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Interview   

Le doom jazz de Bohren & Der Club Of Gore


Jouer du hardcore mène à tout, même à son contraire : le meilleur exemple en sont peut-être les Allemands de Bohren & der Club of Gore qui, après avoir débuté comme musiciens de hardcore, se sont tourné vers le jazz pour en produire une mouture unique, sombre, mélancolique, et à la lenteur qui ferait passer la plupart des groupes de doom pour des hyperactifs frénétiques. Leurs longues chansons tantôt lourdes tantôt vaporeuses évoquent tour à tour des atmosphères poisseuses de film noir, des paysages urbains sous la pluie, ou des jeunes filles qui dansent les yeux fermés dans un dinner, pas très loin des expérimentations les plus ambiant de Earth. Intrigués par ce groupe atypique qui a ouvert la voie à tout un sous-genre qualifié de doom jazz, qui semble à des lieues du metal mais qui cite constamment Autopsy ou Black Sabbath pour se décrire, nous sommes allés à la rencontre de Morten Gass, Robin Rodenberg, et Christoph Clöser lors d’une performance du groupe à Anvers.

Juste avant un concert unique où nous avons croisé un nombre certain de cartouchières et de vestes à patchs, les membres du groupe nous ont parlé de lenteur, des reconfigurations dues au départ de leur batteur il y a quelques années, de Mike Patton et même de leur compatriote Doro Pesch. Affable et ne résistant jamais ni à un bon mot, ni à une touche d’humour pince sans rire, le trio se révèle finalement à la fois irrésistible et élusif, comme sa musique.

« C’est ça notre musique : percer lentement un trou dans le mur, ou quelque chose comme ça. »

Radio Metal : En 2016 vous avez sorti une compilation, Bohren For Beginners. Est-ce qu’il faut la voir comme un best of, comme une introduction à votre musique ? Comment avez-vous choisi les titres qui la composent ?

Morten Gass (claviers) : C’était une idée de notre label.

Robin Rodenberg (contrebasse) : Je ne crois pas que ce soit un best of.

Morten : C’est juste une manière de montrer ce que nous avons créé ces vingt dernières années. Nous n’avons pas choisi les morceaux, même si nous avons fait quelques suggestions.

Christoph Clöser (saxophone, vibraphone) : Nous n’étions pas nécessairement très fan de cette idée, pour être honnête.

Vous venez du milieu hardcore…

Morten : Seulement moi, Robin et notre ancien batteur.

Christoph : Moi, je viens du free jazz.

Comment êtes-vous passés d’un style aussi rapide et agressif à ce que fait Bohren maintenant ?

Morten : C’était il y a 30 ans, nous étions des ados à l’époque. Au bout d’un moment, ça ne nous semblait plus très original de jouer du hardcore. Nous jouions un style très ordinaire, très normal, ce n’était rien de dingue ; en gros, nous copiions d’autres groupes. C’est devenu très ennuyeux, au bout d’un moment.

Robin : Nous voulions trouver un son unique, c’était vraiment ça, l’idée.

Vous n’aviez pas du tout d’expérience dans le jazz ?

Morten : Non ! Nous écoutions déjà plein de styles différents, nous n’étions pas des coreux ou des metalleux bas du front [rires], nous étions ouverts d’esprit, donc ça a été une étape plutôt simple pour nous, tout à fait normale.

Vous avez appris à jouer du jazz pour Bohren, donc ?

Oui, tout fait. C’est du « fantasy jazz », une sorte de jazz imaginaire, avec des pinceaux, de la contrebasse, très tranquille, tous ces trucs qui sonnent jazzy.

Ça veut dire quoi « bohren » d’ailleurs ?

Percer un trou.

Christoph : C’est ça notre musique : percer lentement un trou dans le mur, ou quelque chose comme ça.

Si votre musique est très douce et sereine, elle a aussi quelque chose d’assez sombre, allant de vaguement mélancolique à franchement lugubre. C’est volontaire, ce contraste ?

