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Nouvelles Du Front   

Devin Townsend ne veut pas tomber dans la caricature


Devin Townsend partage un sérieux nombre de points communs musicaux et professionnels avec Frank Zappa. Sa créativité prolifique et infinie, évidemment, qui se concrétise en une discographie qui, s’il continue ainsi, se rapprochera en nombre de sorties de celle de son maître, mais également une propension innée, gage d’un talent fou, à ne pas se cloisonner à un style en particulier mais à en pratiquer un grand nombre avec un brio certain. 

Les points d’accroche avec l’univers de Zappa ne sont pas près de disparaître ; car pour l’un de ses derniers projets qui va bientôt voir le jour, l’album Casualties Of Cool, qui sera, comme il l’avait déclaré dans le numéro de novembre 2012 du magazine anglais Metal Hammer, le sixième et dernier album du cycle The Devin Townsend Project, il a choisi de s’accompagner d’un batteur connu entre autres internationalement pour jouer une partie du répertoire de Zappa : le suédois Morgan Agren. Pas de doute, ces deux-là devraient s’entendre. Casualties Of Cool sortira donc normalement en mai 2014, dans le registre d’un « Johnny Cash hanté », avant de voguer vers une autre sphère de sa bipolarité musicale, le projet Z2 qu’il veut, avant toute chose, différent et original, même si c’est la suite d’une réalisation précédente. Pour ne pas tomber dans la répétition tout en restant prolifique.

Casualties Of Cool pourrait-il être d’une certaine manière une réminiscence de Ki, le volet ambiant/prog de la tétralogie formé entre 2009 et 2011 avec Addicted, Deconstruction et Ghost ? Sûrement pas, car « Hevy Devy » a clairement indiqué la singularité de ce nouvel opus, « une musique de couche-tard, sonnant de manière complètement isolée et différente de tout ce que j’ai fait ». Pourtant, il y a un lien entre ces deux albums, c’est la participation de la chanteuse canadienne Ché Aimee Dorval, qui chantait sur le titre « Gato » de Ki et qui, cette fois-ci, voit son rôle agrandi à un duo avec Devin sur tout l’album : « Ché chante la plupart des chansons, et c’est probablement le reflet le plus vrai de qui je suis dans la vie en ce moment. » Et ça, ce n’est une surprise pour personne : chaque nouvelle réalisation de Devin Townsend, peut-être plus encore que chez d’autres artistes, est la photographie de ce qu’est le personnage à un instant T. Voilà d’ailleurs peut-être une des raisons de la carrière prolifique en albums du Canadien : victime de bipolarité, il passe facilement d’une émotion à l’autre, et transformer ce flux d’émotion en un album est un moyen de graver dans le marbre une période de sa vie qui n’apparaîtra peut-être jamais plus.

Casualties est ainsi apparemment un album plutôt intime, (comme Ki), même s’il est surtout chanté par une autre, et ne répond selon lui à aucune attente extérieure sauf un besoin personnel : « « C’est la première fois qu’en fait je fais un album pour moi-même en 20 longues années. […] Casualties est quelque chose de vraiment important pour moi, pour représenter le fait que j’aime toujours la musique, et que je fais toujours cela pour moi, ce qui est aussi quelque chose de rare au point où j’en suis arrivé. », déclarait-il en novembre 2013 à Songfacts. Un retour aux sources sur sa propre motivation à faire de la musique, qui lui apparaît comme essentiel aujourd’hui, et c’est dans ce sens que cette étape est cruciale pour naviguer vers sa prochaine folie Ziltoid 2, compliquée, intense et énergivore, à l’image de ses travaux les plus connus. Casualties sera « vraiment calme, vraiment sombre, vraiment folk », à l’opposé donc d’un Epicloud positiviste grandiloquent qu’il considère comme plutôt « commercial » dans le bon sens du terme, porté notamment par la voix puissante de la Hollandaise Anneke Van Giersbergen, loin de celle de son amie de Vancouver, « qui a cette voix Bluesy incroyablement détachée ». Un contrepoint d’Epicloud, et une réaction artistique à celui-ci, avant de se replonger dans un autre aspect de sa personnalité musicale.

Cet autre aspect, c’est ainsi Ziltoid 2. Ziltoid The Omniscient, le premier volume sorti en 2007, était une sorte d’opéra metal comique ponctué d’une narration et de morceaux épiques mettant en scène un personnage fictif extra-terrestre, le bien-nommé Ziltoid, à la recherche de l’ultime tasse de café. Cet album, au-delà de la démarche originale, est surtout le plus « solo » de tous les albums réalisés par Devin Townsend, car il en réalisa strictement tous les aspects, de la batterie faite à partir de Drumkit From Hell, un plug-in de sons de batterie enregistrés par un de ses modèles, le batteur de Meshuggah Fredrik Thordendal, jusqu’à la production et au mix en passant par tous les instruments et voix présents sur l’album.

Le second volume reste sur le même procédé, à la différence près que le Canadien a déjà entamé les hostilités en réalisant 42 épisodes d’une émission intitulée Ziltoid Radio sur une radio londonienne, TeamRock Radio, animées par le fameux Ziltoid, qui font indirectement partie du projet Z2, et dont la diffusion de quelques épisodes a commencé. Un projet qui inclut également une extension télévisuelle, ZTV ou Ziltoid TV qui n’a pas encore été diffusée, mais qui apparemment s’est révélée onéreuse pour Townsend. Cette version TV devrait inclure le petit personnage animé au cœur d’un talk-show où sont invités des personnalités et des artistes. Trois épisodes pilotes sont en cours de réalisation et serviront de préface à l’album, qui lui verra le jour dans un an et demi environ, selon les dires de l’artiste, même si l’enregistrement devrait démarrer en mai selon ses dernières déclarations.

Ce projet multimédia est donc une façon pour lui d’ « éviter d’être une caricature » et « de ne pas se répéter ». Il y a évidemment un écueil important à éviter pour Devin Townsend ; si sa créativité débordante est un atout, noyer son audience d’albums et de sorties peut aussi la lasser et l’emmener sur le terrain périlleux de la redite ou du déjà-vu. Un peu comme Zappa, oublié du grand public malgré une œuvre immense et une discographie gargantuesque. Et c’est peut-être pour cela, que malgré le fait d’avoir déjà composé la bagatelle de soixante-dix chansons pour Z2, Townsend n’est pas satisfait, car il regrette de ne pas avoir « LA chanson ». Privilégier la qualité à la quantité reste donc un précepte essentiel, même quand on est un accroc de composition comme Devin Townsend, autant pour lui-même et son envie de créer, que pour son public et son envie de continuer à se repaître de ses œuvres.



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