peu d’Accelerated Evolution, un peu d’Epicloud, etc. Comme si tu résumais ce que tu es ou a été. Dirais-tu avoir désormais un bon recul sur ta discographie passée ?

Ouais, je pense aussi que j’apprends. J’admettrais que ma capacité à me comprendre est limitée. Donc une bonne part de tout ce que je fais artistiquement est, en un sens, une façon pour moi de me comprendre. Et cet album, Sky Blue, a fini par devenir un résumé de tout ça, basé sur un concept – tu sais, Ziltoid qui devait partir en bataille contre l’autre part de moi-même, ou peu importe. Mais vraiment, ce résumé de ce que je suis avec Sky Blue n’était pas tant une idée intentionnelle et préméditée que « voilà juste ce qui s’est passé. »

Certaines chansons sur Sky Blue sont très proches d’Epicloud dans leur côté très lumineux et pop (« Universal Flame », « Sky Blue »). Une chanson comme « Silent Militia » a même un côté dance floor. Est-ce tu t’es senti désinhibé de faire une musique plus ouvertement pop après l’expérience Epicloud ?

Je pense avoir toujours apprécié ça, même sur Ocean Machine il y a une chanson comme « Life » et sur Terria il y a « Stagnant ». Ca a toujours été quelque chose qui m’a intéressé et qui m’intéresse toujours. J’ai l’impression de m’imposer moi-même certains paramètres dans le simple fait d’être impliqué dans le heavy metal et ne voulant pas que ça paraisse pas cool ou peu importe. Mais j’apprécie beaucoup ce type de musique, vraiment. « Bonjour, mon nom est Devin et je suis accro ! » Je crois donc que, à mesure que ma carrière va progresser, ça deviendra de moins en moins inhibé. C’est encore un peu inhibé mais peut-être qu’un jour je ferais un pur album de pop, et peut-être qu’un jour je ferais un album de country, ou peut-être que je ferais un album orchestral… Qui sait ? Mais je pense que c’est un processus pour comprendre tout ça et ça prend simplement du temps.

En 2011, lorsque Deconstruction et Ghost étaient sortis, tu nous avais dit que ta vie était « odieusement normale », que tu ne jouais plus avec le feu, ne buvais plus, ne prenais plus de drogues. Est-ce qu’il se pourrait que ce soit pour combler le vide laissé par toutes ces choses que tu es devenu si prolifique en musique ces dernières années, bien plus que tu ne l’étais par le passé ?

Absolument. Et s’en est arrivé à un point où c’est devenu malsain. L’obsession, l’addiction et toutes ces choses se manifestent de toutes les manières possibles. Pour moi, mes objectifs sont de continuer à, pas essayer de m’en débarrasser, mais essayer de comprendre pourquoi ça apparaît et pourquoi ça se produit. La quantité de travail que j’ai abattu est très indicative de ma nature obsessive. Mais je le sais. Je n’en suis pas inconscient. Que ça se soit manifesté d’une telle manière n’est pas quelque chose qui me surprend. Mais mes objectifs désormais sont, pas nécessairement de ralentir, mais de trouver des moyens de canaliser ça. C’est mon boulot, j’en suis très fier et je l’adore, mais je dois trouver des solutions pour que ça ne devienne plus une obsession. Je suis curieux de voir par quelle voie ça ressortira la prochaine fois ! [Rires] Peut-être deviendrais-je obsédé avec les trains miniatures ou quelque chose comme ça, qui sait !

En fait, tu t’es montré excessif de bien des façons dans le passé, que ce fusse avec ta musique ou bien ta propre personnalité. Dirais-tu, donc, que tu es toujours un homme excessif, dans la mesure où très peu d’artistes semblent être aussi méticuleux et aller aussi loin que toi avec leur art, que ce soit la musique ou les shows spectaculaires que tu as pu faire ?

Je le pense, oui, clairement. En revanche, est-ce que je pense que c’est nécessairement une mauvaise chose ? Pas vraiment. Je pense que c’est une mauvaise chose si ça devient malsain. Mais vraiment, cette obsession me permet de faire des choses que je trouve vraiment excitantes et intéressantes pour les gens. Tant que je suis capable de conserver une sorte d’équilibre personnel, alors je dois considérer ça comme étant qui je suis, comme faisant partie de ma personnalité et je ne crois pas que ce soit un défaut. Je crois que c’est ainsi que les cartes ont été distribuées.

« Je crois que ce qui est mis en évidence dans nombre de mes processus de création, c’est la faible estime que j’ai de moi. »

Tu nous as dit dans une interview passée que tu contrôlais « [ton] art et [ta] musique de mieux en mieux » et que « se contrôler soi-même, son esprit, son art, c’est quelque chose à laquelle on doit s’entraîner. » Malgré ça, y a-t-il de la place pour la spontanéité dans ton art ou bien tout doit-il être méticuleusement contrôlé ?

