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Interview   

Disillusion : après le dégel


Entre 2004 et 2006, Disillusion fut l’un des plus grands espoirs de la scène metal. Vous ne le connaissez pas ? Normal. Le combo allemand a depuis largement eu le temps de se faire oublier, explosant en plein vol à la suite de Gloria (2006), s’étant perdu dans sa propre audace. Seulement, manifestement, tout le monde ne les as pas oubliés, en témoignent les retours du single Alea (2016), signant le réveil de l’entité progressive, et le succès de la campagne de financement participatif qui a suivi, en vue d’un nouvel album : grâce à cette dernière, Andy Schmidt, cerveau de la formation, a pu plancher pendant deux ans exclusivement sur ce qui deviendra The Liberation, l’opus en question.

Reprenant là où Disillusion s’était arrêté avec Back To Times Of Splendor, musicalement et conceptuellement parlant, il n’en oublie pas pour autant de regarder vers l’avenir, tirant profit des années d’expérience et d’un line-up totalement remanié, passant de trio à quintet, dont trois guitares afin de mieux répondre à la richesse des compositions.

Nous avons joint Andy Schmidt, qui répondra à nos questions tranquillement posé dehors en compagnie de quelques chats, afin qu’il nous parle de cette renaissance de Disillusion et de l’album The Liberation. Mais commençons par un peu de rattrapage, avec un retour dans le passé pour mieux comprendre le parcours atypique de cet ovni qu’est Disillusion.

« C’était l’époque des films Le Seigneur Des Anneaux, n’est-ce pas ? Donc je dois bien admettre que tous les efforts, toutes les idées et tout le savoir-faire que Peter Jackson a mis dans ces films m’a énormément inspiré pour pousser le bouchon au maximum et aller aussi loin que je pouvais avec mon cœur. »

Radio Metal : Le groupe a commencé dès 1994, avant de sortir son premier album dix ans plus tard. Peux-tu nous parler de ces premières années ?

Andy Schmidt (chant & guitare) : Nous nous sommes rencontrés à l’école, nous sommes devenus très bons amis et avons beaucoup jammé et joué en live. Nous nous sommes fait un nom en ville, mais quand l’école était terminée, tout le monde est parti à l’université et tout, et nous avons pris des chemins différents. J’ai déménagé dans une autre ville et j’ai fait un nouveau départ avec de nouvelles personnes. Nous nous sommes formés en 1999, c’est l’année du recommencement pour le groupe. Le vrai départ de Disillusion, c’est en fait vers la fin de l’année 2000. En 2001, nous avons fait une démo sérieuse, Three Neuron Kings, et en 2002, le single intitulé The Porter ; nous avons gagné des récompenses et autres. Grâce à l’EP et au single, nous avons eu un contrat avec Metal Blade. Nous avons également effectué deux tournées que nous avons nous-mêmes organisées. Nous voulions simplement aller au contact des gens et nous préparer. Aussi, j’avais l’impression que nous n’étions pas encore suffisamment prêts pour faire un album complet à l’époque. Donc nous avons pris un peu de temps, et ensuite nous avons fait notre premier album, Back To Times Of Splendor. Ça s’est avéré être une bonne démarche. Tu sais, je suis producteur, d’une certaine façon, pour d’autres groupes, et je pense que lorsqu’on est un groupe inconnu, le fait de tourner pour promouvoir un album complet est un gâchis de ressources. Mais c’est mon point de vue ! [Petits rires]

Le titre de l’EP Three Neuron Kings faisait-il référence aux trois membres du groupe ?

Honnêtement, je ne sais pas vraiment pourquoi nous l’avons appelé ainsi [rires]. Au niveau des textes, il s’agissait plus de trois voix qui nous parlent dans notre tête.

Back To Times Of Splendor a vraiment créé la surprise à sa sortie. Il a été loué pour sa fraîcheur et son originalité. Comment cet album a-t-il vu le jour et quel était votre état d’esprit à ce moment-là ?

Cet album a pris vie un peu comme n’importe quel autre album. Nous sommes allés en salle de répétition et avons commencé à essayer des choses. Vu que nous avions fait l’EP et le single, nous étions constamment en train d’écrire des chansons, nous étions vraiment à fond dans la musique. Donc Back To Times Of Splendor n’est pas apparu subitement, c’était un processus très fluide. Nous avons écrit plein de choses et nous sommes allés assez loin dans la composition, mais nous n’avons pas fait de vrai enregistrement avant que nous n’enregistrions l’album, et quand nous avons commencé les enregistrements, il était clair qu’il y avait une grande masse de travail. Je veux dire que j’ai travaillé en studio pendant six à huit mois ! Nous avons fait tellement de choses en studio, tous les claviers et tout. Personne ne s’attendait à ce que cet album soit aussi dense émotionnellement, avec ces longues chansons, etc. Il n’y avait aucun plan. Nous nous sommes contentés de démarrer. Mais c’était l’époque des films Le Seigneur Des Anneaux, n’est-ce pas ? Donc je dois bien admettre que tous les efforts, toutes les idées et tout le savoir-faire que Peter Jackson a mis dans ces films m’a énormément inspiré pour pousser le bouchon au maximum et aller aussi loin que je pouvais avec mon cœur. Quand les chansons étaient grosso modo terminées et que nous écoutions l’enchaînement des chansons, nous avions quelques larmes aux yeux. Nous étions ébahis par le résultat, mais nous n’avions jamais imaginé qu’il générerait des réactions aussi positives dans la scène. Ça, c’est venu après coup, de l’extérieur, des gens qui l’écoutaient.

