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Interview   

La divine descente aux enfers d’ACOD


ACOD est un groupe en constante évolution, comme le fait lui-même remarquer Fred, chanteur de la formation marseillaise. Il suffit de voir le line-up aujourd’hui pour se rendre compte de la singularité de la formation, elle qui était passée par une phase à deux chanteurs : un trio, sans guitariste attitré, la six-cordes ayant été enregistrée par Matt Asselberghs de Nightmare sur le nouvel album The Divine Triumph, et cela semble parfaitement leur convenir. Car près de dix ans après le premier opus Point Zero, ACOD a atteint son point d’équilibre où chaque membre est sur la même longueur d’onde sur le plan artistique.

Allant chercher dans les élans les plus épiques du death et black metal de la vieille école, The Divine Triumph n’en est pas moins une œuvre très soignée : il suffit de regarder la liste des collaborateurs ayant contribué à sa mise en son, allant du producteur Jens Bogren à Shawter de Dagoba. Il fallait bien ça pour cette « descente aux enfers », comme le veut son fil rouge conceptuel, premier volet d’une trilogie, parsemée d’auto-références et significations cachées qui permettront, peut-être, à certains de découvrir le véritable sens de ce nom de groupe énigmatique.

« Ce n’est pas que nous avons trouvé notre voie, parce que notre voie, nous l’avions, nous faisions la musique que nous aimions. C’est juste que maintenant que nous nous sommes retrouvés à trois, sans frein à notre composition musicale, nous avons enfin pu faire la musique que nous voulions. »

Radio Metal : La biographie fournie avec l’album met en avant le fait que votre carrière s’est développée avec beaucoup de patience. Y avait-il dès le départ chez vous une volonté de ne pas brûler les étapes, quitte à ce que les choses prennent plus longtemps que d’autres ?

Fred (chant) : Les choses ont pris plus longtemps parce que déjà, il faut savoir qu’au début, nous étions six dans ACOD. Donc à six, nous avions des processus de composition qui étaient différents, et du coup tu fais des concessions pour la composition. Avant, tout le monde mettait un peu sa patte, etc. Et là, depuis l’EP que nous avons sorti avant cet album et qui s’appelle Inner Light, nous avons changé le processus de composition. Il y a eu d’autres personnes parce que nous avons changé de line-up, donc nous nous sommes un peu tous mis à composer différemment, avec des personnes différentes du début. Nous sommes donc partis dans quelque chose de complètement différent. Ça n’a pas été très lent parce que nous ne voulions pas brûler d’étapes, mais parce que nous avons beaucoup changé de line-up.

Vous parlez beaucoup de votre carrière comme d’un « long apprentissage ». Quelle est selon toi la plus grosse leçon que vous ayez apprise sur le métier, la carrière de musicien ?

Moi, j’ai appris qu’il fallait beaucoup bosser, tout simplement, sur à peu près tous les aspects de ta musique, pour sortir quelque chose de bien. Sur cet album, nous avons beaucoup de bons retours, nous en sommes très contents, et sans fausse modestie nous sommes fiers des retombées que nous en avons, mais nous avons énormément bossé, jusqu’à très tard le soir, quasiment tous les jours, pour le faire. Donc ça demande du temps, de l’investissement, c’est du travail. Si tu ne travailles pas, tu ne peux pas faire quelque chose de bien. Il faut travailler, il faut être sincère dans ce que l’on fait.

À quel point cela s’exprime-t-il dans le nouveau disque ? Est-ce qu’il y a des choses que vous avez essayé d’éviter suite à cet apprentissage des erreurs du passé que vous avez pu faire ?

