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Live Report   

Devin Townsend Project : les codes ont sacrément changé


Un Epic Industrialist Tour, c’est quoi ce truc ? Un bon dictionnaire le définirait comme un hybride entre quelques poids lourds de notre genre préféré, groupes cultes au moins pour les deux têtes d’affiche. Jugez plutôt. D’un côté, un Canadien déjanté armé d’un nouvel album, Epicloud, lumineux, spatial, orchestral de bien belle facture. Vous avez reconnu Devin Townsend et son Project. De l’autre côté, des Américains, maîtres incontestés en leurs temps du metal indus, qui reviennent avec The Industrialist, nouvel album qui confirme le retour de Dino Cazares au sein de Fear Factory. Les deux formations tiennent chacun à leur tour le rôle de tête d’affiche et ce soir, le Devin Townsend Project s’y colle. Cerise sur ce beau gâteau, sur cette date (comme sur celle d’Anvers) les Marseillais de Dagoba ouvrent le bal.

Le Devin Townsend Project, Fear Factory, Dagoba, vous reconnaîtrez aisément qu’il y a plus moche comme affiche ! Avouez, qu’au fond de vous, vous vous dites : « Fichtre, zut, diantre, pourquoi n’y suis-je pas allé ? ». Pas grave, suivez-nous, nous vous disons tout sur cette date de l’Epic Industrialist Tour, hybride aux allures bien sympathiques qui devrait très certainement titiller les tympans des petits et des grands.

Artistes : Devin Townsend ProjectFear FactoryDagoba
Date : 10 décembre 2012
Salle : Bataclan
Ville : Paris

Une demie-heure, c’est court pour un show de Dagoba.

Dagoba entre sur scène à 19h00 pétantes devant un parterre encore clairsemé. Trente minutes de set, c’est court, il faut convaincre rapidement. Les gars dégainent donc une setlist de classiques. Six titres dont trois issus de What Hell Is About. Rien de nouveau pensez-vous donc pour celles et ceux qui suivent régulièrement les Phocéens. Détrompez-vous car sur scène Yves Terzibachian est à la guitare en remplacement d’Izakar qui a quitté le groupe l’été dernier. Au-delà du sempiternel et lassant « c’était mieux avant », force est de constater qu’Yves est plus en retrait que son prédécesseur. Pour celles et ceux qui découvraient le groupe pour la première fois, disons que ce soir Dagoba n’a pas livré sa meilleure performance. Les ingrédients sont pourtant là. Shawter et Werther sont ultra dynamiques, le chanteur demandant un « wall of death » sur ‘It’s All About Time’ et obtenant de la part des fans les plus assidus, ceux qui applaudiront le groupe tout au long de leur prestation, un timide résultat mais un résultat quand même. Le vocaliste obtiendra aussi un « circle pit » sur ‘The White Guy (and The Black Ceremony)’. Franky participera comme à son habitude à l’animation du concert en prenant le micro pour haranguer la foule, remercier les têtes d’affiche. Toutes les composantes d’un concert des Marseillais sont donc présentes, jusque dans les détails puisque les pieds de micro sont aussi là, de même qu’un drap reprenant le logo du groupe avec la tête de mort pour habiller le fond de scène. Pourtant la sauce ne monte pas, il manque l’essentiel, ce qui rend les sorties de Dagoba si géniales : l’impact, ce côté « dans ta face » sont absents.

Le son n’est pas au rendez-vous, ce qui peut être un élément d’explication. Et si nous voulons chercher plus, fouiner en quelque sorte, nous nous hasarderons à dire que l’attitude d’Yves, plus en retrait, rompt l’équilibre du quatuor et lui fait perdre en cohésion et en force de percussion. Ou tout simplement s’agit-il d’un mauvais soir. Espérons-le. En tous les cas, même s’il n’est pas sûr que le combo ait rallié beaucoup de fans sous leur bannière à l’occasion de ce concert, nous attendons tout de même leur retour en 2013, en live et avec un nouvel album, comme Shawter l’a annoncé.

Setlist de Dagoba :

Nightfall And All Its Mistakes
The Man You’re Not
Black Smokers
It’s All About Time
The Things Within
The White Guy (And The Black Ceremony)

Impressionnant Dino Cazares (Fear Factory)

Après une vingtaine de minutes d’attente, la salle replonge dans l’obscurité et quelques spots parent la scène de rais lumineux. L’Usine de la Peur ouvre ses portes à la plus grande joie des fans. D’emblée, deux choses sont à noter : la foule est plus compacte, le son est meilleur. De bon augure pour la suite.

