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Interview   

Dog’N’Style : rien n’arrête la meute


Une chose est claire, quand on est un groupe de rock et qu’on débute, il faut avoir une foi à toute épreuve et savoir ne pas se démonter face aux multiples embûches qui se dresseront forcément sur notre chemin. C’est tout là le message que délivre Dog’N’Style avec son nouvel album, Only Stronger. C’est effectivement plus forts que nous reviennent les spinaliens, sur fond de heavy rock n’ roll bourré de riffs et d’accroches mélodiques.

Forts d’expériences de tournées en France comme à l’étranger, que ce soit en allant à la découverte de la Russie ou en faisant la bringue devant vingt personnes un lundi soir. Forts également d’une belle rencontre, celle avec Rudy Lenners, ancien batteur de Scorpions (de 1975 à 1977) et producteur, qui leur a donné les clefs pour renforcer l’efficacité de leur musique et gommer les défauts.

Ainsi, dans l’entretien qui suit, Greg Hal, chanteur-guitariste de la formation, nous parle de leur expérience et de la façon dont ils utilisent celle-ci pour avancer et grandir, avec un état d’esprit toujours positif, voire festif, qui fait du bien !

« Jouer devant trois cents personnes et jouer devant vingt personnes un lundi soir, c’est quand même pas la même chose. C’est plus encourageant, on va dire ça comme ça. Même si des fois on se marre bien devant vingt personnes ! Nous avons fait de sacrées bringues avec vingt personnes. »

Radio Metal : Ce qui caractérise beaucoup votre début de carrière, c’est un EP et deux albums, mais surtout énormément de concerts, en France et à l’étranger. Vu la musique très accrocheuse que vous jouez, j’imagine que la motivation première du groupe, c’est d’aller sur scène le plus possible ?

Greg Hal (chant & guitare) : Ouais, c’est vraiment le but du groupe en premier lieu. Même quand nous l’avons créé, à la base, nous avons commencé à faire un mois de répète, et nous étions déjà en concert avec des compos, donc c’est un peu ce qui nous fait marrer, ce qui nous fait vivre. Dès le départ, nous avons voulu beaucoup jouer, essayer de partir à l’étranger, jouer devant le plus de monde possible quoi ! La grosse motivation que nous avons, c’est de jouer sur scène. Là, ça faisait un an que nous étions un peu enfermés, à ne plus trop jouer, nous pétions un peu les plombs… Là, la tournée a commencé et ça fait beaucoup de bien ! [Rires]

Est-ce que tous les morceaux que vous enregistrez en studio sont pensés pour le live ?

C’était vrai pour les deux premiers CD que nous avons faits, parce que nous les composions vraiment en répète, dans des conditions de live. C’est un peu moins vrai pour ce dernier, parce que nous avons passé beaucoup plus de temps à travailler sur les pré-prod. En fait, il y a des morceaux que nous avons créés et que nous n’avons même pas joué ensemble tous les quatre avant de les enregistrer. Mais ouais, derrière, il y a une grosse dynamique qui était pensée sur : « Qu’est-ce que ça va rendre sur scène ? Quels arrangements pourra-t-on leur donner sur scène ? » Donc ça reste quand même en toile de fond, ça c’est clair.

Est-ce que la scène vous inspire ? Y a-t-il eu des moments sur scène ou en tournée, ou même des voyages, des réactions du public qui vous ont directement inspiré une musique, un rythme ?

Pas tellement la scène, mais on va dire tous les à-côtés qu’il y a en tournée. Il y a quelques morceaux quand même qui parlent de deux, trois conneries qui nous sont arrivées en tournée. Nous allons plus délirer là-dessus que sur les concerts, notamment dans les pays de l’Est, où c’est quand même assez fou, notamment en Russie…

Justement, j’avais lu que cette expérience en Russie qui avait été surréaliste ! C’est vraiment le portrait de la Russie telle qu’on la voit dans les films de manière hyper-exagérée…

Oui, tu as vraiment ce côté de la Russie que tu vas retrouver sur Internet, mais nous étions aussi surpris par les gens, qui sont ultra-cool, ultra-sympas, ultra-accueillants. C’est un pays qui est très surprenant car tu vas avoir des côtés what-the-fuck où tu peux retrouver par exemple des tanks sur la route, et à l’inverse, des villes qui sont très similaires à chez nous. Et des fois, tu te retrouves dans des situations où tu vas acheter de la bière, et t’as des poissons séchés, des trucs comme ça… Ce sont des trucs assez fun. Nous avons tourné deux fois là-bas et c’est vraiment parmi nos meilleurs souvenirs.