A quelles « époques de splendeur » faites-vous référence dans le titre ?

C’est très romantique de dire que les époques passées étaient meilleures ou qu’elles nous émeuvent davantage. Evidemment, il s’agit toujours d’accepter le présent et de ne pas trop vivre dans le passé. Mais, sans non plus trop parler de l’histoire, le sujet principal, c’est que le personnage est dans une relation tumultueuse, disons, et il veut retrouver sa petite amie, si tu veux. C’est plutôt simple.

Gloria est sorti deux ans plus tard. Même si on peut retrouver un lien dans le titre grandiloquent, vous avez radicalement changé pour aller dans une veine plus concise, mais peut-être même encore plus originale, avec de nombreux éléments, comme des effets industriels, des sons de trompettes ou des chœurs. Qu’est-ce qui vous a traversé l’esprit quand vous avez fait cet album ?

Il y avait deux choses. D’un côté, c’était très intuitif. Je veux dire que Back To Times Of Splendor est sorti, nous avons fait quelques concerts et ensuite nous avons fait une longue tournée avec Amon Amarth, et d’une certaine façon, mon intuition me disait que je n’avais plus grand-chose à dire pour le moment dans le style de Back To Times Of Splendor. Il n’y avait plus d’inspiration. Donc l’intuition était de ne pas se mettre en galère avec ça et de ne rien faire d’autre, ça allait très bien comme ça. Ensuite, nous avons fait équipe avec deux autres personnes [Philipp Hirsch et Heiko Tippelt de film-m] et nous avons décidé d’adopter une approche très urbaine ; c’était un album très urbain. Du coup, le résultat était totalement différent et, bien sûr, ça n’avait rien à voir avec Back To Times Of Splendor. Ça a été dur pour les gens, je m’en rends compte aujourd’hui, mais d’un autre côté, il aurait fallu que nous fassions une pause de deux ans ; peut-être que nous aurions dû faire ça, je ne sais pas, mais nous ne l’avons pas fait, nous avons simplement fait autre chose.

Avec le recul, as-tu le sentiment d’avoir été trop loin en changeant trop, trop tôt et trop abruptement de direction ?

Il faut que je sois diplomatique. Je veux dire que ce que cet album est devenu était difficilement prévisible, au final. C’était une expérimentation, bien sûr. Laisse-moi te dire qu’il n’avait pas été prévu que l’expérience aille aussi loin, mais c’est ce qui s’est passé. Il est clair qu’on en a perdu le contrôle. Comme je l’ai dit, il y avait deux autres gars impliqués dans l’album et… Je ne critique pas, mais ils ont eu une grande influence sur l’album également. Ils font bien évidemment partie de l’album et ils l’ont beaucoup poussé vers ce côté électronique, plus que je ne l’aurais imaginé. Tu sais, The Liberation, le nouvel album, il s’agit de lâcher prise par rapport à ces problèmes. Je veux dire que je pourrais me demander toute ma vie comment j’aurais pu faire les choses autrement, mais c’était ce que c’était. C’était bien… [Petits rires] Je ne peux pas le changer, de toute façon ! Bien sûr, si quelqu’un était venu me voir à l’époque et m’avait posé la question, je lui aurais dit que peut-être ça aurait été mieux de faire une pause et ensuite reprendre ce que nous étions en train de faire [petits rires].

« Ce projet de financement participatif m’a donné la possibilité, la chance, de me concentrer uniquement sur cet album et la reconstruction du groupe. C’était mon boulot durant les deux dernières années. C’est absolument dingue, mais c’est 2019, c’est une nouvelle époque ! »

Après Gloria, le groupe s’est désagrégé à cause de conflits et désaccords : que s’est-il passé ?

Plein de choses, en fait ! Il est clair que Gloria a une certaine responsabilité là-dedans… [Réfléchit] Je crois que nous avons tous perdu notre alchimie. Quand on est jeune, on a confiance en ce qu’on fait, on le fait, c’est tout, on est convaincu… Après Gloria, je crois que plus aucun de nous ne ressentait ça. Et en tant que tête pensante du groupe, je ne savais pas très bien quoi faire à ce moment-là. Nous nous sommes tous détachés du groupe. Nous avons perdu la foi. Ce n’était plus simple. Nous avons ressenti beaucoup de pression de tous les côtés, y compris venant de nous-mêmes. Ce n’était pas bon. Tout d’abord, nous devions nous concentrer sur nos jobs. Avec Back To Times Of Splendor et Gloria, nous vivions uniquement de revenus sociaux et à un moment donné il a fallu que nous commencions à travailler. Donc ceci a pris beaucoup de temps. Les enfants aussi, bien sûr, sont arrivés ; les gens ont eu des enfants. Et ensuite je me suis sérieusement remis à composer un nouvel album en 2010. J’ai écrit de la musique mais ça n’allait pas – j’ai écrit la chanson « Alea » à cette époque et quelques parties de The Liberation proviennent aussi de ces sessions, pas de chanson complète, mais… En gros, j’ai bazardé toutes les chansons, à l’exception d’« Alea ». Ensuite, en 2015, les circonstances semblaient à nouveau bonnes pour recommencer. Ça a pris du temps, il y a de nouvelles personnes, les choses ont changé…

En 2016, vous avez sorti le single Alea. Quel était le but de ce single ? Etait-ce pour tâter le terrain et voir si ça avait du sens de relancer le groupe et faire un nouvel album ?

