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Interview   

Diamond Head : un train d’enfer


Et si on commençait enfin à envisager Diamond Head comme plus qu’un « groupe qui a influencé Metallica et dont Lars Ulrich était fan » ? Après tout, si le célèbre batteur a tant apprécié le groupe anglais dans ses jeunes années, c’est pour une bonne raison. Et une bonne raison de dépasser cette étiquette qui lui colle à la peau, Diamond Head en offre une belle aujourd’hui : The Coffin Train. Un huitième album, mais le second depuis la renaissance qu’a représentée l’album sans titre de 2016. En trois ans, fort de deux jeunes recrues – le bassiste Dean Ashton et surtout l’impressionnant Rasmus Bom Andersen au chant – lui ayant apporté une énergie, une fraîcheur et un enthousiasme renouvelés, Diamond Head a gagné en assurance pour livrer ce qui s’apparente à la parfaite combinaison de heavy metal classique et moderne.

Avec comme héritage des hits de la trempe d’« Am I Evil? » et débarquant avec un nouvel album d’une telle qualité, la bande à Brian Tatler a aujourd’hui toutes les cartes en main pour largement conquérir le cœur des metalleux. Alors qu’ils s’apprêtent à fêter les quarante ans de Lightning To The Nations, leur premier album, il n’est jamais trop tard pour prendre le train en marche.

Dans l’entretien qui suit Brian Tatler nous parle de The Coffin Train, d’un groupe cumulant désormais fougue de jeunesse et expérience de vétéran, mais aussi de quarante ans de New Wave Of British Heavy Metal, avec son lot d’introspection.

« J’admire beaucoup les groupes qui s’en tiennent à leur style, car je pense que c’est très dur à faire. C’est plus facile d’expérimenter, mais tu prends le risque […] d’aliéner tes fans et de te retrouver dans un no man’s land. »

Radio Metal : La sortie de votre album précédent mettait fin à huit ans de vide discographique et était vu comme un retour en pleine forme pour Diamond Head. The Coffin Train est maintenant sorti trois ans plus tard. Dirais-tu que la sortie de l’album sans titre et peut-être l’arrivée de Rasmus Bom Anderson dans le groupe vous ont permis de revenir dans la course ?

Brian Tatler (guitare) : Oui, je le crois. En 2008, notre précédent chanteur, Nick [Tart], a immigré à Brisbane, et ça a fait qu’il était très difficile d’écrire et enregistrer ou ne serait-ce que le faire venir pour des festivals et autres. C’est devenu très onéreux et compliqué. J’ai donc perdu mon enthousiasme pour continuer à écrire et enregistrer avec Nick. Donc, quand nous avons décidé que nous avions besoin d’un chanteur vivant en Angleterre et que nous avons choisi Ras en 2014, après quelques mois, nous avons voulu voir si nous pouvions écrire des chansons. Pour faire court, nous avons écrit l’album Diamond Head, sans titre, qui est sorti en 2016. Ras voulait vraiment ne pas froisser les fans de Diamond Head que nous avions déjà. Il était très conscient de l’héritage du groupe. Il a gardé ceci en tête tout du long. Nous ne savions vraiment pas comment cet album allait être reçu, et si les gens accepteraient Ras en tant que nouveau chanteur de Diamond Head. Mais quand ça s’est passé, et que tout le monde semblait adorer l’album, ça nous a donné confiance pour faire le second album. J’ai commencé à écrire de la musique pour le nouvel album, The Coffin Train, presque aussitôt que le dernier album est sorti. Il est sorti en avril 2016 et à l’été 2016, j’ai commencé à rassembler des idées et à anticiper, pensant : « Eh bien, si effectivement on fait un autre album avec Ras, je vais commencer à préparer de la musique. » Donc Ras a été une des raisons majeures pour lesquelles nous avons fait deux albums assez rapidement à la suite. Cette fois, Ras s’est proposé pour produire également. Tout se passait à merveille. Nous pouvions voir que nous faisions un album qui allait sonner mieux que le précédent. Nous espérions écrire un certain nombre de bonnes chansons pour cet album, et je pense que nous avons réussi.

Des chansons comme « Belly Of The Beast », « The Messenger » ou « Death By Design » sonnent clairement comme du Diamond Head classique. Est-ce que le fait que tu sois toujours en train de faire ce type de chansons heavy et speed metal pleines d’énergie presque quarante ans après votre premier album Lightning To The Nations te donne l’impression d’une cure de jouvence ?

Ouais, peut-être bien. Je n’y ai pas pensé en ces termes, mais peut-être qu’effectivement ça aide le groupe à rester jeune et palpitant. Je pense que ça aide que Ras et le bassiste Dean [Ashton] aient la trentaine. Ils ont une énergie et un enthousiasme qu’ils transmettent à Abbz [Andy Abberley], Karl [Wilcox] et moi-même. Ça aide à redynamiser le line-up et le groupe, et même les vieilles chansons. On dirait que c’est un peu du Diamond Head classique mais avec un côté moderne. Il semblerait qu’il a une vraie énergie et une fraîcheur dans le nouvel album et les nouvelles chansons que nous composons. C’est extraordinaire que nous existions depuis quarante ans et que nous ayons toujours l’impression d’avancer et d’essayer de capter de nouveaux fans.

Tu as déclaré qu’à un moment donné, vous avez « fait l’erreur de trop expérimenter et vous éloigner de [votre] premier album [Lightning To The Nations] » et admis qu’« avec le recul, [vous auriez] probablement dû [vous] y tenir ». Qu’est-ce que tu veux dire ? Tu fais référence à des albums comme Canterbury ou même le plus moderne What’s In Your Head ?

Oui, c’est juste. Il a fallu du temps pour le réaliser. A l’époque, quand nous avons fait Lightning To The Nations, aucune maison de disques n’était intéressée. J’ai donc regardé de manière introspective, pensant : « D’accord, l’album n’est pas assez bien, ils ne l’aiment pas. » Si nous ne parvenions même pas à obtenir un contrat de maison de disques avec cet album, alors ça voulait dire que, de toute évidence, nous faisions quelque chose qui n’allait pas. Sean [Harris] et moi avons continué à expérimenter, essayant presque de trouver une formule qui aurait du succès. D’où un album comme Canterbury, qui étire le son de Diamond Head trop loin à certains endroits, à mon avis. Avec le recul, nous avions écrit un super album de rock avec Lightning To The Nations. Je pense juste que tout le monde ne l’a pas compris. Les fans de Diamond Head l’ont compris, un certain Lars Ulrich l’a compris [petits rires] ; pas que je veuille balancer des noms connus, mais voilà. Je pense qu’avec le recul, si nous avions rencontré le succès avec ce premier album et réalisé sa valeur, que nous avions créé un style, que nous avions trouvé un courant original, si nous avions pu capitaliser là-dessus, fait plus d’albums et tourné aux US, et si nous ne nous étions pas séparés en 1995, ça aurait été très différent. Nous avons fait des erreurs, nous étions un très jeune groupe, probablement malavisé, nous n’avions pas de management professionnel… Nous n’avions que dix-neuf ans quand nous avons fait Lightning To The Nations. On ne connaît pas tout à dix-neuf ans, on croit juste tout savoir.

