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Live Report   

Devin Townsend transcende Paris


Les amoureux du prog ont été servis le lundi 31 janvier au Bataclan. Car en effet, non content de programmer monsieur Townsend et sa bande, ce ne sont rien de moins que Leprous et Between The Buried And Me qui l’accompagnent sur la tournée. Alors tous les « poozers » se sont précipités dans cette belle salle pour assister à un show de qualité, plein d’humour, d’amour, et de prog.

Et cela fait plaisir de voir que la salle affichait quasiment complet, et ce dès l’ouverture des portes où l’on sent que le public est également présent pour les premières parties, ce qui semble normal étant donné le calibre de ces groupes dans la nouvelle scène du metal prog. Certains ont attendu dès 14h devant les portes du Bataclan, et on sait que lorsqu’on va rentrer avec le sourire aux lèvres, on ressortira avec un sourire encore plus grand.

Artistes : Devin Townsend – Between The Buried And Me – Leprous
Date : 31 janvier 2017
Salle : Bataclan
Ville : Paris [75]

Formé en 2001 (mais n’ayant pas produit d’album avant 2009), le groupe Norvégien a déjà à son actif quelques merveilles musicales dans sa discographie. Le dernier album en date, The Congregation, était défendu ce soir. En effet, à l’exception de « Foe », de l’album Coal (2013), tous les titres de la setlist proviennent du dernier né. Le groupe était visiblement attendu, et il en résulte une bonne ambiance générale dans la salle. Malgré une lumière trop bleue, ou trop violette, nos chères têtes blondes restent fascinantes à voir sur scène. La voix du chanteur derrière son clavier fait beaucoup penser à Depeche Mode (s’ils avaient pris un coup de boost dans leur composition). Un groupe qui a tout pour plaire aux amateurs d’Ihsahn ou de Devin Townsend, car on retrouve beaucoup d’accointances voire d’inspirations de ces côtés là, tout en ayant une âme propre et une manière bien à eux de faire du prog.

C’est toujours particulier d’assister à un concert de metal progressif car on sait difficilement à quoi s’attendre lors des morceaux, de par les structures plutôt complexes : les mesures changement constamment, il y a beaucoup d’oscillations dans l’intensité, de longs silences, etc. Mais les mélodies restent en tête plusieurs jours après, et c’est là, la réussite d’une chanson, quel que soit le style de musique. C’est aussi le fait que la musique soit en mesure de nous faire fermer les yeux pour voyager, nous calmer et, dans l’instant d’après, nous donner une envie soudaine de headbanging effréné. Et un groupe comme Leprous, il l’a prouvé ce soir-là, réunit toutes ces qualités.

On attendra donc de les revoir en tête d’affiche, ce qui devrait arriver d’ici le courant de l’année sur Paris. En effet, la durée limitée du set des norvégiens en costard en a laissé plus d’un sur sa faim – mais lorsqu’on en redemande, n’est-ce pas le signe que le contrat a été pleinement rempli ?

Setlist Leprous (via setlist.fm) :

01. Foe
02. Third Law
03. The Price
04. The Flood
05. Rewind
06. Slave

Sûrement le groupe le plus violent de la soirée, mélangeant prog, djent, death, metalcore, chant scream et clair, moments calmes, clavier, et limite de la bossa nova… Quand on a dit à Between The Buried And Me qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient dans le metal progressif, ils l’ont pris au mot et se sont lâchés. Résultat : huit albums de grande qualité en quinze ans de carrière. Et durant leur prestation de ce soir, le combo de Caroline du Nord va prouver que même pendant un concert de prog, il peut y avoir du pogo.