C’est l’inverse ! Nous voulions prouver que nous étions toujours capables [petits rires]. Mais nous n’aurions pas pu faire l’album à ce moment-là. Je veux dire qu’après Alea, nous avons retrouvé de l’attention et nous avons pu mettre en place le projet de financement participatif, sans lequel un nouvel album n’aurait pas… Ça aurait été possible, mais ça aurait pris des années pour le faire. Nous n’avons pas fait Alea pour lancer le projet de financement participatif mais nous voulions montrer que nous pouvions toujours faire ça et que nous étions sérieux. Je pense que les fans et plein de gens l’ont accepté, et ont dit : « D’accord, alors allez-y, faites ! » Aussi, Alea inaugurait un nouveau groupe et nous pensions que ce serait bien de faire tout le processus avec une chanson, avant de se mettre sur un vrai album, car nous n’avions encore rien enregistré ensemble. Faire un nouvel album, qui, tout le monde le savait, allait être comparé à Back To Times Of Splendor du début à la fin, c’était une sacrée tâche pour tout le monde, donc nous avons pensé : « Faisons une chanson ensemble d’abord, finissons-là et sortons-la. Ça serait mieux afin d’avoir plus de stabilité dans le groupe. » C’était aussi ça l’idée. Je pense que ça a bien marché. Les retours ont été extraordinaires, de tous les côtés, et ça nous a permis de faire la campagne Patreon pour le nouvel album. Je n’ai jamais rien entendu de mal au sujet du morceau [petits rires]. En fait, c’est fou, nous avons de super fans hardcore. C’est tellement riche de gens qui sont à fond dans cette musique de tout leur cœur. J’entends tant d’histoires comme quoi la musique de ce groupe a fait partie de la vie de plein de gens pendant seize ans. Ça me bouleverse. Tu sais, on m’a souvent demandé : « Déjà, pourquoi as-tu relancé ce groupe ? » C’était très facile : je m’imaginais dans vingt ans, à soixante ou soixante-dix ans, me demandant pourquoi je ne l’avais pas fait à l’époque, et je ne trouve pas de réponse. Donc j’ai dit : « D’accord, alors faisons-le maintenant. Pas dans cinq ans, pas dans dix, maintenant. » Ce n’est pas tant la peur du regret qu’une chance que je me donne. La chance, c’est maintenant.

Le groupe a connu un bel élan avec Back To Times Of Splendor et Gloria, ces deux albums témoignaient de l’émergence d’un groupe très prometteur et unique. Mais le fait que le groupe ait été en hiatus pendant si longtemps a sûrement tué cet élan. As-tu l’impression de tout reprendre de zéro avec The Liberation ?

Evidemment, c’est un nouveau départ. Nous n’avons pas du tout exploité cet élan. Nous avons dépensé beaucoup d’énergie durant les quatre années passées, à nous préparer à ce retour avec ce nouvel album. Nous avons également réalisé que l’époque actuelle est plus dure dans l’industrie. Je veux dire qu’en 2006, il n’y avait pas de Spotify, pas de musique en streaming, YouTube n’était pas très gros. C’était très différent. Donc nous avons dû trouver notre place. Nous avons dû nous battre. Bien sûr, nous étions plus présents en 2006, dans la presse et partout, donc nous avons dû nous battre pour retrouver ça. Mais encore une fois, je peux me plaindre ou pleurnicher à ce sujet, ou simplement l’accepter. Nous avons tous décidé que nous voulions le faire et nous savions que ça allait être dur, que nous allions devoir travailler pour refaire notre trou, donc nous l’avons fait et nous continuons à le faire !

Ce qu’on remarque est que Jens Maluschka et Rajk Barthel ne t’ont pas suivi dans cette nouvelle incarnation de Disillusion, même si Jens a refait partie du groupe jusqu’à l’an dernier. Vos différends étaient irréconciliables ?

Oui et non. Jens, ça va. Je veux dire que c’est assez simple : quand nous avons fini avec Alea, il a réalisé l’ampleur des choses qu’il y avait à faire. Il a un boulot et un enfant, donc ce n’était pas faisable pour lui de suivre ce que le reste du groupe était heureux de faire. Pas de souci. C’est pour ça que nous avons fait un test avec Alea. Evidemment, ce n’était pas super que Jens décide de partir, c’était le batteur du groupe. Nous avons dû gérer ça. Et pour Rajk, nous nous étions déjà séparés il y a presque dix ans, mais c’est notre manageur maintenant ! Donc il n’y a aucune rancœur.

Dirais-tu que Disillusion est avant tout ton projet ?

C’est certain. On peut retourner le truc dans tous les sens… Je veux dire que je suis Disillusion, et sans moi, il n’y aurait pas de Disillusion. C’est ma chose. Malgré tout, j’ai toujours envie que ce soit un groupe, à tous les égards. Mais bien sûr, je porte la responsabilité : si quelque chose va de travers, alors les gens me tiendront pour responsable [rires]. Je dois prendre les décisions difficiles et avoir la vue d’ensemble concernant tout, le planning, les textes, etc. Mais c’est un groupe, et je suis content que ces gars soient dans le groupe. Nous faisons plein de choses ensemble. Nous répétons ce weekend et ce n’est jamais comme s’ils jouaient « mes » chansons. Ils ont contribué à beaucoup de choses sur The Liberation. Ce n’est pas juste ma musique, pas du tout.