Est-ce qu’actualiser votre son tout en conservant votre marque de fabriqué a été le principal défi que vous avez affronté en tant que groupe qui s’est fait un nom dans les années 80 ?

Oui. C’est en partie grâce à Ras si nous avons réussi. Ras est arrivé les oreilles fraîches dans Diamond Head, il ne connaissait pas la musique, il avait juste entendu le nom quand il a postulé à l’audition. Il a rapidement passé en revue toute la discographie et a réalisé ce qui était bien dans Diamond Head ; en majorité, il s’agit du premier album et de Borrowed Time. Ensuite, quand nous avons commencé à composer ensemble, nous nous sommes dit que ça devait sonner comme Diamond Head, ce qui nous permettrait de jeter ou, au moins, mettre de côté les chansons qui ne cadraient pas vraiment avec ce nouvel ensemble, ce line-up ou le style classique que tout le monde aime. En concert, il est évident quelles chansons fonctionnent le mieux. Nous voulions faire un album qui, d’après nous, fonctionnerait bien en concert et collerait avec les albums classiques de Diamond Head. Il y aurait donc des chansons comme « To The Devil His Due » ou « Knight Of The Swords », mais aussi nous nous concentrerions sur tout ce qui sonnerait un peu plus comme « The Prince », « Helpless », « Streets Of Gold » ou « Am I Evil? », c’est-à-dire les chansons du premier album.

D’un autre côté, des chansons telles que « The Coffin Train », « Shades Of Black » ou « Serrated Love » sur le nouvel album vont au-delà de votre style initial, allant sur un terrain presque grungy, ce qui apporte beaucoup à la dynamique de l’album, mais ça ne ressemble en rien à ce qu’on entend sur Lightning To The Nations…

[Rires] Tu as totalement raison. Je pense que, parce que le dernier album a été si bien reçu, ça a donné à Ras et au reste d’entre nous l’assurance pour non seulement faire un autre album mais aussi explorer plus loin et apporter une influence légèrement plus moderne. Ras est un énorme fan de Chris Cornell, et j’ai moi-même un grand respect pour Soundgarden et ce style grunge légèrement plus heavy, un peu comme une version actualisée de Black Sabbath dans les années 90. Nous avons fait un morceau sur Death And Progress qui s’appelait « Starcrossed » qui avait cette touche. J’étais content d’expérimenter et essayer des choses dans ce style. Quand j’ai trouvé la musique pour « Serrated Love », j’ai réalisé que ce n’était pas du Diamond Head classique, mais j’aimais bien. Toutes ces chansons prennent forme à partir d’un riff de guitare et, ensuite, il faut juste construire et voir où elles vont. Parfois je freine et je dis : « Non, tu vas trop loin, c’est trop prog, c’est trop ceci, c’est trop cela… » Et d’autres fois, nous nous disons : « Ça fonctionne et la chanson évolue. »

« Lightning To The Nations a été enregistré et mixé en une semaine, donc c’était vraiment quatre gars dans une pièce. Faire ceci en 2019 ne fonctionnerait probablement pas. Il faut avoir un peu plus de richesse sonore. Les gens s’y attendent. Les groupes dépensent des millions de dollars à faire des albums, et tu dois rivaliser avec ça. »

Je suppose aussi que l’expérimentation, la dynamique et la diversité ont toujours fait plus ou moins partie de Diamond Head.

Oui. Nous ne sommes pas unidimensionnels, ce qui est une bonne chose. Ça permet vraiment d’expérimenter un peu. J’admire beaucoup les groupes qui s’en tiennent à leur style, car je pense que c’est très dur à faire. C’est plus facile d’expérimenter, mais tu prends le risque de voir tes fans penser : « Bon, je ne m’attendais pas à ça », ou « J’aime bien ceci chez Diamond Head mais de temps en temps ils font cela… » Ça arrive qu’on entende ça. Si tu as du succès, alors ce n’est pas si problématique parce que tes fans achèteront tes albums quoi qu’il arrive, mais si tu essayes constamment de percer, alors tu prends le risque d’aliéner tes fans et de te retrouver dans un no man’s land. Quarante ans séparent les chansons de Lightning To The Nations de The Coffin Train. Je suis obligé d’évoluer et d’assimiler quelques références extérieures durant ce temps. Et comme je l’ai dit, une grande partie de l’écriture aujourd’hui incombe à Rasmus. Il écrit les textes et il co-compose toute la musique avec moi. Abbz a co-composé « The Phoenix » aussi. Donc, oui, la musique a un petit peu bougé. Mais j’aime penser que Diamond Head a un son et un style, et que tout fonctionne assez bien [petits rires].

Vous avez probablement trouvé avec The Coffin Train un bon équilibre entre votre son classique tout en étant un groupe en 2019…

Oui, c’est un joli tour de passe-passe quand on y arrive. Nous avons passé beaucoup de temps à réfléchir à ça, à travailler là-dessus. Le mix de cet album a pris beaucoup de temps. Car on pouvait aller trop loin, on pouvait ajouter trop de couches, on pouvait commencer à ajouter des harmonies et toutes sortes de choses, et l’album aurait perdu l’essence de Diamond Head. Car ce premier album, Lightning To The Nations, a été enregistré et mixé en une semaine, donc c’était vraiment quatre gars dans une pièce. Faire ceci en 2019 ne fonctionnerait probablement pas. Il faut avoir un peu plus de richesse sonore. Les gens s’y attendent. Les groupes dépensent des millions de dollars à faire des albums, et tu dois rivaliser avec ça.

« The Coffin Train » et « The Sleeper » sont deux chansons vraiment épiques. Penses-tu que c’est sur ce genre de terrain que le groupe montre tout son potentiel, avec une progression et différents mouvements ?

J’ai toujours été un énorme fan de chansons épiques. Ma chanson préférée de tous les temps est « Kashmir », et je suis fan de plein de groupes des années 70 qui ont écrit des chansons épiques, comme Led Zeppelin. D’une certaine façon, « War Pigs » de Black Sabbath est également une chanson épique, et puis il y a aussi des groupes comme Genesis et Pink Floyd. Même si je suis fan des chansons pop de trois minutes qui sont bien écrites, la plupart de mes chansons préférées sont des grosses chansons qui ont quelque chose à dire, qui ont le temps d’évoluer, qui ont des contrastes et de la dynamique.

L’année dernière, à propos du prochain album, qui allait donc devenir The Coffin Train, tu as déclaré que vous essayiez de filtrer tout ce qui ne sonnait pas comme Diamond Head. Mais qu’est-ce qui définit le son de Diamond Head, compte tenu de la diversité de cet album ?