Morten : Oui, d’ailleurs c’est pour ça que nous décrivons notre musique comme un mélange de Sade et de Black Sabbath ou de Slayer, quelque chose comme ça. Nous aimons autant Sade que Slayer d’ailleurs – enfin, les premiers Slayer évidemment, pas ce qu’ils ont fait dernièrement [rires].

Justement, vous décrivez souvent votre musique en des termes metal, comme « une version ralentie d’Autopsy » par exemple. Des groupes comme Sunn O))) et Earth ont beaucoup ralenti les choses eux aussi. Est-ce que vous vous sentez proches de groupes de ce genre ?

Christoph : Nous jouions de la musique instrumentale et lente avant qu’ils ne se mettent à le faire !

Morten : Sunn O))) a fait notre première partie en Allemagne à un moment.

Christoph : On les a payés de notre propre poche, même.

Vous avez tourné avec Isis, aussi…

Morten : Oui, en 2004 ou 2005, en Allemagne. Avec Jesu aussi. Des mecs super, c’est facile de travailler avec eux, nous sommes toujours en contact d’ailleurs.

Comment le public metal de base réagit à votre musique dans ce genre de situation ?

Ce ne sont pas des metalleux je pense, c’est du post-metal, ce n’est plus du « vrai » metal.

Christoph : Est-ce que c’est de l’emo ?

Morten : Non ce n’est pas de l’emo, tu ne peux pas dire une chose pareille ! C’est mal ! [rires]

Sur votre seule chanson avec des paroles, « Catch My Heart », c’est Mike Patton qui chante. Comment avez-vous travaillé avec lui ?

C’est une reprise d’un vrai groupe de metal allemand qui s’appelle Warlock. Ils sont de Düsseldorf, c’est le premier groupe de Doro Pesch. Nous avons choisi cette chanson parce A) nous venons de Mülheim, et ce n’est pas très loin de Düsseldorf – Düsseldorf est à mi-chemin entre Mülheim et Cologne –, et B) Nous avons toujours voulu reprendre une ballade metal classique.

Christoph : Patton voulait collaborer avec nous. Nous ne savions pas trop quoi lui proposer. Il est tellement actif et nous sommes tellement paresseux ! Au début, nous pensions que ce serait un peu trop facile de lui proposer cette reprise, mais petit à petit la chanson est devenue de plus en plus lente, et nous faisions ça très sérieusement, nous ne voulions pas que ce soit une blague, donc il fallait que nous trouvions quelqu’un qui soit capable de vraiment bien la chanter. Il n’y a que quelques lignes de paroles ; la chanson originale dure 4 minutes et notre version en dure 14…

Morten : Et nous ne faisons que la première partie de la chanson, le premier couplet et le refrain !

Christoph : Non non, nous en jouons deux, mais pas la fin par contre, en effet. Si nous avions gardé la fin, pfiou, ça aurait été du délire. Enfin bref, nous lui avons proposé de faire ça et il a accepté.

Morten : Nous n’avions pas trop d’autres possibilités de toute façon. Il nous fallait quelqu’un capable de chanter de plus en plus lentement…

Christoph : Le manager de Doro Pesch nous a dit non. Au début, nous nous étions dits qu’elle pourrait chanter, mais non, il aurait fallu louer un studio pour deux mois [rires]…

Morten : Patton est l’un des meilleurs chanteurs du monde, il a fait un boulot incroyable. C’était très agréable et très simple de travailler avec lui.

« Quand tu es dans un groupe et que tu as eu une formation classique, il faut toujours que tu prouves que tu as du feeling parce qu’évidemment si tu connais le solfège, tu ne peux plus avoir de feeling. C’est comme si tu allais en Angleterre en parlant déjà anglais : tu n’es pas assez ouvert, tu as des préjugés… Enfin bref [rires]. »

Est-ce que Doro a entendu votre version ?

