ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Disturbed : le temps de la réconciliation


L’heure n’est pas à attiser les divisions pour Disturbed. Après un Evolution qui portait bien son nom, puisqu’il voyait un groupe expérimenter sur une moitié de l’album avec les sonorités acoustiques, voilà les Américains revenir avec du Disturbed typique avec « ces riffs de guitare heavy, la batterie syncopée et le côté plus bestial de la voix de David », comme le reconnaît lui-même le guitariste-compositeur Dan Donegan. Divisive devrait rassurer les fans en leur offrant exactement ce qu’ils attendent, avec son lot d’hymnes valorisants et qui donnent de la force. Seule « surprise » : une ballade chantée en duo avec l’emblématique Ann Wilson du groupe Heart.

Dan nous parle de ce huitième opus qui voit le jour un peu plus de vingt ans après The Sickness – ils ont malheureusement dû faire une croix sur la tournée anniversaire – et qui opère un retour aux sources plus ou moins dicté par le climat général régnant au Etats-Unis, empli de colère et de frustration. Car tel est, pour lui, le pouvoir de la musique : offrir une forme de thérapie de groupe mais aussi un support pour apprendre les uns des autres et débattre, autant que pour se défouler.

« Avec la pause Covid-19, l’environnement et tout ce qui se passait, surtout les divisions qu’on observe ici en Amérique depuis quelque temps, je pense que cet album se devait d’être plus heavy. »

Radio Metal : Vous avez arrêté les concerts en octobre 2019, et le premier concert que vous avez fait depuis a eu lieu deux ans plus tard. C’est suite à ça que le groupe s’est rassemblé début 2022 pour créer l’album. Etiez-vous gonflés à bloc à ce moment-là ? Dans quelle mesure aviez-vous accumulé des frustrations tout ce temps hors de la scène, et probablement éloignés les uns des autres ?

Dan Donegan (guitare) : Oui, c’était assez éprouvant, car quand nous avons terminé à l’automne 2019, nous allions faire une pause durant l’hiver ici aux Etats-Unis et ensuite, nous allions nous préparer pour les vingt ans de The Sickness. Nous avions prévu de faire une grande tournée ici, et quand le Covid-19 est arrivé, ça a évidemment mis tout le monde à l’arrêt. Quand nous avons compris que nous devions reporter tout ça, que le Covid-19 a continué à se développer, que le milieu des tournées et tous les artistes devaient rester chez eux, c’était dur, car tout ce que nous avions l’habitude de faire, l’écriture, l’enregistrement, le fait de partir sur les routes, les tournées, tout notre gagne-pain a été mis sur pause. Personnellement, ça m’a pris du temps, mentalement, pour m’y remettre. Au départ, ça allait parce que j’étais chez moi avec mes enfants et que je pouvais passer plus de temps avec eux, mais même ça, ça présentait des défis, car les enfants avaient école à la maison. A cause du Covid-19, il y a eu plein de nouveaux changements pour… Enfin, le monde entier devait faire face à plein de nouveaux changements. Ça a donc pris du temps avant que nous soyons prêts à commencer à écrire. J’avais quelques idées que j’avais mises de côté, mais nous nous y sommes vraiment mis à partir de l’automne dernier, lorsque nous avons fait quelques concerts en 2021. Nous avions quelques jours de libre à Fort Myers, en Floride, et nous sommes allés voir un nouvel ami à nous, Dave Fortman, qui est un gros producteur. Il était aussi le guitariste du groupe Ugly Kid Joe dans le temps et il a produit Evanescence, Slipknot, Godsmack, il a fait de très bons albums au fil des années. Nous sommes donc allés là-bas juste pour mettre la machine en route et voir si, sur le plan créatif, nous pouvions relancer les choses. L’excitation est revenue dès que nous nous sommes retrouvés dans une pièce ensemble. C’était super de commencer à improviser ces idées et de faire avancer tout ce processus créatif. C’est vraiment là que ça commencé pour nous.