Oui, complètement. Lorsque nous avons composé cet album, nous avons énormément travaillé, comme je te l’ai dit. Ensuite, nous nous sommes aussi entourés des bonnes personnes, parce qu’on peut facilement faire des erreurs de débutant pour les enregistrements, etc. Là, nous avions la chance d’avoir Sony derrière nous, ça nous faisait un nom derrière nous. Quand tu cherches un studio pour le recording, le mix ou le master, et que tu es en autoproduction, c’est compliqué, tu as des personnes qui te ferment la porte et ce n’est pas possible. Alors que quand tu as un nom comme Sony et que tu vas taper aux Fascination Street Studios de Jens Bogren pour négocier un mix et un mastering, tu es évidemment beaucoup plus écouté. C’étaient des gens que nous ne pouvions même pas rêver d’avoir à l’époque parce que ce n’était évidemment pas dans nos moyens, et maintenant, nous avons pu les avoir, donc nous avons réussi à nous dire de nous entourer des meilleures personnes pour la production de cet album, mais aussi pour la conception, parce qu’il faut savoir que, certes, nous sommes trois à composer et à faire la musique, mais que derrière, il y a aussi toute une équipe. Nous avons des orchestrations qui ont été faites par Richard « Fixhead », un ancien Tamtrum, les guitares qui ont été faites par Matt Asselberghs… Nous avons composé les parties de guitare dans notre local, mais nous avions besoin d’un professionnel pour les enregistrer. Nous l’avons appelé, il est venu, et il a assuré le taf. Donc tu as beaucoup de monde. Les enregistrements de batterie ont été faits au Puls Studio de Nicolas Guernard et Nicolas Tchakamian, les prises son de guitare, basse, chant ont été faites chez Shawter de Dagoba au Eagle Black Studio. C’est toute une équipe.

Au départ, il y avait deux voix dans le groupe, et en 2013, vous êtes passés à un seul chanteur. Comment avez-vous abordé cette transition et quel impact cela a-t-il eu sur votre musique ?

La musique avait changé. En fait, nous avons un groupe qui est en constante évolution, donc à cette époque-là, nous étions partis dans un death metal mélodique où il n’y avait plus de place pour du chant clair. Je suis toujours en contact avec l’ancien chanteur, Berserk, avec qui nous sommes restés en très bons termes, nous sommes très amis. Ça s’est fait naturellement, comme avec ce nouvel album, où nous n’avons plus nos guitaristes, ce qui n’est pas un problème de composition comme tu as pu le voir, car nous n’avions plus les guitaristes à l’époque de la composition. Il y en avait un qui n’était plus du tout là, et il y en avait un autre dont nous avions gardé deux ou trois touches qu’il avait faites, mais sinon on va dire que ça a été composé par notre trio. Il y a donc des évolutions dans ACOD, que ce soit musical ou au niveau du line-up, et puis ça reste comme ça. Maintenant, nous avons complètement trouvé notre équilibre, que ce soit dans notre musique ou dans notre line-up, donc pour l’instant nous resterons trois, et ce pour un moment, je pense.

Dans l’histoire du groupe, il y a aussi eu un autre moment clé que vous décrivez, c’est la tournée japonaise de 2014 qui s’est faite sans aucun soutien financier. Pourrais-tu revenir là-dessus ? Était-ce quelque chose de voulu ou était-ce un choix par dépit ?