J’imagine que c’est moi, mes riffs de guitare, c’est la façon dont je joue, les accords que j’aime utiliser. Je crois que tout le monde se concentre là-dessus. J’admets complètement qu’à l’occasion, je sors une chanson qui ne sonne pas vraiment comme Diamond Head, et donc nous essayons de ne pas l’utiliser. Je veux dire que je la ferai quand même pour voir où ça va et en faire une démo. Si elle ne passe pas le test, alors elle sera archivée et mise de côté pour un autre jour. J’ai fait des choses qui sont un peu inhabituelles, et au final je ne les utilise pas. Ça reste des démos stockées chez moi. Au bout du compte, j’essaye de composer la meilleure chanson de Diamond Head de tous les temps [rires]. J’ai plein d’idées qui peuvent me venir, mais c’est mieux si je peux travailler avec un partenaire de composition comme Ras, ou comme Sean par le passé. Nous pouvons départager les chansons pour savoir celles qui fonctionnent le mieux. J’essaye de trouver autant d’idées musicales que possible, ensuite nous disons : « J’aime celle-ci. J’aime celle-là. » C’est peut-être instinctif, c’est peut-être seulement basé sur nos goûts, du fait que nous écoutons certains groupes. Nous avons tous nos groupes préférés. Mes groupes préférés proviennent principalement des années 70. Je suis totalement fan de Led Zeppelin, c’est mon groupe préféré, et je l’ai toujours été depuis mes quinze ans, environ. Je n’ai pu les voir qu’une fois en 1979, mais j’ai bien sûr tous leurs albums. Donc c’est incrusté en moi, c’est dans mon ADN.

Il y a un groupe actuellement qui est un peu considéré comme étant le nouveau Led Zeppelin. Il s’agit de Greta Van Fleet…

Ouais, ce n’est pas le nouveau Led Zeppelin, c’est juste qu’ils sonnent un peu comme Led Zeppelin. Je pense que c’est surtout dû au chanteur ; je trouve que c’est un super chanteur. Il se trouve qu’il a ce type de tessiture et une influence de Robert Plant, avec du blues. Pourquoi pas ? Que Dieu le bénisse. Je préfère qu’il y ait plus de groupes qui sonnent comme Led Zeppelin. Je pense qu’on a suffisamment de groupes à la Metallica ou Iron Maiden. Pourquoi tout le monde pète un plomb simplement parce qu’un groupe qui sonne un peu comme Led Zeppelin débarque ? Il faut se calmer [rires]. Ceci étant dit, c’est l’un des plus gros matraquages médiatiques que j’ai jamais vus dans ma carrière de musicien. Je ne me souviens pas d’un autre groupe aussi hyper médiatisé que Greta Van Fleet. Ce n’est sans doute pas justifié, je ne sais pas. Peut-être si ça marche. Peut-être qu’il y a quelqu’un derrière qui investit beaucoup d’argent dans le groupe. Il y a un grand pouvoir derrière ce groupe. Ils ont de toute évidence de bonnes relations. Mais comme on dit, c’est au pied du mur qu’on voit le maçon. On verra comment ils évoluent au cours des dix prochaines années. Zeppelin a décollé assez vite, surtout en Amérique. On verra quel sera leur héritage. Il faut juger en prenant du recul, les laisser passer l’épreuve du temps. C’est exagéré de s’enflammer comme ça sur un tout nouveau groupe. J’imagine qu’un groupe peut partir en vrille à cause de ça. Ça peut presque être destructeur, si on est perçu comme étant le prochain Led Zeppelin.

« Si tu cours après les tendances et les modes actuelles, tu es à côté de la plaque. Je pense qu’un groupe doit avoir une identité et s’y tenir, et travailler sur cette identité quoi qu’il en soit. Ça a merveilleusement bien marché pour certains groupes. »

Une autre chose que tu as pu dire est que tu essayes « de ne pas te laisser influencer par des groupes modernes afin de préserver votre style et votre son uniques ». Comment parviens-tu à faire ça, vu que tu sembles beaucoup prêter attention aux groupes d’aujourd’hui, dont certains que tu écoutes et apprécies ?

C’est juste que je n’essaye pas de composer quelque chose qui sonne « un petit peu comme ». J’ai remarqué des groupes avant aujourd’hui, j’ai été dans des répétitions, j’ai entendu des groupes dire : « Il faut qu’on fasse quelque chose qui serait le nouveau tel et tel album. » Et je me dis : « Non, tu n’as pas besoin de faire ça. Tu dois définir ton style. » Si tu cours après les tendances et les modes actuelles, tu es à côté de la plaque. Je pense qu’un groupe doit avoir une identité et s’y tenir, et travailler sur cette identité quoi qu’il en soit. Ça a merveilleusement bien marché pour certains groupes et il est clair que ça devrait être suffisamment inspirant pour te pousser à également suivre cette voie et faire que ça fonctionne. Il faut juste être courageux et s’y tenir. Courir après la dernière mode est ridicule, selon moi, car cette mode va probablement aller et venir, et ensuite tu seras là : « J’ai fait un album, il sonnait un petit peu comme ci, et j’ai fait un album qui sonnait un petit peu comme ça. » Je ne crois pas que ce soit une bonne formule.

A l’écoute de Lightning To The Nations, la basse est assez forte dans le mix mais on se rend compte que c’est également le cas de The Coffin Train, où elle est bien mise en avant, avec de jolies lignes, or ce n’est plus aussi commun dans le heavy metal d’aujourd’hui, si on compare ça à des groupes comme Iron Maiden, Motörhead ou même Venom. Est-ce une spécificité des groupes de l’époque ?

Le premier album a été mixé rapidement, en seulement quelques jours, donc nous n’y pensions pas vraiment. Si la basse est forte, c’est comme ça. Mais sur ce nouvel album, nous avons Dean Ashton à la basse, et il est très puissant. Il joue au médiator et il a un style fantastique. Il a un son très agressif, assez distordu et qui grogne, donc nous en avons beaucoup profité dans le mix, c’est une part importante du son maintenant. Dès que tu retires la basse, un énorme trou apparaît dans le son. Quand Dean a auditionné pour le groupe, j’ai vraiment aimé son style, ça me rappelle Colin [Kimberley], qui jouait au médiator et avait toujours une attitude un petit peu punk dans son style de jeu. J’ai pensé : « Ce qui sort des enceintes me plaît beaucoup. » Notre précédent bassiste jouait habituellement aux doigts mais il jouait au médiator pour Diamond Head, mais il n’avait pas du tout l’agressivité qu’a Dean. Je pense que ça profite beaucoup au groupe en live et sur le nouvel album. Dean est un gars tellement modeste, mais nous trouvons tous que c’est un musicien et un bassiste extraordinaire, il nous impressionne beaucoup. Nous sommes tous fans de son jeu. J’adore son style, il est très assuré. Ça se cale parfaitement avec le jeu de Karl, notre batteur. C’est une énorme section rythmique.

Pour l’album précédent, tu avais dit que vous aviez accumulé neuf ans de musique. Puisque ce nouvel album a été fait plus rapidement, as-tu l’impression qu’il a été plus spontané ?