Trois albums seront mis à contribution lors du set. Tout d’abord Colors (2007) avec le titre « White Walls », puis une alternance entre The Parallax II (2012) et évidemment, le dernier en date, sorti il y a déjà un an et demi, Coma Ecliptic (2015). Bien qu’on ne puisse nier l’énergie de la musique proposée, au vu de son caractère aussi complexe qu’hétéroclite, le public ne semble pas le plus enjoué. Si l’on prêtait une oreille dans salle aux conversations, on comprenait même que beaucoup auraient préféré voir Leprous prendre leur place de seconde partie. Mais pour caser des morceaux de huit à dix minutes minutes, il faut du temps, sans compter que Between The Buried And Me a plus de bouteille, la place se justifie donc, alors autant en profiter. Surtout avec une chanson de la trempe de « The Coma Machine », en seconde position dans la set list, qui possède des aspects enjoués de kermesse dans son refrain, rendant le tout très joyeux et dansant.

Il est pourtant vrai que la durée des morceaux peut paraître excessive, surtout pour ceux qui ne sont pas familier avec le répertoire du groupe, et le temps est parfois long. Cependant les élans death/metalcore reviennent souvent à la charge pour pousser la fosse du Bataclan à démarrer quelques pogos. L’effet ne se produit pourtant pas toujours, et dans certains moments où il pourrait y avoir de l’agitation, le public demeure statique, sans doute déboussolé au milieu des quinze minutes d’un « White Walls », par exemple. Mais une autre chose qui a pu déranger le public, c’est l’immobilité des membres du groupe eux-même, mis à part le frontman Tommy Giles Rogers, qui de temps à autres daignait sortir de derrière son clavier pour aller un peu plus au contact du public. Voilà l’écueil le plus courant dans le metal progressif : la maestria musicale, quand bien même celle-ci fait preuve d’entrain, se fait au détriment de la communication avec le public ; malgré la variété et l’ingéniosité des compositions, on est devant des groupes qui restent concentrés sur leurs instruments et le rythme, oubliant quelque peu être dans un concert, soit un moment de partage avant tout. Cela ne sera pas le cas des canadiens du Devin Townsend Project, qu’on soit rassuré.

Setlist Between The Buried And Me (via setlist.fm) :

01. White Walls
02. The Coma Machine
03. Lay Your Ghosts To Rest
04. Bloom
05. Option Oblivion
06. Life In Velvet

Bien que l’on attendait les premières parties avec impatience, l’excitation monte d’autant plus lorsque se fait imminente l’arrivée sur scène du dingue, du talentueux, du charismatique, du drôle… bref, de l’unique Devin Townsend. Durant l’attente entre le précédent groupe et son set, ce n’est pas une simple musique d’attente qui passe, mais une aventure audio du célèbre et omniscient Ziltoid qui passe à la radio, faisant des commentaires plus ou moins gracieux sur des chansons, détournant notamment les morceaux de pop. Mais dans la setlist on aura également du Mastodon, Marilyn Manson, Lamb Of God… et même du Stravinsky. Finalement on se croit dans la file d’attente d’une attraction Disney où une voix venue du plafond parle pour distraire l’assemblée avant le moment tant attendu.

Et puis la musique se lance, les lumières s’éteignent, et un par un les musiciens arrivent, puis évidemment Devin, devant qui la foule se met en transe, les bras en l’air et poussant un cri du cœur. C’est sur « Rejoice » que ce moment, qui s’annonce d’ores et déjà magnifique, commence. Dès le début on est partagé entre fascination et déception. Car on s’attend forcément à une expérience de haute volée de la part de Devin, et malgré cela, la voix, tout comme les effets audio, est très sous-mixé. Le chant est censé être puissant, prenant, or on ne l’entend pas suffisamment. Pourtant les musiciens se donnent à fond et les jeux de lumières sont de grande qualité. Visuellement on est charmé, mais le son déçoit énormément, surtout sur ce premier titre rythmé par les voix aiguës, avec des changements de tonalité du chant de Devin. Mais on se fait une raison, on profite quand même, en espérant que ça s’améliore.