« Quand je pense à Back To Times Of Splendor et que j’en parle, je pense à un style de riffing à trois guitares. C’est ça Back To Times Of Splendor pour moi : un trio de guitares. Tout le reste est ouvert ! [Petits rires] Tout peut arriver. »

Vous êtes passé de trio à quintet, avec ni plus ni moins que trois guitares. Le format en trio était-il trop restreignant pour votre musique et vos aspirations artistiques ?

Oui ! [Rires] Pendant longtemps, Disillusion n’avait aucun bassiste. C’était fou ! Ensuite, nous avons fait Back To Times Of Splendor, nous sommes partis en tournée, et avons réalisé déjà à l’époque que nous n’arrivions pas à jouer les morceaux avec seulement deux guitares. Mais je ne sais pas, j’ai fini par oublier ou l’idée ne m’était plus venue à l’esprit, et il se trouve que Ben [Haugg] s’est mis à jouer la guitare – il a joué la basse sur Alea. A l’époque, nous en sommes venus à nous dire : « Ben, tu es le meilleur des guitaristes parmi nous trois, il faut que tu passes à la guitare. On doit trouver un bassiste afin que maintenant on puisse jouer à trois guitares et jouer toutes les mélodies et tous les accords. » Je veux dire que c’est une musique très orientée guitare et on ne peut pas la reproduire avec seulement deux guitares. Aussi, je peux davantage me concentrer sur le chant [petits rires]. Donc le fait d’avoir trois guitares, ça n’a rien à voir avec de la frime. C’est juste que maintenant, nous avons en live de la guitare acoustique, on peut balancer toutes les mélodies, ou des lignes harmoniques, etc., pour accompagner les guitares principales. Maintenant, ça sonne enfin comme sur l’album, nous ne sommes pas obligés de retirer quoi que ce soit. Désormais, nous travaillons sur les chœurs, afin que les gars chantent aussi en live.

Le communiqué de presse explique que « The Liberation est le résultat d’une tâche créative herculéenne à laquelle [tu t’es] adonné, passant d’innombrables heures à composer et enregistrer ».Peux-tu nous parler de cette « tâche herculéenne » ? A quel point la création de cet album a été exigeante ?

C’est mon troisième album et c’était assurément le plus dur à réaliser ! J’ai conscience qu’il n’en a pas l’air. Tout d’abord, il était clair que, peu importe ce que nous ferions, l’album serait comparé à Back To Times Of Splendor. Mais nous voulions aussi que ce soit une continuation de Back To Times Of Splendor. Donc dès que nous avons démarré, il y avait une certaine pression afin que ce soit aussi bon que possible. D’une certaine façon, cet album parle vraiment de recherche de soi. Pas que je me cherche, mais le protagoniste oui, donc nous devions toujours nous mettre dans sa peau. Peu importe si c’était l’été et s’il y avait un grand soleil dehors, si les enfants jouaient dans la piscine, etc., il fallait que je me concentre sur ce feeling glacial, hivernal, froid et la dureté de l’âme du personnage. C’était très exigeant, de poursuivre l’histoire et le cadre à travers les changements de saisons, par exemple, tout en incorporant quelque chose de nouveau, bien sûr. Il est certain qu’il y a de nouveaux trucs dans cet album. Je ne sais pas si ce sera le nouveau style du groupe, on verra, mais nous ne voulions évidemment pas faire une simple copie. J’ai ressenti beaucoup de pression, mais je le savais avant même de commencer. Nous l’avons réalisé sur deux ans, à plein temps, c’est fou ! Ce projet de financement participatif m’a donné la possibilité, la chance, de me concentrer uniquement sur cet album et la reconstruction du groupe. C’était mon boulot durant les deux dernières années. C’est absolument dingue, mais c’est 2019, c’est une nouvelle époque ! Les choses sont plus directes. Les gens pensent : « Je veux soutenir ce qui est important à mes yeux et ne pas avoir d’intermédiaire. » On peut soutenir quelqu’un directement et les gens ont embrassé cette possibilité, c’est extraordinaire : je peux faire Disillusion grâce à ça.

Est-ce que ça te fait ressentir une responsabilité envers vos fans ?

Bien sûr. Nous sommes beaucoup en contact, et quand ils rejoignent la campagne de financement participatif, les gens reçoivent plein d’informations sur les coulisses. C’est un challenge quand on écrit et qu’on s’exile pour essayer de se concentrer, et qu’à la fois il faut à nouveau s’ouvrir et partager sa progression. Je ne savais pas à quoi m’attendre avec ça, mais je suppose que nous nous sommes bien débrouillés. Ceci dit, ça n’a pas influencé la musique… Enfin, pas directement. D’humain à un autre humain, oui, mais pas musicalement.

Du coup, le retour au style de Back To Times Of Splendor n’était pas tant pour plaire aux fans que pour toi-même ?

J’en suis venu à réaliser que ce type de musique est ma force, mais bien sûr, il est également évident que plein de gens aimaient l’album Black To Times Of Splendor, alors pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups ? Ça semblait être la bonne chose à faire, et c’est toujours le cas aujourd’hui. D’un autre côté, The Liberation n’est pas la copie de quoi que ce soit… Evidemment, il y a des références, mais dès que quelque chose sonnait comme si nous l’avions déjà fait avant, nous décisions de ne pas le faire. Si ça sonnait trop semblable à Back To Times Of Splendor, nous l’abandonnions.

