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Interview   

Don Felder et l’autel du rock n’ roll


Chez les musiciens, en matière de CV, on peut difficilement faire mieux que celui de Don Felder. Parmi les artistes avec qui il a collaboré, on trouve pèle-mêle : les Bee Gees, Barbra Streisand, Diana Ross, Elton John ou encore Michael Jackson. D’ailleurs, vous croyiez que l’album le plus vendu – au moins en Amérique – était le mythique Thriller de Michael Jackson ? Raté. En 2018, Their Greatest Hits (1971–1975) des Eagles supplante ce dernier avec 38 millions d’exemplaires vendus rien qu’aux USA (d’apres un nouveau comptage de la RIAA). Et qui retrouve-t-on dans ce best of et qui a notamment participé à l’écriture d’« Hotel California », l’un des plus grands tubes de tous les temps ? Don Felder.

Alors quand le chanteur-guitariste sort un nouvel album solo, on ne s’étonnera pas que tout un cortège de superstars du rock vienne lui prêter main-forte, entre les musiciens de Toto, Slash, Joe Satriani, Sammy Hagar, Chad Smith, Richie Sambora, Orianthi, Alex Lifeson, Peter Frampton… Et ça tombe bien, avec le bien nommé American Rock’N’Roll, Don Felder rend un vibrant hommage… au rock n’ roll américain. Nous avons profité de son passage à Paris pour qu’il nous en touche deux mots, ou même un peu plus.

« Cette excitation, cette spontanéité, cette créativité qui surviennent quand on se confronte à d’autres personnes m’avaient manqué. […] C’est exactement ce que Joe Walsh et moi faisions sur les albums des Eagles. »

Radio Metal : Pour commencer, comment vas-tu ?

Don Felder (chant & guitare) : Très bien ! Je suis ravi d’être de retour à Paris, j’aimerais pouvoir rester plus d’une journée. Nous sommes arrivés hier et nous repartons demain matin. C’est une étape très courte pour faire de la promo. Avant, je passais tout le mois de septembre entre Paris et le sud de la France. J’adorais ça. J’apprécie tellement le style de vie raffiné que vous autres, Français, menez : la culture, la musique, l’art, la nourriture, votre rythme de vie… Vous savez apprécier la vie, tu vois ce que je veux dire ? Ce n’est pas comme à New York ou à L.A., où la vie va à cent à l’heure, avec les voitures et tout ce qui s’ensuit. Donc je suis vraiment ravi d’être ici, même si c’est seulement pour la journée.

J’étais en train de me dire que c’est assez ironique d’interviewer quelqu’un qui s’est fait un nom dans le rock face à l’Opéra Garnier.

J’ai vu quelque chose là-bas, ça doit faire… oh, presque vingt ans ! J’ai oublié ce que c’était. Nous étions descendus dans un hôtel pas loin d’ici. Du coup, quand je suis arrivé ici, je me dis : « Attendez, je sais où on est ! Je suis déjà venu ici ! »

Ton album solo s’intitule American Rock’n’Roll, et tu rends hommage à l’histoire du rock dans la chanson-titre, dans laquelle tu évoques Jimi Hendrix, Guns N’ Roses, The Grateful Dead, etc. Bien sûr, tu as toi-même joué un rôle extrêmement important dans cette histoire. Mais pourquoi avoir adopté cette approche historique sur cet album ?