En fait, on nous l’a proposé. Du coup, c’était une superbe expérience pour le groupe à l’époque, puisque ça nous permettait d’aller visiter un pays étranger en proposant notre musique, et c’est quelque chose que nous n’avions pas fait. Je crois que nous avions fait une petite date en Italie, à Rome, et le reste du temps, nous faisions des tournées organisées par nous-mêmes en France, donc nous partions, nous louions des salles, j’envoyais des mails depuis Marseille, c’était l’époque de MySpace, nous nous barrions, nous louions un van, nous partions, nous faisions même le catering des autres groupes, nous jouions avec des groupes de chaque ville. C’est pareil, c’était le début, c’était une super expérience, nous nous sommes régalés à faire ce genre de chose. Pour le Japon, c’est pareil, nous avons été contactés par un label japonais avec qui nous étions en contact, ça s’est très bien passé. Il nous a proposé un deal : lui ne nous a pas demandé du tout d’argent, ce qui n’était pas trop comme ça à l’époque, car beaucoup de groupes allaient jouer au Japon, mais ils payaient je ne pourrais pas te dire combien pour pouvoir s’organiser une petite tournée au Japon. Là, nous n’avons payé que dalle. Nous nous sommes payé notre billet d’avion, et le mec là-bas, qui avait kiffé ACOD, avait loué le van, loué les salles, les concerts étaient prêts. En plus, nous avons eu du bol car les salles étaient pleines, parce qu’il y avait des groupes japonais, donc les gens venaient. Et c’était une super expérience, nous en sommes très contents. Après, c’était l’expérience de l’époque. Maintenant, c’est sûr que si tu me dis que nous avons une tournée en Australie et que nous ne sommes pas distribués là-bas, je ne verrai pas l’intérêt.

« Il faut savoir jauger, pas faire trop un mur de guitares, pas surcharger la voix, pas trop envoyer d’orchestrations juste pour en envoyer. Les orchestrations, il faut qu’elles soient là et qu’elles disent quelque chose. S’il n’y a rien à dire, il vaut mieux fermer sa gueule. C’est pareil pour les instruments. »

Donc ça ne vous a pas forcément confortés dans l’idée de tout faire vous-mêmes ?

Non. Après, à un moment donné, il faut s’entourer de structures. Là, nous avons la chance d’avoir, comme je te l’ai dit, Jive Epic et Sony, mais pas que, parce que nous avons Replica Promotion qui nous accompagne, nous avons aussi maintenant K Production pour tout ce qui est booking de concerts, nous bossons aussi avec les Éditions Hurlantes… Donc nous avons une équipe de pros qui nous suit. Nous avons beaucoup de chance notamment parce que le label nous donne carte blanche artistique, ce qui est assez rare venant d’une major, donc nous en sommes très contents car nous savons que nous avons énormément de chance.

L’album The Divine Triumph est décrit comme étant « une renaissance, voire même une naissance dans le groupe tellement il représente une coupure ». Peux-tu nous dire en quoi cet album représente une coupure avec le reste ?

C’est une renaissance parce que, pour te refaire l’historique, nous avions été repérés et signés par Sony grâce à l’EP Inner Light que nous avions sorti juste avant. Il faut savoir que nous avions proposé l’album sorti juste avant, To The Maelstrom, au patron de Sony, et cela ne lui avait pas du tout plu. Donc nous en avions parlé. L’EP suivant, il l’a écouté, il a vu que nous avions gommé certaines erreurs. C’est notre manageuse qui l’a proposé, et en parlant avec elle, il disait : « Si je les signe… » Donc cette petite phrase, « si je les signe », a mis en branle tout le reste. Donc cette renaissance vient aussi du fait que lorsqu’on a été signé pour faire un album de death metal sombre, on fait du death metal sombre. Et dans le groupe, nous étions plus nombreux, et il y avait des personnes qui voulaient une autre direction artistique, et nous, nous partions exactement dans du death metal sombre, parce que c’est ce que nous écoutons, nous le power trio que nous sommes en ce moment, nous sommes de grands fans de death metal et de black metal des années 1990. Du coup, nous voulions partir dans ce sens-là alors que les autres voulaient partir ailleurs. Il y a donc eu une scission, et nous nous sommes retrouvés à trois à bosser sur cet album. Donc c’est une renaissance par rapport au style musical qui nous a toujours plu, à nous, donc nous avons fait l’album le plus sincère que nous ayons fait avec ACOD pour l’instant.

En 2016, vous sortiez Inner Light et c’est vrai que cet album représentait déjà un pas important pour le groupe. Est-ce que, malgré la sensation de coupure que tu décris avec The Divine Triumph, il y a quand même des choses que vous avez gardées d’avant, et notamment d’Inner Light ?