Avec Divisive, vous revenez avec un album de Disturbed très rythmique et heavy, avec toutes les marques de fabrique pour lesquelles ce groupe est connu. David l’a même décrit comme du Disturbed époque The Sickness/Ten Thousand Fists. A certains égards, c’est une sorte d’album retour aux sources après le plus éclectique et bien nommé Evolution. Penses-tu que vous aviez besoin d’ouvrir votre son avec Evolution afin de réaliser ce que Disturbed était au fond et revenir aux bases ? Est-ce que ce pourrait être une réaction ?

Evolution a été bon pour nous et nous forcer à montrer que nous étions capables de nous diversifier musicalement et d’avoir différentes saveurs dans ce groupe. Nous nous sommes toujours donné comme défi d’essayer de nouvelles choses et de repousser nos limites, et nous avons toujours voulu nous essayer à l’acoustique et voir ce que nous pourrions créer avec ça. Donc, Evolution étant moitié électrique, moitié acoustique, c’était un écart sympa pour nous, personnellement, afin d’essayer quelque chose de nouveau. Je pense que ça a servi son objectif. Nous avons vraiment touché une communauté de fans qui apprécie beaucoup des chansons comme « A Reason To Fight », « Hold Onto Memories » et certains de ces morceaux acoustiques. Ensuite, avec la pause Covid-19, l’environnement et tout ce qui se passait, surtout les divisions qu’on observe ici en Amérique depuis quelque temps – le pays est devenu très divisé ces deux ou trois dernières années –, je pense que cet album se devait d’être plus heavy. Ce contexte a fait ressortir de nombreux sujets à propos desquels chanter et parler, rien qu’en raison de la colère et des frustrations qu’on voit ici. Nous avons effectivement discuté de la volonté de revenir aux sources du groupe, à ces éléments signatures avec ces riffs de guitare heavy, la batterie syncopée et le côté plus bestial de la voix de David. Mais même si nous avons discuté de ça, nous ne savions vraiment pas ce que ça allait donner avant d’entrer dans la pièce et de laisser les choses se faire naturellement. Il fallait que ça se passe ainsi. Nous ne voulions pas en parler et forcer les choses, pour finalement ne pas être à la hauteur. La différence était juste que nous étions ensemble dans la pièce à essayer de faire ressortir naturellement ces éléments signatures. Voilà comment ça s’est passé et ça a progressé à partir de là.

Malgré tout, autant Divisive présente du Disturbed classique, autant penses-tu que vous avez appris quelque chose de votre expérience avec Evolution, musicalement, que vous auriez mis à profit sur cet album ?

David est avec nous depuis 1996, quand il est arrivé dans le groupe, donc évidemment, je le connais depuis très longtemps, et j’ai vu en coulisse ce qu’il était capable de faire vocalement. J’ai toujours voulu m’assurer de pouvoir le stimuler et l’inspirer. C’est pourquoi, même quand nous avons fait « The Sound Of Silence » et certains de ces morceaux acoustiques, je voulais montrer que nous ne sommes pas un groupe unidimensionnel, qu’il y a une facette de David qui était capable de faire preuve d’un large éventail de compétences vocales et, encore une fois, que nous pouvions nous diversifier musicalement, que ce groupe n’était pas qu’un seul truc. Personnellement, je ne suis pas là à me soucier de ce que veut la maison de disques, ou de ce que veulent les fans, ou de ce que veut la radio, nous écrivons de la musique juste pour nous, pour essayer de nous exprimer comme nous le sentons et pour faire ressortir nos émotions. Quand nous sommes fidèles à nous-mêmes et que nous écrivons sur des choses qui nous sont personnelles, heureusement, nous nous rendons compte qu’il y a une communauté de fans capable de trouver quelque chose qui lui parle dans cette musique. C’est donc super de faire cette thérapie pour nous-mêmes et d’évacuer ces émotions, mais en retour, c’est sympa aussi que ça touche un public à qui ça parle.