Au-delà de votre envie de monter sur scène, est-ce que derrière le fait de beaucoup tourner, et surtout de tourner un peu partout, il n’y avait pas aussi une volonté de gagner en expérience ?

Oui. Forcément, quand tu tournes beaucoup, et surtout en faisant des scènes de plus en plus grosses, tu gagnes en expérience, parce que mine de rien, tenir deux mille ou trois mille personnes, ce n’est quand même pas simple. Donc quand ça te tombe sur le coin de la gueule, comme ça, tout de suite, quand tu es habitué à jouer devant dix personnes et que tu te retrouves d’un coup devant cinq mille, je pense que c’est compliqué. En tournant beaucoup, tu te rends compte que les foules, peu importe le pays, elles réagissent aux mêmes mécanismes, aux mêmes petits trucs que tu peux appliquer peu importe où tu te trouves. Donc le fait de beaucoup tourner, ça permet d’être à l’aise sur n’importe quelle scène où tu tournes, même si c’est des gens qui ne te connaissent pas du tout. Donc c’est vrai que ça apporte vraiment ce côté où tu peux jouer n’importe où, tu t’en fous, tu envoies, et tu trouveras toujours quelque chose à leur dire pour les motiver, les mecs !

Plus spécifiquement, qu’est-ce que cela vous a appris de tourner dans différents pays ? Est-ce que ça vous a amené une meilleure connaissance de différents « types » de public ?

Oui. Par exemple, les publics des pays de l’Est sont vraiment très expansifs. À la fin du concert, ils vont directement venir te voir, te parler. Ça passe par la communication. Après, tu as des pays comme l’Angleterre, la France ou l’Allemagne, où ils ont un peu plus de choses, donc ils sont un peu plus « habitués » à ce qu’il y ait plein de groupes qui viennent, mais ils vont avoir une façon de « consommer » le concert qui sera différente. Ils vont plus rester passifs, ils auront moins tendance à venir te parler, mais pourtant, ils apprécient autant la chose. En Russie, tu joues trois notes, les mecs sautent déjà au plafond, alors que dans d’autres pays, ils sont plus sur la réserve, donc il faut les prendre différemment, effectivement. Mais ça, tu le vois au bout de trois notes. Tu vois direct comment ils réagissent. Mais c’est plutôt cool. S’adapter, c’est vraiment sympa.

« [Rudy Lenners] a apporté un gros travail de producteur et de direction artistique sur cet album, dans le sens où il nous a vraiment aidés à gommer certains défauts et à améliorer les chansons. Il a vraiment beaucoup insisté sur les refrains, qui doivent être plus forts que les couplets, sur la progression des morceaux… »

Est-ce qu’après avoir dévoré la scène pendant ces premières années vous avez toujours autant faim de dates ? Ou est-ce que malgré tout, quand vous commencez à programmer vos tournées, vous avez tendance à en programmer un peu moins, ne serait-ce que par expérience, pour tenir le choc ?

Oui. Sur cette tournée-là, nous avons un peu changé la démarche. Pour l’album d’avant, Pub’s Calling, nous avions fait une tournée de trois semaines, donc vingt dates en trois semaines, avec trois ou quatre jours off. Et en fait, tu te rends compte que les seules dates où il y a vraiment du monde, c’est le week-end, ou à partir du jeudi soir, on va dire. Quand tu joues les dimanches, lundis, mardis, c’est plutôt des dates pour faire étape. Là, nous nous sommes dit que nous allions procéder différemment. Nous allons en programmer autant, mais sur trois mois, donc nous ne jouons que les week-ends. Là, nous avons fait quatre ou cinq dates depuis le début de la tournée, et nous nous retrouvons à chaque fois devant trois ou quatre cents personnes. C’est une façon d’en faire autant, mais sur plus de longueur. Et en effet, tu perds moins d’énergie à jouer tous les soirs, t’es moins fatigué, tu fais de meilleurs concerts parce que t’es en forme, et effectivement, je pense que c’est avec l’expérience que tu apprends à monter des tournées.