Oui, nous avons gardé ce côté sombre, parce que c’est vrai qu’Inner Light dénotait par rapport à ce que nous faisions avant. Tu sentais qu’on partait vraiment vers du death sombre, que nous avons encore plus exploré avec The Divine Triumph. Donc nous avons gardé des éléments d’Inner Light qui sont beaucoup plus accentués dans ce nouvel album. Donc justement, ce côté death metal old-school, ce côté sombre, occulte, nous l’avons vraiment extrapolé avec ce nouvel album, puisque nous en avons fait un concept-album, et nous sommes partis explorer à fond ce côté-là de notre musique, qui nous plaît, car nous étions friands de ça lorsque nous étions plus jeunes, donc des groupes comme Dissection, Emperor, Morbid Angel, ce sont des choses que nous avons écoutées toute notre vie, donc quand nous avons eu à faire de la musique, nous sommes partis là-dedans. C’était le truc le plus sincère que nous avions à offrir.

On a l’impression que dans sa carrière, le groupe a eu beaucoup de moments où il a dû ou voulu se réinventer. Est-ce que ça part d’une envie qui est la vôtre de se challenger en permanence ?

Nous nous sommes renouvelés parce qu’il y a eu tellement de changements de line-up, et tellement d’évolution… Quand tu n’as pas les mêmes personnes dans ton groupe, tu as d’autres influences qui arrivent, et tu fais des concessions. Un groupe, c’est ça, ce sont des concessions, surtout quand on est très nombreux, qu’on n’est pas tout le temps d’accord sur tout, donc tu n’as pas le même résultat au final de ce que tu voudrais toi à la base. Et là, le coup de chance que nous avons actuellement, c’est que les trois personnes que nous sommes ont les mêmes goûts musicaux, les mêmes sensibilités artistiques, et du coup, la conception de l’album se déroule facilement. Évidemment, toute la phase de travail est compliquée, mais nous avons la même direction musicale, ça va vite. Si nous nous prenons la tête, ce sera sur de petits détails. Nous n’allons jamais nous prendre la tête sur la composition musicale. Pour te parler concrètement, nous n’allons jamais mettre un riff de hardcore dans une chanson d’ACOD. C’est quelque chose d’impensable. Mais l’évolution du groupe, ça s’est vraiment fait comme ça. Nous ne nous sommes pas dit : « Tiens, on va faire tel style parce qu’apparemment c’est la mode. » Comme je te l’ai dit, nous sommes fans de la première heure de groupes old-school. Le concert de Morbid Angel en 1996 au Moulin à Marseille, j’y étais, ce sont des souvenirs qui sont gravés, de quand nous étions plus jeunes. Je me rappelle que nous attendions les concerts de ces groupes-là comme le Messie, nous en parlions déjà un mois avant, et nous disions : « Ouais, on va y aller ! », tu te faisais tout un truc dessus.

Pour cet album, vous utilisez notamment la métaphore du passage à la vie d’adulte. Qu’est-ce que ça représente pour un groupe de passer à la vie d’adulte ?

Il faut savoir que toute cette bio a été écrite par un journaliste, il a employé nos mots, mais a peut-être un peu romancé le truc. Pour la vie d’adulte, il n’a pas tort sur ce point-là, car je pense qu’il y a une maturité qui s’est faite. Après, la maturité est venue toute seule. Comme je te l’ai dit, ce n’est pas que nous avons trouvé notre voie, parce que notre voie, nous l’avions, nous faisions la musique que nous aimions. C’est juste que maintenant que nous nous sommes retrouvés à trois, sans frein à notre composition musicale, nous avons enfin pu faire la musique que nous voulions. Après, si ça te plaît, nous sommes vraiment contents que ça te plaise. Mais c’était vraiment le résultat que nous voulions, c’était cet album, et nous espérons en faire plusieurs derrière.

