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Chronique   

Devin Townsend – Z²: Dark Matters


Parmi les œuvres les plus folles de Devin Townsend demeure Ziltoid The Omniscient, relatant l’absurde aventure d’un extra-terrestre en quête de la meilleure tasse de café de l’univers et qui, si cette dernière ne lui était pas offerte, menaçait de réduire la Terre en cendre. Ziltoid The Omniscient remonte à 2007 et force est de constater que, sept années plus tard, cet opus est devenu l’une des pierres angulaires de la discographie du Canadien, à sa propre surprise, tant il n’avait pas imaginé le potentiel de la « blague », par le biais de laquelle il dit avoir voulu à l’origine démontrer pouvoir réaliser un album a moins de 500 dollars… Depuis, l’alien accro à la caféine a provoqué un véritable engouement auprès des fans et fait germer une myriade d’idées dans le cerveau créatif de Townsend : spectacle de marionnettes, émissions radiophoniques, web-épisodes, un show à venir au fameux Royal Albert Hall de Londres qui, après celui exubérant de Retinal Circus, fait déjà exploser les pronostiques les plus fous et cette suite musicale des aventures de Ziltoid, second disque de Z², intitulé Dark Matters.

A la fois déjanté, humoristique, excessif, vaniteux… De là, difficile d’intellectualiser un propos qui, de facto, se veut ouvertement léger et divertissant sur le fond. D’ailleurs, nul doute que c’est la grandiloquence au service d’un humour débridé (libre à chacun de relever le nombre de bruit de pets – une marque de fabrique depuis le remix du « Rammlied » de Rammstein ? – simulé tout au long de l’album) qui prédomine. Conçu comme une pièce quasi unique, avec en sus les participations de Dominique Lenore Persi de Stolen Babies qui incarne la War Princess et Chris Jericho de Fozzy en Captain Spectacular, Dark Matters c’est la concrétisation de la folie des grandeurs d’un Townsend financièrement à l’aise après le carton de sa campagne de financement participatif de Casualties Of Cool.

Si Sky Blue représente la facette accessible de Townsend, sa part humaine, Dark Matters se charge d’illustrer ce côté barré et outrageusement déraisonnable qui caractérise le personnage de Ziltoid. Devin démontre à nouveau son amour du Grand-Guignol en croisant un sens aigu de la théâtralité à l’extravagance musicale. Si Dark Matters hérite du passé de Townsend, c’est plutôt du côté de Deconstruction qu’il faut aller chercher, peut-être même plus que du Ziltoid original, tant il pousse le bouchon de son exubérance, tant on y retrouve une approche orchestrale en partie similaire, tant la trame musicale apparaît complexe. Et au-delà des accointances plus ou moins directes avec l’album de 2011, Dark Matters dévoile à nouveau un artiste capable de maîtriser ses élans de folie, alternant entre véritable démesure (« Ziltoidian Empire ») et efficacité brute (« Deathray »). L’exemple le plus parlant se trouvant dans un « Ziltoid Goes Home » qui pourra éventuellement rappeler la fin de Strapping Young Lad avec The New Black (2006).

Mais voici aussi et surtout un opus au caractère ultra cinématographique, et pour cause : il est vendu comme un énorme blockbuster musical digne d’Hollywood. Aucun producteur de film n’a encore fait appel au Canadien, pourtant visiblement intéressé par l’exercice, mais qu’importe Dark Matters sera son Star Wars, traité à la sauce Monty Python. Plus orchestral que jamais, empilant les couches jusqu’à écœurement (avec l’utilisation du Universal Choir sur « Z² » et « Dimension Z » composé de près de 2000 pistes vocales, fruit de la contribution des fans), bruitages de lasers et autres sons clichés de la SF, narrations et dialogues omniprésents en renforts, dans une symphonie intergalactique des plus tordues, Dark Matters est ni plus ni moins qu’une authentique comédie musicale metal qui dépasse le simple focus sur l’extra-terrestre pour s’inventer tout un univers. Un « The March Of The Poozers » – à l’écoute duquel on visualise aisément la marche d’une armée loufoque sous une esthétique de film d’animation – ferait pâlir le plus pâle des personnages de Tim Burton, une chanson comme « Earth » en deviendrait presque une pièce symphonique au sens premier du terme, autant dans sa structure que dans la démonstration vocale, et « Through The Wormhole », purement et simplement, la bande audio d’une scène extraite du film fictif imaginé par le musicien.

Dark Matters est donc bel et bien une suite du premier opus élevée au carré sous toutes ses coutures. Une œuvre méticuleuse, profondément mûrie et enrichie par la progression spirituelle du papa de Ziltoid. Cet opus, que l’on pourrait tout aussi bien qualifier de livre audio, laisse la porte ouverte à un potentiel successeur et ouvre une autoroute de possibilités d’exploitations dérivées, tout en s’imposant cette année comme une œuvre incontournable de par sa dimension imposante. Et c’est cette forme excessive qui pourra autant fasciner que rebuter par pure indigestion. Mais une chose est sûre, après une incartade plus intime via Casualties Of Cool, Townsend offre du pain béni à ses fans qui décidément ne sont pas près de s’ennuyer. Car ce Dark Matters démontre une chose, si tant est que ce soit encore nécessaire : Devin Townsend est un artiste complexe, doublé d’un puit créatif sans fond, qui n’a pas fini d’étonner son monde en abattant sans arrêt de nouvelles barrières.

Par Alastor et Spaceman.

Ecouter « Deathray » :

Album , sortie le 27 octobre 2014 chez HevyDevy Records.



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