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Interview   

Disturbed : le son de l’évolution


Il faut croire que tout groupe connu pour une formule bien marquée, à un moment ou un autre, éprouve un désir de s’émanciper de celle-ci et de prouver – se prouver – qu’il est capable d’autres choses. Disturbed fait partie de ces groupes réputés pour leur marque de fabrique, au point où les gimmicks de son chanteur David Draiman se placent aujourd’hui parmi les plus reconnaissables de la scène metal. Mais voilà, le titre du nouvel album américain, Evolution, est sans appel sur ses intentions.

Sans pour autant chercher à bouleverser sa musique, Disturbed a pris confiance en lui et en ses capacités à proposer de nouvelles couleurs. Le succès de sa reprise de Simon & Garfunkel, « The Sound Of Silence », n’y est clairement pas pour rien, les motivant à changer leur fusil d’épaule lors de la conception de ce nouvel opus. En résulte un album mi-heavy, mi-ballade, dont David Draiman et le guitariste Dan Donegan nous livrent les secrets ci-après.

« Après le succès de la reprise de ‘The Sound Of Silence’, et compte tenu de l’écart que ça représentait vis-à-vis de notre style traditionnel, ça nous a donné confiance pour dire : ‘Hey ! Il n’y a strictement aucune limite. Suivons notre inspiration, peu importe où elle nous mènera.’ »

Radio Metal : Vous avez qualifié Evolution de « combinaison de styles et ambiances musicales la plus aventureuse et éclectique que [vous ayez] jamais tentée dans [votre] carrière ». Et ça se vérifie. Pensez-vous qu’à un moment donné vous vous êtes trop reposés sur une formule et que vous avez voulu briser cette formule ?

David Draiman (chant) : Non, ce n’était pas parce que nous nous reposions sur une formule. C’était simplement une question de se sentir libérés. Après le succès de la reprise de « The Sound Of Silence », et compte tenu de l’écart que ça représentait vis-à-vis de notre style traditionnel, ça nous a donné confiance pour dire : « Hey ! Il n’y a strictement aucune limite. Suivons notre inspiration, peu importe où elle nous mènera. »

Dan Donegan (guitare) : Et puis le fait de commencer avec les idées acoustiques était quelque chose que nous n’avions pas fait pour les albums précédents. Ça explique donc pour beaucoup pourquoi il y a une telle diversification et pourquoi l’album est un petit peu plus varié, car c’était une approche différente dès le départ.

Une première moitié de l’album est du Distrubed relativement classique. L’autre moitié est ce qu’on peut qualifier de ballades. Vous venez de mentionner la reprise de « The Sound Of Silence » qui a rencontré un grand succès, et vous en incluez même une version live avec Myles Kennedy en bonus sur Evolution. C’était donc vraiment cette chanson, et sa très bonne réception, qui a été votre motivation pour proposer davantage de chansons plus douces voire un peu folks ?

David : Oui [rires].

Dan : Oui, même si les années précédentes, nous parlions tout le temps de mettre en pratique des idées acoustiques, même avant « The Sound Of Silence ». Nous en avons parlé pendant des années. Mais ça n’était encore jamais la grande priorité, car à chaque fois que nous composions, nous nous branchions, nous jouions les idées plus heavy et syncopées, et puis nous disions toujours : « On essayera une autre fois. » Cette fois, le fait de démarrer avec les trucs acoustiques était une manière de se frayer un chemin vers cet objectif, et probablement que le succès de « The Sound Of Silence » nous a donné un peu plus confiance pour dire : « Diversifions-nous un peu plus. Montrons que Disturbed est plus qu’une seule chose, qu’il y a de nombreuses saveurs que nous pourrions ajouter. »

David : Nous sommes très savoureux [rires].

Vous avez déclaré que « les sessions de composition et d’enregistrement qui ont nourri cet album étaient des expériences véritablement émotionnelles et magiques pour [vous] ». Qu’est-ce qui a provoqué une telle émotion et magie ?

