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Interview   

Dizzy Mizz Lizzy vingt ans après


Vingt ans, ce n’est pas rien ! Imaginez-vous à quel point vous avez pu évoluer et changer en vingt ans, peut-être même que certains qui lisent ces lignes n’étaient pas encore de ce monde il y a vingt ans. Et pourtant c’est bien le temps qui sépare le dernier album des Danois de Dizzy Mizz Lizzy, Forward In Reverse sorti en 2016, et son prédécesseur Rotator. Entre-temps un double hiatus, un lent redémarrage pour retrouver ses marques et se faire à une industrie qui a changé du tout au tout, etc.

Le trio était de passage à Paris il y a quelques mois, nous en avons profité pour y faire saut et rencontrer le groupe au complet, histoire qu’ils nous racontent ce retour et ses implications, mais aussi qu’ils nous en apprennent un peu plus ce troisième album quelque peu inespéré.

« Les anciens fans, évidemment, étaient vieux [rires] parce que nous ne les avions pas vu depuis quinze ans. Mais ils avaient également ramené leurs enfants avec eux donc, d’un coup, les deux-trois premiers rangs, peut-être les dix premiers, étaient composés de gamins exactement comme c’était le cas vingt ans plus tôt. Donc ça nous a un peu retourné le cerveau [rires] mais dans le bon sens. »

Radio Metal : Dizzy Mizz Lizzy s’est séparé en 1998. Vous pouvez nous parler du contexte de l’époque et de la façon dont vous avez décidé de tout arrêter ?

Tim Christensen (chant et guitare) : Nous avons décidé d’arrêter parce que…

Martin Nielsen (basse) : Nous avons fait une longue pause pendant environ un an après la dernière tournée.

Tim : La dernière tournée a eu lieu à l’automne 1996 pour soutenir, promouvoir notre deuxième album « Rotator » et, à ce moment-là, nous avions joué tellement de concerts et tellement voyagé – nous en avions un peu marre des uns des autres – que nous avons décidé de faire une pause pendant un an, c’était en 1997. Quand nous avons repris pour essayer de faire de la nouvelle musique au début de l’année 1998, j’essayais d’aller dans une certaine direction qui semblait étrange ou incongrue aux deux autres gars. Nous n’arrivions pas à nous entendre sur la façon de se développer, car je pense que nous étions tous d’accord sur le fait que nous voulions nous développer mais nous n’arrivions pas à trouver un terrain d’entente sur la façon de le faire. Nous avons donc fini par tout simplement nous séparer et nous avons ensuite enchaîné chacun sur différentes choses. J’ai fait une carrière solo pendant pasmal d’années pour essayer de faire certaines des chansons que je voulais faire à l’origine avec les gars ; je les ai faites de mon côté à la place. Ensuite, parce qu’on me demandait presque toutes les semaines « quand est-ce que ce groupe va se reformer ? », nous avons finalement craqué en 2009 ou 2010 et nous avons fait une sorte de tournée de reformation en jouant d’anciens morceaux pour les vieux fans au Danemark et au Japon. Voilà pour la version courte [rires].

Bien que vous ayez essayé une première fois de vous reformer en 2009, pourquoi est-ce que cela a pris aussi longtemps de revenir pour de bon ?

Le deal, de faire cette tournée nostalgique en 2010, était qu’après ça nous allions nous séparer et ne jamais plus être un groupe de musique [rires]. Mais je pense qu’une sorte de graine avait été plantée et nous avons un peu redécouvert ce que c’était de jouer ensemble, pas seulement les vieilles chansons mais aussi la force créatrice du groupe. Ensuite, je ne sais pas pourquoi mais ça a pris deux à trois ans pour vraiment en faire quelque chose. Donc en 2013, nous nous sommes à nouveau retrouvés et nous avons commencé à essayer d’écrire de nouvelles chansons, de nouvelles musiques, qui se sont transformées en ce dernier album qui est désormais disponible.

Pendant que vous étiez dans ce hiatus prolongé, de quelle façon votre public a-t-il évolué ?