Un petit peu. Certaines des musiques étaient des trucs que je n’avais pas utilisés pour l’album Diamond Head et qui ont été réécrits. Ensuite j’ai écrit de la musique en 2016 pour l’album. Il y a quelques vieilles idées que j’avais et qui traînaient depuis des années. Ça semble toujours faire ça. Je réécoute mes cassettes de riffs et je prends des idées. Il se peut que j’aie un riff depuis dix, vingt ans et enfin, il trouve sa place. Je parviens à le marier à un refrain ou le placer quelque part. J’essaye de faire ça, de regarder dans mes cassettes de riff, et je me dis : « C’est un bon riff. C’est un bon riff de Diamond Head. » Et alors j’essaye d’en faire quelque chose. J’ai ProTools LE chez moi, et c’est utile pour la composition, dans le sens où je peux faire des démos à la maison, passer du temps à essayer de faire que la musique soit fluide et arriver à ce que ça sonne comme un morceau complet. Donc je puise dans des idées que j’ai peut-être eues avant. Avec ce nouvel album, très souvent je présentais de la musique à Ras et il disait : « J’aime ça, mais il n’y a pas de refrain. » Alors nous nous posions pour écrire un refrain pour cette idée. Ras joue de la guitare également, donc parfois nous nous asseyions face à face et essayions de composer de nouvelles parties. La dernière chanson que nous ayons écrite pour cet album était « Belly Of The Beast », et ceci a commencé avec un riff que Ras avait, et ensuite j’ai pu trouver deux ou trois parties pour aller avec. Musicalement parlant, nous avons écrit cette chanson assez rapidement. Il semblerait que nous composons bien ensemble. Il n’y a pas de moments gênants, de compétition ou quoi que ce soit. D’une certaine façon, ça se fait très naturellement. C’est confortable. Nous sommes très bons pour faire ressortir des idées chez l’autre. C’est un bon partenaire avec qui composer, c’est un gars très talentueux.

A l’époque de l’album sans titre, Rasmus venait tout juste de rejoindre le groupe deux ans auparavant et n’avait même jamais écrit d’album avant. Maintenant qu’il avait le bénéfice de plusieurs années supplémentaires dans le groupe et de l’expérience de ce premier album, penses-tu que ça a fait une grosse différence pour The Coffin Train ?

Oui. Le fait que le dernier album ait été bien reçu lui a démontré qu’il était accepté dans le groupe et je pense que ça lui donné une grande confiance en lui. Il a pu aller plus loin. Et comme je l’ai dit, il a pu dire : « Est-ce que je peux être le producteur ? » Et nous lui avons confié cette responsabilité. Il a donc été impliqué à chaque étape du processus, de la composition au mixage. Il est super talentueux. Il a également fait les orchestrations sur l’album, il a un studio chez lui où il a mixé l’album. Je pense que l’assurance de Ras n’a fait que croître. Pourtant, ce n’est toujours que le second album qu’il ait jamais fait. Tout ça en dit long sur son talent, et quelle voix, quelle incroyable tessiture, quel style… Je sais reconnaître un bon chanteur quand j’en entends un. Il y a certains chanteurs que, au fil des années, dans le domaine du rock, j’ai beaucoup aimés, et Ras a quelque chose dans sa voix qui me plaît énormément. Donc j’ai pensé : « Ouais, il est vraiment super ! » Donc quand nous l’avons auditionné, j’ai défendu Ras. Je n’ai pas arrêté de dire : « Ras est le meilleurs de tous les mecs qu’on a vus. » Et donc il a décroché le job.

Avait-il une quelconque expérience en production d’album avant ?

Bonne question ! Il a dit qu’il avait produit un album pour un artiste solo, un chanteur auteur-compositeur. Mais c’est probablement très différent de produire un groupe de rock/metal comme Diamond Head, où il y a de la batterie, des guitares et tout. Donc je pense qu’il n’a pas arrêté d’apprendre. Il a le genre de cerveau qui lui permet d’apprendre comment faire les choses. Il est passé de Logic à ProTools pour le mixage de l’album. Il préfère ProTools maintenant. Mais il faudrait que tu parles avec lui pour avoir plus de détails. Mais de ce que je sais, quand il a commencé au Danemark, il jouait de la guitare dans un groupe, et ensuite, quand il s’est mis au chant et que les gens ont réalisé qu’il pouvait chanter, il est allé à l’université à Londres en 2006 et a passé un diplôme de chant. Ensuite, je crois qu’il a chanté pour quelques groupes de reprises, il a dit qu’il a joué de la basse dans un groupe de folk… Il a fait quelques trucs, il a été serveur pendant un moment. Mais je pense qu’il n’a jamais vraiment eu les bonnes relations ou n’a jamais percé, si tu veux, avant que Diamond Head ne se présente à lui en 2014. Il a sauté sur l’occasion et qui savait où ça mènerait ? Mais nous voilà avec deux albums et tout semble bien aller. Nous avons maintenant un management professionnel, nous avons un très bon label, nous jouons au Hellfest le mois prochain ! Nous n’avons jamais fait le Hellfest, nous avons vraiment hâte d’y être. Mais ouais, tout va bien, et Ras est une part importante de cet album.

« Il y a des passages où on se dit : ‘Oh, ça fait un peu Chris Cornell !’ Mais c’est bien. Ça ne me dérange pas. Je préfère que ce soit Chris Cornell que d’autres chanteurs que je pourrais nommer [rires]. »

J’imagine que ça a nécessité une grande confiance de votre part pour laisser la production de l’album à quelqu’un de si jeune en termes d’expérience.

Oui, mais je savais qu’il en était capable. Il enregistrait des répétitions sur son ordinateur portable et ensuite nous donnait de petits mix de ces répétitions, et nous pensions : « Oh, c’est bien ! Donc, tu as fait ça toi-même en plaçant quelques micros et tout ? » Et ensuite, il enregistrait des concerts. J’ai entendu deux ou trois démos qu’il a faites et ce genre de choses avec un autre artiste. Il sait ce qu’il fait. Il trouve toujours des microphones sur eBay et il est à fond dans la musique. Il joue de la guitare et du piano. Quand il a dit qu’il aimerait être le producteur, je n’ai pas sourcillé. Je ne suis pas vraiment un producteur. Pour les derniers albums, nous avons juste mis « produit par Diamond Head » car nous n’avions pas vraiment de producteur, donc c’était le groupe qui essayait de faire avancer le truc et prendre les décisions. Mais si quelqu’un ayant des talents évidents proposait ses services de producteur, je n’allais pas refuser.

C’est assez impressionnant la façon dont sa voix change d’une chanson comme « Belly Of The Beast » à une autre comme « Shades Of Black ». C’est presque comme s’il y avait deux chanteurs ! Tu as mentionné que Ras était fan de Chris Cornell et ce n’est pas étonnant car il sonne vraiment comme lui sur plusieurs chansons, dont cette dernière. Penses-tu qu’il ait ouvert de nouvelles portes pour le groupe ?