Nous puisions dans des thèmes émotionnels profondément ancrés qui résonnaient très fort en chacun des membres du groupe. Nous avons creusé très loin, en tout cas en ce qui me concerne, en traitant de la perte, de la mort et… tout ce que nous avons rencontré et vécu au cours des années passées, entre les collègues, amis et êtres chers. Ceci tout en continuant, d’une certaine façon, à entremêler ça avec des thèmes de rébellion, en faisant en sorte que ça ait du sens. Mais cette fois, spécifiquement, une bien plus grosse partie du processus créatif s’est déroulée en studio. Habituellement, historiquement pour nous, nous arrivions en studio presque totalement préparés, avec très peu voire pas du tout d’écart entre la musique que nous amenions et celle que nous obtenions après l’avoir enregistrée. En ayant travaillé avec Kevin Churko ces quelques dernières années, nous voulions lui permettre de prendre davantage part aux choses. Et cette fois, c’était d’autant plus une occasion pour nous, en tant que groupe, de faire ensemble en studio ce que nous ferions habituellement durant une session de composition. Nous n’avons pas eu beaucoup d’opportunités de nous réunir avant l’enregistrement cette fois, donc la créativité s’est déroulée les uns face aux autres, en studio, comme nous apprécions de le faire, mais plus que jamais auparavant. Et en studio, le fait de trouver ces idées sur place, en improvisant et en ressentant leur puissance et ce qu’elles nous procuraient, était incroyable. Tout le monde l’a ressenti.

Dan : Et ce n’est pas anodin de capter l’instant pendant qu’il se produit, en étant tous ensemble, à la différence de si j’étais chez moi à composer de la musique, l’envoyer à David, qu’il écrive… Je veux dire, ça peut fonctionner comme ça, mais vous n’êtes pas dans une pièce à le vivre et à avoir ce frisson pendant que vous créez. Donc, il y a un bénéfice à être ensemble dans une pièce ensemble et trouver des idées sur place et improviser, car on peut collaborer en même temps et dans l’instant, et on peut se nourrir les uns les autres.

Est-ce un processus que vous répéterez à l’avenir ?

David : Oh oui, c’est certain.

Vous avez déclaré que Disturbed part en « guerre » à chaque fois que le groupe fait un nouvel album. Contre quoi vous battez-vous ? Vous battez-vous parfois contre vous-mêmes ?

Complètement. Oui. On se bat contre le doute de soi, on se bat contre l’opinion des autres, on se bat contre nos propres idées préconçues, tentant de nous améliorer par rapport à nos œuvres passées… C’est une bataille pour la force de notre création, c’est une bataille pour essayer de s’assurer qu’on crée la chose la plus formidable possible. Donc, oui, ça l’est complètement.

Vous avez aussi dit que cet album était « influencé par certains des albums de classic rock de [votre] jeunesse ». Quels ont été ces albums et comment ont-ils influencé ces chansons ?

Dan : Même si, en termes d’influence, nous venons d’une majorité de groupes classiques du metal, dernièrement nous avons réexaminé les albums de classic rock et ce qui les rendait si géniaux, c’est-à-dire leur composition, leurs mélodies et leurs accroches. Donc des groupes comme The Eagles, Crosby, Stills & Nash, Toto, Kansas et tous ces grands albums de classic rock. Et nous respectons énormément ce qu’ils ont fait en tant qu’artistes et compositeurs. Nous avons donc essayé de canaliser ça du mieux que nous pouvions et d’y puiser notre inspiration. Mais, enfin, les éléments typiques de Disturbed sont toujours là, donc je ne veux tromper personne et faire croire que nous faisons désormais du classic rock. Ce sont juste des choses qui nous ont guidés et inspirés un peu plus cette fois. Mais, pour nous, ça reste une nouvelle expérience, car c’était un nouveau chemin que nous empruntions. Nous ne savions pas vraiment quelle tournure les choses allaient prendre jusqu’à ce que nous soyons sur ce chemin. Et les pièces du puzzle se sont très bien et très rapidement assemblées. Donc, c’était sympa de pouvoir trouver différents types d’idées et de toujours s’inspirer mutuellement dans une approche différente.