La chose qui était si excitante pour moi avec les concerts de Casualties Of Cool que j’ai donné il y a deux semaines – nous avons donné un concert à Helsinki et deux au Royaume Uni -, c’est que c’était totalement improvisé. On a pris le cadre [de l’album] mais on a improvisé d’un bout à l’autre. En conséquence, aucunes des chansons n’étaient identiques à ce qu’elles étaient sur l’album. Avec l’opportunité qu’on a eu de faire ça, je me suis rendu compte à quel point j’en avais ardemment besoin, car c’est une part énorme de la musique. Jusqu’à ce jour, et même si mon travail a été si méticuleux, l’improvisation se produisait pendant les phases de composition. J’avais une idée et ensuite je lui permettais d’emprunter n’importe quelle direction. Mais tu as raison : en concert, ça a toujours été très structuré et très méticuleux. Mais honnêtement, ces concerts de Casualties Of Cool que j’ai donné la semaine dernière étaient presque exclusivement improvisés et, mec ! J’adore ça ! Donc, je suppose que tout dépend de ce que le scénario exige.

Ne serais-tu pas intéressé de faire ça sur un album également ? Un album qui se reposerait davantage sur la spontanéité et serait enregistré live avec uniquement ton groupe sans ajout de couche supplémentaire…

C’est ce qui est prévu pour le prochain album de Casualties Of Cool. Grosso-modo, ce qui est prévu, c’est d’arriver avec quelques idées, rassembler le groupe, faire venir [le batteur] Morgan [Ågren] de Suède, entrer en studio à Vancouver et simplement enregistrer pendant une semaine pour voir ce qui en ressort, et ça, ce sera l’album. Voilà quel est le plan pour le prochain disque, absolument.

Au sujet de Deconstruction, tu as dit que tu « devais faire un truc très compliqué qui dirait : ‘Hé, les complications ne m’intéressent pas’ » et que tu te sentais « très proche de Casualties parce qu’il n’a pas ce mur de son. » Tu disais à quel point ce « mur de son » avait fini par t’ennuyer et que ça ne t’intéressait plus autant qu’avant. Comment expliques-tu donc que tu sembles toujours y revenir, à cette musique compliquée, comme sur Dark Matters ? N’est-ce pas contradictoire ?

Je crois que c’est contradictoire si tu regardes mes déclarations comme étant plus que des réactions immédiates à ce qui se passe. Je pense que si je dis que ça m’ennuie et que la perception est que ça m’ennuie de manière générale, alors oui, c’est contradictoire. Mais généralement, lorsque je dis que ça m’ennuie, à ce moment précis, ouais, ça m’ennuie vraiment, alors je m’en vais faire quelque chose de différent. Mais après, il y bien sûr a une partie de moi qui apprécie vraiment ça, et ça prend beaucoup de temps, parfois pas trop longtemps, mais ça prend du temps quand même, pour refaire monter mon intérêt dans ce genre de choses. Donc oui, il y a des fois où j’en ai marre, des fois où j’en ai aussi marre de dormir ou de manger des patates, mais arrive un moment où je suis à nouveau fatigué et où j’ai à nouveau faim, donc voilà.

Dans le dossier de presse tu es cité affirmant : « J’espère que Z² offre un media pour que les gens puissent voir que je suis capable de beaucoup de choses. » As-tu vraiment essayé de prouver quelque chose aux gens avec ceci ?

Je crois au moins avoir essayé de me le prouver à moi-même. Je crois que ce qui est mis en évidence dans nombre de mes processus de création, c’est la faible estime que j’ai de moi. Donc une bonne part de ce que j’essaie de prouver, j’essaie de me le prouver à moi-même. Donc oui, dans cet album il y a effectivement une part où j’essaie de prouver aux gens que je ne suis pas simplement un chanteur de heavy metal, mais au-delà de ça, je crois que c’est plus pour moi.

Et apparemment tu as eu recours à de l’hypnothérapie et à de l’autoanalyse. Est-ce que ça a été bénéfique ? Qu’as-tu appris ?

Je n’ai pas appris plus que j’en savais déjà mais je suppose que ça ma permis de faire taire mon côté auto-critique. Je passe beaucoup de temps à me saboter moi-même. Avec celui-ci, j’ai pu, peut-être, être capable de dire : « Regarde, tu n’as pas besoin de saboter ceci. Tu as juste besoin de le concrétiser et en faire ce qu’il appelle à être. Ces mécanismes que tu as utilisés pendant tant d’années pour saboter ta propre créativité ou faire quelque chose pour ensuite le réduire en cendre par égard pour… peu importe, peut-être est-ce le moment d’aller un peu au-delà de ça. » Ce n’était donc pas forcément une histoire de hippie ; c’était plus que j’ai parfois du mal à m’écouter et trouver le moyen de répondre à mes propres questions, c’était du genre : « Oh, c’est simple comme bonjour ! »

Tu va donner un spectacle pour Ziltoid au Royal Albert Hall de Londres l’année prochaine. Tu as dit que tu allais emmener ce que tu as fait pour Retinal Circus au niveau supérieur. Plus précisément, à quoi peut-on s’attendre ?

Je ne peux pas vraiment le révéler, mais Ziltoid est très théâtral et possède un gros potentiel pour plein de choses marrantes. Je veux vraiment proposer un spectacle qui sera génial pour les gens. J’aime les trucs de science fiction, j’aime les trucs musicaux, j’aime les trucs métaphoriques. Mais au bout du compte, Ziltoid, en tant que personnage, offre une tonne de possibilités pour mettre sur pied un super et amusant spectacle. Sans pouvoir encore révéler les choses : soyez prêts ! [Rires]

Interview réalisée par téléphone le 18 septembre 2014 par Spaceman.
Retranscription, traduction et introduction : Spaceman.

Site internet officiel de Devin Townsend : www.hevydevy.com.
Site internet officiel de Ziltoid : www.ziltoid.com.



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