C’est une bonne question car lorsque nous avons joué sur notre tournée en 2010, c’était assez marrant de voir la foule parce que…

Martin : Ils étaient tellement jeunes [rires] !

Tim : Ouais. Déjà, les anciens fans, évidemment, étaient vieux [rires] parce que nous ne les avions pas vu depuis quinze ans. Mais ils avaient également ramené leurs enfants avec eux donc, d’un coup, les deux-trois premiers rangs, peut-être les dix premiers, étaient composés de gamins exactement comme c’était le cas vingt ans plus tôt. Donc ça nous a un peu retourné le cerveau [rires] mais dans le bon sens. C’était vraiment sympa de voir la diversité de gens qui en fait aiment cette musique et combien la scène musicale a [évolué]. Parce que, nous avons été absents pendant tellement d’années, alors que la scène a continué d’exister, avec les gens et toutes sortes de…

Martin : C’est un peu une expérience bizarre de vraiment voir que ce groupe fait le lien avec de nouvelles générations. Nous ne l’avons vraiment pas vu venir donc c’était plutôt étrange.

Tim : Nous pensions sans doute que nous allions jouer pour les anciens fans.

Martin : Ouais, et ça n’était pas du tout le cas.

Søren Friis (batterie) : Ouais et nous avons vu tous les nouveaux fans et nous nous sommes dit « eh bien, c’est cool ! »

Tim : Peut-être que c’était l’une des raisons pour lesquelles nous voulions faire un nouvel album parce que, s’il y a vraiment un public qui réclame cette musique, pourquoi pas ?

Comme vous l’avez dit, l’une des raisons de la séparation originelle était que vos goûts musicaux étaient devenus incompatibles. Du coup, comment vous vous sentez par rapport à ça aujourd’hui ? Vous êtes tous sur la même longueur d’ondes ?

Martin : Ouais, nous le sommes, d’une certaine façon.

Tim : Nous sommes trois personnes très différentes mais je pense que la chose sur laquelle nous sommes d’accord est que nous savons ce qu’est ce groupe, ce qu’il doit être, et qu’il ne faut pas essayer de le transformer en ce qu’il n’est pas. Je pense que c’est la grosse différence avec notre première séparation.

Martin : Mais aussi, d’un côté, c’est le mélange de nos différences qui produit de la bonne musique.

Tim : Je sais que tu as dit ça avant : si nous étions tous les trois foncièrement identiques, ça donnerait probablement de la musique assez ennuyeuse. C’est ainsi que les choses doivent être.

« Faire un album, c’est un peu passé de mode. Cependant, c’est toujours vers ça que je veux tendre, être un peu vieux jeu, parce que faire un album est une déclaration très romantique et passionnée. »

En vingt ans, le business de la musique a énormément évolué. Comment l’avez-vous géré et vous y êtes-vous adaptés ?

Ce n’était pas un si gros problème pour moi parce que j’ai continué à faire ce que j’ai toujours fait. Ça doit probablement vous faire un peu plus un choc à vous les gars, je ne sais pas…

Martin : Ouais mais toute cette industrie est un monde différent désormais, c’est tout. C’est un peu comme se réveiller d’entre les morts dans le futur [rires]. Mais, ouais, c’est comme ça que ça marche maintenant donc il faut s’y adapter, en quelque sorte.

Søren : Ouais, nous sommes toujours en période d’adaptation. Nous sommes encore en processus d’apprentissage dans ce business.

Tim : C’est vraiment différent. Je veux dire, ce que tu peux faire c’est aller là où tout…

Søren : Suivre le cours des choses [rires] (« Go with the flow », référence au hit des Queens Of The Stone Age, NDT).

Tim : Ouais parce que si tu continues à te borner à dire « on va faire comme on le faisait en 1991 » tu n’iras nulle part. Il faut t’y faire.

Søren : Quand nous avons fait cet album, nous voulions qu’il ait plein de morceaux. Nous pensions à avoir douze ou treize chansons sur l’album, mais aujourd’hui c’est trop. C’est l’une des différences. Je pense qu’il y a beaucoup de singles et d’EP de nos jours, tu n’es pas obligé de faire des albums.