« Des gens profitent de nos peurs. Ils profitent de nous et nous montent les uns contre les autres. C’est à nous de ne pas nous faire avoir. C’est à nous de nous extraire de ce cercle vicieux. C’est à nous de nous réveiller. C’est entre nos mains. C’est bien de temps en temps de, au moins, envisager l’illusion qu’il y a une échappatoire à ça et qu’on est encore libres. »

David, tu es connu pour ton approche vocale et ton timbre caractéristiques. Cet album étant un ensemble éclectique de chansons, était-ce une opportunité pour toi d’élargir ton spectre et de te stimuler, d’explorer de nouvelles facettes de ta voix ?

David : Énormément. C’était merveilleux. J’apprécie véritablement de pouvoir suivre les directions que nous avons suivies dans cet album. J’ai apprécié d’utiliser ma voix comme je ne l’avais pas utilisée depuis des années. C’était très épanouissant.

Dan : Nous avons le luxe, hors scène, de pouvoir entendre ce que David est capable de faire, par exemple dans le bus de tournées, etc. Donc nous, le reste du groupe, en avons été témoins et l’avons vu, et nous avons ressenti qu’il était important d’apporter de la musique qui l’aidera à compléter sa palette vocale avec d’autres choses qu’il peut faire, comme ce que nous avons fait avec « The Sound Of Silence ». Cette chanson a pu montrer différentes facettes du groupe et du chant de David. C’est ça le truc : quand nous sommes dans une pièce ensemble, le défi pour nous, musicalement, est d’essayer de lui donner quelque chose de nouveau et de frais qui l’inspirera à élargir son spectre.

Le titre de l’album, Evolution, est assez explicite, et vous avez affirmé que certaines chansons « vont complètement surprendre les gens avec certains virages » que vous avez pris. C’est essentiel pour un musicien et un artiste d’évoluer et surprendre, y compris lui-même ?

David : Je ne sais pas, demande ça à AC/DC [rires]. Ce n’est pas essentiel. On peut certainement avoir énormément de succès sans rien changer sur une période de temps, mais la croissance artistique n’est pas toujours définie pas la différentiation stylistique. J’imagine que ce serait ça la réponse. C’est juste que nous apprécions sortir de nos sentiers battus. Et parfois, quand tu as fait ton lit à un endroit donné, de temps en temps tu as simplement envie d’aller dormir ailleurs [rires]. Je ne connais pas d’autre façon de le décrire. Il n’y a vraiment pas de règle prédéfinie ; comme je l’ai dit, AC/DC est l’exemple parfait. Cette fois, nous nous sommes juste délectés de cette opportunité et en avons profité.

Avec quelle chanson dans cet album vous êtes-vous vous-mêmes surpris ?

Pour ma part, sur cet album, je n’avais pas réalisé à quel point « Hold On To Memories » allait devenir énorme, en termes de ressenti, jusqu’à ce que nous ayons fini de l’enregistrer, jusqu’à ce que tu aies posé le solo, qui n’était pas là avant, et jusqu’à ce que nous l’ayons dans son intégralité. A l’origine, c’était l’une des rares chansons dont nous avions composé le squelette avant d’aller en studio. La base de la musique et la mélodie pour le chant avaient déjà été écrites, et donc nous savions déjà ce qu’elle pouvait devenir, mais c’est après que nous l’ayons vraiment enregistrée, que nous ayons assemblé toutes les pièces et que nous pouvions nous poser pour l’écouter que nous nous sommes dit : « Bon sang, écoute ce que c’est devenu ! » C’était un morceau qui est passé dans la dernière moitié du cycle d’enregistrement, et un jour j’ai envoyé un texto à Dan : « Mon Dieu, cette chanson est… » [rires].

Dan : Ouais. Je crois que j’ai eu très tôt la progression harmonique à la guitare ; je l’ai enregistrée sur mon iPhone sans trop y réfléchir. Je veux dire que je l’aimais bien mais c’était clairement très différent pour nous. Je l’ai envoyée à David sans savoir à quoi m’attendre, je ne savais pas s’il l’aimerait ou pas, si ça l’inspirerait ou pas. Mais ouais, comme l’a dit David, une fois qu’elle a été finie, c’était le genre de chose qui te filait des frissons et te faisait dire que c’est vraiment une super chanson.