Je ne sais pas, je la lui ai envoyé mais il n’y a pas eu de réaction. Pourtant son manager m’avait dit : « Doro est tellement sympa, elle répond toujours ! » Mais ensuite dans un magazine allemand j’ai lu qu’elle disait qu’un groupe de sludge avait repris « Catch My Heart », donc si elle nous qualifie de sludge, ça veut tout dire je crois [rires]…

Christoph : Elle est sympa, mais ce n’est pas la bougie la plus haute du gâteau [sic] non plus !

Vous qualifiez votre musique d’« uneventful » (sans histoires, où il ne se passe rien)…

Robin : Cette histoire d’« uneventful », c’est une blague…

Morten : C’est vrai qu’il se passe rien dans notre musique cela dit, c’est la vérité !

Christoph : Robin, tu trouves que c’est une blague ?

Morten : Le groupe est au bord de la rupture ! [rires]

Robin : C’est une blague intelligente, cela dit.

Justement, le fait que vous plaisantiez souvent à propos de votre musique qui serait monotone, tellement lente que les gens s’endorment à vos concerts etc., est-ce que c’est une réaction au fait qu’il y a une certaine surenchère dans la rapidité de nos jours et que les gens ont besoin d’être divertis en permanence ?

Tous : Non…

Morten : Nous aimons toujours la musique rapide, nous ne nous en plaignons pas du tout. Quand je parlais d’Autopsy ralenti par exemple, c’était surtout parce que notamment à nos débuts, nous accordions nos instruments très bas. La basse est toujours en La, comme une basse de death metal ou de doom. C’est cette influence que nous avons gardée dans notre musique : régler les instruments très bas. De nos jours, c’est courant, mais au début des années 90, c’était bizarre.

Est-ce que vous improvisez en live ?

Christoph : Non, jamais. Nous jouons toujours la même chose… tant que nous ne faisons pas de fausse note.

Robin : Là par contre, nous improvisons !

Christoph : Nous répétons beaucoup. C’est très compliqué. Nous ne jouons pas très souvent. C’est dû à nos problèmes personnels. Le truc, c’est que nous jouons des chansons, pas du jazz. En fait, ça n’a rien à voir avec du jazz. Nous réfléchissons à nos morceaux, nous improvisons au moment de la composition, et nous trouvons une formule, la meilleure, qui à la fin est définitive. C’est la meilleure solution, la meilleure combinaison, et ça ne peut pas être autrement. C’est la mélodie, la basse, le rythme définitifs, et ensuite nous les jouons en live le plus près possible de l’original. C’est important pour nous je crois cette différence entre chansons et jazz. De mon point de vue, c’est ce qui en fait quelque chose de mieux et de plus intéressant que du jazz, parce que nous affirmons que c’est la formule idéale. L’idée, la tension qu’il y a au sein morceau sont fixées.

Est-ce que vous envisagez vos albums comme des concept-albums, comme des ensemble cohérents, alors ? Est-ce que c’est un problème de réorganiser les morceaux pour les concerts par exemple ?

Morten : Non, pas vraiment… Chaque album a un titre et un thème, c’est toujours par là que nous commençons.

Christoph : Le titre est toujours la première chose que nous avons, et ça nous inspire pour la suite.

Morten : Piano Nights par exemple, à partir de ce titre la manière dont l’album devait sonner était évidente pour tout le monde.

Christoph : Euh, pas pour tout le monde non, mais… [rires]

Qui est sur la pochette de Piano Nights, d’ailleurs ?

[Se montre du doigt] Tu es surprise, hein ?

Morten : C’était dans les années 70.

Christoph : Non, c’était hier !

Vous n’êtes désormais plus que trois dans le groupe. Qu’est-ce que ça change dans votre manière de travailler ? Est-ce que vous allez embaucher un nouveau batteur ?