Tim : C’est vrai, faire un album, c’est un peu passé de mode, d’une certaine façon. Cependant, c’est toujours vers ça que je veux tendre, être un peu vieux jeu, parce que faire un album est une déclaration très romantique et passionnée. Et en plus, nous sortons l’album en vinyle, ce qui montre à quel point nous sommes démodés [rires] ! Donc je pense qu’il est important de rester fidèle à nos principes et à la façon dont nous procédé mais tout en suivant le cours des choses. Je pense que c’est très important, autrement on se perd dans le passé.

Apparemment, ce nouvel album a été influencé par du metal plus heavy comme Slayer ou Megadeth. Est-ce que vous pouvez nous décrire comment vous avez inséré ces influences dans votre musique ? Parce qu’elles ne ressemblent pas vraiment à ces groupes pour ainsi dire…

C’est le genre de musique que nous écoutons et qui nous inspire énormément parce qu’il y a beaucoup de choses musicales qui s’y passent, des trucs techniques à la batterie, à la guitare. Mais comme ma voix est ce qu’elle est, ça sonnera toujours plus pop, un peu mélodique. Comme je suis également un grand fan des Beatles, je me dois d’inclure aussi cette influence. Donc dans un sens, ça se comprend. Il y a un bon exemple de la façon dont nous avons utilisé des inspirations du death metal ou peu importe quel autre univers : un jour, nous faisions une session en studio et nous étions en train de nous foutre d’un riff de death metal, nous étions juste en train de jammer sur un mode très death metal et, tout d’un coup, ce riff s’est transformé en truc un peu plus mélodique et c’est complètement devenu du Dizzy Mizz Lizzy. Mais ça démarré en étant très sombre et malsain, et c’était le riff pour la chanson appelée « Brainless » sur l’album. Nous avions le riff, puis nous y avons ajouté un couplet et un refrain et ça a soudainement commencé à ressembler énormément à ce groupe. Mais c’est vraiment parti d’un foutage de gueule envers le death metal.

Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur vos racines metal ?

Quand nous avions quatorze ou quinze ans, les groupes populaires à l’époque étaient Bon Jovi, Europe, Scorpions, Mötley Crüe, Metallica…

Martin : Et tout d’un coup, le grunge a tout renversé.

Tim : Je me rappelle quand tu m’as joué Badmotorfinger de Soundgarden et j’étais là « waouh, c’est quoi ça ? C’a n’a aucun rapport avec les coupes de cheveux ou quoi que ce soit ! » C’était juste du pur rock fait d’une nouvelle manière, et ç’a m’a complètement scotché ! C’était comme une nouvelle lumière qui s’allumait en nous, un nouveau chemin qui s’éclairait. Je pense que tout ce mouvement grunge a été une petite voie qui s’est ouverte pour beaucoup de groupes, et ça l’est toujours pour certaines personnes.

C’est le premier album studio du groupe avec de nouvelles musiques en vingt ans. Est-ce que ça a été difficile de rester cohérent par rapport aux deux premiers albums, notamment parce que vous vouliez ajouter de nouvelles couleurs à votre musique ?

Je pense que c’était très naturel pour nous de le faire sonner comme il sonne aujourd’hui. Je ne me rappelle pas m’être particulièrement concentré pour obtenir un son très actuel ou très similaire au premier album, ou même chercher à retrouver notre propre son. Ça vient juste très naturellement car, une fois que tout le monde est enfermé en studio, que Søren est derrière la batterie et que nous commençons à jouer, c’est ce son qui sort et, à l’époque où on vit, tout vient assez naturellement. Donc il n’y a pas de recette bizarre ou difficile pour trouver notre son.

Søren : Nous sommes qui nous sommes : rien que trois gars qui jouent de la musique, il suffit de brancher le truc…

Martin : Je ne crois pas que nous ayons pensé à sonner similaires ou différents du premier album. Si ça fonctionne, tant mieux, et si cela nous excite, tant mieux aussi. C’est tout.