A ce propos, cette chanson s’appelle donc « Hold On To Memories » (« raccroche-toi à tes souvenirs », NdT). Même si vous évoluez avec cet album, est-ce important de garder en tête d’où vous venez ?

David : Bien sûr. C’est pour ça que la moitié de l’album est très heavy [rires]. Nous aimons, respectons et chérissons toujours notre éducation et nos origines. Nous ne pouvons pas faire autrement que de nous y adonner, nous adorons toujours faire les trucs heavy. Au point où, en studio, comme Dan l’a dit, nous avons commencé en acoustique, puis vers… C’était quoi ? Après la cinquième chanson ?

Dan : Ouais.

David : C’est là que nous nous disions : « Ah, il faut qu’on fasse quelque chose de heavy, il faut qu’on fasse quelque chose heavy ! Ça nous démange ! » [Rires]. Même si ce que nous étions en train de faire était génial. C’est donc quelque chose qui est incrusté en nous. Jamais nous ne voudrions nous séparer de ça de quelque façon que ce soit.

Sur cet album, « Are You Ready » est probablement la chanson la plus proche de ce qu’on a l’habitude d’entendre de la part de Disturbed, et il se trouve qu’elle a été composée en 2004. En ouvrant avec cette chanson, est-ce votre façon d’accueillir vos fans dans cette évolution du groupe sans trop les bousculer ?

Je suppose qu’on pourrait dire ça, oui. C’est marrant, c’est tellement doux-amer, parce que oui, l’album s’appelle Evolution, et nous avons parlé d’à quel point c’est différent et qu’il prend tous ces virages et ainsi de suite, et pourtant, le premier single qui sort pour cet album est du Disturbed 1.0, c’est exactement ce à quoi on s’attendrait. En fait, c’est probablement le son le plus proche du Disturbed de l’époque The Sickness qui soit sorti de nous depuis un bon moment, parce que justement le riff a été écrit en 2004. Nous l’avons donc sorti comme premier single parce que c’est une chanson extraordinaire et nous avons mis en place un sondage auprès de nos fans pour leur demander ce qu’ils voulaient en premier, une ballade ou une chanson heavy. La très grande majorité était en faveur d’une chanson heavy, donc c’est ce que nous leur avons donné. Et parmi les chansons heavy, celle-ci était clairement dans le peloton de tête des prétendantes au statut de single.

« En tant qu’artistes, on espère que, quel que soit l’art qu’on crée, il pourra continuer à exister et, avec un peu de chance, être apprécié aussi des générations futures. Il n’y a pas de meilleur moyen d’atteindre l’immortalité. Donc nous allons continuer à essayer [rires]. »

« Watch You Burn » est une chanson intéressante car elle a un côté folk et orchestral sans que ce soit vraiment une ballade, grâce à son refrain énergique. A l’inverse de « Are You Ready », c’est probablement la chanson la plus surprenante…

Dan : Au départ, musicalement, c’était juste un morceau d’intro, quelque chose que j’avais et était un peu influencé par Led Zeppelin et Genesis. Mais, encore une fois, comme c’était une approche différente, en commençant par l’acoustique, nous ne savions pas trop comment nous allions composer ce truc, mais il y avait une accroche indéniable une fois que David a trouvé une super mélodie et le refrain, et surtout les paroles et le message qu’il y a derrière, c’était juste… Quand on qualifie ces chansons de ballade, je ne n’emploierais pas ce terme de la façon typique dont les gens l’emploient, avec l’idée préconçue que ce serait une chanson d’amour. Dans ces chansons plus légères ou ces morceaux acoustiques, il y a aussi des thèmes sensiblement tourmentés et plus sombres. Mais dans le cas de cette chanson en particulier, nous avons une atmosphère sympa, elle a quand même ce refrain puissant et énergique, et c’était amusant d’expérimenter avec certaines instrumentations, comme le didgeridoo qui ouvre la chanson, et une mandoline qu’on retrouve sur certains morceaux.

David : La progression dans le pont de la chanson est expérimentale, ça c’est certain [petits rires].