« On dirait que les gens se réveillent et sautent tout de suite sur les réseaux sociaux pour voir à propos de quoi ils pourraient râler et se plaindre, et ce qu’ils pourraient attaquer. »

Sur « Don’t Tell Me », David fait un duo avec Ann Wilson. En dehors de la version live de « The Sound Of Silence » sur l’édition Deluxe d’Evolution où on retrouve Myles Kennedy, c’est la première fois que vous avez un véritable invité sur une chanson studio. Est-ce juste parce que vous n’y aviez jamais pensé ou était-ce peut-être parce que vous craigniez qu’avoir un invité pourrait corrompre, pour ainsi dire, l’identité du groupe ?

Au début du groupe, nous voulions toujours que nos albums studio soient juste nous, le groupe, mais après plus vingt ans d’existence maintenant, on peut dire qu’il y a toujours eu des artistes sur notre liste de souhaits avec lesquels nous aimerions travailler. Nous étions en studio en février et mars plus tôt cette année à Nashville, à travailler avec Drew Fulk – c’était la première fois que nous travaillions avec lui en tant que producteur – et j’avais une autre idée de ballade, mais elle ne me paraissait pas assez bonne. Elle était correcte et je suis sûr que nous aurions pu passer plus de temps dessus pour l’améliorer, mais un jour, je suis venu au studio et j’ai dit à Drew : « Recommençons de zéro. » Je me sentais créatif, j’ai voulu commencer avec quelque chose de neuf, et lui et moi avons commencé à travailler sur la musique. C’est venu un peu de nulle part. J’ai écrit la musique de « Don’t Tell Me » et nous avons continué à travailler sur l’évolution de cette chanson. Ensuite, quand David est revenu quelques jours plus tard, nous lui avons présenté cette idée. Il a assez rapidement trouvé les mélodies et elle a pris de l’ampleur, elle semblait déjà meilleure. Alors qu’elle continuait à être développée, il a dit : « Ça sonne comme si ça pouvait être un duo » ; à cause de la façon dont la mélodie fonctionnait, nous l’entendions dans nos têtes. Nous avons toujours été fans d’Ann Wilson et de Heart. Quelques années plus tôt, elle avait tweeté à propos de Disturbed, comme quoi elle adorait notre version de « The Sound Of Silence », qu’elle trouvait ça inspirant, etc. David et elle ont un peu échangé en ligne via les réseaux sociaux et sont devenus amis grâce à ça, quand nous avons vu qu’elle connaissait notre groupe. Donc pendant que nous travaillions sur « Don’t Tell Me », David a dit : « Que diriez-vous de faire chanter Ann Wilson sur ce morceau et que nous en fassions un duo ? » J’étais là : « Absolument. Si tu veux la contacter et voir ce qu’elle en dit, n’hésite pas. » Il l’a fait et elle a tout de suite répondu, et elle était à fond partante.

Nous avons voulu faire en sorte que ce soit plus facile et pratique pour elle, donc nous avons trouvé un créneau dans son emploi du temps, dès qu’elle avait un jour de libre. Nous sommes allés en Californie et nous avons pris l’avion pour San Francisco. Nous avons trouvé un petit studio et nous y avons passé deux ou trois heures avec elle. Elle est venue avec une attitude totalement professionnelle, totalement disposée à faire ce que nous essayions d’obtenir de la chanson et d’elle. Elle s’est posée pour travailler sur les harmonies avec David. C’était vraiment un grand moment. Je me sentais comme un petit gamin, étant témoin d’une grande légende, d’une des plus grandes chanteuses de rock de l’histoire, qui était assise là à travailler des harmonies avec David et ensuite, à enregistrer les idées. A ce stade avancé de notre carrière, j’espère que ça ouvrira une porte pour que, peut-être, nous travaillions à faire plus de collaborations. Ce serait cool de vraiment nous donner comme défi de trouver d’autres artistes pour plonger dans le processus créatif en impliquant d’autres gens.

Avec son groupe emblématique Heart, Ann semble venir d’un univers musical très différent de Disturbed – époque différente, type de rock différent – mais voyez-vous des liens ?