La plupart des groupes au fur et à mesure de leur carrière ont tendance à ralentir leurs tempos. Vous, il semblerait que c’est l’inverse…

Tu n’as pas tort ! Vu que c’est un concept-album et que c’est une histoire, c’est comme dans toute histoire, tout film, tout bouquin que tu lis avec des chapitres, tu as des chapitres où il y a des choses qui s’accélèrent, d’autres qui ralentissent… Alors il faut savoir que notre composition tendait à aller dans des trucs extrêmes, et la musique extrême, ça va vite. Après, il n’y a pas tout le temps besoin de blaster à mort pour que ce soit extrême non plus. Mais c’est comme ça, il y a des chapitres, il y en a qui vont vite. Tu as un passage avec une chanson qui s’appelle « Fleshcell », la piste neuf, qui est un mid-tempo, avec de grosses touches black metal, qui est très lente du début à la fin. Et en plus, c’est personnellement une de mes chansons préférées. La composition va fluctuer selon ce que nous voulons dire, tout simplement.

« Tu auras peut-être quelqu’un qui écoutera l’album en ne voyant que la version fantastique de ce voyage inventé, et peut-être qu’une autre fois, lorsqu’il aura un mal-être un peu plus profond, ou autre chose, il l’écoutera d’une autre façon, et fera d’un coup le parallèle avec sa vie, avec une descente aux enfers plus personnelle. C’est bien d’avoir ce principe de double langage, de double lecture. »

L’album a une dimension épique très forte, du fait du concept mais aussi de l’ambiance de la musique et des arrangements symphoniques. Cette dimension épique était-elle nécessaire pour le concept, ou bien est-ce tout simplement venu d’une envie musicale ?

C’est complètement voulu. Nous voulions absolument créer un album comme ceux que nous écoutions à l’époque. Nous voulions vraiment une œuvre complète. C’est pour ça que nous avons bossé avec Richard « Fixhead », ancien de Tamtrum, qui est très fort aux orchestrations. Il nous a fait un test là-dessus, et quand nous en avons parlé tous les trois, nous nous sommes dit que lui, il nous le fallait absolument, car c’était vraiment cela que nous voulions, parce que ça a absolument sublimé les compositions musicales, et il a fait un boulot de fou. C’était voulu. Nous voulions vraiment donner une autre dimension à notre musique, nous voulions que le concept-album soit ainsi, nous ne voulions pas jeter des chansons, même des chansons bossées, sur un album, sans que l’on sente qu’il y ait un lien. Nous voulions vraiment que tout soit lié, que ce soit l’artwork, les paroles, la musique, les visuels, nous avons essayé de tout travailler à fond pour vraiment proposer un ensemble cohérent.

En termes d’influences musicales dans ce domaine de la musique extrême avec un côté narratif et symphonique, on peut entendre du Septicflesh dans votre musique…

Tu peux te dire que ce qui va nous inspirer, c’est tout ce qui est un peu old-school, années 1990, en black metal, death metal, parce que c’est ce que nous avons écouté et que nous avons en références musicales. Donc effectivement, on a un lien qui se fait avec Septicflesh, car c’est un groupe qui est proche de nous, avec beaucoup d’orchestrations. D’ailleurs nous avons enregistré chez Jens Bogren car lorsque nous avons entendu la façon dont leur dernier album était masterisé, nous nous sommes dit que justement, ça allait très bien le faire, même si nous avons fait des mix complètement différents. Nous nous sommes dit que c’était en rapport, que le son allait sonner comme nous le voulons, donc effectivement, il y a beaucoup de gens qui trouvent que nous avons des points communs avec eux, donc c’est bien. Après, j’aime bien quand on me dit que nous avons des points communs avec Morbid Angel, Dissection, des trucs old-school, c’est vachement cool.