Dan : Ouais, il y a un peu de rock progressif là-dedans. Le résultat est assez cool, compte tenu du timing où ça survient et du fait d’avoir ajouté les cordes.

Vous avez mentionné que l’un des principaux thèmes dans l’album était « diviser pour mieux régner », même si les gens ne sont pas aussi divisés aujourd’hui qu’on pourrait le croire. Au final, est-ce un message de confiance et d’espoir que vous véhiculez avec cet album ?

David : Je pense que la musique devrait toujours donner aux gens confiance et espoir. Mais demande à quiconque a été persécuté par le gouvernement ou par de grandes entreprises ou autre, pour ce qui est d’être harcelé ou se sentir exploité au quotidien : c’est une époque effrayante ! Il y a tant d’yeux sur nous, tellement de surveillance, tellement de restriction à notre liberté. Des gens profitent de nos peurs. Ils profitent de nous et nous montent les uns contre les autres. C’est à nous de ne pas nous faire avoir. C’est à nous de nous extraire de ce cercle vicieux. C’est à nous de nous réveiller. C’est entre nos mains. C’est bien de temps en temps de, au moins, envisager l’illusion qu’il y a une échappatoire à ça et qu’on est encore libres. Encore une fois, on a plus en commun qu’on a de choses qui nous séparent, qui nous poussent à nous battre les uns contre les autres. Si on arrête de se concentrer sur ces choses qui nous séparent et si à la place on se concentre sur ce qui nous rassemble, alors on ne s’en portera que bien mieux. Donc, avec un peu de chance… Je n’ai aucune folie des grandeurs, je ne crois pas que quiconque écoutera ceci se dira : « Ah, je vais changer ma vie dans ce monde. » [Rires] Mais au moins, ça fera réfléchir les gens, je l’espère.

Tu as déclaré que l’on « est plus unis que les médias se soucient de l’admettre ». D’un autre côté, on voit plein de politiques critiquant les médias, que ce soit Donald Trump ou même notre propre président français. N’est-ce pas le signe que, malgré tout, les médias font leur boulot ?

C’est une question délicate [rires]. Les médias sont une entité très nécessaire dans ce monde. Avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités. Et je pense que ce que n’importe qui demande aux médias, c’est d’exercer cette responsabilité ou d’exercer ce pouvoir de manière responsable. C’est toujours un défi, de nos jours, de pouvoir faire la part des choses et d’identifier ce qui est parfois une histoire fabriquée et ce qui est vrai. Je ne pense pas que le problème avec les médias soit directement lié à Trump ou Macron, ou qui que ce soit d’autre. Je pense que nous tous, collectivement, en tant que société, devons bien nous regarder dans un miroir [petits rires]. Ce n’est pas une chose spécifique, ce n’est pas le problème ou la faute d’une personne en particulier. Nous devons arrêter de nous harceler les uns les autres. C’est aussi simple que ça.

Dan, tu as affirmé que la chanson « A Reason To Fight » était extrêmement personnelle pour vous. Qu’est-ce que cette chanson raconte au sujet du groupe ?

Dan : C’est très personnel pour nous tous parce que nous avons tous vu des proches lutter contre l’addiction, d’une façon ou d’une autre, ou la dépression. En plus de ça, je pense que plein de fans pourront trouver un lien avec leur propre vie. Je pense qu’on a tous vu des proches ou des amis constamment lutter contre de mauvais démons. David a mentionné plus tôt qu’il y a de nombreuses chansons dans cet album qui sont très émotionnelles pour nous et un peu dures à écouter, ou qui ont été dures à enregistrer en studio. D’un autre côté, ça a aussi un effet un peu thérapeutique d’aborder ces sujets. Celle-ci en particulier essaye quand même de prendre un sujet sombre et de donner une sorte d’espoir pour continuer à se battre contre ça. Ça peut être un combat quotidien qui durera toute la vie, mais la chanson peut aussi apporter un peu de positivité. Autant ça peut toucher un membre de notre famille ou un être cher, au point que ça détruit parfois des familles, autant il y aura toujours cette petite lueur d’espoir qui fait qu’on croit suffisamment en cette personne pour se battre avec elle, qu’elle n’est pas seule à se battre. Nous essayons donc toujours d’aborder ces sujets sombres tout en y injectant de la positivité afin de motiver les gens à poursuivre leur combat.