En effet, l’album revient à un style plus proche de Back To Times Of Splendor, avec le retour du chant extrême, des développements de chansons plus longs, etc., mais on peut encore entendre des éléments qui proviennent peut-être de Gloria. Avez-vous conçu cet album un peu comme le chaînon manquant entre Back To Times Of Splendor et Gloria ?

Pas de façon consciente. Je ne dis pas que je n’aime pas Gloria ou quoi. Evidemment, il y a beaucoup de mon cœur et de mon expression musicale dans cet album. Je ne sais pas combien d’exemplaires nous avons vendus de Gloria, mais il a mieux marché que Back To Times Of Splendor ! C’est dingue. Tout est une question de perception. Je connais énormément de gens qui l’adorent, ils viennent me voir et disent : « J’ai écouté Gloria à l’époque et wah ! C’est comme ça que j’ai connu votre groupe. Ensuite j’ai écouté l’album précédent et ça sonnait trop metal pour moi. » C’est une question de point de vue. Plein de gens ont aussi dit qu’Alea était très proche de Gloria. Peut-être, je ne sais pas. Je ne pense pas trop en ces termes. Quand je pense à Back To Times Of Splendor et que j’en parle, je pense à un style de riffing à trois guitares. C’est ça Back To Times Of Splendor pour moi : un trio de guitares [chante un riff]. Tout le reste est ouvert ! [Petits rires] Tout peut arriver. Personnellement, je ne me vois pas dans un style donné. Je suis un musicien, je ne vis pas dans un seul style. J’écoute énormément de choses et je fais des choses très différentes, y compris en studio… Mais si on me donne une guitare électrique, Disillusion est ce qui en ressort [petits rires]. Mais non, je ne voulais pas forcément en faire le chaînon manquant. Je voulais me concentrer sur nos forces et obtenir, pas tant une seconde partie, mais une continuation à partir de Back To Times Of Splendor. Tant d’années se sont écoulées entre ces deux albums, ce serait stupide de faire une seconde partie comme si de rien n’était. Évidemment, il y a un écart de temps et nous nous sommes autorisés à aller de l’avant. C’est dans la veine de Back To Times Of Splendor, mais d’un autre côté, c’est un album autonome.

« Notre côté le plus sombre fait partie de nous et, d’une certaine façon, c’est aussi notre ami. On peut le nier, on peut le combattre, ou on peut l’accepter. »

Tu as pour habitude de composer la musique dans un complet isolement, à l’écart de la vie de tous les jours. Est-ce que faire de la musique correspond à un processus introspectif pour toi ?

Si je prends une guitare là tout de suite, je vais trouver des plans. C’est sympa, c’est rapide, pas de problème. Mais rassembler tout ça et les imbriquer de façon à ce que ça crée une chanson de douze à dix-sept minutes, dont les transitions ne paraissent pas absurdes, qui soit toujours fluide, et fasse partie d’une histoire, c’est autre chose et ça prend un temps phénoménal. Alors, j’ai besoin d’énormément me concentrer. La majorité du temps n’est pas passée à composer de nouvelles choses mais à tout combiner et à faire des essais. Il faut écouter de nombreuses fois, faire des changements, déterminer si ça fonctionne ou pas… Il faut être dans le bon état d’esprit. J’ai passé beaucoup de temps en République tchèque, dans une maison isolée – je viens de l’autre côté des montagnes, le côté allemand, et j’aime beaucoup cet environnement. Louer une maison là-bas a été incroyablement bon marché ! Je pouvais me payer ce loyer, et nous sommes devenus amis avec les gens qui louaient la maison. C’était un tout petit village, avec seulement des moutons et des arbres, et personne ne passait dans les parages. On peut rester assis là et rien ne se passe. Si on ne fait rien, il ne se passe rien [rires]. Souvent, je commençais le matin et rien ne se passait durant toute la journée, rien ! Puis, tout d’un coup, vers huit heures du soir, une idée venait. Et elle ne serait pas venue sans cette journée où rien ne s’est passé. Il a fallu exactement huit heures pour que cette idée vienne. Je ne dirais pas que j’ai vécu en ermite pendant deux ans [petits rires], mais au final, j’ai passé quinze semaines dans cette maison. En gros, j’ai terminé toutes les chansons là-bas. J’étais dans ce village pendant deux mois, puis je suis revenu pendant trois ou quatre semaines, pour écrire les textes, par exemple.

Quelle a été la contribution des nouveaux membres du groupe ?

C’étaient des petits bouts ici et là un peu partout. Nous avons parlé de tout ; tout a été discuté et joué avant que nous décidions comment c’était. Ils ont contribué à la plupart des mélodies, des solos, plein de parties de couplets et refrains, etc., et ensuite, en gros, j’ai tout assemblé. Et nous avons aussi parlé de l’histoire, comment nous allions l’aborder. Nous avons travaillé dessus ensemble. C’est dur à dire qui a écrit quoi. Parfois nous avions un fichier Guitar Pro de quelque chose et nous nous l’échangions, ainsi nous obtenions les retours des autres, et ensuite quelqu’un travaillait dessus, puis quelqu’un d’autre, etc. Je trouve ça très bien, même si c’est nouveau. Toutes ces possibilités offertes par Internet sont nouvelles, comme faire des répétitions par Skype, c’est cool et intéressant, mais ça reste mieux de se réunir en salle de répétition [petits rires].

Compte tenu du temps passé depuis Gloria, et encore plus depuis Back To Times Of Splendor, et avec tout le vécu que tu as accumulé entre-temps, comment as-tu évolué en tant que compositeur et artiste durant ces années ?