Oui. Au final, tout tourne autour du chanteur, selon moi. Je sais que les guitares sont importantes et tout, mais pour moi, nous servons le chant. Donc quand on a un bon chanteur, c’est une part énorme du son du groupe. Ça représente probablement cinquante pour cent de ce que les gens sont venus entendre. Son chant est de classe mondiale, selon moi. C’est effectivement un grand fan de Chris Cornell. « Shades Of Black » parle de Chris Cornell. C’est une sorte d’hommage. Le fait qu’il soit mort il y a deux ans a vraiment choqué et affecté Ras, et il a écrit ces paroles pour lui rendre hommage. Il y a quelques petites références à certains textes de Chris et autre. Ras a toujours dit que quand il grandissait, son chanteur préféré était Freddie Mercury. Mais je pense qu’en tant que chanteur de rock, il apprécie à quel point Chris Cornell était un grand chanteur et un artiste complet, car il était également compositeur, il jouait de la guitare, il avait une extraordinaire tessiture. Ras admirait Chris Cornell en tant qu’influence. Et de temps à autre, il y a des passages où on se dit : « Oh, ça fait un peu Chris Cornell ! » Mais c’est bien. Ça ne me dérange pas. Je préfère que ce soit Chris Cornell que d’autres chanteurs que je pourrais nommer [rires].

Rasmus est plus de la nouvelle génération de metalleux ; il n’était même pas né quand Lightning To The Nations est sorti.

En effet, il est né en 1984 ! [Rires]

N’y a-t-il pas parfois un conflit de générations entre lui et toi ?

Pas vraiment. Nous nous respectons énormément mutuellement. Je pense que nous voulons tous les deux les mêmes choses. Nous voulons que le groupe s’améliore, devienne plus gros et ait plus de succès : nous ne voulons pas jouer dans de tout petits clubs de cinquante personnes [petits rires]. Nous voulons grimper les échelons. Nous pouvons tous les deux voir que c’est un super groupe avec un super héritage, et nous voulons en tirer profit. Donc, au cours des cinq dernières années, nous avons fait quelques trucs extraordinaires. Nous voulons continuer sur cette voie et éliminer le mauvais pour ne garder que le bon. Nous ne nous sommes jamais disputés, Ras et moi.

Comment comparerais-tu ta génération de musiciens et la sienne ?

Je pense que la génération de Ras est un peu plus grave, un peu plus sombre, et c’est reflété dans l’album. Certains textes et thèmes sont assez sombres. Avec le titre de l’album, The Coffin Train, et d’autres titres et paroles de chansons, on peut s’apercevoir que c’est un album plus sombre que, disons, Borrowed Time ou Canterbury. Et je pense qu’ils ont plus l’habitude d’écouter des groupes de metal sous-accordés. Je sais que Ras a mentionné Meshuggah plusieurs fois, il les apprécie. Je n’ai jamais beaucoup écouté de groupes sous-accordés super heavy, qui descendent jusqu’en Si ou en La, avec du chant plus grogné, un peu plus agressif. Je suis plus porté sur la mélodie, je préfère un peu plus le rock classique. J’apprécie le côté heavy de plein de groupes, mais pour ma part, j’ai besoin de contrastes, je n’aime pas écouter tout un album de double grosse caisse et de [imite du chant death] [rires]. Durant quarante-cinq minutes, j’ai besoin d’un peu plus de mélodie. Mais tu sais, j’ai cinquante-neuf ans, mes goûts musicaux ont probablement été forgés il y a longtemps, et j’aime vraiment me mettre à la page. Mais à un moment donné, quand on s’est mis au rock durant l’adolescence, comme c’est généralement le cas, c’est ça qui laisse l’empreinte la plus profonde sur nos goûts.

Rasmus a dit que « Belly Of The Beast » parlait de démons personnels et que « tout le monde en porte au moins un durant sa vie ». Quels sont tes démons personnels ?

Wow, on ne m’avait jamais demandé ça… Je ne sais pas trop. Je n’aime pas avoir de la haine en moi, je n’aime pas avoir de la jalousie dans ma vie. J’ai déjà ressenti ces émotions, et je pense qu’elles sont extrêmement négatives, donc j’essaye de ne plus les laisser m’habiter. J’ai toujours aimé la musique, donc c’est quelque chose qui m’a accompagné durant tous les moments sombres. J’ai toujours l’impression que je peux prendre une guitare, et jouer, et ça m’emportera ailleurs ou m’apportera quelque chose de constructif, de créatif, d’extraordinaire, plutôt que de devenir trop négatif. La guitare est une corde de sécurité pour moi. Les démons personnels…

Tu n’as jamais eu les traditionnels démons personnels que certains artistes de metal ou de rock ont, comme l’alcool, la drogue… ?

Non. Ce n’est pas mon genre. Je n’ai jamais pris de drogue. J’ai fumé du cannabis, mais j’ai tout arrêté en 1990. Je n’en ai plus touché depuis. Et je n’ai jamais été un buveur. Je n’ai pas le métabolisme qui me permet de boire huit pintes d’affilée, donc je ne le fais pas. Il se peut qu’une fois par semaine je prenne quelques pintes à des occasions sociales. J’apprécie sortir et prendre quelques bières, mais je ne suis pas dépendant. Je n’ai pas vraiment de vice de ce genre. Je suis probablement un peu placide. Tu sais ce truc dans Spinal Tap, « le feu et la glace », et l’autre gars, le bassiste, arrive et il est « l’eau tiède » [rires]. Je suis probablement plus comme ça. Je suis plus calme, plus tranquille. Je ne deviens pas super excité et je ne deviens pas super déprimé.

« J’ai toujours l’impression que je peux prendre une guitare, et jouer, et ça m’emportera ailleurs ou m’apportera quelque chose de constructif, de créatif, d’extraordinaire, plutôt que de devenir trop négatif. La guitare est une corde de sécurité pour moi. »

L’album s’intitule The Coffin Train (le train cercueil, NdT), qui est un titre assez morbide, et il pourrait être interprété de façon pessimiste par rapport au groupe… Du coup, qu’est-ce que The Coffin Train ?

C’est purement une idée que Ras a dit avoir rêvée : un train arrivait vers lui et les wagons avaient l’air de cercueils. C’était un genre de cauchemar où la planète était en proie aux flammes ou à des explosions nucléaires et ce genre de choses. C’était son rêve, et alors il a noté « the coffin train ». Quand nous cherchions des titres pour les chansons, j’en ai suggéré quelques-uns, comme « The Messenger » ou « Until We Burn », mais Ras a suggéré « The Coffin Train ». J’ai dit : « C’est quoi ça ? C’est quoi le train cercueil ? » Il m’a alors raconté son rêve. Nous avons pensé : « C’est un titre vraiment fort et ça ferait une super pochette d’album ! » C’est donc devenu la chanson éponyme de l’album dès qu’il a écrit les paroles et que nous avons commencé à travailler sur l’illustration. Nous avons confié le projet à un gars de San Francisco qui s’appelle Travis Smith, il a fait l’illustration et a fait un boulot fantastique. L’idée du train sur la pochette m’a vraiment plu. Ça a de la gueule ! Nous avons commencé à chercher sur internet, pour rassembler des idées, faire des croquis, etc. Plus tard, j’ai réalisé que là où j’ai eu le nom Diamond Head était un album de Phil Manzanera et il y a un train sur la pochette ! J’avais donc ce poster avec un train et, quarante ans plus tard, nous sortons un album avec un train sur la pochette [rires]. La boucle est bouclée ! Mais tout ça vient juste d’une idée de titre que Ras a eue quand nous cherchions des titres. Nous trouvions tous les deux que c’était une image forte. Donc non, le titre de l’album ne parle pas du groupe. « Until We Burn » parle un petit peu de Diamond Head – il y a des références à Diamond Head là-dedans.