Et évidemment que ça s’améliore ! Après la seconde et la troisième chanson, la merveille de concert qu’on était venu assister est là. Les guitares de Dave Young sont belles à voir, le bassiste Brian Waddell met une grande énergie dans ce qu’il joue. C’est Mike au clavier qui semble le moins enjoué, mais son poste chargé et statique le pardonne. Les guitares de Devin ne sont pas non plus à bouder, et contribuent visuellement au charisme du musicien. Notamment la grande guitare noire en V, à la taille complètement exagérée et qui envoie de la fumée par en-dessous. Devin n’est pas qu’un chanteur fabuleux, un grand compositeur, un musicien incroyable, car son charme vient aussi de son humour décapant, à accrocher le public du regard, à complètement exagérer ses solos comme un cliché de guitar hero. A cela s’ajoute des expressions du visage singulières (grand méchant, grand gentil, mais toujours grand), ainsi que des moments uniques du concert, et voilà le meilleur show man qui soit.

Etant donné le lieu désormais chargé en histoire et en symbole, avoir un énième discours sur le Bataclan était quasi obligatoire. Mais au lieu d’essayer de parler d’être soudés tous ensemble, Devin parle plutôt d’aller de l’avant, avant de jouer le fabuleux « Kingdom », originellement sur Physicist (2000), dépoussiéré sur Epicloud (2012), tel un grand choc que l’on aurait pris par surprise : rares sont les chansons qui, comme celle-ci, donnent une énergie instantanée. Elle est suivie par un autre morceau d’Epicloud : « Grace ». « Never Fear Love » nous crie Devin. Ce morceau remplace l’habituel « Supercrush! » des autres concerts de la tournée, notre petit cadeau parisien (bien que nous n’aurions pas craché sur un cumul des deux, ce qui aurait été un vrai cadeau pour le coup).

Après avoir confessé qu’il partait pour de faux, Devin revient pour un rappel seul sur scène, avec une guitare acoustique. Que pourra-t-il jouer ? « Terminal » ? Non, c’est « Ih-Ah! » qui a été choisi. Repris en chœur par le public, pour un instant magique entre Devin et son public. Bientôt la fin, après plus d’une heure et demi de concert, c’est « Higher » qui clôt ce dernier.

La force d’un tel concert est que les chansons les plus longues, ayant le plus d’ambiance, gagnent en live une toute autre dimension, décuplant les aspects grandiose, aérien, transcendant. Il y a foule de détails dans les jeux de scène, que ce soit des phrases, où des habitudes des musiciens, surtout Devin, qui participent à la richesse de la prestation. Et on pourra toujours dire que sur la setlist, il manque un « Earth Day » ou même un « Life », le hit « Regulator » également est aux abonnés absents… Mais inutile d’être pointilleux là-dessus, car un concert du Devin Townsend Project est bien plus qu’un enchaînement de chansons, c’est une expérience à vivre. C’est ce sourire quand vous quittez la salle et qui, lui, ne vous quitte plus, c’est l’absurdité d’un câlin général de toute l’audience, c’est le bonheur de voir ce génie fou sur scène qui fait toute la différence. À la fin du concert, Devin viendra vers chacune des personnes du premier rang pour leur serrer la main, parler un peu, et offrir un câlin si l’envie y est. Une vraie et authentique générosité.

Setlist (via setlist.fm) :

01. Rejoice
02. Night
03. Stormbending
04. Failure
05. Hyperdrive
06. Where We Belong
07. Planet Of The Apes
08. Ziltoid Goes Home
09. Suicide
10. March Of The Poozers
11. Kingdom
12. Grace

13. Ih-Ah! (Acoustique / seul sur scène)
14. Higher



Laisser un commentaire

  • Snup Toki Tok dit :

    La queue horrible qu’il y avait dehors.. pouaaah. Mais c’était vraiment une bonne soirée.
    C’était bizarre pendant Planet Of The Apes. Il y a eu toute une partie non chantée. Mon seul regret.

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