A tout seigneur, tout honneur, ‘The Industrialist’ issu du dernier album éponyme démarre le concert avant que les Californiens ne lâchent une triplette issu de Obsolete, qui nous ramène en 1998 et nous rappelle la longévité du groupe. Burton C. Bell considère d’ailleurs que cet album constitue l’apogée de leur carrière. N’allez pas en déduire pour autant que nous avons droit ce soir à un combo fini car même si l’essentiel de la setlist est issue des années quatre-vingt-dix, sur scène, le groupe est bien vivant. Burton est bien installé dans son rôle de leader, répétant régulièrement que le groupe va jouer ce soir des nouveaux morceaux et des anciens morceaux. Physiquement, il s’impose, étant le plus souvent posté tout devant la scène, au plus près du public. Il est soutenu dans l’animation scénique par son compère de retour Dino Cazares et par le bassiste Matt DeVries. Les deux musiciens, campés sur leurs jambes de part et d’autre de la scène, headbanguent, changent régulièrement de côté, le bassiste offrant avec sa crinière blonde un contraste amusant avec la noire chevelure de Dino.

Ça contraste avec Matt DeVries (Fear Factory)

Voilà pour l’ambiance côté scène que l’habillage lumineux maintient dans une certaine pénombre. Côté public, les fans apprécient la prestation, chantant spontanément dès que l’occasion se présente comme sur le passage clair ‘Smasher / Devourer’ ou sur ‘LinchPin’ à l’invitation du chanteur qui remerciera Paris assurant qu’il est bon d’être de retour.
Le très enlevé ‘Recharger’ nous ramène au dernier album et offre l’occasion à Burton de poser LA question, à savoir qui dans l’assistance possède le dernier album. Vu le peu de bras qui se lèvent, a priori pas grand monde. Une bonne chose donc pour l’ambiance que le groupe n’ait pas centré sa setlist sur ce dernier opus. Néanmoins les pogos qui secouent la fosse montrent que le public ne rejette pas totalement le morceau. Peut-être préfère-t-il tout simplement les anciens morceaux comme le laissent croire les applaudissements qui accueillent le vocaliste quand, en prélude à ‘Martyr’, il nous rappelle que l’album Soul Of A New Machine dont il est issu a déjà vingt ans !

De son côté, Dino adresse souvent des signes et de larges sourires aux fans ce qui est très agréable et preuve du plaisir qu’il prend à être sur scène. Le guitariste introduira la suite, indiquant que les quatre prochains titres que le groupe va exécuter sont tous issus du deuxième album, Demanufacture, album dont le groupe est très fier. A cette occasion, Dino demande à avoir un énorme circle-pit, « a big fuckin’ old school trash circle pit », selon ses propres mots. Et cela fonctionne plutôt bien puisque les fans répondront avec plaisir à cet appel.

‘Demanufacture’, le morceau, attaque cette série avec un chant hurlé particulièrement bien réussi et un public qui reprend en chœur les « I’ve got no more goddamn respect ». ‘Self Bias Resistor’ confirme que l’intensité est montée d’un cran au Bataclan où la communion entre le public et le groupe fait plaisir à voir. Sur scène, bassiste, guitariste et chanteur headbanguent en rythme.

On ne cessera donc jamais de parler du chant clair de Burton C. Bell (Fear Factory)…

Avant d’attaquer ‘Replica’, Burton remercie une dernière fois le public, salue Dagoba et DTP et le groupe termine sur un final vraiment intense et n’oubliera pas de serrer quelques mains de fans avant de quitter définitivement la scène. Belle attitude.

Mais, car il y a un mais et de taille, ce tableau idyllique reste néanmoins gâché par la restitution live des chants clairs. Ils font partie de l’identité du groupe, de son originalité et, en toute franchise, ils ont été massacrés ce soir. ‘LinchPin‘ en est la parfaite illustration. Du coup, il reste un arrière-goût désagréable, un sentiment de gâchis à la fin de ce set par ailleurs si généreux avec un groupe à l’attitude très positive et très accrocheuse, qui assure vraiment, sans oublier des titres imparables – la setlist de ce soir est même légèrement différente de celle de Strasbourg. C’est bien dommage.