Qu’est-ce que cette chanson dit à propos du groupe ?

C’est Ras qui a écrit les paroles. C’est une sorte d’histoire sur Diamond Head : nous sommes ambitieux, on essaye d’atteindre des objectifs mais on n’y arrive pas toujours, on peut échouer. C’est un peu ce rêve comme quoi Diamond Head avait un grand potentiel mais n’a pas vraiment été à la hauteur. Le groupe est toujours là, il est toujours super, il va toujours de l’avant ; après toutes ces années, nous existons toujours, le train continue à avancer.

Plusieurs chansons semblent traiter de la mort d’une façon ou d’une autre, que ce soit « The Coffin Train », « Death By Sesign » ou même, dans une certaine mesure, « The Phoenix ». Même si j’imagine que Rasmus a écrit toutes ces paroles, est-ce que la mort, ou au moins la fin du groupe, est quelque chose auquel tu penses ou que tu redoutes ?

[Rires] Non. Je ne sais pas exactement à quoi pensait Ras mais je pense qu’il veut que le groupe ne s’arrête jamais. Enfin, je me fais vieux, j’ai commencé à me demander : « Pendant encore combien de temps le groupe pourra continuer ? » Mais je ne crois pas que Ras songe à ça. Nous n’en avons jamais discuté. Nous voulons juste que le groupe devienne plus gros et meilleur. Ça correspond probablement plus à son état d’esprit actuel. C’est un cérébral. Il déprime un peu parfois. Il est probablement plus extrême que je le suis. Quand il est de bonne humeur, il est vraiment de bonne humeur, et quand il n’a pas le moral, il n’a vraiment pas le moral. J’ai remarqué deux ou trois fois durant ces cinq dernières années que lorsqu’il est dans un mauvais jour, il est très silencieux, et c’est probablement mieux de le laisser tranquille, je ne le contrarie pas. Mais tu peux facilement te rendre compte quand il a le moral ou quand il ne l’a pas. Donc peut-être qu’un peu de cette colère, de cette frustration, qu’il ressent parfois ressort dans ses textes. C’est quelqu’un de passionné. Il donne beaucoup de sa personne. Il est très critique envers lui-même. Parfois on dira : « Le chant est excellent ! » Et lui est là : « Bah, ça va. » Il ne dira jamais : « Faut que tu écoutes ça, c’est génial ! » [Rires]. Il s’autocritique beaucoup et il est vraiment dur avec lui-même. C’est un peu un perfectionniste, ce qui peut être très pénible, car la perfection n’existe pas, donc il ne peut jamais être totalement satisfait [petits rires].

Une question plus générale : quelle est ta relation personnelle à la mort ?

C’est quelque chose qu’on essaye de remettre à plus tard possible. Je n’y pense pas vraiment. J’ai eu quelques soucis de santé au fil des années et, évidemment, ça te ramène à une vision à court terme, comme quoi tu ne vivras pas éternellement. J’ai simplement envie de profiter de la vie aussi longtemps que possible. J’ai dû un peu changer mon hygiène de vie, bien manger et faire plus d’exercice. J’ai eu une crise cardiaque en 2015, et ça a été un peu un choc. Mon père est mort à 71 ans. Donc j’ai réalisé : « Je ne vais pas vivre éternellement, mais je vais vivre aussi longtemps que possible. » Donc je dois faire ce qu’il faut pour être toujours là dans dix ans. Ma mère est morte dimanche dernier, le 19. Elle avait 90 ans. Ça n’a pas été un choc mais c’était un peu triste. Elle était victime de démence due à Alzheimer, donc on l’a vu arrivé longtemps à l’avance. Nous nous y étions préparés, mais ça reste horrible, et je traverse cette période où je suis un peu apathique, où il faut que je prépare les funérailles et tout ça. Ce n’était pas très sympa. Mais j’ai conscience de la mort. Maintenant j’ai perdu ma mère et mon père, et ma sœur. Ce n’est pas génial. Mais on essaye de voir le bon côté des choses, n’est-ce pas ? On essaye de rester positif.

2019 marque les quarante ans de la New Wave Of British Heavy Metal, puisque ce terme est apparu pour la première fois en 1979. Et Diamond Head, même s’il n’a pas eu le succès d’un groupe comme Iron Maiden, était un des pionniers du mouvement. Peux-tu nous parler de ses origines, le contexte et l’état d’esprit à l’époque ?

Avant que n’arrive la New Wave Of British Heavy Metal, il y avait plein de musiciens de rock partout en Angleterre qui se faisaient plaisir dans des groupes, cherchant à être comme les grands groupes des années 70. Nos héros étaient Led Zeppelin, Deep Purple, Black Sabbath, Rush, UFO, AC/DC, etc. Nous adorions tous cet âge d’or du rock et nous voulions faire quelque chose de similaire. Ensuite, en 1979, deux ans après que le punk soit devenu énorme au Royaume-Uni, l’idée de la New Wave Of British Heavy Metal et le son qui va avec sont apparus. Il y avait Samson, Def Leppard, Iron Maiden, Saxon… J’ai pensé : « C’est fantastique pour nous, on a 19 ans, on a le bon âge, on a bonne allure, on a toutes ces super chansons, comme ‘Am I Evil?’ et ‘Helpless’. C’est l’occasion rêvée pour Diamond Head de se faire signer, d’être dans la presse, d’attirer l’attention de maisons de disques, d’obtenir un contrat… » Ça semblait être une occasion en or pour se faire remarquer et grimper les échelons. Nous avions probablement fait seulement dix ou une douzaine de gros concerts jusqu’en 1979, et nous avons probablement seulement joué dans les Midlands. Donc quand ceci est arrivé, et que soudainement des groupes étaient signés, à droite, à gauche, nous avons eu un agent, nous avons pu jouer partout dans le pays, nous jouions à Londres, à Newcastle, etc. C’était une super époque, c’était très créatif. Je trouvais que tous les groupes sonnaient différents des autres, même si nous étions tous heavy metal, ou au moins rock, nous avions tous notre propre son, et c’était très influent. Le nombre de groupes… Je veux dire qu’évidemment, Diamond Head a influencé Metallica, qui a influencé des milliers de groupes. Mais aussi, il y avait Iron Maiden qui a influencé des milliers de groupes. Donc l’héritage, durant ces quarante dernières années, a été incroyable, et je pense que le rock et le metal sonneraient très différemment si tous ces groupes, comme Diamond Head et ceux que j’ai nommés, n’avaient pas eu un tel impact et ne s’étaient pas fait remarquer durant cette période.