J’étais à Woodstock 1969. J’ai vu Jimi Hendrix, The Grateful Dead et Santana ; j’ai vu Janice Joplin et Crosby, Stills & Nash. J’ai assisté aux premières loges à cette explosion musicale, et c’est sans doute ce qui a eu l’impact le plus important sur ma carrière musicale dans toute ma vie – même si voir Elvis Presley à la télé quand j’avais dix ans est ce qui m’a inspiré à me lancer dans la musique. Mais pour moi, Woodstock a marqué le début du développement du rock and roll en Amérique. Et tous les gens qui ont participé à cet album, toutes les personnes que j’ai invitées… Slash était un très grand fan de Jimi Hendrix, il a appris à jouer les plans de Jimi Hendrix quand il était adolescent. La plupart des gens présents sur cet album ont été extrêmement influencés par la musique de cette époque, début et milieu des années 70, et ont fini par devenir de grands artistes au fil des décennies. Ces héros de Woodstock ont apporté une certaine résilience, un certain son inoubliable, qui ne s’est jamais démenti au fil des décennies et des générations, jusqu’à aujourd’hui. Évidemment, le rock and roll a profondément évolué depuis. Mais ce vieux rock américain a quelque chose, un esprit qu’on n’entend plus à la radio ou dans les charts de streaming de nos jours. C’est ce que beaucoup de gens recherchent et aiment, ce avec quoi ils ont grandi, et qui leur fait dire, quand ils l’entendent : « Mon Dieu, j’ai grandi avec ce genre de chansons ! C’est exactement ce qui me manquait à la radio ou en streaming ! » Comme tu l’as dit, c’était une sorte d’hommage à ceux qui étaient là, qui ont lancé le développement du rock and roll, et qui ont influencé tous les artistes présents sur l’album.

Le nombre d’invités prestigieux sur cet album est en effet impressionnant. Tu as déclaré que tu « voulais inviter autant de gens que possible à partager cette expérience avec [toi] ». Pour toi, le rock est-il avant tout une question de partage ?

Je ressens toujours beaucoup d’excitation et d’enthousiasme quand je joue avec des gens avec lesquels j’ai déjà joué. Je sais comment ils fonctionnent. C’est un vrai challenge de défier Slash à la guitare. C’est un vrai challenge de jouer avec Joe Satriani, qui est un musicien de rock incroyable. Richie Sambora, Orianthi, Alex Lifeson de Rush, tous ces gens… Ça me permet de sortir de ma zone de confort et de creuser très profondément pour aller chercher quelque chose d’excitant et les défier – ce qui est exactement ce que Joe Walsh et moi faisions sur les albums des Eagles. Je n’avais pas relevé le défi sur mon album précédent. Je jouais toutes les guitares moi-même, et cette excitation, cette spontanéité, cette créativité qui surviennent quand on se confronte à d’autres personnes m’avaient manqué. Cette fois, je voulais donc inviter autant de gens que possible. Le plus difficile a été de décider quel artiste convenait le mieux à chaque chanson. Slash était idéal pour « American Rock’n’Roll ». On ne peut pas lui demander de jouer sur une ballade délicate, comme « The Way Things Have To Be », ou « Falling In Love Again », ou « Little Latin Lover ». Ce n’est pas le bon musicien pour ça, mais il est brillant dans ce qu’il fait. Je me devais donc de faire les bons choix. J’avais une palette incroyable de talents à ma disposition, et le choix a fini par se faire naturellement.

« Maîtriser ces trois aspects – écriture, chant et instrument – pour moi, c’est la Sainte Trinité de la musique. »

Penses-tu que le fait de moins te concentrer sur la guitare t’ait permis d’explorer de nouveaux territoires, comme la composition au piano sur « Falling In Love Again » ou le développement de ton chant ?

Ça m’a effectivement permis de faire tout ça. Pour chaque album que j’enregistre, je chante tous les jours, que ce soit sur scène ou en studio. Je chante même dans ma voiture ! Mais ma voix est devenue beaucoup plus puissante. Pour te dire la vérité, elle s’est incroyablement améliorée ces vingt dernières années – tout comme mon jeu. Les artistes pour lesquels j’ai le plus de respect sont ceux qui écrivent leur propre musique, chantent leur propre musique et jouent leur propre musique – la totale. Tu peux être un très bon chanteur, mais avoir besoin que quelqu’un d’autre écrive tes chansons ; tu peux être un très bon guitariste, mais avoir besoin de quelqu’un pour assurer le chant. Mais maîtriser ces trois aspects – écriture, chant et instrument – pour moi, c’est la Sainte Trinité de la musique.

À ce sujet, peux-tu nous expliquer comment tu as abordé la guitare ? Curieusement, j’ai lu que ton jeu avait été influencé par des joueurs de cuivres. Comment est-ce possible ?