Il est clair qu’aujourd’hui je donne plus de temps aux choses pour évoluer. En privé, je suis plus calme. J’ai passé la quarantaine, donc je ne presse pas les choses en permanence et j’ai réalisé qu’on n’est pas obligé de tout faire en même temps dans la musique. Une lente progression peut être encore plus impressionnante. Sur « The Mountain », la dernière chanson de l’album, par exemple, nous avons retiré toute l’overdrive, nous l’avons baissée quasiment à zéro, et je trouve cette idée très intéressante. C’est le principal : créer une certaine profondeur, en laissant du vide, en ne remplissant pas tout l’espace. De l’espace pour l’imagination. D’un côté, les choses sont plus faciles, d’une autre côté, l’album est plus dense. C’est les deux, mais tout ne s’exprime pas tout le temps en même temps, c’est ce que j’aime.

L’album s’intitule The Liberation. Tu en as un petit peu parlé plus tôt, mais à quel point ce terme de « libération » fait-il référence au groupe ? Car je n’ai pas l’impression que Disillusion ait un jour été contraint…

Ça n’évoque pas le groupe [rires], tout simplement. Ça renvoie à la vie, à nous le peuple du monde, à l’humanité, ça parle de chaque individu, ça parle de spiritualité, ça parle de religion, ça parle du changement climatique, ça parle d’amour, de tout. La question est toujours de savoir comment on gère tout ce que l’on rencontre sur notre chemin. Est-on suffisamment ouvert ? Peut-on être ouvert au changement ? Peut-on être ouvert à la lumière ? Peu importe. Nous avons poursuivi l’histoire de Back To Times Of Splendor, c’est le cadre principal. Au début, le personnage n’est clairement pas ouvert. Il regrette un peu des choses qu’il n’a pas faites, et beaucoup de gens peuvent s’y identifier, je pense. On regrette des trucs qu’on n’a pas faits, qu’on n’a pas osé faire ou qu’on a eu peur de faire, ou bien on réfléchissait trop, ou on était coincés dans une sorte de prison dans notre esprit, on ne se faisait pas confiance. Puis, avec le temps, on se construit un coin très sombre dans notre poitrine ou dans notre tête, et avec le temps ceci dicte ce que l’on fait ou comment on se traite soi-même. C’est là que l’histoire débute : tout est gelé. C’est raide et froid. L’eau est gelée, elle ne bouge pas, rien ne bouge, l’énergie ne s’écoule pas. En gros, notre personnage se pardonne avec le temps, de façon à s’accepter lui-même, à accepter qu’il n’y a pas de problème à faire des choses qu’on pourrait regretter, mais il ne faut pas que ça prenne le contrôle de notre vie. Il se libère lentement. C’est dur d’en parler, car ça a plus à voir avec des sentiments, ceux que l’on observe aujourd’hui avec les difficultés liées à la polarisation. C’est vraiment dans l’air, partout où l’on va. On est en 2019 et il y a ce Donald Trump qui débarque… Ce que je dis, c’est qu’on est nombreux à réaliser que les choses changent, et la libération fait partie de ce changement. Donc c’est lié à nous en tant qu’individus, plutôt qu’au groupe.

Dans la chanson « The Liberation », il y a cette partie où tu chantes : « What if all your dreams were disillusioned. » C’est dur de ne pas interpréter ça comme une référence au groupe…

Oui et non. Je n’avais pas de plan, il n’y a pas d’intention cachée ici, mais bien sûr, j’espère que… Enfin, nous n’avons pas encore commencé à écrire de nouvelles chansons, bien sûr que non, vu que nous venons de finir le mixage il y a tout juste quelques semaines. Mais nous allons très bientôt commencer, dans deux ou trois semaines, à écrire de nouvelles musiques, et j’espère que nous aurons tous le sentiment d’être libres de faire ce que nous voulons. Voilà tout ce que je pourrais vouloir dire à travers ce titre. Mais nous ne nous sommes pas libérés de chaînes, pas le groupe en tout cas [petits rires]. La prochaine chanson que nous ferons sera aussi dure à créer que cet album.

« Quand j’écoute l’album, dès que j’ai une pensée liée à la réalité, qui détourne mon attention, ou que la musique ne crée pas l’espace qu’elle est censée créer, il faut que je fasse quelque chose pour corriger ça, car alors le film virtuel disparaît. Il faut qu’il soit en permanence là. »

Irais-tu jusqu’à dire que cet album est un appel à se libérer ?

Je ne crois pas être en mission, pas du tout, mais bien sûr, j’ai l’expérience des années passées et celle d’avoir vu grandir deux magnifique enfants. C’est un don extraordinaire de voir un enfant grandir et de voir le monde à travers ses yeux : tant de choses changent notre perception. Si j’étais en mission, ce serait plutôt pour faire passer le mot au sujet de l’amour et de la nécessité de s’aimer les uns les autres, au milieu de toute cette énergie mauvaise, folle et belliciste… C’est inutile. Ça ne mène à rien.

Dans la dernière chanson, « The Mountain », tu commences par chanter : « Je te dis adieu mon vieil ami. Maintenant, je pars. » On pourrait presque interpréter ça comme si quelqu’un mourrait… La véritable libération viendrait-elle de la mort ?