« Il y a un livre de Malc MacMillan où il liste 400 groupes de New Wave Of British Heavy Metal, et vraiment, seulement trois sont devenus énormes, et tous les autres ont galéré. »

D’un autre côté, seuls quelques groupes de cette époque ont réellement atteint des sommets et sont toujours là aujourd’hui…

C’est étrange, n’est-ce pas ? Il y a un livre de Malc MacMillan où il liste 400 groupes de New Wave Of British Heavy Metal, et vraiment, seulement trois sont devenus énormes, et tous les autres ont galéré, dont Diamond Head, Girlschool, Angel Witch, Tygers Of Pan Tang… Ça a été dur pour certains de ces groupes. Seuls les trois plus gros ont vraiment pu bien en vivre et vendre un max d’albums. La plupart des groupes sont probablement retournés à leur emploi principal quelques années plus tard, ont abandonné ou ont été lâchés par le label, s’ils ont eu un label. Une fois que les labels ont eu leurs groupes de New Wave Of British Heavy Metal, tous les autres ont été ignorés ou ont dû se débrouiller par eux-mêmes. C’était une impitoyable lutte pour parvenir à se faire signer.

Tu crois qu’il y avait trop de groupes ?

On ne peut pas l’empêcher, n’est-ce pas ? Il y avait également probablement plein de groupes de punk qui n’ont pas réussi. Tout le monde pourrait citer peut-être six ou sept groupes de punk, mais il y en avait sans doute des centaines. C’était pareil avec la New Wave Of British Heavy Metal. On pourrait citer environ une douzaine de groupes, mais à côté il y en a des centaines qui n’ont pas percé. C’est la sélection naturelle, n’est-ce pas ? Je ne savais pas d’ailleurs qu’on pourrait faire carrière dans la sorte d’entre-deux où nous avons été. A l’époque, tout ce que je voyais c’est qu’il fallait être un gros groupe ou sinon tu n’étais rien du tout. Et bien sûr, le fait que Metallica reprenne du Diamond Head nous a énormément aidés à faire vivre le nom et à le répandre à travers le globe. Diamond Head n’a jamais tourné aux US dans les années 80 et 90. C’était une énorme erreur de notre management ou d’une décision de je ne sais qui. Mais c’est ainsi.

Quel est ton sentiment sur ces quarante ans d’évolution du heavy metal ?

C’est incroyable. C’est tellement énorme maintenant ! Je crois que personne ne se doutait à l’époque que ça deviendrait aussi imposant dans le monde entier en 2019. On se disait toujours que ça allait passer de mode ou serait remplacé par autre chose. De temps à autre il avait un truc comme le grunge qui débarquait, et ça donnait l’impression que le metal était relégué aux oubliettes. Mais c’est comme un mode de vie. C’est devenu une mode, un style de vie, et les gens portent toute leur vie des jeans, des T-shirts, des vestes en cuir, les cheveux longs, et écoutent un groupe comme Iron Maiden, et achètent chaque album, les suivent, pendant quarante ans. J’ai vu des groupes se séparer, mais maintenant, on dirait qu’on peut avoir une carrière de quarante ans. Iron Maiden ne s’est pas arrêté depuis 1975 ou je ne sais plus quelle année. Je n’ai pas vu beaucoup de groupes faire ça dans le milieu des années 70. Je n’avais jamais vu une telle longévité dans l’industrie musicale. Donc je ne me doutais absolument pas que ça deviendrait mondial, avec plus de groupes, plus de festivals, plus de magazines, plus de contenu en ligne. Je ne sais pas si quelqu’un avait la moindre idée qu’on pourrait avoir ce genre de carrière.

L’année prochaine marquera un autre grand anniversaire pour vous, puisque ce sera les quarante ans du premier album de Diamond Head, Lightning To The Nations. Avec le recul, comment vois-tu cet album aujourd’hui ?

J’en suis très fier. Heureusement que nous avons fait cet album quand nous l’avons fait. Je pense que les chansons sur cet album ont résisté au passage du temps. Nous les jouons toujours en live, et elles passent toujours bien. « Am I Evil? » vit sa propre vie, elle est présente partout dans le monde sur des compilations, elle est sur dix-huit disques différents de Metallica. Metallica a joué « Am I Evil? » plus souvent en live que Diamond Head. C’est une chanson incroyable. Je trouve que nous avons fait un super album, un classique, mais nous ne le réalisions pas à l’époque, c’était juste les meilleures chansons que nous avions à l’époque sur un album. Mais nous avons évidemment appris des choses au fil des années, nous avons développé notre art, nous n’avons cessé de nous améliorer à la composition. Ce n’est probablement qu’avec le recul qu’on se rend compte à quel point c’était un bon album, car à l’époque, nous l’aimions, mais nous ne nous disions pas : « C’est extraordinaire ! Ça va se vendre, on sera toujours là à jouer ces chansons quand on sera vieux. » [Rires] Nous ne nous en doutions pas. Tout ce à quoi tu commences à penser, c’est à l’album suivant. Notre ambition était de faire partie de l’establishment du rock, de trouver notre place quelque part, parmi tous les grands groupes des années 70 que nous admirions, d’essayer de faire un album qui vaudrait la peine, qui plairait aux gens, qui nous apporterait des fans, qui serait diffusé à la radio. Je me souviens que Tommy Vance a joué « Am I Evil? » tiré de cet album durant son Friday Rock Show. C’est tellement excitant d’entendre son propre groupe à la radio. Voilà à quoi nous pensions, à faire un super album. Mais comme je l’ai dit plus tôt, nous n’arrivions pas à nous trouver un contrat de maison de disques avec cet album, donc nous avons fini par presser nous-mêmes mille exemplaires et à les vendre durant nos concerts ou par correspondance… C’est étrange comment tout s’est passé.

Comptez-vous célébrer cet anniversaire ?

Nous allons probablement faire quelques concerts où nous allons jouer l’album en intégralité, l’année prochaine, en 2020, pour ce quarantième anniversaire. Nous n’avons pas encore planifié ça mais nous en avons déjà discuté. Nous avons déjà fait chaque morceau de cet album en live avec Ras. Mais nous ne les avons pas faits dans l’ordre, ou peut-être au Canada… Oui, je crois que nous l’avons fait là-bas ! Il y a deux ou trois ans… Mais ouais, nous allons essayer d’en faire plus et célébrer ces quarante ans.

Pour revenir à ce dont on parlait au début – l’erreur de s’être éloigné de Lightning To The Nations et que vous auriez probablement dû vous en ternir à ce son : n’est-ce pas frustrant d’être défini et jugé sur la base de votre tout premier album ?