Un joueur de cuivre ne peut jouer qu’une note à la fois. Il prend une inspiration, joue un certain nombre de notes, puis arrive au bout de son souffle. Il doit alors faire une pause, prendre une nouvelle inspiration, et continuer. C’est ce qu’on appelle une phrase. En musique, la longueur d’une phrase et les notes que tu choisis en disent long. J’ai vu Miles Davis sur scène quand j’avais dix-huit ans. Il avait un groupe incroyable pour l’accompagner : Herbie Hancock, Tony Williams, Ron Carter et Wayne Shorter au saxo. Ils montent sur scène au Village Gate, Herbie Hancock se charge du solo, Miles Davis n’est même pas là. Wayne Shorter fait résonner son saxo et Ron Carter joue un solo de basse. Lentement, Miles Davis monte sur scène, et tout le monde dans la salle attend d’entendre son entrée. Il est là, sur scène, dos au public, met sa main devant sa trompette et joue trois notes. [Il chante les notes] Le public est bouche bée. Le choix des notes, du tempo… On est suspendu à chaque note qu’il joue. Il ne va pas se mettre à jouer comme Kenny G, ce n’est pas le genre de chose dont on se souvient. C’est techniquement formidable, mais quelqu’un – je crois que c’était Benjamin Franklin – a dit un jour : « Si tu veux que quelqu’un retienne quelque chose, mets-le en musique sur une mélodie simple. » Des enfants de deux ans sont capables d’apprendre l’alphabet parce qu’ils retiennent la musique de l’alphabet. Ils ne savent même pas ce qu’est un A, ou un B, ou aucune des autres lettres, mais ils retiennent la chanson et la séquence sonore. Adopter le phrasé d’un joueur de cuivre, sélectionner les notes et jouer des solos suffisamment simples pour que les gens les retiennent a toujours bien marché pour moi. J’ai fait du minimalisme ma philosophie. Quand je me pose pour écrire ou jouer un solo, je me remémore toujours ces trois premières notes de Miles Davis. Il ne s’agit pas de jouer autant de notes que possible. C’est très impressionnant et ça demande beaucoup de talent, mais à mes yeux, ce n’est pas mémorable. Donc oui, j’ai bel et bien appris à jouer en écoutant des joueurs de cuivres. D’ailleurs, le solo de « One Of These Nights »… J’ai toujours pensé que cette chanson était du R’n’B – pas du rock, du R’n’B. J’ai toujours imaginé quelqu’un comme Dave Sanborn ou Junior Walker jouer le solo sur ce titre. Ç’aurait dû être un solo de saxo. Quand j’ai écrit la partie de guitare, j’ai tenté d’imiter un solo de saxo. [Il chante le solo.] Oui, c’est un solo de saxo, mais je le joue à la guitare ! [Rires] Tu as absolument raison : j’ai été très influencé par les cuivres en termes de phrase, et j’essaie de les émuler.

Slash a une place de choix sur cet album, dans la mesure où il participe au titre d’ouverture, dans lequel lui-même et Guns N’ Roses sont mentionnés. Est-il le guitariste de rock américain ultime, selon toi ?

Je pense qu’il y a de nombreux guitaristes de rock américains ultimes. En fait, toute personne qui touche une guitare est unique, même s’il s’agit de la même guitare. Si Slash prend une guitare et en joue, puis que je prends la même guitare pour en jouer, je ne vais pas sonner comme Slash ; je vais sonner comme moi. En fait, Slash vit dans la même rue que moi. J’avais écrit les paroles pour cette chanson et enregistré le chant, et j’avais ce couplet mentionnant Guns N’ Roses, Slash et Axl Rose. Je voulais que Slash vienne jouer quelques plans sur ce couplet pour qu’on puisse l’identifier facilement. Il est venu, il s’est installé, j’ai pris ma propre guitare, et nous nous somme tellement amusés que nous avons fini par jouer ensemble sur la totalité de l’album ! [Rires] Ça s’est simplement passé comme ça, ce n’était pas vraiment prévu. Nous nous sommes vraiment amusés à jouer en interagissant, et je me suis dit : « Voilà ce que doit être le rock and roll : ce sentiment de spontanéité. » Nous sommes repassés sur la musique, avons supprimé quelques passages et en avons laissé d’autres aux bons endroits, et le résultat est parfait. Mais je pense que Slash est un excellent guitariste. Il est aussi très reconnaissable, comme Jimi Hendrix, Eric Clapton ou John Mayer.