On a tendance à associer un peu trop facilement le terme « épique » avec les orchestrations. Ce qui est intéressant avec cet album-là, c’est que les orchestrations ne sont pas tant mises en avant que ça. Il y a même des morceaux où, finalement, on ne les entend pas. Y avait-il une volonté de ne pas abuser des orchestrations, et avant tout de travailler sur la dimension épique avec les morceaux en eux-mêmes ?

C’est tout à fait ça. Il ne faut pas que les orchestrations prennent le pas sur la composition. Pour moi, les orchestrations, c’est un instrument à part entière. C’est-à-dire que tu l’entends sur le titre « Omnes Tenebrae », où à un moment la voix s’arrête, et tu as l’orchestration qui arrive, et tu as l’impression que l’orchestration remplace la voix. Donc si tu nappes les deux en même temps, ça rajoute trop, ça fait couche sur couche, et ça devient vite gonflant et lassant. Pareil sur la dernière chanson de l’album, tu as la voix qui s’arrête, et cette orchestration qui arrive et qui va remplacer la voix, puis qui va continuer en outro. Il faut savoir jauger, justement, pas faire trop un mur de guitares, pas surcharger la voix, pas trop envoyer d’orchestrations juste pour en envoyer. Les orchestrations, il faut qu’elles soient là et qu’elles disent quelque chose. S’il n’y a rien à dire, il vaut mieux fermer sa gueule. C’est pareil pour les instruments.

À propos du son, il est globalement massif, même lorsqu’il n’y a pas d’orchestrations et juste basse-batterie-guitare. Ce qui est intéressant, c’est que vous produisez ce son massif avec une formation réduite par rapport à votre ancien line-up. Donc comment avez-vous travaillé le son pour dégager ce côté massif-là, en studio, et puis surtout en live ?

En composition, l’aspect musical de la chose est très travaillé par Raph et Jérôme. Jérôme est le bassiste, donc il compose aussi les riffs de guitare. Quand nous sommes allés retranscrire tout ça en studio, nous avons fait appel à Matt Asselberghs, guitariste de Nightmare et de SangDragon, qui est venu, car c’est un guitariste professionnel, il a un toucher bien particulier. Nous voulions faire quelque chose de parfait, qui soit le meilleur possible, donc Jérôme a dit : « Moi, je suis bassiste, on va prendre quelqu’un à la guitare qui est meilleur que moi. » Il faut savoir se dire qu’il y a des gens qui sont meilleurs que soi, et à ce moment-là, si on peut les prendre, tant qu’à faire, on les prend, pour certains aspects. Donc il est venu, il a enregistré les grattes, et nous avons bossé avec Shawter pour les prises son. Quand tu as quelqu’un comme Shawter… chez qui nous avons fait plusieurs enregistrements, ce qui fait que nous nous connaissons bien, puis c’est un mec hyper professionnel dans son studio, il sait très bien bosser, il est très bon ingé son studio. Donc il nous a fait des prises son aux petits oignons, et pareil pour la batterie que nous avons faite au Puls Studio. Et quand nous avons envoyé à Linus Corneliusson aux Fascination Street Studios, nous lui avons demandé des choses bien particulières. Parce que quand tu envoies comme ça des fichiers en Suède, ils ont toujours leurs presets faits, donc ils nous ont proposé un son de death metal suédois, qui n’était pas du tout ce que nous voulions, avec un gros mur de guitares, etc. Du coup, nous avons bossé par mail avec lui, ce qui est un peu compliqué pour se faire comprendre, à distance. Mais nous lui avons demandé une basse en avant, la batterie très audible, les orchestrations en avant aussi, pas de mur de guitares, donc des choses dont il n’avait pas l’habitude. Donc ça a quand même duré deux mois, pour le mix et le master, il y a eu un gros boulot de son.