Oui, il y a quand même un côté rock, même au début de Heart, avec « Crazy On You » et, évidemment, sa sœur Nancy Wilson qui est la guitariste de Heart. Il y a aussi qu’elle fait partie de la scène de Seattle, je sais qu’elle est proche d’Alice In Chains et de Jerry Cantrell. Je crois qu’elle vient de faire une autre apparition live avec eux récemment. Elle était au concert et est montée pour chanter « Rooster », je crois, avec Alice In Chains. Déjà dans le temps, il me semble qu’elle a chanté des chœurs sur l’EP acoustique SAP qu’Alice In Chains a sorti. Il est probable que peu de gens le savent, car ce n’était pas du chant lead, c’était juste des sortes d’harmonies ou quelque chose comme ça. Mais je pense qu’elle a toujours eu un amour pour le rock, surtout quand il y a des harmonies, comme Alice In Chains justement. Je l’ai vue reprendre « Stairway To Heaven » au Kennedy Center. C’était quand le président Barack Obama et un public prestigieux étaient là pour honorer Led Zeppelin, et elle est montée sur scène et a déchiré sur « Stairway To Heaven ». Je n’avais jamais vu de meilleure version, au point que Robert Plant était en larmes en regardant le spectacle. Jimmy Page, John Paul Jones et Robert Plant étaient au balcon en train de regarder la prestation et c’était tellement puissant. Donc, même si nous venons de genres musicaux plus ou moins différents, nous avons un respect total pour ses capacités vocales et nous pensions que ça créerait un joli mélange d’avoir sa voix et celle de David, en combinant tout ça et en partageant nos idées.

« Disturbed, c’est comme une grande session de thérapie de groupe pour tout ce à quoi nous faisons face dans nos vies et pour n’importe quel moment difficile. »

Tu as dit que cette chanson t’était très personnelle parce que tu étais en train de vivre un divorce. Qu’as-tu voulu exprimer à ce sujet au travers de cette chanson ?

J’en ai parlé à David avant qu’il écrive le texte et je lui ai donné quelques idées de paroles. Il a pris ça et a finalisé le tout. Mais pour moi, sur le plan personnel, j’ai vécu un divorce difficile. J’avais une superbe ex-épouse, c’est une superbe mère pour nos deux enfants et une superbe personne. Parfois, quand un mariage s’effondre, on peut encore aimer la personne et même si ce mariage n’est peut-être plus viable, c’est dur de lâcher prise. C’est dur quand on a eu une longue relation, comme celle que j’ai eue, j’ai été dix-huit ou dix-neuf ans avec mon ex-épouse… Je l’aime toujours. Nous nous aimons toujours, et parfois, quand on passe à autre chose et qu’on divorce, c’est dur ne pas s’accrocher à certaines choses. Donc quand David chante : « Ne me dis pas maintenant que tu me détestes parce que je le lâche jamais prise », c’était quelque chose que je vivais. Nous allions vers un divorce et c’était tout simplement difficile de ne pas se raccrocher à tous ces souvenirs, toutes ces choses que nous avions partagées, tous ces voyages que nous avions faits ensemble, les vacances et le fait de former une unité familiale. C’était donc une période difficile, mais nous avons une super relation, nous avons deux superbes enfants issus de cette union et nous faisons de notre mieux pour entretenir cette amitié.

A l’autre extrémité du spectre, vous avez un gros hymne rock du nom d’« Unstoppable ». C’est presque un genre d’« Indestructible » seconde partie. C’est une chanson pour donner de la motivation et de la force typique de Disturbed. Comment abordez-vous la conception de ce genre de morceau ?