Setlist de Fear Factory :

Industrialist
Schock
EdgeCrusher
Smasher Devourer
PowerShifter
LinchPin
Recharger
Martyr
Demanufacture
SelfBias Resistor
Zero Signal
Replica

Une fois les Américains partis, les techniciens s’affairent sur scène afin de la préparer pour l’artiste suivant. Originalité « townsendienne », les fans peuvent patienter pendant cet intermède en profitant des images diffusées sur l’écran installé en fond de scène. Pizza boomerang, aérobic pour caniches ; le ton est donné : ce soir pas question de se prendre au sérieux.

Devin Townsend : on n’est pas là pour faire la gueule.

Il est 21h20 quand ‘SuperCrush’ ouvre le bal entamant une setlist qui puise dans la production du Canadien de manière assez large avec des titres issus des œuvres estampillées Devin Townsend, Devin Townsend Band et Devin Townsend Project.

Le son et l’interprétation des morceaux atteignent enfin le niveau de qualité requis pour profiter pleinement de la prestation. Et quand nous parlons de prestation, Hevy Devy nous emmène dans une dimension bien particulière. Oubliez les concerts traditionnels : le guitariste casse tous leurs codes, en particulier avec son sens du théâtral et de la dérision. La preuve : toutes ses poses, toutes ses mimiques plus bizarres les unes que les autres mais qui gardent toujours cette force sympathique et clownesque. Les larges sourires de Devin contribuent aussi à cette impression positive et ses vannes fréquentes confirment cette ambiance différente. Il y a celle sur le côté « gay » d’avoir des marionnettes à un concert de metal alors qu’à la fin de ‘OM’, l’écran affiche le nom de Meshuggah avec une marionnette qui joue de la guitare. Ou encore l’allusion à Slash quand Devin dit « I feel like Slash » en introduction de ‘Where We Belong’.

Le public adore et répond immédiatement présent comme sur ‘Truth’ où il scande des « Hey ! Hey ! Hey » pour soutenir le morceau.

La bonne gueule de Devin Townsend

Côté scène, celui qui attire tous les regards et assume toute l’animation scénique est bien entendu Devin. C’est la star de ce soir. A ses côtés, Brian Waddell à la basse restera juché sur sa plateforme tout comme Dave Young à la guitare, même si ce dernier assurera un solo de ‘Vampiria’ juché sur la plateforme centrale, celle de Devin. Ryan Van Poederooyen, occupé aux fûts adressera tout de même quelques signes aux fans. Le spectacle est complété par les images qui défilent sur l’écran soulignant le côté délirant de la soirée. Sur ‘Vampiria’, Devin apparaît déguisé en diable dans un film au format bandes dessinées tandis que sur ‘Lucky Animals’, le public a droit à des images débiles d’animaux !

Pour enfoncer le clou de la dérision, le Canadien introduit ‘Lucky Animals’ en disant qu’il s’agit du morceau le plus insupportable qu’il ait écrit. Pour le jouer, le chanteur s’affublera d’un serre-tête avec une espèce de nœud papillon sur le sommet du crâne. Toujours dans l’introduction de ce titre, Devin débattra du fait d’être cool, assurant que lui-même n’est pas cool car il joue avec des marionnettes, proposant au public d’être ridicule avec une chorégraphie basée sur les mains que les fans doivent agiter au-dessus de leur tête, et ce dans le but d’accompagner le groupe pendant ce titre ridicule. Avant de lancer définitivement le morceau, le frontman fait répéter le public qui se prête au jeu. « Trop tard pour être cool désormais ! » le chambrera amicalement Devin. Les fans ne lui en tiendront pas rigueur et assureront la chorégraphie tout le long du morceau pour un excellent moment du concert.

Après ce bon délire, Devin nous fait profiter des quelques phrases de français qu’il connaît. « Je m’appelle Devin », « Où est les toilettes ? », « Comment t’appelles-tu ? », « Quel temps fait-il ? » et envoie ensuite le surpuissant ‘Juular’ et son arrêt net et brutal.

Devin Townsend : Quoi, ma gueule ?!