Tu parles de Shawter de Dagoba, et c’est vrai que lorsqu’on écoute le dernier Dagoba, même si ça ne va pas aussi loin que vous dans le côté épique, il y a quand même cette dimension de faire une musique et de lui donner un petit plus avec des orchestrations, mais qui sont toujours discrètes. J’imagine que vous vous comprenez assez bien avec Shawter sur cet aspect-là, la manière de mélanger le groupe et les orchestrations ?

Oui, nous nous comprenons bien sur la musique. Nous nous connaissons bien, nous sommes des amis, et comme je te l’ai dit, nous avons l’habitude de bosser ensemble sur les enregistrements, ce qui facilite beaucoup de choses. Après, pour les orchestrations que font Dagoba, je trouve qu’ils ont déjà une musique très rentre-dedans, ils bossent énormément cet aspect-là. Et je trouve que les orchestrations accompagnent leur musique. Nous, c’est plutôt une partie complète, comme un instrument à part entière en plus. Du coup, il y a cette différence sur les orchestrations entre nous. Et puis nous avons des orchestrations qui sont, comment dire, plus « orchestrales », parce qu’il a bossé sur des trucs… Il y a des albums de Dagoba où il y a des intros qui sont très bonnes. Je crois que c’est sur Tales Of The Black Dawn, il y a une intro fantastique.

« The Divine Triumph est le premier album d’une trilogie. À la fin de la trilogie, les gens sauront [la signification du nom du groupe], car nous cachons des petites touches dans chaque album. Donc après, ça sera trouvé, ça sera découvert à la fin. »

Y a-t-il quelqu’un dans le groupe qui a un background un peu classique au niveau de la musique ? Une expérience des orchestres, de la gestion des orchestres, de comment écrire une symphonie, ou autre ?

Je ne peux pas te dire. C’est une bonne question. Je sais que Jérôme et Raph ont pris certains cours, lorsqu’ils étaient plus jeunes. Maintenant, je pense que personne n’a une véritable formation pour écrire des symphonies ou des choses comme ça. Je pense que c’est une question de feeling. En particulier dans le metal de nos jours, je pense qu’il faut sortir des choses sincères, il faut que ça vienne des tripes, c’est la raison numéro une pour laquelle on écoute du metal, c’est parce que c’est quelque chose qui vient vraiment de l’intérieur. Je pense qu’il faut que ce soit pareil pour nous.

Au niveau du concept et des thématiques de l’album, ça part d’une sorte de réinterprétation de L’Enfer de Dante, mais ça part sur énormément de choses : tu cites Le Seigneur Des Anneaux, Final Fantasy, Matrix, Gladiator, le philosophe grec Anaximandre, ce qui fait beaucoup de choses. Comment as-tu compilé tout ça ?

En fait, ce passage-là de la bio, c’était justement quand nous discutions des choses qui me plaisaient. Je ne sais pas pourquoi ce passage a été forcément gardé, mais enfin bon… [Rires] Ce n’est pas du tout dramatique. Il faut savoir que le lien directeur de l’histoire de The Divine Triumph, c’est une descente aux enfers, donc le lien est fait avec L’Enfer de Dante, mais une descente aux enfers dans un univers sombre, occulte, dans les abysses et tréfonds de l’âme. Et on peut aussi faire un parallèle entre cette histoire, un peu fantastique, avec un personnage principal qui évolue dans ce monde-là, et le monde actuel, où n’importe qui peut avoir une descente aux enfers, avec des événements qui peuvent se passer dans la vie de tout un chacun. Et un jour, tu auras peut-être quelqu’un qui écoutera l’album en ne voyant que la version fantastique de ce voyage inventé, et peut-être qu’une autre fois, lorsqu’il aura un mal-être un peu plus profond, ou autre chose, il l’écoutera d’une autre façon, et fera d’un coup le parallèle avec sa vie, avec une descente aux enfers plus personnelle. C’est bien d’avoir ce principe de double langage, de double lecture. Dans ACOD, c’est quelque chose qui nous plaît.