« Adopter le phrasé d’un joueur de cuivre, sélectionner les notes et jouer des solos suffisamment simples pour que les gens les retiennent a toujours bien marché pour moi. J’ai fait du minimalisme ma philosophie. »

David Paich, Steve Porcaro et Steve Lukather de Toto, ainsi que leur percussionniste live Lenny Castro, qui participent à cet album, ont déjà fait des apparitions sur tes albums solos précédents, avec d’autres musiciens qui ont été impliqués dans Toto par le passé (Leland Sklar, Nathan East…). Il semblerait que tu aies un lien très fort avec Toto. Peux-tu nous parler de ton historique avec les membres du groupe ?

Mon bassiste, Shem Von Schroeck, qui joue avec moi depuis dix ans, est même désormais le bassiste de Toto ! J’ai le plus grand respect pour ces gars-là en tant que musiciens et en tant que personnes. Ce sont des gens bien et d’excellents musiciens. Steve Lukather joue comme personne dans ce métier, il est incroyable. David Paich et moi avons écrit « Hearts On Fire » ensemble. C’était formidable de travailler avec lui. Il a un côté R’n’B un peu funky quand il joue, et cette chanson était parfaite pour emmener l’album dans une autre direction. Entre les chansons de rock, les ballades et une petite touche latino, c’était sympa d’avoir une autre avenue à explorer. Steve Porcaro a un vrai don pour jouer du synthé ou du clavier au rythme du morceau, dans une métrique qui pulse, en phase avec le tempo de la chanson. J’avais déjà fait appel à lui sur mon album précédent, Road To Forever. Il avait participé à quelques chansons, et je voulais retrouver cette sensation sur ce nouvel album. Je crois qu’il a joué sur « Falling In Love Again » et une autre, dans lesquelles on entend cette pulsation très identifiable. J’ai le plus grand respect pour ces gars, ils ont apporté une bonne dose de magie à cet album.

En termes de logistique, n’a-t-il pas été extrêmement compliqué d’inviter autant de monde à participer à cet album? D’autant qu’ils ont tous leur propre carrière…

J’ai organisé la production des chansons de façon à m’adapter à leur agenda. J’ai appelé Sammy Hagar pour lui demander de participer à un duo où nous nous renverrions la balle tout du long, et je suis allé le trouver dans son studio, à Sausalito. Il était disponible pour la journée, nous sommes allés au studio le matin et avons passé une heure à chanter ensemble – un couplet pour lui, un pour moi, nous nous sommes partagé les refrains, et tout s’est mis en place assez rapidement. Ce n’est pas comme si ça prenait des jours ; après tout, nous sommes des professionnels ! Alors que nous étions en train de finir, Joe Satriani est arrivé, déambulant dans le couloir, et pour plaisanter, je lui ai dit : « Trouve une guitare, il faut que tu joues sur cet album ! » Une minute plus tard, nous étions en train de jouer des solos, d’écrire des harmonies et de partager le genre de moment spontané et plein d’énergie que nous adorons tous les deux. Alors que nous finissions nos solos, Bob Weir de The Grateful Dead est venu voir ce qui se passait, et je lui ai dit : « Il faut que tu chantes sur ce titre ! » Je lui ai mis des écouteurs sur la tête, je l’ai mis devant le micro, et nous avons commencé à créer cet énorme refrain. Plusieurs collaborations se sont passées comme ça, sans que ce soit prévu, complètement au hasard. En fait, la sortie de cet album coïncide avec un événement qui se déroule au Metropolitan Museum of Art. Tu en as entendu parler ?