Vous avez dit que vous aviez pour but de faire un album qui vous aiderait à atteindre l’immortalité en tant qu’artiste. Et il se trouve que votre précédent album s’intitulait Immortalized. Est-ce que vous vous efforcez d’atteindre, au-delà du succès artistique et commercial : l’immortalité ?

David : On espère tous qu’on se souviendra de nous quand on ne sera plus là. On espère que ce qu’on aura accompli pendant notre temps sur cette Terre résistera à l’épreuve du temps. En tant qu’artistes, on espère que, quel que soit l’art qu’on crée, il pourra continuer à exister et, avec un peu de chance, être apprécié aussi des générations futures. Il n’y a pas de meilleur moyen d’atteindre l’immortalité. Donc nous allons continuer à essayer [rires].

Selon vous, chaque chanson dans cet album pourrait être un single. Mais qu’est-ce qu’un single, pour vous ? Est-ce qu’un bon single est forcément une bonne chanson et vice versa ?

On ne peut pas vraiment le définir, n’est-ce pas ? C’est simplement quelque chose d’incroyablement accrocheur. Quelque chose, une chanson, qui reste ancré en tête, une chanson qui est incroyablement puissante et accrocheuse. Et nous croyons fermement que n’importe laquelle des chansons sur cet album entre dans cette catégorie.

« Toutes ces chansons, c’est tellement personnel pour nous, donc plus grand est le public à notre portée, mieux c’est ! Nous voulons que notre musique soit entendue. Nous voulons que le message soit entendu. Si ça peut permettre d’ouvrir de nouvelles portes, alors nous le faisons. »

Généralement, les groupes de metal aujourd’hui ont tendance à essayer d’être plus heavy et brutaux, or vous faites le contraire : que pensez-vous de cette tendance dans le metal ?

Tous les goûts sont dans la nature ! Qui que vous soyez, peu importe comment vous faites les choses, juste faites-les bien. Si vous décidez d’être heavy, faites au moins en sorte que ce soit génial. Si vous décidez de prendre une direction plus calme, faites que ce soit génial.

Dan : Même si nous avons nos influences, nous ne pouvons pas forcer les choses. Je veux dire que ça dépend de notre humeur. Quelle que soit mon humeur, celle-ci va dicter le genre de musique que je vais aimer un jour donné et que je vais amener aux gars, et avec un peu de chance, ils y trouveront à leur tour l’inspiration. Donc certains jours sont des jours agressifs. Certains jours, je me sens l’envie d’essayer d’écrire mon meilleur morceau influencé par Metallica ou Pantera, ou alors de revenir au classic rock. Nous aimons les montagnes russes émotionnelles que représentent la musique, les paroles et la mélodie.

D’après le batteur Mike Wengren, « cette fois c’était très similaire à lorsque [vous avez] fait Immortalized. Pour [vous], la magie a lieu lorsque [vous êtes] ensemble dans une pièce ». Ceci dit, c’était la première fois depuis Asylum que le bassiste John Moyer était impliqué. Est-ce que le fait d’avoir cette quatrième voix a changé quoi que ce soit par rapport à Immortalized ?

David : John était présent pendant deux jours [rires]. Je n’ai pas envie de donner à quiconque de fausses impressions. John est extraordinaire, c’est un membre tout à fait valable de ce groupe, et nous avions le sentiment que, contrairement au dernier album où John n’a pas pu… Nous n’avions pas saisi l’opportunité de faire venir John pour enregistrer la basse parce que nous étions lancés, c’était une question de timing, à l’époque du dernier album. Cette fois, nous voulions qu’il enregistre ses parties ; il y a quelque chose de super dans son style de jeu percussif au médiator, ça renforce l’effet syncopé, ça renforce l’effet rythmique, donc c’était bien qu’il puisse l’intégrer aux chansons. Et c’est un as ! Comme je l’ai dit, il a pondu tout ce qu’il avait à pondre en seulement deux jours.