Cette descente aux enfers vient-elle aussi d’une thématique qui te touche, est-ce quelque chose que toi tu as vécu ?

Je pense que tout le monde, à un certain degré, a déjà vécu une descente aux enfers. Tout le monde a vécu un mal-être à un moment donné de sa vie. Tu ne tomberas jamais sur quelqu’un qui te dira qu’il a été heureux toute sa vie. Même le plus optimiste à un moment donné a eu des moments où il se retrouvait dans la merde, dans des moments très noirs, et c’est de ça que nous parlons, parce que ça touche absolument tout le monde. Pour l’instant, je n’ai pas rencontré quelqu’un à qui toute la vie a souri. Ça doit très certainement arriver, mais tu es touché, à un moment donné, de toute façon, par quelque chose. Tu as toujours le décès de quelqu’un de cher, des trucs qui te tombent sur la gueule, et puis il faut quand même se relever.

À propos du nom du groupe, je sais qu’il est secret, et que tu ne le diras pas, donc il n’y a pas de souci. Par contre, quel est le but de ce mystère-là ?

Nous sommes un groupe très secret, que ce soit sur le nom du groupe ou sur d’autres choses, nous gardons des parts de mystère. Ce qui est intéressant, c’est que si on s’intéresse de plus près au groupe, et qu’on commence à ouvrir les booklets, lire les paroles, regarder les thématiques, les logos, etc., on trouve toujours des liens qui amèneront vers autre chose, puis vers autre chose, et après, tu vois tout l’ensemble cohérent de la chose. Ce que nous faisons là, c’est un clin d’œil aux gens qui vont commencer à vraiment nous suivre et à s’intéresser à ce groupe-là. Parce que quelqu’un qui trouve des sens cachés aux choses que nous laissons, et qui nous le dit, et que nous lui répondons « oui, exact, tu as trouvé le bon truc », c’est gratifiant pour la personne de trouver des choses que d’autres n’ont pas vues, parce qu’ils sont passés à côté. C’est ça que nous essayons de faire. Il y a tout un ensemble, et les gens qui arrivent à le trouver, pour nous c’est fantastique. Ça veut dire qu’ils sont derrière, qu’ils ont suivi, qu’ils ont compris le concept, et c’est super.

Tu as donc eu des échanges avec les gens sur la signification un peu cachée des textes, etc. ?

Il y a plein de gens avec qui nous échangeons, ce qui est vachement intéressant, parce que c’est très intéressant d’échanger sur la musique. Il y a quelqu’un qui va nous dire : « J’ai lu ça. Tiens, ça, vous le faites pour ça. » Après, il y a des choses très simples que tout le monde peut voir. Dans notre logo il y a un trident, parce que nous ne sommes plus que trois dans le groupe, tu as souvent le chiffre trois qui revient dans l’album, trois arches avec trois photos… Tu as notre logo avec l’étoile à sept branches, qui représente aussi la perfection divine, et l’album s’appelle The Divine Triumph, qui est quelque chose de très grandiose, en opposition complète avec cette descente aux enfers… Il y a des liens et des oppositions très forts. Ce sont des œufs de Pâques que tu laisses un peu partout.

Est-ce que quelqu’un a trouvé le nom du groupe ?

Personne n’a trouvé. The Divine Triumph est le premier album d’une trilogie. À la fin de la trilogie, les gens sauront, car nous cachons des petites touches dans chaque album. Donc après, ça sera trouvé, ça sera découvert à la fin. Mais il faut s’intéresser au truc, et il faut que les trois albums soient sortis. Donc je ne pense pas que la signification sera trouvée tout de suite. Mais tu peux proposer des choses, hein ! [Rires]

Interview réalisée par téléphone le 14 septembre 2018 par Philippe Sliwa.
Introduction : Nicolas Gricourt.
Transcription : Robin Collas.

Site officiel d’ACOD : www.acod-music.com

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