Non, pas du tout. Elle vient chaque jour. Chacun doit prendre le temps de regarder de merveilleux chats, d’admirer les plantes, de respirer, d’être amical envers les autres êtres humains, de manger de la nourriture saine, peu importe. Je sais que « The Mountain » contient des mots très forts, surtout au début. Tu sais, parfois, j’ai vraiment la tête dans l’histoire et j’exprime des sentiments avec des mots vraiment forts. Ce que je voulais dire avec ces mots au début, c’est plus… Notre côté le plus sombre fait partie de nous et, d’une certaine façon, c’est aussi notre ami. On peut le nier, on peut le combattre, ou on peut l’accepter. Voilà pourquoi j’ai utilisé ces mots, « vieil ami ». Et aussi… « Hello darkness, my old friend » [en référence à la chanson « The Sound Of Silence] de Simon And Garfunkel, c’est ce qui m’a inspiré, bien sûr [rires].

On dirait que tu es pas mal attiré pas les termes grandiloquents : « splendor », « gloria » et maintenant « liberation »…

[Rires] C’est comme ça. Et quand les mots ne sont pas aussi imposants, tout le monde se plaint ! Je ne dis pas que nous réinventons tout, ce n’est pas ce que je dis, pas plus que je le pense, mais d’un autre côté, certaines de ces compositions méritent un nom assez fort. Ce serait un peu absurde d’utiliser des termes faibles.

L’illustration est très abstraite et moderne, mais on peut y remarquer des formes naturelles familières, comme des rochers, des plumes, de la neige et des branches. Est-ce une métaphore visuelle pour votre musique, à la fois originale, moderne et un peu abstraite, mais aussi organique et composée d’éléments familiers ?

[Réfléchit] Ça colle bien ! [Rires] Sandra [Fink] a fait un super boulot. C’est une amie à moi qui a passé des heures à travailler dans les moindres détails pour réaliser cette illustration. C’est même encore plus joli si on voit toute l’image. Quand les gens pourront déballer le CD, ils verront que c’est un truc continu sur huit pages. Le vinyle aussi est magnifique. J’aime beaucoup cette lumière qui brille à travers ces pierres sombres et anguleuses. Cette illustration parle d’elle-même, d’une certaine façon. Il n’y a pas de véritable raison qui explique pourquoi il y a des plumes et tout, c’est juste là [petits rires].

Vous avez toujours eu des références aux forces de la nature, surtout la mer et la montagne (« The Black Sea », « A Shimmer In The Darkest Sea », « The Mountain », « Lava »…). S’agit-il de tes principales sources d’inspiration ?

Quand j’ai terminé les paroles, je l’ai aussi remarqué : il y a beaucoup de montagnes et de mers. Je ne l’ai pas vraiment fait exprès. C’est arrivé comme ça. Une montagne, c’est un énorme bloc de roche inamovible, et ça fait partie du thème de l’album : c’est là et on ne peut pas le bouger. Soit on creuse un trou, soit on l’escalade, soit on le contourne, mais on ne peut le déplacer, ni l’ignorer. C’est monumental et ça réclame quelque chose de notre part, au moins de l’attention ou beaucoup de dévouement. La montagne représente donc une tâche imposante, tout du moins dans cet album.

Il y a un aspect très cinématographique dans votre musique : perçois-tu parfois votre musique comme une bande originale d’un film ?

Oui ! C’est l’idée. C’est ce qui requiert autant de temps et de concentration, car on ne peut réinventer ce film à chaque fois qu’on l’imagine. Ce serait plus facile mais je dois m’y tenir. C’est vraiment ce que je veux faire. Je n’ai pas toujours de vraies images dans ma tête, je ne vois pas toujours des choses, mais quand j’écoute les démos ou des choses que j’ai mises en place, soit ça fonctionne, soit pas. Quand j’écoute l’album, dès que j’ai une pensée liée à la réalité, qui détourne mon attention, ou que la musique ne crée pas l’espace qu’elle est censée créer, il faut que je fasse quelque chose pour corriger ça, car alors le film virtuel disparaît. Il faut qu’il soit en permanence là.

Quelles sont vos ambitions concernant le côté visuel du groupe ?

J’aimerais beaucoup le développer. Ce serait génial d’avoir à nos côtés une ou deux personnes qui s’intéressent vraiment à cette musique pour travailler ensemble. Pour l’instant, faire des clips est très cher. Il va y en avoir deux de plus pour cet album, mais ça dépasse déjà nos capacités de financement [petits rires]. Nous allons assurément faire des choses pour la scène. Avec un peu de chance, nous partirons en tournée l’année prochaine. J’imagine bien un jour sortir un enregistrement uniquement en vidéo et non sur un support audio, avec une collaboration. Mais pour l’instant, je suis content que nous soyons venus à bout de cet album.

On vous a souvent considérés comme les David Lynch sur metal. Tu trouves ce parallèle pertinent ?

Pour le Gloria, clairement oui, mais pour The Liberation… En fait, ça fait des années que je n’ai pas vu de film de David Lynch. Il faut que je vérifie ça ; peut-être qu’il y a des liens subliminaux ou que je ne perçois pas au premier abord. Mais j’adore ses films, ce qu’il fait est incroyable, tous ces changements de scène, les césures folles, l’imagerie…

« Il s’agit d’avoir plus de profondeur, plus d’expression et plus de diversité. D’une certaine façon, c’est plus proche de la vraie vie. On peut regarder une photographie et ensuite regarder la photographie suivante, puis on assemble un tas de photographies qu’on fait passer très rapidement, et alors on se retrouve avec un film : c’est la vie, ça change tout le temps. Chaque moment est important. »

Vous mélangez de nombreux ingrédients musicaux, rendant Disillusion inclassable. Comment parvenez-vous à obtenir un résultat cohérent ?