Il faut vraiment que ça vienne naturellement. Tout dépend comment je me sens ce jour-là, musicalement. Je n’ai pas envie de prendre la guitare et de me forcer à faire quelque chose en disant : « Eh, il nous faut une chanson qui donne de la motivation. Il nous faut quelque chose d’heavy. » Je ne fais que suivre mon humeur. Je suppose qu’avec chaque album, nous essayons d’avoir ce genre de gros hymne rock rentre-dedans et entraînant qui te donne ce sentiment de valorisation. Pour celui-ci, j’ai balancé des idées à David et, à un moment donné, j’ai mentionné le mot « unstoppable ». Il a écrit le reste des paroles à partir de ça – j’ai trouvé le titre et j’avais un riff de guitare sur lequel j’étais en train de travailler. Pour cette chanson en particulier, je voulais un tempo un peu heavy et rapide, et j’ai dit à Drew, notre producteur : « Faisons un rythme de batterie avec des syncopes rapides. » Le riff est venu naturellement en continuant sur ce tempo. C’était assez heavy et direct, pied au plancher. Je ne suranalyse pas trop les choses. Je me contente de jouer et c’est ce qui sort. Ensuite, souvent, ou probablement la plupart du temps, pour les paroles, typiquement, David est inspiré par ce que la musique lui fait ressentir. Comme cette chanson était basée sur ce riff heavy, la syncope de la grosse caisse et ce puissant sentiment d’entraînement, ça lui a donné l’impression d’être inarrêtable. Ça a un peu dicté la direction qu’allaient prendre les paroles.

Ce nouvel album s’intitule Divisive. Comme nous en avions parlé la dernière fois, la thématique principale d’Evolution était « diviser pour mieux régner ». Il semble donc y avoir une continuité. Plus généralement, le thème des divisions est récurrent actuellement dans le metal et probablement dans l’art de façon globale. Penses-tu que ce soit le mot clé de l’époque dans laquelle on vit ?

Oui, surtout ici en Amérique, à cause de la tournure qu’ont prise les choses, surtout dans les médias et les réseaux sociaux, avec ces divisions qui ont pris le contrôle de ce pays. C’est une époque un peu triste en ce moment, quand on se dit qu’il y a tellement de dissensions et de haine, et tellement de querelles. On est nos propres pires ennemis. On dirait que les gens se réveillent et sautent tout de suite sur les réseaux sociaux pour voir à propos de quoi ils pourraient râler et se plaindre, et ce qu’ils pourraient attaquer. On est tous sur le dos des uns et des autres et on est dans ce monde de : « Si tu ne crois pas ce que je crois, alors je te déteste. » Les insultes fusent et il y a les « tu dois être annulé », juste parce qu’ils n’ont pas la même opinion. C’est devenu un monde triste, quand on ne peut même pas exprimer son opinion sans recevoir toute cette haine. Les débats peuvent être sains quand on a des opinions différentes. Je le fais même avec mon meilleur ami : nous ne sommes pas d’accord sur plein de trucs, mais nous arrivons à nous respecter et à apprendre l’un de l’autre en parlant et en débattant des sujets, au lieu que ce soit comme ce qu’on voit aujourd’hui, c’est-à-dire rien que des attaques. « Si tu ne crois pas ce que je crois, alors on doit t’arrêter, on doit t’annuler et ta vie doit être détruite. » Les gens sont tellement susceptibles et réticents à l’idée de se poser pour discuter. Je ne sais pas comment et quand ça pourra changer. Notre premier single, « Hey You », est un peu un électrochoc pour dire qu’on doit prendre du recul et voir comment on se comporte. C’est probablement risible aux yeux du reste du monde, genre : « Bordel, qu’est-ce qu’il se passe en Amérique en ce moment ? Ils sont en train de s’étriper ! » Quelque chose doit changer, et je ne sais pas comment. Autant parfois j’adore les réseaux sociaux, pour certains trucs, comme renouer le contact avec d’anciennes connaissances et des gens qu’on n’a pas vus depuis longtemps, autant il y a aussi un très mauvais côté. Ça nous donne une tribune pour être le juge, le jury et le bourreau de tout ce qu’on voit. Tout le monde se prend pour un expert et ça leur donne une raison de s’attaquer les uns les autres. Il faut qu’on reconnaisse que quelque chose doit vraiment changer.

« Ça confère un sentiment vraiment grand et puissant de voir que la musique peut rassembler les gens partout dans le monde dans la même salle pour leur faire oublier leurs soucis. Peu importe sa religion, sa race, sa couleur de peau, on partage tous le même moment, et c’est assez fort. »

Tu as mentionné cette idée d’électrochoc. Penses-tu que la musique – en particulier le metal – peut avoir un tel impact sur les gens ?