Et c’est d’autant plus pertinent parce qu’il y a du coup plus de monde…

C’est ça ! Jouer devant trois cents personnes et jouer devant vingt personnes un lundi soir, c’est quand même pas la même chose. C’est plus encourageant, on va dire ça comme ça. Même si des fois on se marre bien devant vingt personnes ! Nous avons fait de sacrées bringues avec vingt personnes. Car après, tu sympathises avec eux, et tu vas faire la bringue avec les mecs, et tu te marres bien !

Il y a une structure avec laquelle vous avez beaucoup travaillé qui s’appelle La Souris Verte. Peux-tu nous parler de cette collaboration et de ce qu’elle vous a apporté ?

La Souris Verte, c’est une Scène de Musiques actuelles (SMAC) qui est basée à Épinal, donc là d’où nous sommes originaires. Ils ont plusieurs volets, ils ont le volet « salle de spectacles », où ils programment des têtes d’affiche, et des choses qui sont un peu plus dans le cadre de la découverte. Et le label SMAC permet aussi de promouvoir le tissu musical local, d’encourager la pratique des groupes amateurs et le développement artistique des groupes qui veulent aller un peu plus loin. En fait, ils nous ont permis d’accéder à des résidences, gratuitement, dans leurs locaux, d’accéder à des accompagnements, et de vraiment structurer le spectacle, en fait. Là, nous avons passé douze jours en résidence chez eux pour préparer le nouveau spectacle, donc ils sont en coproduction sur le nouveau spectacle. C’est vraiment une grosse aide logistique qui n’est pas négligeable quand tu as besoin de travailler un spectacle et quand tu as besoin de travailler quelque chose pour améliorer ton rendu scénique.

Après la tournée du premier album, vous avez fait la rencontre de Rudy Lenners, qui est donc l’ancien batteur de Scorpions, et qui est plus dans la production maintenant. Il a du coup décidé de produire votre nouvel album. Peux-tu nous parler des circonstances de cette rencontre ?

Tu parlais de La Souris Verte, et ce sont justement eux qui nous avaient placés sur une journée d’accompagnement à L’Autre Canal, qui est une autre SMAC, à Nancy. Le matin, nous faisions un showcase de vingt minutes pour nous présenter face aux différents intervenants, et lui était dans la salle, en tant qu’observateur simplement, et il a plutôt aimé le projet. Nous ne savions pas trop que c’était lui, parce qu’il est malin, il ne se présente pas comme tel. Il dit lui-même que ça fausse un peu les rapports. Finalement, nous nous sommes revus après, et le feeling a bien pris, autant humainement que musicalement. Donc une fois passé ça, nous avons vraiment travaillé pendant plusieurs mois avec lui sur les pré-prod, car nous étions en plein dans le processus de création. Derrière, nous sommes partis vingt-cinq jours en studio avec lui, et il a apporté un gros travail de producteur et de direction artistique sur cet album, dans le sens où il nous a vraiment aidés à gommer certains défauts et à améliorer les chansons. Il a vraiment beaucoup insisté sur les refrains, qui doivent être plus forts que les couplets, sur la progression des morceaux… C’était vraiment très intéressant de bosser avec lui.

« Il nous est arrivé deux ou trois crasses, comme tout groupe, genre bosser avec des mecs avec qui tu n’aurais pas dû bosser, même dans la vie de tous les jours il t’arrive des saloperies. Nous, au lieu de nous laisser aller, nous disons : ‘Putain, on va aller de l’avant, puis on va faire ce qu’on a à faire !’ […] Quand il t’arrive une crasse, soit tu pleures, soit tu prends tes gants et tu charbonnes. »

Nous avions eu l’occasion de le rencontrer il y a plusieurs années, et c’est vrai qu’au départ, il ne paye pas de mine, et ce qui est frappant avec lui, avec l’expérience qu’il a, c’est sa simplicité et son côté toujours très accessible. C’est aussi ça qui vous a plu chez lui ?