Tim : La seule chose dont je me rappelle cependant, c’est que nous avons mis un peu de temps à trouver les points communs sur lesquels nous pourrions nous mettre plus ou moins d’accord. Une fois que c’était fait, nous sommes partis de là.

« Toute cette industrie est un monde différent désormais. C’est un peu comme se réveiller d’entre les morts dans le futur [rires]. »

Est-ce que vous avez eu à réapprendre à écrire de la musique ensemble ?

Un peu, ça a pris du temps.

Søren : Ouais mais c’était assez facile de s’asseoir et juste brancher le matos et commencer à jouer en disant : « Hey, tu joues quoi aujourd’hui ? » « Je ne sais pas, j’ai ce riff ! » « D’accord ! » Je joue par-dessus, Martin joue la basse et ça se développe en partant de là, et tu commences à en faire une chanson. Voilà le processus.

Tim : Pour moi c’était un peu… En fait, vous n’avez pas vu ce qui se passait chez moi [rires], parce que j’ai vraiment pris le temps de trouver et décider ce que je devais vous amener, pour ensuite développer quelque chose à partir de là. Donc, ça a peut-être paru facile lors de la répétition mais il y a un boulot énorme derrière, beaucoup de travail mental et de re-focalisation parce que nous avons été séparés pendant tant d’années.

Et comment a évolué le travail d’écriture entre temps ?

Nous nous sommes retrouvés.

Martin : Je pense que nous avons atteint un certain stade dans le processus de composition où ça a tout simplement décollé. Ça vient plus facilement au fur et à mesure. Différentes parties isolées ont commencé à se transformer en chansons.

Tim : C’est comme faire du sport.

Martin : C’est juste une question de commencer à jouer de toutes nouvelles idées et de voir ce qui va se passer derrière.

Tim : Je pense également que nous sommes très conscients de qui nous sommes vraiment, en particulier lorsque nous sommes ensemble.

Søren : Et maintenant nous travaillons avec plein de parties, de riffs et ce genre de choses, et nous essayons de tout assembler pour en faire des morceaux.

Est-ce que vous considérez ce nouvel album comme un nouveau départ ?

Tim : Carrément ! En particulier en venant ici en France parce que nous sommes parfaitement conscients que nous ne représentons rien dans ce pays [rires]. Donc c’est une situation plutôt saine pour nous d’avoir ce nouveau départ, de recommencer à zéro, parce qu’au Danemark, Dizzy Mizz Lizzy est un groupe connu surtout grâce à deux albums qui ont vingt ans maintenant. Du coup, c’est vraiment agréable de sortir un nouvel album. Voilà plus ou moins de quoi il s’agit.

Tim, tu as dit dans une interview que le nouvel album est « le premier qui soit venu du groupe ». As-tu ressenti le besoin de faire de ce nouvel album un effort plus collaboratif ?

Je ne suis pas vraiment certain que cet album ait été différent d’un point de vue collaboratif parce que, aussi loin que je me souvienne, les premiers albums représentaient également beaucoup de travail de groupe. Ca n’est pas si différent non ?

Martin : Je pense qu’il y a beaucoup plus de jams maintenant.

Tim : C’est peut-être vrai. La différence est que je vous inclue tous les deux plus tôt dans les morceaux.

Søren : Ouais, beaucoup plus.

Quelles réactions avez-vous eu de vos fans les plus fidèles et des nouveaux, ceux qui vous ont découvert quand vous vous êtes reformés ?

Tim : Je pense que les réactions de nos anciens fans danois ont été très bonnes.

Martin : Je me rappelle lorsque nous avons sorti le premier single du nouvel album, tous les fans disaient des trucs comme « Oh c’est le son de Dizzy ça ! » Je ne suis pas sûr de ce qu’est le son Dizzy [rires].

Søren : Le son Disney [rires].

Tim : Ce qui est drôle, c’est que quand nous avons pu faire la tournée pour l’album et que les gens l’avaient bien mémorisé, c’était assez fun de voir depuis la scène que, lorsque nous jouions de vieux morceaux les anciens fans chantaient et, quand c’était les nouvelles, les nouveaux fans chantaient à leur tour. Donc tout a du sens.