J’en suis sûr. Je pense que les gens se tournent toujours vers la musique pour essayer de trouver une forme de thérapie et une sorte de message. Quand j’étais gamin, j’écoutais des groupes parce que ça me faisait du bien. Une chanson, une musique, peu importe, ça fait ressortir tellement d’émotions différentes, même quand on vit une séparation quand on est au lycée ou un divorce comme j’en ai vécu un et comme Mike [Wengren], notre batteur, en a vécu un il y a un peu plus de deux ans. La musique peut aider à traverser ces moments difficiles. Nos opinions et les messages que nous essayons de véhiculer ne sont pas là pour que nous les imposions aux gens. Nous n’essayons pas de mettre en avant un programme politique ou quoi que ce soit. Nous ne faisons que vider notre sac et exprimer nos opinions et nos pensées. Parfois, si quelque chose flirte avec la politique, c’est juste pour essayer d’ouvrir notre esprit et celui de l’auditeur afin, avec un peu de chance, de s’éduquer mutuellement et, comme je l’ai dit plus tôt, avoir un débat sain. Nous essayons de ne pas trop mettre en avant nos convictions politiques ou certaines choses qui pourraient causer plus de débat ou de division, il s’agit plus d’ouvrir l’esprit des gens et de peut-être apprendre les uns des autres.

Niveau line-up, Disturbed est resté stable depuis 2005, d’autant plus que trois d’entre vous sont dans ce groupe depuis plus de vingt-cinq ans. Considèrerais-tu ce groupe comme un exemple d’indivision ?

Oui. Il y a un très fort sentiment de fraternité au sein de ce groupe, et nous avons un profond amour et respect les uns pour les autres. C’est un mariage entre les quatre membres de ce groupe. Il peut arriver que nous nous disputions ou que ne soyons pas d’accord sur des choses, mais il y a toujours cet amour et ce respect. Nous pouvons pinailler ou peut-être avoir des différends sur des idées liées aux chansons ou en studio, mais c’est parce que nous partageons la même passion pour la musique et pour le groupe. C’est un exutoire pour tous les quatre. C’est comme une grande session de thérapie de groupe pour tout ce à quoi nous faisons face dans nos vies et pour n’importe quel moment difficile. C’est une longue relation. John [Moyer] est arrivé dans le groupe en 2004, donc ça fait longtemps maintenant qu’il est avec nous. Il y a simplement beaucoup de respect et j’espère que ça continuera ainsi pour le restant de nos jours. Je n’ai pas prévu d’un jour arrêter ce que nous faisons. Je le ferai tant que j’en serai physiquement capable.

Tu as déclaré que tu auras « toujours besoin d’un exutoire pour [ta] propre santé mentale ». Penses-tu que tu deviendrais fou sans Disturbed ?

[Rires] Le groupe est effectivement là pour notre santé mentale, mais je pense que nous sommes tous quand même un peu fous, même en ayant ça. Mais oui, tout le monde vit ce genre de période dans sa vie, ce sont des phases. Peu importe qui on est, tout le monde passe par des moments difficiles. Peu importe qu’on soit riche, pauvre, noir, blanc, tout le monde vit ses épreuves. La musique semble donc être un exutoire pour la plupart des gens – en tout cas, la plupart de ceux que je connais. Je veux dire que la majorité des gens dans le monde se tournent probablement vers la musique. Il y a toujours quelque chose dans une chanson qui peut faire ressortir telle émotion qui pourrait nous aider à traverser ce moment difficile. Même si on prend des chansons d’Evolution, comme « A Reason To Fight », cette ballade acoustique parlait de dépression, d’addiction, de drogue, de suicide et de gens qui luttent contre ça. Cette chanson a parlé à énormément de gens, car soit ils s’y sont retrouvés personnellement, soit un membre de leur famille ou un ami a pris cette voie obscure. Ça leur donne de la force. Cette chanson les aide durant ces mauvaises périodes.