Complètement ! Si tu veux, je l’ai eu au téléphone après cette résidence, et c’est lui qui a proposé de revenir à Épinal, alors qu’il habite en Belgique. Donc il est venu nous voir sur un concert où nous jouions chez nous, avec Kadavar. Déjà, il fait la démarche de venir, et en plus, il ne se met jamais en avant, il ne t’en met pas plein la vue, au contraire il te dira : « Je peux vous apporter ça, mais ça je peux pas faire, ça je peux faire… ». En fait, c’est quelqu’un qui est humainement très simple, et c’est vachement sain de bosser avec lui, parce qu’en plus, il ne t’impose rien, il est vraiment toujours dans le dialogue, le compromis. C’est une personnalité vraiment intéressante. Du coup, nous avons plus un rapport d’amitié que de travail avec lui, maintenant.

A l’époque du premier album, vous disiez que la composition se faisait surtout au feeling et en répète. Est-ce qu’avec le temps, ce processus a un peu évolué ?

Du coup oui, complètement. Pour le premier album, nous avions dix titres, et paf, nous sommes allés en studio direct. Alors que là, nous avons vraiment pris beaucoup plus de temps, nous avons composé presque trente-cinq morceaux, pour en choisir dix. Et du coup, le fait de travailler avec Rudy, qui nous a beaucoup… Enfin, nous faisions déjà des pré-prod, mais lui nous a poussés à aller encore plus loin dans ce processus de pré-production pour vraiment arriver en studio et déjà avoir une bonne base. En fait, nous avons appris une méthode de travail un peu différente pour vraiment essayer de rendre le tout le plus efficace possible, ou en tout cas gommer les défauts que nous avions sur l’album d’avant.

L’album s’appelle Only Stronger. C’est un titre qui suggère beaucoup l’idée de devenir plus fort malgré les embûches. Est-ce que c’est ce côté combattant qui vous définit ?

C’est exactement ça. Quand nous nous sommes retrouvés là, nous nous sommes dit : « Putain, on bosse tout seuls comme des chiens ! » Il nous est arrivé deux ou trois crasses, comme tout groupe, genre bosser avec des mecs avec qui tu n’aurais pas dû bosser, même dans la vie de tous les jours il t’arrive des saloperies. Nous, au lieu de nous laisser aller, nous disons : « Putain, on va aller de l’avant, puis on va faire ce qu’on a à faire ! » Je trouvais que ça résumait bien notre état d’esprit du moment, au moment où nous faisions cela. Je trouve que c’est la photographie à l’instant T de comment nous nous sentions, et comment nous nous sentons toujours, d’ailleurs, parce que c’est ça, le but. Quand il t’arrive une crasse, soit tu pleures, soit tu prends tes gants et tu charbonnes. Autant dans la vraie vie que dans la musique. Nous voulions un thème qui parle pour la musique et pour notre vie, mais qui puisse aussi s’appliquer à d’autres gens pour qu’ils puissent se reconnaître là-dedans. C’est aussi le but de la musique, d’essayer de s’ouvrir et de parler aux gens.

À l’issue de la sortie du premier album, vous aviez évoqué l’envie de trouver un label pour la sortie du deuxième. Maintenant que c’est chose faite, avez-vous le sentiment de franchir un cap ? Sentez-vous une différence ?

Oui et non. Parce qu’à la base, nous voulions vraiment un label un peu intéressant, essayer de signer sur un truc qui puisse nous apporter quelque chose, plutôt que de signer sur un truc où on va te dire qu’on te signe, mais où derrière, ils s’en foutent complètement. Nous n’avons pas réussi à choper un truc assez intéressant, donc nous avons juste signé une distribution digitale, parce que c’était intéressant et parce que c’est toujours utile d’avoir ça, mais du coup, ils ne font que de la distri digitale, donc ça ne change pas grand-chose. Par contre, nous travaillons depuis peu avec une agence de booking qui s’appelle No Name Agency, qui est tenue par trois personnes qui ont un background assez intéressant. Nous allons voir si cela peut nous aider un petit peu, et surtout, avec l’expérience, avec cet album-là, nous essayons nous-mêmes de ne pas refaire les erreurs que nous avons faites, de faire de meilleures dates, de jouer plus, de jouer mieux, de jouer devant plus de monde, de continuer à grossir un peu. Ce n’est pas toujours évident, mais on peut toujours faire un peu mieux. Donc… « Only stronger ! » C’est un peu l’adage ! [Rires]

Interview réalisée par téléphone le 14 octobre 2019 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Robin Collas.

Facebook officiel de Dog’N’Style : www.facebook.com/dognstylemusic.

Acheter l’album Only Stronger.



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