Robin : Et bien maintenant, nous nous partageons la batterie.

Christoph : Chacun d’entre nous a pris une partie de l’instrument. J’ai la caisse claire, Robin la grosse caisse, et Morten le charley.

Morten : Ça fonctionne !

Christoph : Nous avons fait quelques adaptations : je contrôle le ballai sur la caisse claire avec mon pied, comme un tourne-disque, par exemple !

Morten : La décision de ne pas embaucher un autre batteur a été vite prise. D’une certaine manière, nous avons de la chance que notre musique soit si lente. Si nous avions été un groupe plus groovy, ça aurait été un problème !

Christoph : Je crois que c’est plus facile de jouer rapidement, même à la batterie – c’est plus facile que ce que nous faisons…

Morten : Tu vois, tu devrais essayer [il tapote sur la table rapidement, puis très lentement].

Christoph : Tout le monde entend le moindre détail…

Et si quelqu’un fait une fausse note…

…Ça fait beaucoup de bruit.

Morten : Nous buvons moins avant de monter sur scène maintenant.

Christoph : Enfin, nous devrions moins boire.

Morten : Voilà [rires].

Christoph : Ce départ après vingt ans à avoir joué tous ensemble, ça a été déstabilisant dans un premier temps, mais nous avons très vite choisi de ne pas embaucher quelqu’un d’autre. Du coup, il a fallu que nous trouvions un moyen de le faire nous même. C’est dingue, hein ?

« C’est bon pour notre musique de jouer si peu. Si tu joues 180 concerts par an, je ne suis pas sûr que la musique y survive… »

Vous jouez dans d’autres groupes à côté ?

Moi ça m’arrive en effet. Je joue du free jazz, de la musique libre, improvisée. C’est mon gagne-pain.

Tu es le dernier à avoir rejoint le groupe, c’est ça ? En 1997 ?

Oh, pendant un instant j’ai cru que tu avais dit depuis 1907 et je me disais : « C’est donc pour ça que ça a semblé si long ! » [rires] Oui, c’est dur. Quand tu es dans un groupe et que tu as eu une formation classique, il faut toujours que tu prouves que tu as du feeling parce qu’évidemment si tu connais le solfège, tu ne peux plus avoir de feeling. C’est comme si tu allais en Angleterre en parlant déjà anglais : tu n’es pas assez ouvert, tu as des préjugés… Enfin bref [rires].

Morten : Christoph – et je le remercie pour ça d’ailleurs – a rapidement abandonné l’idée de nous apprendre le solfège.

Christoph : Ça nous aurait pris au moins 5 ans ! Enfin, ça nous a déjà pris 2 ou 3 ans d’avoir ces discussions. Nous aurions pu aller tellement plus vite si cet abruti pouvait lire une partition, juste huit notes, mais enfin, puisqu’il refuse… C’est un langage, rien de plus.

Tu as étudié au conservatoire ?

Oui. La musique, c’est vraiment mon travail principal, même s’il y a des tâches de manager dont je dois m’occuper aussi. C’est un boulot un temps plein, vraiment. Nous ne jouons pas si souvent que ça, peut-être une vingtaine de concerts par an, mais tout ce qu’il y a autour prend un temps infini. Cela dit, c’est bon pour notre musique de jouer si peu. Si tu joues 180 concerts par an, je ne suis pas sûr que la musique y survive… Hier, nous avons joué à Utrecht, c’était notre premier concert depuis peut-être six mois, et la musique m’a semblé très fraîche, c’était un plaisir à jouer, vraiment. Il y a des morceaux que nous allons jouer ce soir qui ont 18 ou 20 ans. Nous pouvons prendre notre temps. Nous sommes complètement libres. Nous sortons des disques quand nous voulons.

Morten : Parfois, ça nous prend 6 ans. Nous aimerions bien qu’ils nous n’en faille que 4, mais nous sommes paresseux.