« J’étais inquiet de me voir détester jouer des morceaux que j’avais écrits dans les années 90, mais ce n’est pas le cas. A chaque fois que nous jouons ces chansons en concert, ça leur insuffle toujours de la vie. »

David a dit qu’il « n’y a pas de meilleur environnement que la musique live pour oublier toutes ces conneries. On peut être ensemble et se rendre compte qu’on a plus en commun qu’on croit. » Dirais-tu que l’arrêt de la majorité des concerts pendant presque deux ans a fait plus de mal aux gens que les politiciens voudraient l’admettre ?

Oui. Enfin, je ne sais pas si les politiciens s’en rendent compte ou ont quelque chose à faire de ce que la musique et le monde du divertissement font pour les gens, et à quel point le fait d’être dans l’environnement live, d’avoir cette évasion du quotidien, est un exutoire pour nous tous, pas seulement les musiciens qui écrivent des chansons, mais aussi les fans. C’est ce que je faisais quand j’étais gamin. Ça m’offrait une échappatoire, afin de ne pas être au travail, de ne pas être à l’école, de ne pas à avoir à gérer je ne sais quel drame ayant lieu à ce moment-là dans ma vie. Ça me permettait de voir mon groupe préféré sur scène et d’avoir ce moment où j’oubliais tout ce qui se passait de mauvais et sombre. Quand nous montons sur scène et que je vois tous ces parcours de vie, que les gens soient blancs, noirs, chinois, mexicains, peu importe, tout le monde se rassemble dans cette salle, ils sont là pour la même raison. Ils chantent tous les paroles et les mêmes chansons, et s’unissent. C’est le lieu où on voit les gens s’unir. Ça confère un sentiment vraiment grand et puissant de voir que la musique peut rassembler les gens partout dans le monde dans la même salle pour leur faire oublier leurs soucis. Peu importe sa religion, sa race, sa couleur de peau, on partage tous le même moment, et c’est assez fort.

En 2021, vous avez dû annuler la tournée anniversaire des vingt ans de The Sickness qui avait déjà été reprogrammée de 2020. J’imagine que vous étiez très déçus de ça, mais que ressens-tu maintenant quand tu repenses à The Sickness et au groupe que vous étiez à l’époque ?

J’ai tellement de souvenirs de notre montée des échelons à l’époque. Nous avons tellement tourné quand cet album est sorti. Je crois que nous étions partis pendant vingt-deux mois d’affilée. Enfin, nous avons eu des petits breaks pour passer rapidement à la maison entre certaines tournées, mais nous avons travaillé dur pendant une bonne partie de ces vingt-deux mois, à essayer de toucher autant de territoires que possible et d’exposer notre musique. Je suis très reconnaissant envers ces fans qui nous suivent depuis le début et aussi envers ceux qui ont entendu parler de nous plus tard dans notre carrière, mais rien que de jouer ces chansons… J’étais inquiet de me voir détester jouer des morceaux que j’avais écrits dans les années 90, mais ce n’est pas le cas. A chaque fois que nous jouons ces chansons en concert, ça leur insuffle toujours de la vie. Même une chanson comme « Down With The Sickness » : les fans sont déchaînés à la seconde où ils entendent le rythme de batterie de l’intro. Le rugissement de la foule et son excitation rendent ça excitant pour nous. Il y a encore cet échange d’énergie entre nous et eux. C’est donc toujours amusant de jouer toutes ces chansons, car les fans nous rappellent à quel point c’était une superbe époque. La musique nous renvoie à certains moments de notre vie. C’est gravé dans notre esprit. Je suis donc reconnaissant d’avoir vécu cette époque. Mais nous avons mûri au fil des années, en tant que groupe, en tant que personnes et en tant que compositeurs, et c’est ce que nous allons continuer de faire. Nous apprécions chaque album que nous avons fait, ils ont tous servi un objectif, ils nous ont aidés à traverser ce que nous traversions à ce moment-là de notre vie. Je suis reconnaissant envers chacun d’entre eux. Ce sont tous des enfants pour nous. Je vais toujours aimer chacun de nos albums pour ce qu’il est.

Interview réalisée par téléphone le 19 octobre 2022 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Disturbed : www.disturbed1.com

Acheter l’album Divisive.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Arch Enemy @ Lyon
    Slider
  • 1/3