[Petits rires] C’est déjà arrivé avant nous. Certains groupes sortent un super premier album et c’est très dur pour les albums suivants de passer après. C’est comme ça. Ce n’est pas frustrant. Je suis fier que ce soient mes chansons et que les gens les aiment. Ça aurait pu être l’inverse, les gens auraient pu ne pas aimer les chansons ou Diamond Head, et nous n’aurions pas fait plus de deux ou trois albums, mais le fait que les gens l’aiment toujours m’a donné une carrière et un revenu. Je suis donc très fier de cet album. Je le trouve excellent. Je l’ai vu être comparé dans des listes de grands albums des années 80, et être parmi des choses comme Appetite For Destruction et Master Of Puppets, des albums qui se sont vendus en millions d’exemplaires, alors que nous n’avons vendu que deux mille exemplaires et c’est tout ! Il est sorti en CD, bien sûr, mais à l’époque, il ne se vendait pas du tout. C’est un vrai album underground culte. Peu de gens ont le pressage vinyle original, avec l’emballage blanc.

« ‘Am I Evil?’ vit sa propre vie, elle est présente partout dans le monde sur des compilations, elle est sur dix-huit disques différents de Metallica. Metallica a joué ‘Am I Evil?’ plus souvent en live que Diamond Head. »

Que dirais-tu au jeune Brian Tatler, si tu le rencontrais aujourd’hui ?

Avec le recul, je lui dirais : « Tu as un super groupe là ! Ne déconne pas avec, ne te sépare d’aucun des membres, et trouve-toi un bon management. Et ne renonce pas à tes droits de publication ! » [Rires] Car plein de groupes font des erreurs stupides et signent de mauvais contrats. Tout le monde l’a fait.

Tu regrettes d’avoir changé les membres du groupe ?

Un petit peu. C’était ce que c’était. Je ne pouvais pas empêcher notre bassiste Colin de quitter le groupe, mais nous avons viré le batteur Duncan [Scott], et c’était un chouette type. Je crois que nous n’étions pas très bons pour trouver un moyen de contourner nos limitations. Il y a un côté romantique dans l’idée du line-up originel que les gens aiment, mais il n’était probablement pas pratique, il n’allait pas tenir dans le temps, mais à la fois il semblait bien. Dans un monde idéal, le groupe serait resté soudé, mais ça n’a pas été le cas, donc on passe à autre chose et c’est la vie. La carrière de Diamond Head a été faite de hauts et de bas. Elle n’a pas été constante. Si on regarde un groupe comme U2 qui a toujours son line-up d’origine, il a très vite eu un très bon mangement et du succès. Je pense que ça les a aidés. Nous avions un mangeur amateur qui n’avait jamais fait ce boulot avant. Nous n’arrivions même pas à obtenir un contrat avec une maison de disques. Ce sont deux cas totalement opposés. Je pense que c’est ce que tout le monde voudrait, idéalement, pour un groupe, c’est de se rassembler entre amis et rester ensemble, mais dans ce business, c’est dur à faire.

En fait, tu es le seul membre restant de ces premières années : agis-tu consciemment comme le garant de la marque de fabrique de Diamond Head, ou comme un directeur artistique ?

Je suis la tête du groupe et le contrôle qualité. Enfin, Karl, le batteur, s’occupe de pas mal de tâches, et depuis que Ras et Dean sont dans le groupe, ils s’occupent des réseaux sociaux et de plein de choses en arrière-plan, et nous bénéficions désormais de l’aide du label et du management. Mais, au final, c’est moi qui décide « oui ou non » pour les projets et les idées. Il arrive parfois que je doive les recadrer. Ils me respectent si je dis « je n’aime pas ça » ou « ne fais pas ce passage ». J’ai mon mot à dire de façon globale. Enfin, il se peut que je laisse filer certaines choses, mais généralement, je vais être franc et dire : « Je n’ai pas aimé ça. » Et ils diront : « D’accord, pas de problème ! Il fallait tenter. » [Rires] Tout le monde respecte ça. Ça reste mon groupe et j’ai coécrit toutes les chansons. Je reconnais volontiers que je ne suis pas un businessman. J’ai passé quelques moments en compagnie de Lars Ulrich, et je me suis dit : « Wow, ce mec est impressionnant. Il a un sens du business phénoménal. » Alors que moi, je ne suis pas comme ça, je n’ai pas ce type de cerveau, j’ai besoin qu’on m’aide. Donc je fais ce que je peux au sein du groupe, et il me faut d’autres gens pour faire les choses pour lesquelles je ne suis pas doué.

La dernière tournée a été la plus longue de toutes les séries de dates européennes que vous ayez jamais faites. Tu ne te lasses pas des tournées après tant d’années ? Je veux dire que tant de vieux groupes sont actuellement en train de ralentir leurs activités, s’ils ne s’arrêtent pas carrément.

Je saisis simplement les opportunités quand elles se présentent. Je n’ai jamais fait le Hellfest, comme je l’ai dit, et je n’ai pas été au Wacken depuis environ quinze ans. Donc si une opportunité se présente, je n’ai pas envie de refuser. La seule chose que je n’ai pas envie de faire, c’est d’autres tournées des clubs. On dirait que ça fait depuis 1979 que nous jouons dans des clubs, et parfois ça peut être un peu pénible. Nous avons fait trente-huit dates en octobre/novembre de l’année dernière, et ce n’était presque que des clubs, et assez petits qui plus est. C’était dur. Je fixe une limite qui est de ne pas faire trop de dates en club, surtout dans des pays où nous avons beaucoup tourné. Mais je pense que nous voulons tous nous rendre dans des endroits où nous n’avons pas été avant et jouer dans de nouveau festival, de nouveau pays, si possible. Donc quand on nous fait une belle offre, je ne vais pas dire : « Non, je suis trop fatigué, je suis trop vieux… » Je veux la saisir. Ça ne me pose pas de souci. Je ne pense pas que je pourrais faire six mois sur la route d’affilée, mais ça me va de morceler en trois ou quatre semaines à la fois.

Vous avez annoncé deux « concerts très spéciaux » avec Saxon au Hammersmith de Londres. Que peux-tu nous dire à ce sujet ?

Il y aura quatre groupes : Saxon, Krokus, Girlschool et Diamond Head. Diamond Head va ouvrir les festivités. Je crois que nous avons trente minutes pour impressionner le public. On se croirait revenu en 1981 [petits rires]. Ce sera de bonnes soirées. Je n’ai pas joué au Hammersmith Odeon depuis 2007, quand nous avons ouvert pour Thin Lizzy, donc ça fait longtemps. Ras et Dean n’ont jamais joué au Hammersmith Odeon, donc c’est excitant pour eux. Mais ce sera bien, nous avons deux dates au Royaume-Uni, et une en Allemagne avec Doro aussi. Nous cherchons à faire d’autres dates en Europe maintenant avec un autre groupe, pour lequel nous ouvrirons, mais nous n’avons pas finalisé ces dates. C’est en train de se mettre en place. Et puis nous commençons à planifier 2020 pour d’autres dates encore, et j’espère que nous irons aux US.

Interview réalisée par téléphone le 30 juin 2019 par Nicolas Gricourt.
Fiche de questions : Nicolas Gricourt & Philippe Sliwa.
Retranscription : Adrien Cabiran.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Diamond Head : www.diamondheadofficial.com.

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