Martin : Ça reste hyper stressant de sortir quelque chose de nouveau après tant d’années ! Mais ça s’est bien passé.

Au niveau des paroles, les chansons tournent autour de votre critique de notre ère contemporaine. Quels sont les principaux problèmes de notre société contemporaine ?

Tim : C’est plutôt évident, tout ce qui se passe en ce moment. En tant que musicien pop et rock, je ne suis pas trop pour être politique ou ouvert de manière très directe sur mes opinions sur les choses. Je veux dire, c’est plutôt évident qu’il y a pleins de choses dégueulasses qui se passent en ce moment mais je ne vais m’asseoir ici et te la jouer comme Bono ou je ne sais pas quoi [rires]. J’ai ma façon de voir les choses et je suis assez certain de partager ces opinions avec mes deux potes du groupe et avec beaucoup de gens qui viennent nous voir jouer, en particulier au Danemark et au Japon, parce que nous nous ressemblons plus que nous le pensons. Tu sais, en tant que compositeur, c’est une bonne manière d’exprimer ta frustration par rapport à certaines choses, via des chansons, via des paroles. Bien sûr, ce ne sont que des mots dans une chanson mais c’est aussi de l’énergie et toute cette frustration peut aussi s’exprimer à travers l’agressivité de la musique. C’est aussi une façon d’exprimer des émotions, des sentiments, des opinions, peu importe.

« On pense tous que ce qui passe à la télé est merdique, mais je crois que c’est à la télé parce que justement les gens regardent de la merde. On a ce que les gens réclament. »

L’un des sujets principaux de l’album est internet et la façon dont c’est à la fois une bénédiction et une malédiction qui envahit de plus en plus notre espace privé avec Facebook qui nous avale, ainsi que ce à quoi le futur ressemblera pour la prochaine génération. De quelle façon internet a-t-il affecté votre vie en tant qu’artiste et en tant que personne ?

Martin : C’est un monde nouveau pour nous, d’un point de vue musical, parce que tu peux clairement atteindre plein de nouvelles personnes. Mais en même temps…

Søren : Ca va beaucoup plus vite, n’importe quel truc va beaucoup plus vite.

Martin : Des choses comme les clips vidéos par exemple, ça n’est plus aussi important. Il n’y a plus de clips à la télé maintenant.

Tim : Non, tu n’as pas besoin de payer un million de dollars pour avoir un clip à montrer à la télé. Tu peux le faire depuis ton téléphone et le poster sur YouTube. Mais une bonne chose, tu peux plus facilement faire passer le mot, etc. Il y a plein de très bonnes choses mais la mauvaise, selon moi, c’est que ça détourne l’attention et les gens ont l’air de moins en moins intéressés par les choses. Par exemple, nous étions tous les trois avec des amis à Birmingham il y a deux-trois mois pour voir Black Sabbath faire leur dernier show dans leur ville natale. Donc nous sommes partis de Copenhague, avons fait un petit voyage, c’était sympa et puis j’ai remarqué pendant le show… C’est Black Sabbath jouant leur dernier concert et l’un de mes amis était là, debout avec son téléphone, pendant qu’Ozzy chantait pour la toute dernière fois. Ça m’a un peu gonflé parce que… Et je ne crois même pas qu’il en était conscient ! C’était plus important pour le mec de prendre une photo de la scène et passer cinq à dix minutes pour la poster sur Instagram et Facebook en écrivant « c’est un super concert », alors qu’il ne regarde même pas ! Donc j’étais un peu genre : « Hmmm… »

Comment vous imaginez le futur pour la prochaine génération ?

Martin : C’est une très bonne question. Qu’est-ce qui va se passer ? Bien sûr les solutions techniques vont s’améliorer, ça ne fait aucun doute. Ça va devenir plus facile de faire de la musique et d’enregistrer et tout, mais je pense aussi qu’il va y avoir une sorte de révolution dans l’autre sens.

