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Chronique   

Diamond head – The Coffin Train


Diamond Head est devenu une référence sans pour autant profiter d’une notoriété gigantesque. Ceux qui ont suivi la NWOBHM savent qu’il est impossible de ne pas citer Diamond Head lorsqu’on évoque le genre, phagocyté par la popularité gargantuesque d’Iron Maiden. Formé en 1976, Diamond Head ne compte pourtant que huit opus studio (et une pléthore de best of), avec plusieurs périodes blanches en termes de compositions, dont une de douze ans entre 1993 et 2005. The Coffin Train est le successeur de l’album Diamond Head (2016), le deuxième effort avec le chanteur Rasmus Bom Andersen. Plus de quarante ans de carrière au sein d’un genre éculé : The Coffin Train aurait pu s’avérer poussiéreux et gâteux. Ce serait sous-estimer Diamond Head, ce que la scène metal a trop souvent fait.

Diamond Head a le bon goût de ne pas vouloir sonner « roots » en proposant une production désuète. Le son de The Coffin Train obéit évidemment aux critères habituels du genre, avec une mise en avant des guitares souvent recherchée. Cependant, les premières notes de « Belly Of The Beast » démontre une volonté de ne pas reléguer la basse au second plan. Que ce soit via les notes ronflantes de Dean Ashton ou la caisse claire claquante de Karl Wilcox, The Coffin Train a énormément de coffre. Évidemment, Diamond Head ne réinvente pas la roue et prend soin d’installer l’auditeur dans sa zone de confort habituelle. « Bell Of The Beast », « The Messenger », « Death By Design » sont tous trois des titres presque archétypaux de la discographie de Diamond Head et de la musique heavy britannique en général. Des trois, « Belly Of The Beast » est la plus percutante, avec son urgence galvanisante et l’intensité de la prestation de Rasmus Bom Andersen ; « Death By Design » est en revanche la plus classique, avec une rythmique binaire assumée et un lead en tapping en guise d’introduction. Sans surprendre, Diamond Head offre un heavy académique agencé au millimètre. En réalité, Diamond Head suscite davantage l’attention lorsqu’il injecte d’autres influences, à l’instar du zeppelinien « The Phoenix » et son outro aux accords de guitares proposant une impression d’« Achilles Last Stand ».

La petite prouesse de The Coffin Train, d’aucuns diraient surprise, intervient lorsque Diamond Head nous prend de court en s’illustrant via des orientations musicales s’éloignant de son terrain d’origine. Il ne faut pas attendre longtemps pour se trouver un tantinet désarçonné : « The Coffin Train » a un refrain massif et mélancolique qu’Alice In Chains ou Soundgarden n’auraient pas renié. Oui, Diamond Head lorgne du côté du grunge sans broncher ou faillir (une tonalité certes déjà abordée par le passé, remarqueront certains, mais avec moins de réussite…). Il se le permet d’ailleurs à plusieurs reprises : l’introduction, mettant le basse-batterie à l’honneur, du sombre « Shades Of Black » fleure bon les années 90, avec un Rasmus Bom Andersen qui démontre une variété de timbres inédite dans la musique de Diamond Head, se métamorphosant littéralement, parfois proche de Chris Cornell et de Loïc Rossetti, chanteur de The Ocean (les deux groupes n’ont rien à voir mais la similitude est telle qu’on ne pouvait pas ne pas la noter), lorsqu’il décide de maîtriser son intention. On peut se risquer à faire hurler les puristes en affirmant que ce dernier ouvre une myriade de possibilités pour Diamond Head qu’il n’avait pas auparavant. « Serrated Love », qui brille par la lourdeur de son riffing (là encore, la mise en avant du basse-batterie apporte beaucoup) et par son outro acoustique mélancolique, semble très loin des influences NWOBHM, seul le timbre aigu qu’emprunte parfois Andersen entretient un lien de parenté. The Coffin Train est l’occasion pour le groupe de proposer une culture du riff différente qui déjoue les attentes de l’auditeur. Ceci se ressent en outre au sein des arrangements : le pont de « Serrated Love » et ses soli prennent soin de ne pas faire du titre un hybride malaisé entre mélodies épiques et ambiances plus sombres : Diamond Head conserve une forme de cohérence et sait compartimenter, pour au final mieux varier les plaisirs. Pièce centrale, « The Sleeper », et son prélude, dramatique avec ses arrangements de cordes, résume à elle seule la philosophie de l’album, la multiplicité des facettes de Diamond Head et le soin apporté aux compositions.

The Coffin Train prouve que la scène metal sait parfois se montrer injuste. Diamond Head a toujours eu la qualité nécessaire pour devenir une figure de proue du heavy. Il l’est devenu avec le temps (et grâce à Metallica, évidement, qui lui a toujours rendu justice), avec cependant moins de fulgurance que d’autres groupes. Aujourd’hui, la formation peut se targuer de ne pas se limiter à ce qu’elle connaît dans les moindres aspects. Diamond Head ne veut pas vieillir, c’est véritablement ce qu’il reste de The Coffin Train. En intégrant des influences variées, en les maîtrisant et en respectant ce qu’elles doivent véhiculer, mais sans pour autant oublier d’où il vient, Diamond Head réalise un album enthousiasmant, assez contemporain et qui a tout d’une seconde jeunesse.

Clip vidéo de la chanson « Death By Design » :

Clip vidéo de la chanson « Belly Of The Beast » :

Album The Coffin Train, sortie le 24 mai 2019 via Silver Lining Music. Disponible à l’achat ici



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