Je ne crois pas, non…

J’ai donné un concert au Beacon Theatre de New York avec Steve Miller il y a environ quatre ans. À la fin du concert, je joue « Hotel California ». Mon technicien arrive sur scène avec la guitare blanche à double manche que l’on voit sur la pochette de cet album. En voyant cette guitare, le public se met à hurler : « Ouaaaaaaaaaaaaaaais ! » Ils savent ce qui se prépare : ils voient la guitare et ils savent ce que ça veut dire. Dans le public est assis le conservateur du Metropolitan Museum of Art. En voyant ça, il a eu une révélation et compris qu’il y avait un lien entre l’instrument, le public et la chanson – pas forcément l’artiste, mais l’instrument, le public et la chanson. La semaine suivante, il a contacté le musée du Rock and Roll Hall of Fame pour leur dire qu’il voulait monter une exposition des guitares les plus influentes de l’histoire du rock au Metropolitan Museum of Art. Ils ont la première guitare des années 50 de Chuck Berry, la guitare que Jimi Hendrix a utilisée à Woodstock quand j’y étais, celles des Everly Brothers, celle d’Elvis, celle de Van Halen, celle de Jimmy Page, la mienne… En 1968, j’ai quitté Gainesville, en Floride, avec une guitare dans une main et une valise dans l’autre, et je suis parti m’installer à New York. Le lendemain de mon arrivée, je suis allé au Metropolitan Museum of Art. J’en avais entendu parler, mais je n’avais jamais rien vu de pareil de ma vie. J’ai passé la journée à absorber les tableaux, les sculptures et l’art égyptien, et toutes ces choses qui remontaient à plusieurs milliers d’années. Alors voir ma guitare accrochée au mur du Metropolitan Museum of Art, c’est comme la voir accrochée au Louvre. C’est un honneur extraordinaire. J’ai des Grammys, des disques de platine, j’ai le premier et le troisième album les plus vendus de tous les temps, mais pour moi, être exposé au Metropolitan Museum of Art constitue la reconnaissance ultime. C’est ironique que ces deux événements aient eu lieu à une semaine d’intervalle. L’histoire du rock américain se trouve sur ce disque et dans ces instruments exposés au Met. C’était une coïncidence cosmique absolument géniale.

« Voir ma guitare accrochée au mur du Metropolitan Museum of Art, c’est comme la voir accrochée au Louvre. C’est un honneur extraordinaire. J’ai des Grammys, des disques de platine, j’ai le premier et le troisième album les plus vendus de tous les temps, mais pour moi, être exposé au Metropolitan Museum of Art constitue la reconnaissance ultime. »

Ton précédent album solo, Road To Forever, est sorti après de longues batailles juridiques avec tes anciens collègues d’Eagles. J’imagine que tu étais sans doute plus serein cette fois-ci. Selon toi, comment cela s’est-il traduit au niveau de la musique et de l’enregistrement de l’album ?

Je ne pense pas que Road To Forever ait vraiment reflété les problèmes juridiques. J’ai toujours su séparer la musique de l’industrie. J’adore la musique – l’industrie, beaucoup moins. J’adore jouer, écrire et enregistrer, mais devoir traiter avec des avocats et tout ce qui s’ensuit… Personne n’aime ça. J’essaie de ne pas me laisser influencer par ça de façon négative. Je fais ce que j’aime faire, c’est-à-dire écrire et enregistrer des chansons, sans prendre en compte toutes ces turbulences. J’essaie de me détacher de tout ça et de ne pas m’en inquiéter. L’inquiétude n’a jamais fait de bien à qui que ce soit. Tu ne réussiras qu’à te donner un ulcère et le problème ne sera pas résolu pour autant, donc pourquoi s’inquiéter ? Les choses sont ce qu’elles sont. Ces deux projets ont vu le jour à des moments où je ressentais vraiment le besoin de faire quelque chose. Comme je l’ai déjà dit, sur Road To Forever, j’ai joué toutes les guitares moi-même – guitare acoustique, guitare électrique, cithare, banjo, mandoline, j’ai tout joué, sauf la partie de Steve Lukather sur une chanson. Mais il manquait à ce précédent album ce que je voulais sur celui-ci, à savoir une flamme, une énergie, un échange entre guitaristes. C’est ce que je voulais inclure sur cet album. C’est pour ça que j’ai choisi de faire cet album aujourd’hui.