Je ne sais pas ! Je suis content que ça fonctionne. D’un autre côté, pourquoi ça ne fonctionnerait pas ? Evidemment, si on mélangeait… En l’occurrence, la partie centrale de « The Great Unknown », si on le jouait autrement, ce serait plus proche des Bee Gees qu’autre chose. Normalement, ça placé à côté d’un riff metal, ce serait dingue, ça ne marcherait pas. Donc tout ce que j’essaye de faire, c’est de combiner les choses de façon à ce que ça soit fluide. C’est beaucoup de boulot ! Il est clair que c’est le principal challenge. D’un autre côté, si nous ne faisons pas ça, ça m’ennuie. Je veux dire que le fait d’avoir six à onze chansons purement de metal, ou même pas metal, ce pourrait être purement rock ou peu importe, je trouve ça ennuyeux. Evidemment, j’écoute des formes de musique plus traditionnelles. Ce matin j’écoutais Black Sabbath, mais je trouve que c’est bien plus intrigant d’écouter [Sergueï] Rachmaninov, par exemple. Il s’agit d’avoir plus de profondeur, plus d’expression et plus de diversité. D’une certaine façon, c’est plus proche de la vraie vie. On peut regarder une photographie et ensuite regarder la photographie suivante, puis on assemble un tas de photographies qu’on fait passer très rapidement, et alors on se retrouve avec un film : c’est la vie, ça change tout le temps. Chaque moment est important, d’une certaine façon. J’adore la diversité.

Et ton style de chant contribue à obtenir cette diversité. Parfois, on dirait presque qu’il y a un autre chanteur !

Cool ! [Rires] J’ai pris beaucoup de cours au fil des années, mais si je te disais que j’ai fait le chant en dix jours… C’est démentiel [petits rires]. J’ai mis environs deux ans à écrire de la nouvelle musique, mais le chant a été fait en dix jours. Ça s’est bien passé, la majeure partie du temps [petits rires]. Nous ne faisons pas de la musique sombre comme du black metal ou je ne sais quoi, mais cet album est clairement plus sombre que ce que nous avons fait auparavant, donc ça m’a permis de faire des choses différentes que nous ne pouvions pas faire avant, car la musique était différente. C’est donc une autre partie de l’histoire. Nous n’avons jamais fait une chanson comme « The Mountain », en particulier. Et nous utilisons des accords différents. En l’occurrence, « The Mountain » est la première chanson que nous avons faite en La mineur ; nous n’avions jamais fait de chanson en La mineur avant. C’est donc très pratique : c’est une tonalité différente, et donc ça explique aussi pourquoi ça sonne différent ici et là. Je pense que l’album est plus varié à tous les niveaux. C’est plus rapide, les guitares sont encore plus compliquées, même si ça n’a pas l’air, il y a toutes sortes de hauteurs vocales, c’est aussi plus calme, plus transparent, d’une certaine façon, plus dense… Cet album a évolué dans toutes les directions.

Qui admires-tu en tant que chanteur ?

Bonne question. [Réfléchit] En fait, il y en a plein ! J’ai aimé le style de Garm pendant des années. Serj Tankian de System Of A Down, évidemment, il est dingue…

J’aurais parié que Serj Tankian était une influence, en particulier sur Gloria…

Ouais, c’est fou, plusieurs personnes me l’ont dit [petits rires]. Je ne l’entends pas comme ça. Pour moi, c’est ma voix. Je fais juste ce que je fais, donc je ne sais pas ! Parfois, j’ai plus l’impression d’être quelqu’un qui répare des voitures en panne : j’utilise les outils à ma disposition, et c’est tout. Dans le metal, j’aime beaucoup Mikael Åkerfeldt, sa voix claire. Ihsahn, les derniers trucs qu’il a faits. J’aime beaucoup Chris Isaak ! Le gars de Depeche Mode, ou David Bowie, maintenant que j’y pense. J’aime chaque fois que quelqu’un chante vraiment en s’exprimant. C’est bien plus important que le fait d’avoir une couleur vocale particulière. C’est toujours une question d’expression. Freddie Mercury, évidemment ! Mais je ne pourrais jamais faire ce qu’il faisait… C’était le roi des rois.

Tu as dit tout à l’heure que vous alliez très bientôt commencer à écrire de la nouvelle musique. As-tu déjà une direction en tête ?

Dans quelques semaines, nous allons nous retirer, aller faire de la randonnée, peu importe, et parler de ça, de ce que chacun pense et ensuite nous rassemblerons des idées. J’ai ma vision, bien sûr, mais j’ai vraiment envie de collecter les idées d’abord, avant de dire quoi que ce soit. Je crois vraiment que ce sera plus atmosphérique, c’est ce que nous avons envie de faire. D’un autre côté, on a ces trois guitares et maintenant nous avons aussi un super batteur, donc nous n’allons pas abandonner le côté metal du groupe. Mais je ne sais pas vraiment ce qui en ressortira, on verra.

Des chances de vous voir en tournée ?

Nous prévoyons une tournée pour le début de l’année prochaine. Autant que je sache, il est possible que nous passions par Paris, mais rien n’est encore sûr. Je croise les doigts ! Ce serait vraiment sympa.

Interview réalisée par téléphone le 27 juillet 2019 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Disillusion : disillusion.de.

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