Un autre moment fort du concert arrive avec ‘Grace’. Là encore, le Canadien introduit ce titre magistral avec une petite blague rappelant que la communauté metal est composée de gens sensibles. Quel morceau ! Les paroles « High Road Warning », « Laugh, Love, Live, Learn » s’affichent sur l’écran renforçant visuellement l’impact du titre que le public salue très justement, pris dans le voyage, dans cette expérience kaléidoscopique où l’aérien côtoie les grosses guitares, où de furieux headbanging contrastent avec la légèreté et l’humour du maître de cérémonie.

Devin remercie le public, salue Dagoba et Fear Factory, et explique qu’en raison d’un couvre-feu de la salle, ils vont jouer leur dernier morceau tout en plaisantant sur ce couvre-feu, indiquant que le groupe n’est pas responsable des règles.

‘Deep Peace’ calme un peu les esprits et offre au public une occasion de reprendre son souffle après un concert mené tambour battant jusque-là. L’écran diffuse des images apaisantes de nature et se pare de belles couleurs pour un puissant passage instrumental, peut-être l’unique passage sérieux et solennel du concert. Déjà les premiers fans quittent le Bataclan comme le groupe salue le public. Dommage car le diablotin Devin enquille avec un ultime ‘Bad Devil’ qui clôture définitivement cette magnifique soirée après une heure quinze de concert.

Il y a quand même un groupe derrière Devin.

Un regret toutefois : l’absence d’Anneke Van Giesbergen sur scène (qui n’allait mettre les pieds dans la capitale que trois jours plus tard). Sa participation aurait été assurément magique. Devin a expliqué dans la presse qu’il adorerait monter des dates avec la chanteuse. Prenons-nous à rêver des deux artistes sur une même scène interprétant l’intégralité d’Epicloud, ce magnifique opus dont seuls trois morceaux ont été interprétés ce soir.

Quoi qu’il en soit, ce soir, nous avons pu assister à une belle soirée metal et cet Epic Industrialist Tour aura agréablement titiller les tympans des petits et des grands. Revenez-vite !

Setlist de Devin Townsend Project :

SuperCrush
Truth
OM
Planet of the Apes
Where We Belong
War
Vampiria
Lucky Animals
Juular
Grace
Deep Peace
Bad Devil

Photos : Lost

A voir également :

Galerie photos du concert de Devin Townsend
Galerie photos du concert de Fear Factory
Galerie photos du set de Dagoba



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  • Je confirme que Devin ne possédait que mon serre tête, je n’ai pas eu le temps de lui passer mon nœud papillon x)
    Très bonne chronique pour cette magnifique soirée, et heureusement que le chant de Burton était à un volume plus bas que les autres instruments (d’ou j’étais du moins), ça rendait le set de FF plus supportable qu’à Strasbourg ^^

    [Reply]

  • Faut quand même préciser que les passages clair de Burton ont été gâché par lui seul !!! C’est triste de voir un groupe de cette ampleur avec un « chanteur » autant à la ramasse. Mais heureusement le Divin Devin était là pour nous faire oublier le reste 😛

    [Reply]

  • Excellente retranscription de la soirée, j’ai vu une partie de Dagoba.

    Pas déçu par FF (surtout pour eux que je suis venu), avec un Dino très souriant et bonne surprise niveau présence de DeVries à la basse.
    Pour le chant clair de Burton, malheureusement c’était prévisible et vous aviez déjà prévenu lors du concert Strasbourgeois.
    Et une sélection de titres qui avait l’air d’un best-of époque Dino (je crois qu’il n’y avait rien de l’époque post-Digimortal) avec une touche d’Industrialist.

    Et Devin, bah je m’attendais à quelque chose de surprenant, il n’a pas déçu du tout sur ce point, rien qu’avec l’interlude entre son set et celui de FF 😀
    Pour Lucky Animals, je crois qu’il portait tout simplement un serre-tête avec des oreilles de chat.

    Bref, super soirée (merci RM ;)) de laquelle je ne suis pas ressorti les mains vides 🙂

    Intro: un Cnadien déjanté (manque un a dans Canadien)

    [Reply]

    waltari

    j’etais au premier rang du concert,à coté d’une fille maquillé en chat avec son serre-tete de chat.
    Pour lucky animals,Devin lui a piqué son serre-tete et rendu après sa prestation.Bref,c’etait pas prevu au depart,que de l’impro.
    voilà pour l’anecdote.
    Sinon Burton avait des tout petit yeux.comme ceux de Travolta dans pulp fiction après son injection d’héroine.bref il avait une drole de tete!

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