Dan : En fait, il peut y avoir des dynamiques différentes au sein d’un groupe, et chacun peut avoir un rôle légèrement différent, mais au bout du compte, ça reste un groupe. Ça reste une fraternité. C’est juste qu’il y a certains gars qui sont les compositeurs clés. Rien de nouveau ou de choquant à ça.

David : Et ce n’est pas du tout pour le diminuer. Je ne veux juste pas donner de fausses impressions par rapport à son niveau d’implication d’un point de vue créatif, en tout cas avec nous. Ça ne veut pas dire que John n’a pas ses propres capacités créatives incroyables. Je veux dire qu’il produit quand même ses groupes à côté et il assure à ce niveau-là.

Les membres du groupe sont un petit peu éparpillés. N’est-ce pas compliqué de vous retrouver ensemble dans une pièce ? Comment solutionnez-vous cette problématique en termes de logistique ?

Cette fois, c’était certainement plus difficile parce qu’à mesure que nos vies progressent et que nos familles se complexifient, il y a tout un tas de responsabilités qui arrivent en essayant d’être actif dans sa vie familiale [rires]. Ça devient de plus en plus difficile. Ouais, la distance est clairement un facteur pour… Nous n’avons eu que deux ou trois opportunités de nous regrouper pour composer avant cette session d’enregistrement. Donc, comme nous en discutions plus tôt, la majorité de la composition a été effectuée en studio. Et si c’est comme ça que ça doit se passer, au vu du résultat de cet enregistrement en particulier, je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose [rires]. Au final, dès que nous trouvons le moyen de nous rassembler dans une pièce, de grandes choses se produisent.

Vous avez dit que ceci était votre Black Album, qui était l’album qui a changé la donne pour Metallica vis-à-vis du grand public. Pensez-vous qu’Evolution pourrait avoir le même effet sur la carrière de Disturbed ?

Nous ne pouvons que l’espérer ! Ce n’est pas que notre utilisation de cette terminologie : demande à n’importe quel groupe dans ce genre musical, ils te diront tous qu’ils veulent avoir leur Black Album. Tout monde veut cet album qui les emmènera à un autre niveau, qui les fera percer à l’échelle mondiale, comme ce que Metallica a connu avec le Black Album. J’espère que nous atteindrons ce niveau de succès.

Dan : En fait, toutes ces chansons – chaque chanson que nous écrivons –, c’est tellement personnel pour nous, donc plus grand est le public à notre portée, mieux c’est ! Nous voulons que notre musique soit entendue. Nous voulons que le message soit entendu. Si ça peut permettre d’ouvrir de nouvelles portes, alors nous le faisons.

John Moyer a récemment évoqué la tournée d’Octobre qui aura un certain nombre d’arrangements scéniques, mais la version finale ne sera prête que pour la tournée de 2019. Que pouvez-vous nous dire sur cette nouvelle scénographie ?

David : Pas grand-chose parce que nous sommes encore en train d’y travailler. Il est clair que c’est beaucoup de boulot et ça avance péniblement. Le cycle de tournée qui commence en janvier l’année prochaine implique beaucoup de préparation. Nous avons quelques prestations de prévues pendant le mois de sortie de l’album, nous donnons quelques concerts dans deux ou trois bases militaires américaines, et nous jouons en première partie de Metallica, à l’ACL Festival à Austin, et ceux-ci ne seront pas des concerts qui incorporeront la nouvelle production sur laquelle nous travaillons actuellement et que nous mettons en place pour l’année prochaine. Il y a beaucoup de boulot en cours pour préparer la nouvelle année. Ça devrait être quelque chose que personne n’a jamais entendu ou vu de notre part avant. Donc j’ai hâte d’y être !

Interview réalisée en face-à-face le 12 septembre 2018 par Claire Vienne.
Fiche de questions : Claire Vienne & Nicolas Gricourt.
Introduction : Nicolas Gricourt.
Transcription : Claire Vienne & Nicolas Gricourt.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Travis Shinn.

Site officiel de Disturbed : www.disturbed1.com

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