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Chronique   

Dirty Black Summer – Great Deception


Si le « revival » du rock des années 70 se porte bien, c’est évidemment parce qu’il mise sur la fibre nostalgique. Quitte à la transformer en outil marketing et à créer des fac-similés de formations légendaires plutôt que de laisser libre cours à une identité artistique. Une preuve supplémentaire que la musique véhicule des fantasmes extrêmement puissants, transformant ces années en époque bénie pour la liberté et les expérimentations sauvages. Dirty Black Summer n’est pas vraiment de cette trempe. Il délaisse les fleurs et les pattes d’éph’ et se complaît davantage dans la noirceur des nineties où le rock est venu en finir avec les paillettes et le cuir moulant du glam. Le projet de cinq musiciens français impliqués dans des formations telles que Svart Crown, In Other Climes ou Wormsand a pour dessein de s’inspirer d’une période de grande transformation musicale en phase avec une génération désenchantée : Nirvana, Pearl Jam, Alice In Chains et consorts ont nourri ce Great Deception. Surtout, Dirty Black Summer ne se contente pas d’être un renvoi facile ou une copie sans libido. Il a sa propre conception de l’hommage.

Cyril Zaborski et JB Le Bail aux guitares, Jimbo Goncalves à la basse, Michael Kettabi au chant et Tom Valstar derrière les fûts : voilà le beau monde à l’origine de Dirty Black Summer. Une première manifestation du groupe sous forme d’EP de six titres enregistrés au Snapcut Studio et masterisés au Deviant Lab Studio. Une introduction discrète à l’univers grunge-stoner de Dirty Black Summer. « Your Great Deception » met d’emblée les choses au clair : l’intensité proposée par le groupe dépasse largement les codes du genre, quitte à effleurer parfois ce punk-black-death indéfinissable qui caractérise Kvelertak. Michael Kettabi a cette faculté de faire dérailler sa voix et d’en reprendre le contrôle pour les plages plus mélodiques. « Your Great Deception » dévoile immédiatement l’atout principal de Dirty Black Summer : une fluidité exemplaire dans l’écriture. Celle qui naît d’un amour sincère pour la musique d’une époque et non une réflexion visant à l’imiter pour finalement la simuler. Les accords survitaminés évoquent inévitablement Pearl Jam ou les Foo Fighters, adjoints à des touches mélodiques crépusculaires à la Danzig – d’où le nom du groupe –, sans jamais les calquer. « Know Better » prend la direction d’un rock accrocheur, moins agressif dans ses rythmiques, plus proche de la souplesse de Soundgarden. Michael Kettabi joue un jeu d’équilibriste en évitant de reprendre les poncifs du chant de Chris Cornell, ce qui permet à Dirty Black Summer d’emmener l’auditeur où il le souhaite. Il ne se privera pas d’étreindre pleinement des soli rock à l’ancienne ou des boucles stoner rugueuses.

Dirty Black Summer se dégage très vite de cette étiquette d’album nostalgique, justement parce qu’il ne force pas ses traits. Le groupe possède une intensité et une dynamique singulières et n’hésite pas à faire varier son vocabulaire au sein des compositions. « The Descent » doit autant à l’énergie du punk qu’à certaines caractéristiques du folk-rock et du blues-rock. « You And I » joue le rôle de la fausse ballade humide aux grandes élancées élégiaques. C’est peut-être « Forget My Name » qui donne davantage l’impression d’avoir traversé trente années d’un seul coup. L’occasion pour Dirty Black Summer de jouer la carte grunge de manière plus explicite, des arpèges de guitare en introduction au refrain enlevé porté par un chant légèrement nasillard : du made by Alice In Chains sans ambiguïtés. Là où Dirty Black Summer se montre à nouveau malin, c’est dans la structure de ses chansons. Le groupe est prompt à introduire un véritable break qui redéfinit entièrement la mélodie et évite un déroulé téléphoné. Petit tour de force : la revisite pertinente de « Womanizer » de Briney Spears qui rompt avec le caractère pop-électro de l’original pour prendre l’aspect d’un hybride entre phases langoureuses et rock festif.

Dirty Black Summer devrait être cité pour tout ce qui concerne la dédicace à une époque tant l’exercice est maîtrisé. Il digère et intègre tous les éléments caractéristiques de ce rock des années 90 en ne conservant que le suggestif et le symbolique, sans chercher à répéter des formules à l’identique ou faire apparaître une analyse qui rendrait son jeu factice. Il aime cette musique mais refuse de la jouer pleinement. Il s’en sert pour atteindre autre chose : un rock intelligent, magnétique et incarné qui lui appartient. Comme si hommage et imitation étaient présentés comme des antonymes.

Clip vidéo de la chanson « Your Great Deception » :

Album en écoute intégrale :

Album Great Deception, sorti le 21 mai 2021 via Nova Lux Production. Disponible à l’achat ici



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