Nous avons déjà un peu évoqué « Hotel California ». Cette chanson te suit depuis quarante ans et te suivra sans doute jusqu’à la fin de tes jours. Que représente-t-elle pour toi aujourd’hui, plus de quatre décennies plus tard ?

Je pense que c’était une époque très inhabituelle, au milieu des années 70, où nous avions un véritable arsenal de talents dans ce groupe. Nous avions des mélodies extraordinaires, de très bons chanteurs ; nous avions une armée de guitaristes composée de trois très bons musiciens, Joe Walsh, Glenn Frey et moi-même. Tout le monde était capable d’écrire, de jouer et de chanter. C’était un groupe de gens incroyablement talentueux – un peu comme tous ces musiciens que j’ai sélectionnés pour participer à cet album : quel chanteur, quel guitariste, quel batteur, quel bassiste… C’était exactement la même chose, mais au sein d’un même groupe. Quand je regarde en arrière, je réalise que la plupart de nos disputes, de nos désaccords et de nos problèmes concernaient les chansons, les paroles et les arrangements. Ce n’était jamais personnel. Nous essayions simplement de faire le meilleur album possible. Malgré les conflits, nous avons sorti un nombre incroyable d’excellents albums et écrit des chansons formidables ensemble. Quand je pense à cette période, je me dis que toutes ces disputes et tous ces désaccords en valaient la peine. Quelle que soit la façon dont les choses ont tourné, le résultat est incroyable. Je choisis de me remémorer cette époque de façon positive et de conserver les bons souvenirs du temps passé ensemble, des gens et de la musique que nous avons écrite et enregistrée ensemble.

Comment ta relation à cette chanson a-t-elle évolué au fil du temps ? Parviens-tu toujours à t’impliquer émotionnellement quand tu la joues ?

Je dois être extrêmement précis quand je la joue. C’est mon plus grand défi tous les soirs. La chanson comporte six couplets et je n’ai pas le droit à l’erreur, parce que tout le monde connaît les paroles. Quand je chante, je dois être particulièrement concentré sur les paroles. Je ne peux pas me permettre d’être dyslexique et de mélanger les couplets, sinon tout le monde se dit : « Il s’est trompé de couplet !! » Quand arrive le moment de jouer le solo final, je ne peux pas me permettre la moindre erreur, ou tout le monde le remarquera. Je dois absolument être au sommet quand je dois jouer cette chanson, afin de lui rendre justice et de donner au public ce qu’il est venu entendre. C’est un défi tous les soirs, et je le relève à chaque fois – pour l’instant ! [Rires]

On pourrait presque – presque ! – s’attendre à ce que tu sois en pilote automatique, mais on dirait au contraire que tu es anxieux quand tu joues cette chanson.

Tu as vu ce qui est arrivé aux Boeing en pilote automatique, récemment ? C’est une tragédie, évidemment, mais même en musique, on ne peut pas faire ça. Il faut être concentré. Peu importe combien il y a de jolies femmes dans la salle, peu importe ce qui se passe. Je dois me concentrer pour aller au bout de cette chanson, au chant et à la guitare, et le faire parfaitement, ou j’aurais l’impression de ne pas respecter les gens qui sont venus me voir. Je refuse de faire ça. J’arrêterai de me produire avant de proposer une performance médiocre.

Interview réalisée en face à face le 12 avril 2019 par Tiphaine Lombardelli.
Fiche de question : Nicolas Gricourt & Philippe Sliwa.
Retranscription & traduction : Tiphaine Lombardelli.
Photos : Michael Helms.

Site officiel de Don Felder : www.donfelder.com

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  • « J’ai des Grammys, des disques de platine, j’ai le premier et le troisième album les plus vendus de tous les temps »

    Le mec est auteur sur les albums Thriller de M.Jackson et The Dark Side of the Moon de Pink Floyd ?

    [Reply]

    Quentin

    Dans l’intro de l’article il est mentionné qu’un best of des Eagles a dépassé Thriller. En ce qui concerne le troisième je sais pas.

    Pat

    il oublie de précisé dans sa phrase qu’il parle des albums vendus de tous les temps AUX USA mais pas dans le monde , comme précisé en début d’article.
    Ah,les ‘ricains …

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