Christoph : Pas du tout ! Je ne suis pas paresseux ! [rires]

Robin : Tu ne peux pas sortir un chef d’œuvre tous les deux ans de toute façon.

Christoph : Et c’est de la musique lente, les morceaux durent à peu près 15 minutes, donc rien que le fait de les réécouter prend déjà une éternité…

Comme vous le disiez plus tôt, vous êtes à peu près les premiers à avoir fait ce que vous faites, mais maintenant, le « doom jazz » est devenu un style à part entière. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Morten : C’est très flatteur, je trouve. C’est ce que nous faisions quand nous jouions du hardcore, nous voulions sonner comme d’autres groupes, comme Negative Approach par exemple.

Christoph : Cela dit, de mon point de vue, ils ratent l’essentiel. Ils sont moins cohérents que nous, ils ne font pas confiance à l’idée… Dale Cooper Quartet And The Dictaphones par exemple, parfois leur musique ressemble un peu à la notre, mais d’un autre côté il s’y passe tellement de choses… J’aime beaucoup leur nom cela dit !

À ce propos, Sunset Mission notamment ressemble vraiment à ce qu’on pourrait entendre dans Twin Peaks ou dans un film de David Lynch. Est-ce que vous êtes influencé par des gens comme Angelo Badalamenti ou Henry Mancini par exemple qui composent des musiques de film ?

Morten : J’adore Henry Mancini depuis l’époque où nous jouions du hardcore, la bande originale de The Party notamment. Et puis nous aimons aussi beaucoup des compositeurs allemands comme Martin Böttcher et Peter Thomas, par exemple, ce sont de vrais génies !

Vu ce côté très cinématographique de votre musique, est-ce que vous avez des images à l’esprit quand vous composez ? Est-ce que vous voyez votre musique comme une musique de film, voire est-ce que vous avez déjà songé à en faire ?

Christoph : Non, pas vraiment…

Morten : Une bande originale de film, ce serait complètement différent je pense. Tu dois suivre les indications du réalisateur, c’est énormément de boulot et je ne sais pas si c’est très agréable à faire…

Christoph : L’élément principal, c’est l’image et pas la musique, du coup…

Est-ce que vous travaillez sur de nouvelles chansons ?

Toujours. Ce sera, j’espère, pour fin 2018… Nous travaillons dessus. Nous y réfléchissons. Tu crois que nous sommes en train de faire une interview : eh non, en fait nous pensons au prochain album !

Vous avez déjà le titre alors ?

Morten : OUI !

Christoph : Oui, nous l’avons trouvé il y a trois ans ! C’est le meilleur titre de toute notre carrière.

Robin : …Mais c’est top secret [rires].

Qu’est-ce que le groupe a de prévu pour la suite ?

Christoph : Euh, rentrer chez nous demain ? [rires]

Morten : Le moins prochain, nous allons jouer 6 dates à la suite. C’est beaucoup ! C’est une putain de tournée !

Vous jouez très peu en France, non ?

Christoph : Nous l’avons fait quelques fois, mais ça a toujours été un désastre.

Morten : Et à chaque fois à Paris !

Christoph : Des catastrophes complètes. Mauvaises salles, mauvais moments, mauvais restaurants, mauvais tout. Mais ce n’est pas grave. Si la France ne nous aime pas… C’est dommage cela dit, j’aime beaucoup la France ! J’aime beaucoup la langue, mais enfin, Paris… Peut-être que nous devrions commencer par Marseille ou Toulouse ?

Morten : Par Toulouse, parce qu’à Toulouse, « you have nothing to lose » [tu n’as rien à perdre] ! [rires] Bohren Toulouse [soit « born to lose », « nés pour perdre »] ! [rires]

Interview réalisée en face à face le 23 septembre 2017 par Chloé Perrin.
Transcription & traduction : Chloé Perrin.

Site officiel de Bohren & Der Club Of Gore : www.bohrenundderclubofgore.de.



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