Tim : Genre contre ça ? J’espère, parce que sinon…

Søren : Je pense que ça va trop vite. A un moment donné, les gens ne pourront plus suivre. Ça va finir par craquer, je pense.

Martin : Et nous en sommes arrivés au point où il y a tellement de merde à la télévision que les gens veulent y voir de la vraie musique live.

Søren : Et tout le monde est célèbre…

Tim : Ce qui est drôle par rapport à tout ça, c’est qu’on pense tous que ce qui passe à la télé est merdique, mais je crois que c’est à la télé parce que justement les gens regardent de la merde. On a ce que les gens réclament, tu vois. Parce que, quelque part dans le monde, ils lisent que « si je montre cette merde, on a tant de téléspectateurs, alors on va leur en donner encore plus. » Du coup, on a de plus en plus de merde, encore et encore… Parce que, va essayer de diffuser un concert de Slayer à une heure de grande écoute un samedi soir, tu n’auras personne pour regarder.

Søren : C’est TV Poubelle. Je ne regarde pas la télé. Je n’ai même pas de chaîne de télé. Je ne veux pas de cette merde. Je ne veux pas la regarder, c’est de la merde. De la merde, de la merde et encore de la merde. Je veux faire de la musique, être avec ma famille et faire d’autres choses qui sont naturelles dans nos vies.

Tim : Comme tu l’as dit avant, j’espère qu’il y aura une révolution contre tout ça et que les gens commenceront à demander plus de qualité, de substance, de profondeur, de re-focalisation…

La chanson « Frey » s’appelle comme ça en hommage au neveu de ta copine, Tim, un enfant de trois ans dont vous vous occupez fréquemment. Qu’est-ce qui t’as poussé à dédier une chanson à cet enfant ?

En fait, c’est très simple : c’est parce qu’un jour, nous nous sommes retrouvés pour enregistrer quelque chose, je ne me souviens plus quoi, et pendant que vous (les autres gars du groupe, ndlr) étiez en train d’installer la batterie et le reste du matos, je gratouillais à la guitare acoustique. Martin m’a rejoint et, tout d’un coup, ce petit bout de musique est apparu. Nous l’avons vite enregistré et il fallait qu’il ait un nom dans l’ordinateur pour que nous puissions le retrouver [petites rires] et comme j’avais laissé ma copine avec son neveu ce matin-là, il s’appelle Frey, il rodait dans mon esprit. Donc voilà, j’ai appelé la chanson comme lui.

La fille sur la pochette est la sœur de ta grand-mère qui est morte de la tuberculose. Elle est devenue la mascotte du groupe. Qu’est-ce qu’elle représente pour toi et le groupe ?

J’ai toujours aimé quand les groupes ont une icône, une mascotte ou un logo avec une forte identité. Pour autant, je ne suis pas sûr que nous ayons pensé à elle de cette manière lorsque nous avons commencé.

Søren : Tim nous montrait la photo et nous nous sommes dits « oh, ce serait cool que la petite fille soit sur la pochette. » Ça semblait cool parce que nous pouvions faire plein de choses avec la photo, lui faire des yeux démoniaques…

Tim : Je pense que l’idée était de la rendre un peu effrayante, genre malsaine et mystérieuse, et du coup elle est restée.

Søren : Et maintenant nous sommes coincés avec elle [rires].

Tim : A chaque fois que nous parlons d’une nouvelle pochette d’album, d’une affiche ou d’un t-shirt, nous…

Søren : Nous devons y mettre la fille. Je pense que c’est cool qu’elle soit là.

Tim : Plus nous l’utilisons, plus cette mascotte devient emblématique. Au moins au Danemark, si tu montres une photo de cette fille, sans rien d’autre, tout le monde saura de quoi il s’agit. Donc c’est…

Søren : C’est un truc bien marquant ! [Rires]

Interview réalisée par téléphone le 7 juin 2017 par Aline Meyer.
Fiche de questions : Philippe Sliwa.
Introduction : Nicolas Gricourt.
Retranscription : Thomas Pennaneac’h.
Traduction : François-Xavier Gaudas.

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