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Chronique   

Diablo Blvd – Zero Hour


Diablo Blvd n’est pas encore connu de tout le monde, loin s’en faut. Pourtant il compte dans ses rangs une célébrité, à savoir l’humoriste du Benelux Alex Agnew, fan de metal à l’origine de la formation de Diablo Blvd depuis 2005. La formation n’a que très peu de prétentions, si ce n’est celle de pratiquer un heavy rock direct et catchy, dans la veine des grosses cylindrées américaines. Au fil des ans, le groupe a pris du galon, en atteste une signature chez Nuclear Blast pour la réalisation de Follow The Deadlights (2014) et de Zero Hour, leur dernier-né. Ce nouveau disque annonce deux choses : d’une part Alex Agnew embrasse les thématiques plus politico-sociétales actuelles qu’il développe lors de ses spectacles, d’autre part Diablo Blvd a décidé de rafraîchir sa musique (et ses artworks, merci Hedi Xandt) en nuançant son heavy rock de touches indus et new wave bienvenues.

Cette volonté de mélanger gros rock et sonorités à la Killing Joke est un choix parfaitement conscient de la part du groupe, s’inspirant d’éléments déjà présents dans la chanson « Follow The Deadlights ». En résulte un album exploitant davantage une couche électronique, œuvre du guitariste Andries Becker et du producteur Dal Taeldenan. Le mot d’ordre reste la parcimonie, en témoigne « The Song Is Over » et ses puissantes percussions qui prouve que Diablo Blvd arrive à emprunter des codes de la musique indus sans se travestir complètement. Justement, l’influence électro se mêle parfaitement à l’aspect addictif du rock de Diablo Blvd. La rythmique dansante et répétitive de « Sing From The Gallows » vient côtoyer astucieusement des interventions martiales, appuyées de quelques beats samplés comme des coups de massue, et les gimmicks tranchants de la guitare. Diablo Blvd peut faire headbanguer en dansant, aussi inélégante soit l’image qu’on peut en avoir. On retrouve en outre une forme de décomplexion et de simplicité, à l’instar du riff plutôt primaire de « Life Amounts To Nothing » ou du musclé « Animal ». Le son de guitare plus froid du nouveau guitariste lead (auparavant bassiste du groupe) Tim Bekaert se prête aux structures répétitives. Surtout, Diablo Blvd sait comment éviter le sentiment de lassitude en structurant des refrains typés FM, que ce soit sur « Life Amounts To Nothing » justement ou « You Are All You Love ». Un feeling étrange, se dégage d’ailleurs de cette dernière, sorte d’hybride entre une tension à la Nine Inch Nails, un groove proche de Corrosion Of Conformity et un refrain aux influences new wave évidentes. Influences new wave voire gothiques que l’on retrouve dans « The Future Will Do What It’s Told » (le Paradise Lost de Host n’est pas loin) et sa structure en crescendo.

Parfois, Diablo Blvd arrive même à mélanger les époques, en alternant une sensibilité mélodique digne de la fin des années 80 et des refrains des grandes heures de l’époque grunge sur « The Song Is Over », la production contemporaine en plus. Néanmoins la principale force de Zero Hour, au-delà de fusions stylistiques efficaces reste une atmosphère plutôt sombre et cohérente. Ce qui fait que l’interlude instrumentale « 00 00 », à coup de guitare acoustique et violoncelle, ne paraît pas si incongru. Il a le mérite de rappeler l’ambiance « slayerienne » inquiétante en intro de « Sing From The Gallows » et d’introduire élégamment l’énergique « Like Rats », qui relance la machine après ce qu’on peut considérer comme une pause. Zero Hour a effectivement une tonalité grave qui transparaît autant dans les paroles (« Animal » a été écrite après les attentats de Bruxelles, évoquant le côté primitif des terroristes, facette qu’ils aident à faire resurgir chez nous paradoxalement) que dans la musique. Zero Hour est un album de rock, certes, mais il a la fureur des Nine Inch Nails de la première heure. Une colère contenue, réfléchie mais bien présente. Au final, les compositions de Zero Hour prennent une nouvelle dimension et les refrains catchy (celui de « Demonize » ou l’urgence dans celui de « Summer Has Gone » incarnent la perfection en la matière) ne viennent pas ternir le propos, bien au contraire. Diablo Blvd a pris une nouvelle posture, qui lui sied parfaitement.

Avec Zero Hour, ses influences plus tranchées et son faux air simpliste, Diablo Blvd peut vraiment prétendre à son statut de figure de proue de la scène rock/metal belge. Zero Hour a ces airs de « divertissement intelligent ». Jamais lassant en réalisant habilement l’intégration d’éléments indus et new wave, Diablo Blvd réalise un quasi sans-fautes. On peut ainsi réadapter aisément les termes de son frontman qui évoquait sa vision de l’humanité : Zero Hour marque pour le groupe non pas « une révolution mais une évolution », et c’est exactement ce dont il avait besoin pour passer un cap.

Clip vidéo de la chanson « Animal » :

Clip vidéo de la chanson « Sing From The Gallows » :

Album Walk The Earth, sorti le 22 septembre 2017 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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  • quetzal coatl dit :

    « Sing for The Gallows » est une tuerie! Super accrocheur, parfait dans le genre. Marrant, l’intro me rappelle celle de « Invocation Of Namaah » de THERION. Le reste de l’album est pas mal.

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